CAFÉ
l'abus de boissons continuelles d’eau chaude, d’infusions. théiformes. Quoique des institutions politiques concourent” aussi à garrotter cette antique nation, rien de semblable né. serait possible en introduisant chez elle l'habitude du vin et dés spiritueux, si l’on considère l’impétuosité que l'ivresse imprune, ou seulement l’exaltation modérée que des boissons" fermentées entretiennent dans le courage et donnent à toutes" les actions des peuples européens , sous un climat pareil 4. celui de la Chine septentrionale. Quelle sera donc lin= fluence du café pris habituellement et substitué en partie aus vin parmi les Européens, dans leur état social actuel? Il suf" fit de l’observer parmi les peuples orientaux, qui font abo damment usage ou plutôt excès de cette boisson.
Les Arabes, indépendamment de leur climat sec et ar“ dent, qui rend leur complexion grêle et nerveuse, ainsi qu’on le remarque parmi les Bedouins, doivent au café, qu’ils prennent assidûment, une partie de leur mobilité impétueuse, de leur vivacité d’esprit, du feu de leur imagination, de ce caractère d'indépendance ou même de cette liberté exagérée qui fait leurs délices, et qui les maintient indomptables ét fiers dans leurs arides solitudes. Ils puisent encore dans cette boisson et les longues veïlles qu’elle détermine Pamour des contes de fées, de ces ingénieux badinages des Mille et une Nuits, dont ils savent charmer leurs fortunés loisirs. Voyez-les assis en cercle près de leur tente patriarcale, autour d’un petit feu de bouse de chameaux desséchée. Là est une poêle percée de trous dans laquelle rôtit la fêve du bunn, ou le café Moka et sa coque, parce qu’ils ne séparent pas toujours celle-ci comme inutile; deux pierres plates ont bientôt broyé le Æawa modjahham (café avec sa coque) en une poudre presque impalpable. L'eau bouillante est préparée dans l’ibrik (la cafetière) ; on y jette cette poudre, Si l’on emploie la graine du café avec la coque, la boisson se nomme bunnya; maïs, si l’on se contente de Ia seule coque grillée (ou ce qu’on appelle en Europe du café à La sul- Lane), la boisson se nomme #ischériya. On agite le mélange, et sans qu’il dépose, maïs encore tout épais et chargé de la poudre fine, on le verse bouillant dans de petites tasses de cuir, et on le savoure ainsi par petites gorgées sans sucre, sans lait, sans aucun mélange étranger qui en adoucisse où déguise l’amertumé. Cependant l'assemblée, accroupie sur ses nattes ou ses tapis de peau de chameau, prépare un tabac tantôt parfumé de bois d’aloès, tantôt mélé d’un peu d'opium, dans de longues pipes de terre de Trébizonde dites d'écume de mer ; et pendant que chacun fume gravement, le chéik ou le vieillard engage un jeune homme à réciter soit l’histoire des amours de Soleyman (Salomon), soit quelque autre conte oriental, soit à chanter une complainte.
Cependant la préparation du café continue, et de temps en temps, l’échanson, le Ganymède de la troupe renouvelle les doses dé la noire décoction dans les tasses flexibles, ces fidèles compagnes de nos vagabonds Bedouins: Souvent on passe toute la nuit, sous ces heureux climats, à s'abreuver chacun de vingt à trente tasses de café. La conversation s'échauffe, s’anime; alors les cerveaux s’exaltent; quelquefois ! un jeune Bedouin ardent se lève dans son enthousiasme, entonne un hymne sacré à la louange du grand Allah et de son prophète Mahomet, puis, respirant la gloire, propose à toute l'assemblée quelque partie de voyage, telle que de détrousserune caravane, d'attaquer uneautre horde d’Arabes, ou de piller quelques villages dela Syrie et de l'Égypte. Toute la société applaudit à la proposition, et dès le lendemain l'on prépare les chevaux et les chameaux, avec le sabre antique et le djerrid ou la lance tant de fois terrible et victorieuse dans les champs de PYémen.
Lorsque l'usage du café passa de la Mekke à Constantinople et au Kaire, il s'établit dans ces grandes villes des cafés, des Æawha-kanés, où l'on vendait cette boisson. Les oisifs s’y réunirent pour en prendre, et indépendamment des almées, des ghawasiés, danseuses ou courtisanes, qu on