‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 111 sur 556 · CAFÉS · texte numérisé non relu

CAFÉS

rient. Mais en Orient, à Venise, en Italie, elle était silencieuse comme la taverne de nos voisins (sauf les jours de banquets extraordinaires et à grand fracas ). En France elle a pris sur-le-champ nos mœurs et notre génie. Elle a commencé par la dissertation littéraire et philosophique, qui fait les révolutions, Les révolutions faites, elle est arrivée de plein saut à la dissertation politique, qui les perpétue! Elle est nécessairement empreinte de notre esprit d'égalité ie plus étroit, le plus inquiet, le plus subversif, et elle le propage. Elle donne aux idées et aux passions populaires deux ou trois comices et autant de tribunes au pied de chaque clocher; c’est le sol miné partout à la fois, d’un bout du royaume à l’autre. Le moindre incident suffit pour l’explosion.

” Sans doute si bien des erreurs son( agitées, quelques vérités sont établies. Tout le monde prend ainsi l'habitude de s'associer aux affaires publiques, qui sont, en effet, les af: faires de tout le monde; chaque village entre par là dans la politique active; c’est une souveraineté du peuple à huis clos. qui serait excellente si elle établissait dans les masses les

idées d’ordre légal, l'attachement aux institutions existantes, «

la connaissance des conditions du gouvernement constitutionnel : qui sera funeste, si les habitudes d’opposition, l'hostilité au pouvoir , la haine des supériorités, sont tout ce qui se répand dans les populations. Ces forums au petit pied, où l’on discute, mais où l’on ne décide rien et où l’on n’agil pas, se soumettront-ils toujours à ne pas décider et à ne pas agir? On en peut douter.

fl faut dire que sous l’heureux ministère de 1838, au milieu de l’apaisement des esprits, qui fut son ouvrage, parmi tous les succès du dedans et du dehors, quand tout à coup un certain air de monarchie apparut au milieu de nous dans les fêtes de Fontainebleau et de Versailles moins encore que dans les sentiments mêmes du pays, letribun moderne, c’està-dire le journal, sembla perdre de son empire jusque dans le café, son arsenal et son sanctuaire. La foi en lui n’était pas détruite, mais elleétait ébranlée ; on commençait à penser par soi-même, à discuter à part soi contre le journaliste, à élire même quelquefois autrement que le journal ne l'avait voulu, Ceci tient à ce que la presse vit de réminiscences et, par suite, d’anachronismes; elle se croyait encore à huit ou dix ans en arrière. La nation au contraire avait marché; elié s’éclairait; elle voulait du repos, de l’ordre, de la durée. Ce repos blessa quelques-uns de ceux qui avaient le plus à s’en réjouir et à s’en honorer, Un homme d’esprit imagina d'écrire que le coupable ministère du comte Molé avait mis /a sourdine au gouvernement représentatif. D'autres hommes d'esprit, plus considérables, qui avaient voulu pour la plupart la royauté de 1830, se mirent à secouertoutesles outres d’Éole pour réveiller le gouvernement représentatif engourdi! Ils résolurent de mettre le gouvernement parlementaire à sa place, ce qui était une seconde révolution dans la révolution de Juillet au moment même où celle-ci était calmée enfin et semblait terminée. Toute la face de la politique a

été changée par ce füit, quis’estappelélacoalition,comme

pour indiquer qu’il risquait d’être à l’égard de la royauté constitutionnelle ce qu'avait été à l'égard de l’Empire la Coalition véritable. Le premier effet fut de réveiller de son:

court sommeil le quatrième ou cinquième pouvoir dont nous

nous occupons, plus fort que celui qui est immédiatement au= dessus (les journaux ), comme celui-ci est plus fort que tous les autres, ainsi qu’il convient dans un pareil régime. Toys s'étaient graduellement modérés, Ils reprirent, pour ne les plus perdre probablement, leurs allures les plus emportées: Or, on ne gouverne pas contre les cafés et les journaux. Lan révolution s’est faite parce qu’ils étaient à la révolution. Na poléon a régné parce qu'étourdis des cruelles leçons qu'ils avaient reçues cumme toute la France, ils étaient au pouvoir, à l'ordre, à la gloire. La Restauration s’est brisée parce qu'ils entendaient la charte autrement qu'elle; ils avaient refusé leurs concours, bien avantles 221. N’avoir pas ces puissances

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