‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 115 sur 556 · CAGE — CAGLIOSTRO · texte numérisé non relu

CAGE — CAGLIOSTRO

muni de cette somme, disparut, et commença ses Voyages, À qui ne finirent qu'en 1789, au château Saint-Ange, à Rome, La Grèce, l'Égypte, l'Arabie, la Perse, Rhodes, l'ile dés Malte, furent les théâtres où se jouèrent les premiers actes de sa vie aventurière, Là il allait guérissant dans les cours, dans les palais, dans les harems. Sa panacée était tantôt des L pillules dont l’aloès formait la base, tantôt un élixir vital dont l'or et les aromates étaient le principe. Il se présentait lui-même comme un frappant èxemple de la puissance de cet, élixir, et attribuait à ses incomparables vertus ce qu'il y avait encore de verdeur dans toute sa personne en dépit de ses cent cinquante ans bien comptés. Ce fut sous le nom d'A charat, disciple du savant A/éhotas, qu'il parcourut tou le Levant, où le chérif de la Mekke l’appelait, dit-il, Ze Jils infortuné de la nature. Au besoin, selon les lieux et les circonstances, notre imposteur prenait les noms de comte Harat, de comte Fenix, de marquis d'Anna, de Tischio, de Melissa, de Belmonte, de marquis de Pellegrini : ce fut sous ce dernier titre qu’à la requête de l’implacable Marano , qui le reconnut, on l’arrêta à Naples, en 1773; mais il sortit de prison ‘dix-sept j jours après son, arrestation. Il fallait nécessairement à cet enchanteur une Circé qui l’aidât dans ses œuvres ; il la trouva à Venise dans la fille d’un fondeur en cuivre, la belle Lorenza Feliciani, 4 qu’il épousa. Ses charmes fournirent plus d’or à son “époux ; que le creuset d’Hermès. Au reste, il paraît que Balsamom ne manquait pas non plus de ces avantages extérieurs si utiles aux intrigants pour faire des dupes. La Borde, dans ses Lettres sur la Suisse, nous dit : « La figure de Cagliostro annonce l'esprit, exprime le génie; ses yeux de feu lisent au fond des âmes. » De l’Italie, Cagliostro passa au nord de l'Eu« rope. C'était en 1779. Mittau, en Courlande, fut sa première étape avant de gagner Saint-Pétersbourg ; il avait calculé que c'était là un excellent théâtre pour se faire de nombreux admirateurs, et voulait n’arriver dans la capitale du grand empire que précédé d’une réputation d'homme merveilleux acquise en Russie même, Cagliostro ne tarda pas en eflet à grouper autour de lui les familles les plus distinguées dé | Mittau, et, par ordre d’un génie supérieur, il y fonda à une loge de francs-maçons, dans laquelle on admettait aussi les fem- . mes. Il y donna en outre des cours publics, où il faisai le plus bizarre mélange de théosophie chrétienne et de thaumaturgie païenne, prétendant posséder dans les sciences. physiques des connaissances profondes et surnaturelles, et évoquant des esprits. On cite parmi les dupes qu'il fit dans cette ville la comtesse Élisa von der Recke, sur laquelle il avait exercé une telle fascination, qu’elle prit un moment la résolution de l'accompagner partout dans ses voyages. Ca= gliostro passa par Varsovie avant de gagner Saint-Péters=M bourg. Mais il fit fiasco complet à la cour de Catherine, qui avait trop de bon sens pour être dupe d’un tel jongleur, et qui prit la liberté grande de choisir lui et ses sectateurs pour le sujet d’une comédie satirique. Cagliostro comprit alors qu’il avait rien à faire dans un tel pays, et se hâfa de l’abandonner, pour venir exploiter notre France, qui fut toujours la terre promise des charlatans. Dès 71780 Strasbourg le recevait avec enthousiasme; son titre, soi opulence, son luxe, son aplomb, et, plus que tout, soi audace, imposèrent aux premiers personnages de cette villes Il y parcourait les hôpitaux, aidant les malades de ses cons seils et de sa bourse, et pansant lui-même les plaies les plus hideuses : les bons Allemands le tinrent pour un être sur= naturel. Ajoutez à cela force lettres de recommandation @ faveur du noble étranger, el vous aurez une idée de la cons fiance que devait avoir en lui-même cet imposteur ; or celle confiance était une partie de sa force.

On ne sera plus étonné de l’adiniration, de l'engouement de tant d'hommes recommandäbles, si on songe que l@ célèbre physiognomiste Lavater lui-même fut la dupe de cet escroc, Persuadé qu'il élait véritablement un envÿ

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