‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 116 sur 556 · CAGLIOSTRO — CAGOTS · texte numérisé non relu

CAGLIOSTRO — CAGOTS

de Satan, le bon ministre de Zurich eut avec lui des débats très vifs. Il aurait sacrifié sa vie au bonheur de triompher de cet ennemi de Dieu et des hommes. Quand Cagliostro arriva à Paris, il y était déjà depuis longtemps l’objet de la curiosité générale. Cette curiosité ne tarda pas à devenir de l’admiration. Il s’annonça dans cette capitale comme le fondateur du rit égyptien dans la franc-maçonnerie, où un enfant désigné aux adeptes sous le nom de Colombe lisait l'avenir dans une carafe d’eau ; et en pratiquant la fantasmagorie, art alors tout nouveau et inconnu, il y eut bientôt acquis le renom d’un homme qui possédait réellement le don d'évoquer les morts. Pour peu qu'on consentit à 3 mettre le juste prix, il vous faisait converser avec les squelettes des hommes les plus célèbres des temps passés. Ce n’est pas tout. Le grand cophte ou vénérable (c'était lui), au moyen de son élixir, vous assurait l’immortalité ou bien vous déléguait le pouvoir de faire de l’or. De Paris, et sans doute pour ne pas laisser à l'engouement dont il était l’objet le temps de se fatiguer, Cagliostro alla à Londres, où il n’eut pas de plus zélés prôpeurs que les partisans de Swedenborg.

Le 30 janvier 1785, il revint à Paris. Ce fut rue Saint- Claude, au Marais, qu'il alla se loger ; et sa demeure devint bientôt le rendez-vous des personnages les plus influents à la cour. L'appartement qu’il avait choisi était assez vaste pour qu’il y pût loger M®° de La Motte : c’est là que tous deux recevaient le cardinal Louis de Rohan. Ces Maisons, quand vint à éclater la triste affaire du collier, ne manquèrent pas de fixer les yeux de la police sur Cagliostro ; il fut arrêté le 22 août et enfermé à la Bastille. La comtesse de La Motte l’accusait d’avoir reçu le collier des mains du cardinal, et de l’avoir dépecé pour en grossir le trésor occulte d’une fortune inouïe. Cagliostro se défendit dans un mémoire où il s’efforça de prouver que les sources de son opulence n'étaient ni dans le vol ni dans les escroqueries; il y indiquait tous les banquiers de l’Europe sur lesquels il tirait. Coupable ou non, mais véhémentement soupçonné, par un arrêt du parlement du 31 mai 1786, il fut absous, ainsi que le cardinal, de l'accusation portée contre lui. Tous deux néanmoins furent exilés. Cagliostro se retira en Angleterre, y fit un séjour de deux années, puis alla successivement à Bâle, à Bienne, à Aix en Savoie, à Turin, à Gênes, à Vérone, enfin à Rome, où se termina le dernier et le plus tragique acte de sa vie. Le 27 décembre 1789 l’inquisition s’empara de sa personne, et lui fit son procès comme il{uminé et franc-maçon. Une bulle du pape portait alors peine de mort contre les affiliés de ces associations secrètes : cette peine fut commuée pour Cagliostro en une prison perpétuelle. Du fort Saint-Ange il fut transféré au château de Saïint-Léon, près de Rome, où il mourut en 1795. Sa femme finit ses jours au convent de Sainte-Apolline, où elle subissait le même jugement.

On se demande encore d’où venait l'argent qui fournissait aux profusions de cet intrigant. Le peuple attribuait comme Lavater ses richesses à un commerce avec le diable ; des gens même éclairés assuraient qu’elles provenaient de la science hermétique; enfin, plusieurs disaient qu’elles étaient le fruit de ses cures merveilleuses et de sa panacée, Ceux-ci nous semblent avoir été près de la vérité. De tout temps la vente des remèdes secrets a été une véritable mine d’or. De nos jours telle pâte opiacée présentée comme souveraine contre le rhume ne vaut-elle pas encore au charlatan qui en indiqua la formule 40,000 fr. de rente par bail authentique ?

Au dix-neuvième siècle Cagliestro eût exploité en grand la commandite; il eût eu un journal à feuilleton et à 60,000 abonnés. La belle Zorenza Feliciani eût été, par-dessus le marché, un bas-bleu, et en cette qualité ne lui eût pas été moins utile que comme femme galante. Qui sait, peut-être se serait-il annoncé comme réformateur social et eût-il fondé une religion nouvelle? Done son grand tort, avouons-le, fut de venir au monde soixante ans trop tôt. DENKNE-Baron,

CAGNACCI où CAGNAZZI. Voyez CanLAssI.

CAGNEUX. C’est ainsi que l'on nomme les individus

qui ont les jambes tournées ou cambrées en dedans, sans

doute dumot canis, chien, en italien cane et cagna, chienne, d’où l’on avait fait le vieux mot cagne, en italien cagnaz20, lesquels expriment ce même genre de difformité, commune

à une certaine espèce de chiens bassets.

CAGOT , mauvais double du cafar d, fourbe religieux qui ne travaille que pour le petit peuple. Le cafard étudie ses démarches ; le cagot prodigue ses grimaces ; le premier est tout en réflexion, le second tout en action. Il faut dans quelques circonstances se garer à petit bruit du cafard; on peut souvent siffler tout haut le cagot; il laisse toujours passer quelque maladresse de métier qui met les rieurs contre lui. Le cagot, quand il se trompe trop grossièrement, est renié par le cafard, comme un sous-ordre sans conséquence. ‘Tous les cafards sont de mauvaise foi; mais il existe une nuance entre les cagots : les uns ne croient à rien, mais dans l'impossibilité de savoir feindre avec art, ils exagèrent : ce sont de grossiers bateleurs ; les autres ont la foi, mais ils manquent de son intelligence. Ils éprouvent cependant le désir de produire de l'effet; alors ils mettent en spec tacle leurs propres croyances, et leur ôtent toute dignité.

La philosophie a voulu donner des conseils au cagot, après l'avoir fustigé; mais à quoi bon ? Cette race est incorrigible. Crois-moi, disait un grand écrivain du siècle dernier,

. Renonce à la cagoterie,

More oniniert nne plus noble vie;

Rougissant moins, sois moins émibarrassé,

Que ton col tors déspriiais redressé

Sur son pivot garde un juste équilibre.

Lève les yeux, parle en citoven libre,

Sois franc, sois simple, et, saus affecter rien

Essave un peu d’être un homme de bien,

CAGOTS. Il existe en France, dans diverses localités, des populations flétries et réprouvées comme les soudras, ou parias de l’Inde, et désignées sous les noms de cagots, caqueux, caquins, CaCoux, cacvas, capots, agots, gaffoz, gahètes, cahets, gésitains, colliberts , crétins, chrétiens marrons, etc. Ces races sont-elles identiques ou sœurs? Ontelles une origine commune ou diverse? D’où viennent-elles ?

La première fois qu'on entend parler des cagots, c’est au dixième siècle, sur le versant septentrional des Pyrénées occidentales, dans le pays basque surtout, où le moyen âge les regarde comme des hommes livrés à tous les vices, des sorciers, des hérétiques, des anthropophages même. Ils vivent dans des hameaux reculés, en tribus ou cagoteries, isolés du reste de la société, ayant à l’église leur place distincte, leur porte d'entrée et leur bénitier à part, ne pouvant, comme les autres fidèles, participer à la communion des choses saintes. Dans ces contrées, comme dans la Gascogne , la Guienne et la Bretagne, ils sont astreints à porter un costume particulier : la loi leur infligeune chaussure rouge et une casaque rouge, marquée d’une patte d’oie ou de canard, d’une couleur qui tranche, afin qu’on puisse les apercevoir de loin et les éviter. Leur proscription est enracinée dans les mœurs, elle est confirmée par les arrêts d’une jurisprudence cruelle : le for de Henri IL, de Béarn, défend aux cagots de se mêler familièrement aux autres hommes et de-converser avec eux ; ils doivent avoir leurs habitations à part, et ne point se placer avant les hommes et les femmes à l’église ou aux processions. En justice, il faut le témoignage de sept d’entre eux pour balancer celui d’un Béarnais ou d’un Basque.

Jamais, dans ces contrées, il n’était donné au fils d'un pauvre cagot d'effacer l’ignominie de sa naissance; et sa mère, füt-elle du plus pur sang béarnais ou basque, ne pouvait se relever aux yeux des siens, de la déchéance encourue par ce lien impur. Du reste, ils parlent la langue du pays; mais, malgré cette commnnauté d'itiome, à la-

quelle résiste si difficilement la fusion des races, le sceau de

cagoterie se perpétue, quoique sur une moindre échelle, parmi ces générations maudites, et demeure ineffaçgablement

empreint au front de cette race de parias. Ce n’estqu’à partir de 1789 que toute profession, hormis celles de bûcheron et de charpentier, a cessé de leur être interdite.

En Bretagne, les cagueux, cacous, ou caguins, désignés dans les vieux actes latins sous le nom de cacosi, apparaissent au commencement du quinzième siècle ayant, comme les cagots du Béarn, leurs habitations séparées de celles des autres hommes, ainsi que Le boire, le manger et autres relations naturelles, ne pouvant, à l’église, marcher en avant des fidèles dans le baiser de la paix et des reliques, obligés de rester debout dans la partie basse des temples, sans toucher au calice ni aux autres vases saints , et ne pouvant se livrer à d’autre commerce que celui du fil et des

filets, ni cultiver d’autre terre que leurs propres jardins. Le

parlement de Rennes dut même intervenir pour leur faire accorder le droit de sépulture.

Lé Poitou, le Maine, l’Anjou, l’Aunis nous montrent, en même temps, une autre race maudite, les colliberts, qui n'étaient ni libres ni esclaves, dont les maîtres, cependant, pouvaient les vendre ou les donner, et confisquer leurs terres, et qui formaient, particulièrement sur la Sèvre, une peuplade de pêcheurs, dont le plus grand nombre fut exterminé par les Normands.

L'opinion la plus répandue en Béarn voit dans les cagots de ce pays des débris des Visigoths, dont la puissance fut détruite à Vouillé par les armes de Clovis. L’orgueil des nations alliées du vainqueur aurait accablé du poids de son mépris les trainards qui n’auraient pas eu le temps de franchir les Pyrénées et de rejoindre leurs frères fixés en Espagne. Ajoutez, dans le principe, à cette considération la dissidence des cultes : les Visigoths étaient ariens : jadis persécuteurs de la foi, ils en seraient devenus, à leur tour, les victimes, et auraient gardé, longtemps après leur abjuration, le stygmate de leur hérésie; de là une haïne invétérée que le temps n'aurait pu assouvir ni désarmer: La dénomination de chrétiens, qu’on leur applique par dérision , confirmerait encore l'opinion qui en fait des hérétiques convertis. L'exemple de pareils débris de nations, jadis victorieuses, succombant à leur tour, et restant dans un degré d’abaissement au milieu de leurs vainqueurs du lendemain, vaincus eux-mêmes de la veille, n’est pas, du reste, nouveau dans l’histoire, Il suffit de citer à l’appui les ilotes de Sparte, les castes inférieures de l’Inde et de l'Égypte, les serfs de la domination franque, lesquels étaient à divers degrés des races déchues, autréfois maîtresses du territoire. Ainsi s’explique, ou par la conquête, ou par un asile conditionnel, l'existence de tant de populations maudites, se perpétuant vouées à l’esclavage au milieu de sociétés plus ou moins puissantes, I] n'était donc pas besoin, comme l'historien du Béarn Marca, pour prouver que les cagots sont des Goths, de faire dériver leur nom des deux mots béarnais caas Goths (chien de Goths) et moins encore, afin d’expliquer pourquoi ils exercent presque tous l’état de bücheron, d’invoquer l’exemple des Gabaonites, condamnés par Dieu à couper le bois nécessaire à la construction du temple de Jérusalem.

Un second système, moins admissible, transforme les cagots du Béarn en débris des Sarrasins #nartlelés dans les plaines de Tours; une troisième version découvre en eux des descendants des Albigeois ; une quatrième, des marchands juifs, désignés par le nom de capi dans les capitulaires de Charles le Chauve; une cinquième enfin, rattache les cagots à l'une des grandes plaies du moyen-âge, aux lépreux qui longtemps partagèrent avec les juifs la haïîne fanatique des populations, aux goîtreux , aux crétins qui jadis étaient aussi nombreux dans certaines vallées pyrénéennes que dans celles du Valais. Mais ce qui prouve que dans «e Béarn ces malheureux au teint iivide, à l'air stupide, à la phvsio-

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