CAHIERS DES BAILLIAGES — CAILHAVA D'ESTANDOUS
CAHUSAC (Louis ve), écuyer et secrétaire des com mandements du comte de Clermont, auteur dramatique, né 4. Montauban, composa d’abord des tragédies et des comédies, telles que Ze Comte de Warwick, Zénéide, L'Algérien,« Pharamond, qui n’ont pas laissé la moindre trace au théâtre, Il fut plus heureux dans l'opéra, et parvint à s’y frayer une route nouvelle, où il obtint des applaudissements mérités Les Fêtes de Polymräie, Les Féles de l’Hymen et de VA“ mour (1747), Zair, Hair, Zoroastre (1749), Anacréon, (1754), sont des drames lyriques ingénieusement conçus, dans lesquels le merveilleux est habilement ajusté au fonds du sujet, et dont la versification est naturelle et facile: Cahusac eut aussi le bonheur d’avoir Rameau pour composer la musique de ses poëmes. H mourut à Paris, en 1759. On a encore de lui d’autres ouvrages : un Traité hislorique de la Danse ancienne et moderne, et des articles: dans l'Encyclopédie sur l'opéra et sur les grands spectacles, de l’Europe.
CAIEPUT ou CAJEPUT ( Huile de). Cette huile, claire, transparente, verte et aromatique, vient des Moluques, où on l'extrait des feuilles du melaleuca leucodendron, arbre que les Indiens nomment caïou-pouti ou caju= puté, d'où le nom d'huile de cajeput (voyez MÉLALEUQUE): Cette huile, dont on fait peu d'usage en France, est trèsfréquemment employée dans le Nord comme antispasmos dique. On lui a prêté beaucoup d’autres propriétés; mais jusque ici sa vertu la mieux constatée paraît être de préser= ver les collections d’histoire naturelle des attaques des in= sectes qui les détruisent.
CAÏEU. On nomme ainsi une pétité bulbe produi ë par une autre; c’est-à-dire que toute bulbe , après avoi donné des fleurs un certain nombre de fois, périt, et qu’alors les caïeux la remplacent. Tantôt ils naissent sur la bulbe elle-même, commé dans le safran et dans les colchiquesÿ tantôt à côté d’elle, comme dans la tulipe et le lis; tant au-dessus, comme dans les glaïeuls; tantôt enfin au-dess sous, comme dans quelques ixias.
Les caïeux sont le moyen de multiplication le plus usité pour les tulipes, les jacinthes, les narcisses, etc. Séparés des bulbes mères, soit à l'automne, soit au printemps, eb mis en terre, ils ne fleurissent guère que la seconde et Ia troisième année.
CAILHAVA D’ESTANDOUS (JEan-FrAnÇOIS De), l'une des célébrités littéraires du siècle dernier, naquit at village d'Estandous, près de Toulouse, le 28 avril 1731. Jeté dans le monde à une époque où la poésie était en grand honneur, et où Dorat faisait école, il se lança à corps perdu dans ce qu’on nommait le commerce des Muses. Mais il eut bien des difficultés à surmonter pour se faire un nom paf ses contemporains. S'il se füt rebuté dès les prerniers pas! s’il eût à jamais brisé avec l’art dramatique après l'accueil pl que froid que reçut son premier ouvrage , une pièce de cit: constance en l’honneur de Louis XV frappé par le canif di Damiens, il fût sans doute devenu simple conseiller dan quelque obscur parlement de province ; mais, loin de se tenil pour battu à son premier échec, essuyé en 1757, il se livra at théâtre avec plus d’ardeur que jamais. Sa Présomption 4 la mode, comédie en cinq actes et en vers, jouée en 1763 ne fut cependant pas plus heureuse que sa devancière, malgre les honneurs posthumes de l'impression, qu'il jugea devol lui accorder, par un sentiment tout paternel d’amour-proprt
Cailhava fut mieux inspiré dans ses essais d'imitation 0 anciens , et sa comédie du Tufeur dupé, en cinq actes ete prose, dont il puisa le sujet dans Plaute , obtint un succè d'estime. On était alors en 1765. Quatre ans plus tard, produisit encore les Étrennes de l'Amour, comédie-balle en un acte et en vers, et une nouvelle imitation de Plaute Le Mariage impromptu, également en vers et en trol actes. L'année suivante Cailhava obtint de nouveaux SuCcé plusieurs pièces, dont deux étaient tirées des Mille et un
CAILHAVA D'ESTANDOUS — CAILLE
Nuits, qu'il donna à la Comédie-Italienne, firent fureur, En 1771 il risqua un opéra-comique, que les sifflets du parterre empêchèrent d'avoir longue vie. Il réussit mieux dans une nouvelle production de même nature, imitée de Goldoni, intitulée La Bonne Fille. L'œuvre dramatique capitale de Caïlhava, L'Égoisme, comédie en cinq actes et en vers, fut diversement jugée. C'était cependant une œuvre consciencieuse , mais ayant l'inconvénient de toutes les pièces à caractères, dans lesquelles l'intérêt se développe toujours avec une certaine froideur. Cailhava s’occupait dès lors d’un grand ouvrage, intitulé l'Art de la Comédie, et publié d'abord en quatre volumes, puis réduit plus tard à deux. Cet ouvrage est un excellent guide pour les jeunes auteurs qui veulent débuter en suivant les voies de l’école classique.
Picard, prononçant l’oraison funèbre de Cailhava , et se faisant gloire d’être un de ses élèves, disait sur sa tombe : « Caïlhava, à une époque où la comédie était dénaturée par le jargon et l’enluminure du faux bel esprit , eut le courage, ear il en fallait alors, de vouloir composer des ouvrages dans le goût de Molière... Par sa théorie et par sa pralique, il s’est marqué une place honorable parmi les restaurateurs de la comédie française. » Trois nouvelles imitations de Plaute, Les Ménechmes grecs, en quatre actes et en prose, la Maison à Deux Portes, en cinq actes, et La Fille supposée, en trois actes et en vers, virent le jour en 1791, sous le nom de Cailhava. C'était alors l’époque où les orages politiques occupaient seuls les esprits : Caïlhava n’était pas fait pour ces grandes agitations. Nous leretrouvons cependant, en 1792, dans les rangs de cette assemblée électorale de Paris qui envoya à la Convention les hommes le plus en avant de la Montagne. Dès 1789 le poëte toulousain s’était fait publiciste, Ainsi, dans le cours de cette année il avait publié sur la Décadence des Théâtres un ouvrage dans lequel il développait de fort bonnes vues sur l’art dramatique; il entreprit aussi à cette époque la publication des Annales Dramatiques. Mais il revint à la comédie ; dans son culte pour Molière, il osa mettre la main sur l’une des œuvres les plus connues de ce grand homme : lorsqu'il annonça, en l'an m1, qu'il allait rétablir en cinq actes le Dépit amoureux, cette audacieuse tentative rencontra peu de partisans, et provoqua de la part des comédiens une véritable insurrection. Caïlhava dut renoncer à faire représenter la pièce restaurée par lui, mais il la fit imprimer en 1803. Il ne fut pas plus heureux dans une imitation d’Aristophane, Afhènes pacifique, comédie en trois actes et en prose, qui n’obtint jamais les honneurs de la représentation. L
C'était alors l’époque où le Français, né malin, créait le vaudeville ; les flonflons de Piis, de Désaugiers empêchaient de dormir le restaurateur de la comédie française : lui aussi voulut s’essayer dans ce genre, et en 1797 il fit représenter un petit acte assez gai et assez vif, intitulé Ze Ziste et le Zeste. Peu de temps après il était appelé à remplacer à l’Institut M. de Fontanes, condamné à la déportation lors du 18 fructidor. Nous n’avons plus à citer de lui, que ses Études sur Molière, publiées en l'an x; et son Hommage à Molière, qui parut un an plus tard, en 1803. 11 justifiait de la sorte sa vive sympathie ponr l'illustre Poquelin, sympathie qui était une véritable adoration ; car on assurait alors qu’il avait fait enchâsser une dent de Molière, comme une relique précieuse qu'il se gardait bien d’exposer aux regards des profanes. Cailhava était devenu vieux et infirme ; sans les bienfaits de Napoléon, il serait mort pauvre, ruiné qu’il avait été par la perte d’une somme importante, Mais le ciel lui avait donné une fille qui, nouvelle Antigone, se dévoua avec une admirable constance à adoucir ses derniers jours, et dans les bras de laquelle il s’éteignit, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, le 26 juin 1813. Il mourutà Sceaux, et fut enterré auprès de Florian. Qui crcirait que ‘homme qui prêéchait dans ses écrits la nécessité d’une moralité sévère pour les œuvres dramatiques a publié des pièces fu-
gitives assez licencieuses ? IL en fut cependant ainsi : Cailhava eut la faiblesse de se prêter aux goûts deson époque, et les Contes en prose et en vers de feu l'abbé de Colibri, ou le Soupé, sont de lui. Napoléon GaLLoïs.
CAILLAUD, Voyez CaiLLraun.
CAILLE. Les cailles forment une des quatre divisions du genre per drix, de l'ordre des gallinacés, Comme les colins et les francolins, elles ont beaucoup de rapports avec les perdrix proprement dites, dont elles ne diffèrent que par une taille plus petite, et l'absence de sourcils rouges et de l'éperon qui arme la patte de la perdrix mâle. Loin d’être sociables comme les perdrix, les cailles vivent solitaires, si ce n'est à l’époque de leurs migrations annuelles.
Le bec de la caille est un peu aplati; la pièce inférieure est noirâtre, la supérieure est brunâtre et se termineen pointe recourbée. L’iris des yeux est couleur de noisette, le ventre et la poitrine d’un jaune pâle mêlé de blanc; la gorge a une teinte de roux; la queue de l'oiseau est courte; ses pattes sont grises et couvertes d’une peau écailleuse comme fuilée; le dessous du pied est jaunâtre, et, chose remarquable, le doigt extérieur tient par une membrane à celui du milieu jusqu’à la première articulation. Le mâle se distingue de la femelle par une bande noire au-dessous du bec et trois bandes longitudinales étroites et blanchâtres, passant l'une sur le sommet de la tête et les deux autres au-dessus des yeux. Son cri, que tout le monde connaît, et qu’on a rendu par ces mots : paye Les dettes ! est éclatant, et s’entend à des distances considérables ; celui de la femelle au contraire est faible, et ne s’entend que de près. Les mâles se livrent des combats à outrance ; aussiles Athéniens en dressaient-ils pour les faire battre à la manière des coqs. Enfin, le mâle est un des oiseaux qui recherchent la femelleavec le plus d’ardeur, la fuit et la chasse même à coups de bec quand ses désirs sont satisfaits. Les mères donnent d’abord des soins à leurs petits, mais pendant un temps fort court.
Les cailles ont une propension sirgulière à changer de climat à deux époques de l’année, le printemps et l'automne, Ce besoin de voyager leur est si fortement imposé par la palure qu’à l’époque du départ une caille, née dans nos climats et tenue dans une cage, s’agite nuit et jour dans sa prison avec tant de violence qu’elle se briserait la tête si l’on n’avait la précaution de former le dessus de la cage d’une toile tendue. Cette fièvre qui la prend au printemps et en automne la tient pendant un mois environ. On ignore la cause véritable qui détermine les cailles à quitter l’Europe pour l'Afrique à l'approche de l’hiver , pour revenir en Europe au printemps ; ce n’est pas le pressentiment de manquer de nourriture qui les fait voyager ni la rigueur du froid qui règne dans nos contrées en hiver, puisque les per-
ix, qui se nourrissent comme elles, n’y meurent pas de
; en second lieu, des caïlles supportent fort bien le froid de nos climats sans qu’il soit nécessaire de faire du feu dans le local où elles sont enfermées ; d’ailleurs, il y a de ces oiseaux qui, pour une cause quelconque , n’ayant pu suivre la troupe, hivernent en Europe dans des lieux abrités, Les cailles arrivent par troupes en Italie et dans le midi de la France au commencement d'avril; ce n’est qu’en mai qu’on en voit dans les départements du nord et en Allemagne ; elles quittent ces dernières contrées dès le mois d’août et nos provinces méridionales en septembre. Cependant, ces époques d'arrivée et de départ ne sont pas tellement invariables que le pressentimeut du froid ou de la chaleur ne les fasse hâter ou retarder. On prétend que ces oiseaux voyageurs ne mettent que sept à huit heures pour faire le trajet de nos contrées méridionales de la France à la côte d'Afrique : cette distance est d’environ 880 kilomètres. Les cailles feraient donc 110 kilomètres à l'heure, ce qui est difficile à croire pour des oiseaux naturellement lourds el vo-
Jant mal. Les cailles ne traversent la Méditerranée que par un vent favorable, car elles quittent les côtes de Provence
par un vent du nord, et elles reviennent en Europe par un vent du midi; d’ailleurs, elles trouvent sur la route des points de repos, tels que la Sicile, les îles Baléares, la Sardaigne et la Corse. Ce qui a fait croire que ces oiseaux mettent si peu de temps pour faire un si long voyage, ce sont les graines qu’on trouve dans le jabot de celles qu’on tue à leur arrivée en France ; ces graines appartiennent au climat africain, et l’on sait par expérience que les cailles les digèrent en huit heures de temps.
Quoiqu'il en soit, aussitôt que ces oiseaux sont arrivés en Europe, ils s’y livrent dans les blés à leurs amours ; la femelle creuse sur le sol avec ses pieds une cavité qu’elle garnit d'herbes et de feuilles sèches. C’est dans ce nid qu’elle dépose environ quinze ou seize œufs, bariolés de brun sur un fond jaune; l’incubation dure vingtet un jours. La caille a trèsgrand s0in de cacher sa couvée, de crainte que les mâles de son espèce ne cassent ses œufs ou que les oiseaux de proie ne les mangent. Les cailleteaux trottent à l'instant où ils sortent de la coquille, et ils croissent et se fortilient avec tant de rapidité qu’on peut les élever sans le secours de leur mère au bout de huit jours. La jeune caille est en état de se reproduire trois mois après sa naissance. Quant à la durée moyenne de la vie de ces oiseaux, on croit qu’ellene va pas au delà de cinq ans. Quelques naturalistes ont prétendu que les cailles font deux pontes dans un même été; d’autres veulent qu’elles se reproduisent aussi en Afrique; ils en donnent pour raison le nombre prodigieux qu’on en tue en Italie, et principalement sur la côte d'Égypte. 11 est incontestable que les cailles multiplient rapidement, mais iln’est pas prouvé qu’elles pondent deux fois dans une même saison.
Dans ce qui précède nous avons principalement considéré la caille commune (coturnix dactylisonans , Temminck), qui en Europe est l'unique représentant de la division des cailles. On connaît encore la caillenatée (coturnix textilis, Temminck), qui habite tout le continent indien ; la caille australe (coturnix australis, Vieillot), qu’on trouve dans la Nouvelle-Hollande; etc.
Les manières de chasser les cailles varientsuivant les temps et les circonstances. Les époques les plus favorables sont celles de leur départ ou de leur arrivée, attendu qu’alors elles se réunissent en troupes plus ou moins nombreuses On profite aussi du temps des amours, et quand on veut les avoir grasses on attend la fin de l'été. Les instruments dont on se sert pour cette chasse sont les appeaux artificiels ou vivants, le /rémail ou halier, la lirasse,le tratneau.
Du 15 août aux premiers jours d'octobre, il se fait aux environs de Marseille une chasse aux cailles très-abondante, au moyen d’appeaux vivants : ce sont de jeunes mâles de l’année pris au filet, qu’on nourrit dans des volières; o aveugle au mois d'avril en leur passant légèrement un fil de fer rouge sur les yeux; au mois de mai, on les plume en partie sur le dos, aux ailes et à la queue, pour hâter leur mue, parce que s'ils muaient dans le temps du départ ils ne chanteraient pas. Au commencement du mois d'août, on les metdans des cages pour les y accoutumer ; au moment de la chasse, on suspend ces cages dans les vignes à des pieux de trois à quatre mètres de haut; elles y restent nuit et jour tant que dure le passage. Ces cailles appelantes, qui sont au nombre detrente, quarante, et quelquefois cent, chantent dès l'aube du jour et attirent autour des cages non-seulement celles qui passent, mais encore celles qui se trouvent dans les environs. Deux heures après le soleil levé, le chasseur bat d’abord les vignes à petit bruit, puis il tire les cailles qu'il fait lever par un chien, 11 en peut tuer ainsi quarante ou cinquante dans une matinée, pourvu que la mer soit calme; dansle cas contraire, les cailles ne passent point.
Les appeaux vivants s'appellent encore chanterelles. Pour former une chanterelle, on prend une caille femelle, on l'enferme dans une cage placée dans un lieu obseur , où,