CAILLE — CAILLE-LAIT
soir et matin , on lui donne à manger du millet à la lumière d’une lampe, et on l’accoutume ainsi jusqu’à ce qu’elle ait appris à chanter à l’aide de l’appeau artificiel. Ce dernier appeau se compose d’une petite bourse de cuir large de deux. doigts et longue de quatre, qui se termine en pointe comme une poire; on la remplit à moitié de crins de cheval et Von adapte à la pointe une sorte de sifflet long de trois doigts, fait d’un os de jarret de lièvre. Il y a des appeaux plus com pliqués que l’on trouve chez les marchands. On chasse à l’ap= peau depuis le mois de mai jusqu’en août ou pendant tout le temps que durent les amours.
Le halier est un filet que l’on tend debout au moyen de piquets; le chasseur se place d’un côté, fait jouer l’appeau, et les mäles qui l’entendent courent vers le chasseur, croyant trouver une femelle, et se prennent dans le filet.
La lirasse est aussi un filet de couleur sombre; on la traîne au moyen de la corde qui lui sert comme de bord d’un. côté. 11 faut deux personnes pour manœuvrer ce filet ; cepen-« dant un homme seul peut s’en servir utilement en fixant la, tirasse par un pieu. On conçoit aisément la manière dont les cailles se prennent à la tirasse; comme elles se tiennent habituellement à terre, il est facile de les environner et de les couvrir avec le filet.
Le traineau est une sorte de tirasse dont un côté rase la terre et ramasse les cailles comme un filet prend le poisson de la partie d’une rivière dont il balaie le fond. TeyssÈDRe.
CAILLE (La). Voyez La CaiLce.
CAILLÉ, qualité d’un liquide décomposé par un agent quelconque, et qui forme une masse plus ou moins consistante : on dit du sang caillé, du lait caillé. On emploie même souvent ce dernier mot tout seul et dans la forme substantive, pour indiquer le lait qui est dans cet état, et qui fait en grande partie la nourriture de beaucoup d’habitants des campagnes, et surtout des hautes montagnes, telles que celles de PAuvergne.
CAILLÉ (René). Voyez CAILLIÉ.
CAILLEBOTE , espèce de tenons à croc que l’on ménage sur les faces de la mèche d’un mât d'assemblage et qui s’emboîtent dans des entailles correspondantes dont les jumelles sont pourvues.
CAILLEBOTIS, sorte de grillage ou de treillis fait de petites pièces de bois légères entrelacées et mises à angles droits, dont on recouvre les écoutilles. Les caillebotis, dont l'objet est de donner du jour, de l’air et un passage à la fumée dans un combat, conviennent très-bien à un vaisseau de guerre; mais la marine marchande doit considérer qu’une écoutille à caillebotis donnant toujours de l’eau dans les mauvais temps, offre un inconvénient à éviter pour un navire du commerce, qui ne doit jamais souffrir d'humidité. entre ses ponts. C’est pourquoi les caillebotis sont remplacés par des panneaux sur les bâtiments du commerce.
CAILLE-LAIT , nom vulgaire du genre gaillet, de la famille des rubiacées, et en particulier du gaillet jaune (galiumverum, Linné). On distingueencore legaillet blanc, le gaillet des bois, le gaillet des marais, le gaillet gra- Leron, ete. Ces différentes espèces, que l’on cultive dans les jardins, viennent aussi spontanément dans les champs, où la dernière est même très-incommode, par la facilité avec la= quelle ses fruits s’attachent à tout ce qui les touche : les moutons en sont quelquefois tout couverts, et on ne peut les arracher qu'au détriment de leur laine.
Ce qui a fait donner à cette plante son nom vulgaire, c'est qu'on a longtemps attribué à l’une de ses espèces, le gaillet jaune, la propriété de faire cailler le lait, Parmentier s’est assuré, par une suite d'expériences variées, que cette, croyance n'est pas fondée; mais on emploie avec avantage, en Angleterre surtout, les sommités fleuries de cette espèce pour donner une couleur jaune au beurre et au fromage: La tige de ce gaillet, bouillie avec de l'alun, fournit une cous,
CAILLE-LAIT — CAILLIAUD
leur propre à teindre les laines en jaune, tandis que l’on retire des racines une couleur rouge.
CAILLEMENT. Voyez CAILLOT.
CAILLET (GuiLcaumE), paysan né au village de Mello dans le Beauvoisis, fut le chef de la Jacquerie, ce formidable mouvement populaire qui eut lieu pendant la captivité du roi Jean; les insurgés l’appelaient Jacques Bonhomme, et personnifiaient en lui par ce surnom le malheureux peuple des campagnes. On sait que les Jacques faillirent changer la constitution politique et sociale du nord de la France; mais ils succombèrent devant la grande croisade que les gentils-hommes de France, de Flandre, de Brabant et de Bohème organisèrent contre l’ennemi commun. Caillet, après plusieurs défaites éprouvées coup sur Coup, voulut entrer en pourparlers avec Charles le Mau vais, roi de Navarre, qui se saisit de lui par trahison, et le fit pendre avec quelques autres chefs du parti.
CAILLETTE, En langage usuel, ce nom, diminutif de celui de caille, s'applique à une femme frivole et baxarde, sans préjudice d’un bon nombre d'hommes à qui il pourrait bien convenir. Mais ce synonyme poli decomméère fut employé autrefois dans une acception différente. On le trouve dans plusieurs ouvrages du seizième sciècle, pour niais, fol, imbécile. C'est ainsi que le comprennent Marot, Bèze et d’autres.
Le sobriquet de Caillettes s’est surtout appliqué aux enfants de Paris. En cette ville, Caillette-maman se disait d'un petit garçon timide ou grognon , qui, au lieu d’aller jouer avec les enfants de son âge, se tenait sous les jupons de sa mère. On lit dans la Salire Ménippée: « Si nous étions tous de Paris, je dirais que nous ne sommes que caillettes. » Le commentateur Le Duchat fait d’ailleurs la remarque suivante : « Le sobriquet de caillette est particulier aux Parisiens. Comme, du reste, il y a apparence que Sibilot, fou de Henri LI, ne fut appelé de la sorte qu’à cause de sa simplicité, semblable à celle d’un oïison, appelé en plusieurs endroits de la France sibilot (a sibilando), je suis bien tenté de croire que le sobriquet de caillelte, donné, comme je le suppose, au fou de François 1°°, à cause de sa niaiserie, semblable à celle de la caille, ne sera demeuré aux Parisiens badauds qu’à cause qu’on prétend qu'ils lui ressemblent. » Un autre passage de la satire Ménippée pourrait confirmer l'opinion de Le Duchat, le voici; « Zé n’est pas sans cause que les autres nations nous appellent caillettes (fait dire au ligueur d’Aubrai, dans sa harangue pour le tiers état, le savant Pierre Pithou), puisque, comme pauvres cailles coiffées et trop crédules , les prédicateurs et sorbonistes, par leurs caillets enchanteurs, nous ont faii donner dans les retz des tyrans et nous ont après mis en cage, renfermez dedans nos murailles pour apprendre à chanter ; » et, autre part, il ajoute : « Et ne peut empêcher que nous ne soyons toujours jugez et réputez grands badeaux et caillettes , sots en latin et en français. » Oudin, dans ses Curiosités françaises, dit : « Une caiilette, un mais, c’est l’attribut des enfants de Paris, » En voilà bien assez pour réfuter l'opinion de La Monnaie, qui en parlant du fou Caillette , d’après Jean-Jovien Pontanus, veut que ce nom lui ait été donné par mépris, du quatrième ventricule du bœuf et de tous les animaux ruminants.
CAILLETTE (Anatomie comparée). C’est le quatrième estomac des ruminants, ainsi nommé parce qu’on en retire, chez le veau, l'agneau, le chevreau, etc., une substance dont on se sert pour faire caïller le lait. Cette signification du mot caillette a son origine dans le mot latin coaguare, transformé par contraction en notre verbe cailler.
CAILLETTE, fou &e Louis XII et de François I®, est le héros de l’un des romans historiques du bibliophile Jacob. Ce qu'on sait de lui se borne à peu de chose, et les mémoires contemporains ne lai donnent ni la grâce, ni la délicatesse, ni le courage dont s’est plu à le gratifier l’au-
teur des Deux Fous. Dans les Contes de Bonaventure des Perriers, la seconde nouvelle concerne trois fous de François 1*', Caillette, Triboulet et Polite. Ces trois hommes, tels que des Perriers, valet de chambre de la reine de Navarre, les représente, étaient plutôt des idiots que des fous. Des pages attachent Caillette par loreille à un poteau : il se croit condamné à passer là toute sa vie, et s’y soumet, On lui demande qui l’a ainsi attaché? il n’en sait rien; si ce sont les pages? oui; s’il les reconnaitra bien ? oui. On les fait tous venir, et chacun proteste que ce n’est pas lui qui a fait ce tour; Caillette soutient que ce n’est pas lui non plus, Je n’y étais pas, disent tous les pages à la fois; je n'y étais pas non plus, dit Cailleite. Certes , il n’y a pas grand esprit là-dedans. La Nef des folz, imprimée, en vers français, en 1497, fait vivre Caillette en 1494, et donne son portrait comme patron des modes nouvelles, ce qui induit Le Duchat à penser qu'il pourrait bien y avoir eu deux Caillette, quoique cette supposition ne soit pas, à la rigueur , nécessaire. Rabelais le nomme plusieurs fois, et lui donne pour bisaïeul Seigné Joan. On peut consulter, au reste, sur ce bouffon une brochure intitulée la Vie et Trépassement de Caillette, sans lieu ni date, petit in-8°, gothique. CAILLIAUD (Frépéric), voyageur moderne, est né à Nantes, le 10 mars 1787, d’un serrurier-mécanicien. Sa première éducation fut très-négligée ; mais un goût précoce et inné pour la minéralogie le détermina à venir à Paris en 1809, à l’effet d’y compléter ses études dans cette science et dans la géologie, qui excitèrent en lui la passion des voyages , dont l’objet principal fut d’abord le commerce des pierres précieuses. Après avoir visité la Hollande, Italie, la Sicile, une partie de la Grèce et de la Turquie d'Europe et d’Asie, il partit de Constantinople pour l'Égypte, où il arriva au mois de mai 1815. 11 parcourut avec M. Drovetti toute la Haute-Ésypte, et pénétra en Arabie jusqu’à la cataracte de Wady-Halfah. Mohammed-Ali-Pacha, qui l'avait bien accueilli, l'ayant chargé d’expiorer les déserts à l’est et à l’ouest du Nil, pour y chercher des mines, il se rendit à la mer Rouge, et découvrit dans les environs un ancien temple égyptien, et au mont Zabarah les fameuses mines d’émeraudes, connues seulement par les écrits des auteurs anciens et les récits des Arabes, et qui depuis plusieurs siècles étaient oubliées et stériles. M. Cailliaud trouva des outils et des ustensiles qui avaient dû servir du temps des Ptolémées à des ouvriers grecs chargés d’exploiter ces mines, et vit les ruines d’une petite ville grecque qui avait dù être habitée par ces mineurs; il retrouva ensuite l’ancienne route, pour le commerce de l’Inde, de Coptos à Bérénice, ville ruinée. Malgré l’ardeur brûlante de la saison, il traversa 25 myriamètres de désert pour arriver à la grande oasis, où il découvrit des monuments antiques, dont les voyageurs anglais Browne et Hornemann n'avaient pas parlé. Après avoir donné au pacha d'Égypte 5 kilogrammes d’émeraudes, M. Cailliaud revint en France, en février 1819, avec une riche collection d’antiquités, de minéraux, de plans, d'inscriptions, que le ministère de l’intérieur, sur le rapport d’une commission, fit acheter pour le muséum de Paris, ainsi que le journal, dont la rédaction fut confiée à M. Jomard, qui le publia sous ce titre : Voyage à l’oasis de Thèbes, et dans les déserts situés à lorient et à l’occident de la Thébaïde, fait pendant les années 1815 à 1818 (Paris, 1824, 2 vol. gr. in-fol., dont un de planches). L'accueil que M. Cailliaud avait reçu du gouvernement et de l’Institut l’encouragea à tenter de nouvelles découvertes, Il repartit pour l'Égypte, en septembre 1819, chargé d’une mission, et accompagné de M. Letorzec. Il parvint le 10 décembre, après une marche pénible de dix-huit jours, à travers le désert de Libye, et avec une faible escorte, à la ville de Syouah et au temple de Jupiter-Ammon, dont il leva le plan et détermina la latitude. Prenant une autre direction, il vit à El-Ouch les restes d’un temple romain et
d'autres monuments antiques, et parcourant l’oasis de Falafré, jusque alors inconnue aux Voyageurs européens, il revint, toujours à travers les déserts, par les oasis de Dakel et de Thèbes, et rentra sur le sol égyptien , avec une foule d'objets d'histoire naturelle , d’antiquités et de documents. D'après ces matériaux et ceux que M. Cailliaud avait précédemment recueillis avec le chevalier Drovetti, M. Jomard a publié le Voyage à l'oasis de Syouah , de 1816 à 1820 (Paris, 1823, in-fol. avec fig.). Mais le voyageur était resté en Égypte. Informé que Mohammed-Ali se disposait à envoyer une armée, sous les ordres d’Ismail-Bey, un de ses fils, pour conquérir la Haute-Nubie, M. Cailliaud se rendit au Caire; et comme l’on comptait sur ses connaissances pour découvrir des mines d’or, il fut le seul Européen qui obtint du vice-roi la permission de faire partie de cette expédition. Il dépassa de plus de 50 myriamètres les ruines de la fameuse Méroé, et pénétra jusqu’au 10° degré de latitude, où il ne trouva qu’un pays inaccessible par ses hautes montagnes boisées, et des peuples idolâtres et féroces : ce fut le terme des rapides conquêtes d’Ismaïl- Pacha, qui fut assassiné près de Méroé. De retour à Paris en décembre 1822, après quatre ans d'absence, M. Cailliaud y résida quelques années, et y publia lui-même, aux frais du gouvernement, la relation de son Voyage à Méroé, au fleuve Blanc, au delà de Fazogl, dans le midi du royaume de Senndr, à Syouah, et dans cing autres oasis, de 1819 à 1822 (Paris, 1826 et 1827, 4 vol. in-8°, ornés de figures coloriées, et accompagnés d’un atlas de cartes et planches in-fol.). Les voyageurs Bruce, Browne, Kobbé et Gau n'avaient pas pénétré aussi avant dans l’Afrique centrale que M. Cailliaud, qui a recueilli sur ces pays des documents précieux pour l'astronomie , la géographie, l’histoire naturelle et l'archéologie, 11 mit en ordre une collection de plus de cinq cents piècès, qui fut achetée par le gouvernement et qui contient entre autres une momie qui a facilité les recherches de Champollion le jeune.
Décoré en 1824 de la croix de la Légion d'Honneur, membre de la Société de Géographie de Paris, de la société académique de la Loire-Inférieure, correspondant de celle de Marseille, et surnommé le continuateur de l’expédilion d'Égypte, Cailliaud vécut retiré à Nantes, sa ville na tale, où il occupait les modestes fonctions de conservateur du Musée. Il a publié : Aecherches sur les arts et métiers, les usages des anciens peuples de l'Égypte, de la Nubie et de l'Ethiopie (Paris, 1831-1835, in-4, fig.); Mémoire sur les mollusques perforants (Harlem, 1856, in-4), et Catalogue des radiaires, des annélides el mol- Lusques (Nantes, 1865, in-8). — Cailliaud est mort en 1869, dans sa ville natale.
CAILLIE (RENÉ), célèbre par son voyage à Tomboucfou, naquit en 1800, à Mauzé (Deux-Sèvres), d’un pauvre boulanger. En 1816, riche de 60 francs, il s’embarqua pour le Sénégal à bord d’un navire français qui partait de conserve avec la Méduse, mais qui ne partagea point le célèbre naufrage de cette frégate. Quelque temps après être arrivé à destination, il s'adjoignit à l’expédition du major anglais Gray, dont le but était de pénétrer dans l’intérieur de l’Afrique. Mais l’entreprise n'ayant pas réussi, il ne tarda pas à revenir au Sénégal, dont il s’éloïgna de nouveau pour entreprendre différents voyages. La lecture de Mungo-Park rallumait son ardeur : de la Guadeloupe, où il était passé, il revint en 1818 à Saint-Louis du Sénégal, et trouva moyen de s’associer, comme volontaire, à une caravane qu’Adrien Parfarrieu conduisait, à travers les pays de Yolof et de Foutah, dans celui de Bondou, Tout le monde connaît la fatale issue de cette expédition, qui avec celle de Tuckey coûta, dit-on, à l'Angleterre 18 millions de francs. Caillié revint en France pour se faire guérir de la fièvre et se reposer de ses fatigues, En 1894 il était de retour au Sénégal, où le baron Roger, gouverneur des établissements français
CAILLIAUD — CAILLIÉ
dans cette partie de l'Afrique, lui faisait avoir une petite: pacotille avec laquelle il se rendit dans la tribu de Berdkes rah, autant pour y faire le commerce que pour apprendre la langue du pays et s’y familiariser avec les mœurs et les usages des Maures. Après un noviciat de huit mois, pendant lesquels il erra, avec les Maures du désert, de campement en campement, il revint à Saint-Louis solliciter des marchandises pour faire le voyage de Tombouctou; mais il suya un refus. Ne pouvant obtenir un passeport pour établissements anglais de la Gambie, il prit à pied la rou de terre, parvint à Gorée, et passa de là à Sierra-Leone, Puis, il se fit indigotier ; et à peine eut-il économisé un petit péeule de 2,000 fr. qu’il convertit cet argent en marchan dises, et prit le costume arabe, se donnant pour un jeune Égyptien d'Alexandrie, enlevé dans son enfance par l'armée française, conduit ensuite en Sénégal pour y traiter des af faires commerciales de son maître, puis affranchi et voulant. maintenant regagner sa patrie et reprendre le culte de ses pères. i
J1 avait appris du baron Roger que la Société de Géographie de Paris avait proposé un prix de 10,000 fr. pour l@ premier voyageur qui atteindrait Tombouctou, et il avait, résolu tout aussitôt d'essayer de le gagner. Le 22 mars 182% il partit de Sierra-Leone, et se dirigea d’abord vers Kakondi, sur la rivière Nuñez. Là il rencontra plusieurs marchands de la tribu de Mandingo, auxquels l’ayait recommandé un négociant français, et partit avec leur caravane pour le Niger. Traversant vers le sud-est les pays d’Irnanké, de Foutah-Djalo, de Baleya, d’Amena, franchissant pour la première fois le fleuve le 13 juin, passant ensuite par Kankan, par Sambatikila, il atteignit le 3 août Timé, bourg du pays de Mandingo , dans la partie sud de Bambara ; une large blessure au pied le retint forcément en ce lieu, où un logement humide, enfumé, une nourriture malsaine lui donnèrent la fièvre et le scorbut, Ce ne fut qu’au bout de cinq mois de souffrances , après avoir perdu une partie des os du palais, que, grâce aux soins d’une vieille négresse, il recouvra assez de santé et de forces pour quitter ce village, qui avait failli devenir son tombeau.
Reparti de Timé le 9 janvier 1898, il parcourut, au nordnord-ouest, des contrées entièrement inconnues, jusqu’à la ville de Djenné, qu'il atteignit le 11 mars; là il s'embarqua sur le Niger pour gagner Tombouctou, où il arriva un mois après, et où il fit un séjour de quatorze jours. Ayant épuisé toutes ses ressources , il lui fallut dès lors mendier pour subsister. 11 se dirigea au nord de Tombouctou, vers le dése de Sahara , qu’il trayersa en deux mois avec une caravane, et atteignit enfin les terres du Maroc. De là il gagna Tanger, où le vice-consul de France, M. Delaporte, ne fut pas peu surpris en entendant un jour un derviche, qui voyageait. à pied, avec un sac de cuir tout usé sur le dos et des vète= ments en lambeaux, lui parler français et s’annoncer à lui comme un voyageur de sa nation, arrivant de Tombouctou. Au mois de septembre 1828, M. Delaporte procura à Caillié le libre passage à bord d’un navire de l’État jusqu'à Toulon, et fit en même temps part de ce fait singulier à la Société de Géographie de Paris, qui s’empressa d'envoyer un secours à notre voyageur. C’est ainsi qu’obseur, sans mission , sanS appui, il était parvenu à exécuter une entreprise dans laquel avaient échoué tant de voyageurs anglais distingués, en dépi de tous les secours et de toutes les ressources mis à le disposition. Lorsque Caillié fut arrivé à Paris, et qu'il fait son rapport à la Société de Géographie, non-seuleme elle lui adjugea le prix proposé, mais encore elle lui fit o tenir du gouvernement un secours annuel de 6,000 fr. rédui bientôt à 3,000, et que M. de Salvandy réduisit encore, mañl pour le convertir en une pension fixe, dont une partie À reversible sur la tête de sa veuve, Caillié reçut, en outre, croix de la Légion d'Honneur. Les observations recueil par Caillié ont été mises en ordre et publiées, avec des notes,