‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 121 sur 556 · CAILLIÉ — CAILLOT · texte numérisé non relu

CAILLIÉ — CAILLOT

par M. Jomard, de l'Institut, sous le titre de Journal d'un Voyage à Tombouctou et à Jenné, dans l'Afrique centrale (8 vol., Paris, 1830). Sans doute Caillié fut un voyageur dénué des connaissances préalables qui lui eussent été nécessaires, sans imagination, sans érudition, mais en revanche sans préjugés et sans opinions arrêtées à l'avance. Il a décrit d’une manière simple et convenable ce qu'il a vu ou appris, sans y ajouter le moindre ornement. Aussi n’hésitons-nous pas à dire que c’est très-certainement à tort qu’en Angleterre on a élevé des doutes sur l’authenticité de sa relation,

En 1830 Caillié se maria, acheta à Beurlay (Charente- Inférieure ) une petite propriété, qu'il échangea contre une autre, dans le même département, au hameau de la Baderre. Là il se livrait aux travaux agricoles avec la même ardeur qu'il avait déployée dans ses voyages. Plus riche de considération que d'argent, il fut élu maire de sa commune. Au sein d’un repos si chèrement acheté, et quoiqu'il eût cinq enfants à élever, il ne rêvait que nouveaux voyages. Toute sa correspondance ne respire qu’une pensée : aller à Bamako et visiter les mines de Bouré. C’est au milieu de ces pensées qu’une crise de la maladie qu’il avait apportée d'Afrique l’enleva, en peu de jours, à sa famille et au monde savant, le 25 mai 1838. La Société de Géographie ouvrit une souscription pour qu'un modeste monument lui Mt élevé à Pont- Labbé , arrondissement de Saintes, où il voulut étre inhumé. Plus d’un hommage flatteur lui avait été décerné de son vivant ; et le dernier éditeur des Lettres Édifiantes, Aimé Martin , lui avait dédié son travail.

CAILLOT, Ce terme, dérivé du verbe cailler, se figer, désigne toute concrétion molle formée dans un liquide qui se coagule. On nomme ordinairement caillot de sang la masse composée de fibrine et d’hématosine (matière colorante du sang), qui se sépare du sérum, lorsque les fluides sanguins, artériels ou veineux sont placés dans des circonstances favorables ; et comme le caïllot de sang flotte dans le liquide séreux, on lui donne encore le nom d’êle. Les pathologistes étudient le caillot de sang : 1° Lors de l’économie, c’est-à-dire aux surfaces et en dehors du corps humain ; 2° dans l’économie, ou dans l’intérieur de l’organisme vivant. Dans le premier cas ils examinent le sang tiré des veines, des artères, ou des vaisseaux capillaires, ou bien celui qui transsude à travers les tissus dans les flux sanguins, pour y rechercher les caractères du caïllot, dont la masse, plus ou moins volumineuse, plus ou moins compacte, offre des différences de couleur, de forme, de consistance : les caractères du caillot, réunis à l’ensemble des symptômes, servent à établir les signes qui révèlent la nature des maladies et à pronostiquer leur issue funeste ou heureuse. Dans le second cas les pathologistes observent les concrétions ou coagulations de sang qui se forment dans les cavités naturelles ou accidentelles. Lorsque le caïllot de sang se forme sur les points où les vaisseaux artériels ou veineux ont été divisés , il devient un bouchon qui s’oppose à l’effusion du sang, et dans certains cas l’art chirurgical en provoque la formation par tous les moyens qu’il possède (voyez HÉvor- RHAGIE), Lorsqu’au contraire les caillots s'accumulent dans des cavités accessibles à la main du chirurgien, seule ou armée d'instruments , lorsque l'extraction est le seul moyen de prévenir les accidents déterminés par leur présence , le chirurgien, l’accoucheur, savent déterminer l'opportunité du procédé opératoire qui doit débarrasser l’économie animale de la présence de ces caillots.

En physiologie générale, on ne doit pas se borner à ces notions sur ce qu’on entend en médecine par caillof. Il suffit de constater, par une observation plus exacte et plus approfondie des faits, que les idées de fluides et de solides dans l’histoire des corps organisés n’ont rien d’absolu ni de rigoureux, pour arriver tout de suite à des vues plus saines et plus explicatives des phénomènes. Ainsi, les humeurs des végélaux et des animaux renfermant des molécules solides

en suspension , la coagulation, le caillement, donnerait lieu à des caillots de toutes ces variétés d’humeurs. Mais ici il faut bien distinguer la coagulation de toute la masse fluide qui s’épaissit au contact de l'air ( caoutchouc, etc.), du caillement qui s'opère au sein même d’un fluide dans lequel le caillot reste suspendu, On voit tout de suite pourquoi on ne dit jamais caillot de la séve; tanäis qu’on peut observer la coagulation du chyle, de la lymphe, du sang veineux et du sang artériel, ce qui permet d'admettre le caillot de ces quatre sortes de fluides sanguins, dont la partie séreuse est elle-même coagulable.

Les liquides des animaux contiennent donc tous en général des molécules solides , qui, soit dans l’état de santé, soit dans l’état pathologique, sont susceptibles de se rapprocher et de former des agrégats plus ou muins condensés, les uns flottant au milieu de ces liquides, les autres encroûtant les tissus. Ces corps, de nature et de formes très-variées, ayant tous une densité plus ou moins molle ou pierreuse , on leur a donné lenom deconcrétions, fausses membranes, etc. Mais parmi ces fluides il en est un qui, devant être transformé en sang, s’en rapproche par sa nature; et ce liquide, sécrété par les organes marnmaires, est le lait, destiné à la première alimentation des nourrissons des mammifères. Lorsque ce liquide, plus ou moins abondant chez les nourrices, est retenu dans les canaux excréteurs, où il s’accumule, il en résulte l’engorgement des mamelles, et une maladie nommée improprement poil, mais que Gatel a plus logiquement désignée sous le nom de caillement du lait.

L'industrie a su tirer parti dans les arts du caïllement où de la coagulation dusang, de l'albumineet dulait. Les deux premiers servent à la clarification des sirops et du suere. C’est en se coagulant en effet qu’ils entraînent avec eux les matières grossières dont on veut se débarrasser. Les boudins servis sur nos fables ne sont que des caillots de sang de bœuf ou de cochon cuits avec des condiments et renfermés dans des portions de boyaux ou intestins, L’albumine coagulée est aussi préparée et combinée avec un trèsgrand nombre de substances alimentaires. Elle constitue alors des mets si généralement connus que nous sommes dispensés de les indiquer. Le lait de nos animaux domestiques, qui dans son état liquide nous fournit un aliment si commode et si recherché, renferme des substances concrescibles que l'économie rurale, l’art culinaire, la pharmacie et la chimie savent très-bien isoler, et livrer ensuite au commerce pour satisfaire à tous nos besoins. C’est par divers procédés de caillement où de coagulation du lait que nous en retirons une foule de produits (beurre, crême, fromage, etc.) qui sont dus aux transformations des matières butyreuse , caséeuse, séreuse et sucrée, combinées ou obtenues isolément. L. LAURENT.

CAILLOT (Joserun), célèbre acteur de l’Opéra-Comique et de la Comédie-Italienne, né à Paris, en 1732, était fils d’un orfèvre, et trouva un asile chez des porteurs d’cau, pendant la détention de son père, qui arrêté pour dettes obtint ensuite une place subalterne dans la maison du roi. Caillot fit avec lui la campagne de Flandre, où son esprit, sa gentillesse et sa figure agréable intéressèrent tous les généraux, et jusqu’à Louis XV lui-même, qui de retour à Versailles l’attacha au spectacle dit des petits appartements, pour y jouer les jeunes bergers et les amours. L’âge de puberté ayant fait perdre à Caillot sa voix et sa place, il fut réduit, par l’inconduite de son père, à s'engager comme musicien au {héàtre de La Rochelle, où la maladie d’un acteur qu’il fallait remplacer le fit remonter sur la scène. Après avoir joué quelques années l’opéra-comique à Bourges, à Lyon, dans quelques autres villes de France, et sur le théâtre de l’infant duc de Parme, il fut rappelé à Paris, et débuta, le 26 juillet 1760, à la Comédie-Italienne avec tant de succès qu’il fut reçu sociétaire la même année. 11 répondit complétement aux es-

| pérances du public, et créa successivement, d’une manière

inimitable, les rôles de Lubin dans Annefle et Lubin, du Sorcier, de Mathurin dans Rose et Colas, de Richard dans Le Roi et le Fermier, du Déserteur, de Western, dans Tom- Jones, au Huron, du Sylvain, de Blaise dans Lucile, etc. Les Mémoires de Bachaumont , ceux de Marmontel, ceux de Grétry, la correspondance de Grimm, etc., rendent justice aux talents supérieurs et variés, aux qualités aimables et morales, à l’esprit et au tact de Caillot.

Voici un fait qui vient à l'appui des éloges généralement donnés à sa belle voix de basse-taille, tout à la fois pleine, sonore, étendue et flexible. Peu de jours après son premier début , il créa, dans une pièce de Favart et Anseaume (La Nouvelle Troupe), un rôle de villageois qui, se présentant pour chanter la haute-contre, la taille et la basse-taille, donnait un échantillon de son triple talent. A cette heureuse organisation Caillot joignait une taille avantageuse, une physionomie expressive et ouverte, un débit et un jeu toujours simples et naturels, mais gais et pathétiques , suivant la situation. Ce fut Garrick qui devina son talent de comédien, et qui le lui annonça. Grimm le mettait, dans son genre, au-dessus de Lekain. Caillot poussait la délicatesse et le scrupule au point de refuser les rôles d’intrigants, d’hypocrites, de personnages immoraux , de peur qu’ils ne nuisissent à sa réputation. La passion de la chasse, qui avait rendu sa voix capricieuse et sa mémoire ingrate, et des {racasseries de coulisses, le déterminèrent à se retirer avant d’être privé de l'affection du public. II quitta le théâtre en septembre 1772, avec une pension de 1,000 francs; il joua encore Le Déserteur en 1773, avec autant de talent que de succès, devant le dauphin et la dauphine. Rentré depuis dix ans au théâtre de la cour et des petits appartements, il y fut attaché comme répétiteur jusque vers 1780; il retourna alors à Paris vivre avec sa mère et une de ses sœurs qui faisait le commerce de la bijouterie, et se retira ensuite, au bas de la ferrasse de Saint-Germain-en-Laye, dans une petite maison que lui avait donnée le comte d’Artois, dont il était capitaine des chasses.

La révolution ayant enlevé à Caillot ses pensions et ses économies, il vendit sa maison, ouvrit à Saint-Germain un cours de musique et de déclamation , et y fit l'agrément des meilleures sociétés par sa gaieté, sa bonhomie et son talent de mime, qu'il conserva jusque dans une extrême vieillesse. En 1800 il fut reçu correspondant de l’Institut, classe des Beaux-Arts. En 1810 le théâtre Feydeau lui décerna une pension de 1,200 francs; et en 1814 Louis XVIII lui en accorda une de 1,000 francs; il était de plus devenu, par la mort de deux de ses sœurs co-propriétaire d’une maison sur le quai Conti, à Paris. La femme de Caillot était morte depuis longtemps, à Saint-Germain, du poison qu’elle avait pris, dit-on, pour ne pas succomber à une passion malheureuse. Son fils, major d’un régiment, périt en 1812 dans l'expédition de Russie. Accablé de cette perte et frappé de paralysie, le vieillard revint avec sa fille à Paris, où une nouvelle attaque l’emporta, le 30 septembre 1816, à quatrevingt-quatre ans. Sa fille est morte depuis, en état de démence. H. AUDIFFRET,

CAILLOU. On entend généralement par ce mot tout fragment de pierre transporté par les eaux et arrondi par le frottement. Pour l’ancienne minéralogie, c’était plus particulièrement une pierre dure faisant feu sous le coup du briquet. On donnait au cristal de roche, lorsqu'il se trouvait en fragments roulés, les noms de caillou du Rhin, de Cayenne, du Brésil, de Médoc. On appelait caillou d'Égyple un minéral qui n’est pas transparent et incolore comme le précédent, mais opaque, et offrant sur un fond jaune sale des bandes contournées, d’un brun foncé. Depuis que la science , renonçant aux caractères purement empiriques, a pris pour base de ses classifications et de sa langue la nature intime des corps, tous ces cailloux ne forment plus gue diverses variétés de l'espèce quartz.

CAILLOT — CAIMAN

La langue chimique a également subi une heureuse réno vation : les anciens chimistes nommaïent liqueur de cail: loux toutes les dissolutions dans lesquelles des bases rete naient la silice à l’état de combinaison. Ce sont maintenant. des silicates. À

Dans un ouvrage dont la nature encyclopédique admet dans l’espace de quelques lignes les plus singuliers rappro= chements, nous pouvons, à la suite de ces notions scien= tifiques, rappeler l'expression si pittoresque par laquelle la. langue du soldat désigne les fantassins : ce sont des poussecailloux. À ce mot, inventé peut-être par le dédaigneux. laisser-aller du cavalier, il semble qu’on voie se traîner sur. une route pierreuse ces pauvres fantassins courbés sous le poids de leurs armes et de leur sac, impuissants même à lever le pied pour éviter le choc douloureux d’un caillou; mais que le canon tonne, il n’y a plus de pousse-cailloux : à pied ou à cheval, ce ne sont plus que des lapins!

À. DES GENEVEZ.

CAILLOUTAGE, ouvrage de maçonnerie, de pavage, fait de cailloux. Les cailloutages sont de trois espèces prin-" cipales : 1° les stratifications de cailloux sans mélange d’autres matières, comme cela se pratique sur les grands chemins; 2° les ouvrages dont les cailloux sont liés entre eux par des terres grasses, telles que de la glaise; 3° les ouvrages les plus importants en ce genre sont un composé de cailloux et de chaux : dans ce cas le cailloutage prend le” nom de béton. On fait en cailloutage de petits ouvrages de jardins , comme des grottes, etc.

CAILLY (Jacques, chevalier pe), né à Orléans, en 1604, fut un de ces esprits faciles et heureux , féconds en saillies,en bons mots, qui étaient si abondants au dix-septième siècle. Ses vers furent imprimés d’abord sous le titre de : Diverses pelites Poésies, et parurent en 1667 (in-12). Il publia ce recueil, qui fit fortune au même titre que les Madrigaux de La Sablière, sous le pseudonyme d’Acilly, anagramme de son nom. Il faut étudier dans ce petit volume ces finesses de la langue, cet atticisme délicat et d’un goût si pur ( malgré la grande liberté des expressions et des images)dont nous avons perdu le secret. Il a été réimprimé. dans le Recueil de Pièces Choisies, tant en prose qu’en. vers, publié par La Monnaie en 1714, et puis dans le Recueil de Pièces Galantes en prose et en vers de madame de La Suze et Pélisson, en 1748. Ch. Nodier en 4 donné une édition nouvelle, qui fait partie de la collection des Petils Classiques Français.

Plusieurs épigrammes de Caïlly sont devenues proverbiales, celle-ci, entre autres, contre la fureur étymologique :

Alfana vient d’equus, sans doute; Mais il faut avouer aussi

Qu'en venant de là jusque ici

Il a bien changé sur la route,

Puis cette autre sur l'antiquité :

Dis-je quelque chose assez belle, L'antiquité tout en cervelle Me dit: Je l'ai dite avant toi.

C’est une plaisante donzelle; Que ne venait-elle après moi :

J'aurais dit la chose avant elle,

Beaucoup ont été imitées depuis de vingt manières diffés rentes, et souvent avec très-peu de changements, Jacques de Cailly se disait allié de la famille de Jeanne d'Arc: 11 mourut en 1673.

CAÏMACAN. Voyez KAIMAKAN.

CAÏMAN ou ALLIGATOR, sous-genre de crocodiles, renfermant cinq espèces, {toutes indigènes à l'Amériques Les caimans ont le museau large et court, et leur voraci à

caiman, ns de la queue surtout, qu’ils font rôtir, et qu est en effet, dit-on, un mets délicieux; mais la poursuite de cet animal est d'autant plus difficile ‘et plus dangere

CAIMAN — CAIQUE

qu’il est très-friand lui-même de la chair du chasseur, et que Ja nature lui a dunné non-seulement la force de se défendre, mais encore l’audace de prendre quelquefois l'offensive.

Le caractère essentiel des caïmans est d’avoir les dents inférieures de la quatrième paire enfoncées dans des fossettes de la mâchoire supérieure. De plus, ces reptiles ont leurs pattes de derrière de forme légèrement arrondie, et on les reconnait encore à la brièveté de leur membranes inter-digitales.

CAÏMITIER ou CHRYSOPHYLLON, genre de la famille des sapotées et de la pentandrie monogynie, renfermant une trentaine d’espèces indigènes de l'Amérique tropicale. Ce sont en général de grands arbres lactescents, remarquables par la beauté de leur feuillage, qui dans les espèces le plus anciennement connues est recouvert en dessous d'un duvet soyeux d’un jaune plus ou moins vif : d’où le nom de chry ysoph yllon (de 4pvo6s, or, et gÿo, feuille).

Le chrysophyllon cainito est un arbre des Antilles, dont le fruit passe Ro un des meilleurs de cet archipel. Cet arbre est à peu orès de la gr andeur et de la grosseur de nos pommiers ; ses feuilles , qui sont très- belles, sont en dessus d’une couleur verte trés-vive et vernissée, et d’un jaune doré en dessous. Ses fleurs viennent par bouquets. Le fruit, qui est rond, a environ huit centimètres de diamètre; son écorce est lisse et d’un beau vert, mêlé de taches rouges ou aurores. Sa chair, blanche et spongieuse, est pleine d’un suc doux et miellé, qui ne plait pas d’abord aux Européens, mais qu’ils trouvent excellent dès qu'ils y sont accoutumés. Il est d’ailleurs très-rafraichissant, et lon peut le donner aux malades.

Le chrysophyllon monopyrenum, moins élevé que le précédent, est remarquable par son fruit, monosperme, deux fois plus gros qu’une olive, et d’une saveur vineuse très-agréable. Parmi les autres espèces de caïmitier, on en cultive encore cinq ou six dans les serres chaudes d'Europe,

CAIN, premier né d'Adam et d’Ève. On croit qu’il vint au monde après leur expulsion du paradis, et sa naissance combla de joie sa mère. Ëve eut bientôt un second fils, nommé Abel. Devenu homme, Abel s’occupa à élever des troupeaux, tandis que Caïn, inventeur de l’agriculture, suivant la tradition juive, se livrait aux travaux des champs. Un jour les. deux frères ayant offert un don à l'Éternel, le feu du ciel, disent les interprètes ( car la Bible nes explique pas sur ce point), consuma l’offrande d’Abel sans toucher à celle de Caïn. Saint Paul pense que le sacrifice d’Abel fut plus agréable au Seigneur parce qu’il était plus abondant et qu’il venait d’un cœur animé d’une foi plus vive. Dieu s’aperçut que Caïn était blessé de la préférence accordée à son frère; il lui dit: « Pourquoi cela tirrite-t-il et pourquoi es-tu si abattu? Si tu te conduis bien, tu seras considéré; situ ne te conduis pas bien, le péché t’assiège à ta porte, il veut l’atteindre, mais tu peux le maîtriser? » — Cet avertissement paternel ne put apaiser le ressentiment de Caïn, qui ayant cherché Abel dans les champs, se jeta sur lui, et le tua. — « Caïn, où est ton frère? lui demanda le Seigneur. — Je ne sais; suis-je le gardien de mon frère? — La voix du sang de ton frère crie vers moi; maintenant, sois maudit de dessus la terre, qui a ouvert son sein pour boire le sang de ton frère, Lorsque tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus ses fruits, tu seras agité et fugitif sur la terre. »

Caïn se reconnut coupable, et exprima la crainte de recevoir la mort du premier qui le rencontrerait. Dieu le rassura en ajoutant « que celui qui le tuerait serait exposé à une sextuple vengeance ». 11 imprima ensyite à Cain un signe pour que tout venant ne le tuât pas. Quel était ce signe? Le texte sacré n'entre à cet égard dans aucun délail, et nous livre aux conjectures des commentateurs. Les uns prélendent que Dieu changea la couleur du visage de Cain : de là, assurent-ils, sont venus les nègres. Mais cette expli-

cation ne saurait s’accorder avec l’histoire de Noé, dont les fils, en se dispersant, furent la souche primitive de toutes les races humaines. D’autres interprètes soutiennent que Dieu disposa seulement l’aventr de manière à préserver Cain.

Adam eut ensuite un autre fils, Se/h, qui lui fut accordé pour remplacer Abel, car le meurtrier n’osa plus reparaître devant ses yeux. Comme à partir de l’arrêt prononcé contre Cain, l'Écriture cesse d’en parler, il faut recourir à la tradition, qui nous apprend qu'après avoir erré longtemps à l'aventure, il s'établit dans la terre de Nod, à lorient d'Éden. Le nombre de ses enfants s'étant accru, il éleva, pour les loger, des cabanes qui finirent bientôt par former une ville, qu’il appela Hénoch, du nom de son fils, Il périt enfin à la chasse, de la main de son neveu Zamech. Suivant une autre version il aurait atteint un âge fort avancé, et aurait même vécu jusqu’à l'époque du déluge.

Quoique maudit par Dieu lui-même pour s'être souillé du premier meurtre, Caïn a été loué et révéré par certains hérétiques, qui ont tenté de réhabiliter sa mémoire, et de glorifier son crime. C’est une des plus singulières et des plus déplorables aberrations de l'esprit humain. Voyez Caïinrres,

CAÏNITES, secte gnostique du second siècle de notre ère, ainsi appelée du nom de Caïn, le premier né d’Adam et d’Eve, le meurtrier d’Abel, et qui avait beaucoup d’analogie avec celle des ophites. Le système du bon et du mauvais principe, né en Orient et transporté dans l'Occident, lui servit sans doute de fondement,

Les caïnites supposaient que deux principes, la sagesse ou vertu supérieure, et l’histère , créateur du ciel et de la terre, ou vertu postérieure, ayant formé Adam et Eve, se revétirent chacun d’un corps, et eurent commerce avec Ëv e. Les enfants nés de ces rapports reproduisirent le caractère de la puissance à laquelle ils devaient la vie. Caïn , issu du principe supérieur, tua Abel, acte juste, suite nécessaire du principe dont Caïn était le représentant. Non content de rejeter le dogme de la résurrection, d’introduire diverses hérésies dans le baptême, ils soutenaient encore que les mauvaises actions conduisaient au salut éternel. De tous les livres qu’ils avaient publiés pour justifier leurs doctrines, le plus célèbre était intitulé : l'Ascension de saint Paul. On y lisaif que cet apôtre, ayant été ravi jusqu’au troisièine ciel, avait entendu des paroles mystérieuses qu’il n’est point permis aux hommes de prononcer. Or, suivant eux ces paroles enseignaient qu’il faut honorer les méchants et réprouver les bons.

Ces dangereux principes circulèrent pendant quelque temps dans les diverses parties de l'empire, et ne laissèrent pas que de faire un certain nombre de prusélytes. Réfutées par deux contemporains, saint Irénée et Tertullien, avec tout l’ascendant de la raison et de l’éloquence, les erreurs des caïnites ne fardèrent pas à tomber dans l’oupli. Quoique ressuscitées en partie sous d’autres dénominations par les vale nliniens et les carpocratiens, elles ne purent jamais jeter de profondes racines dans les esprits. On donnait aussi aux caïnites le nom de judailes , parce qu’ils avaient publié un Évangile de Judas, cet indigne apôtre, qu’ un empereur grec, Michel, essaya même ‘de faire canoniser.

SaiNT-PROSPER, jeune.

CAÏPHE, dont le nom véritable était Joseph Caïiaphas, grand prêtre des juifs à l’époque où Ponce Pilate était gouverneur romain de la Judée, prit une grande part à la condamnation de Jésus-Christ et plus tard aux mesures sévères adoptées par le sanhédrin à l'égard des apôtres, ce qui ne l’empêcha pas cependant d’être déposé par le proconsul Vitellius, lan 36 de notre ère. Dans Ja De Église on l’a quelquefois confondu avec l'historien Jo sè èphe, et on a prétendu que plus tard il s'était converti à la religion du Christ.

CAIQUE, nom donné primitivement aux embarcations qui servaient de chaloupes aux galères. Plus tard, celte dé-

nomination s’est élendue aux chaloupes isolées qui dans la Méditerranée, le Levant et les îles de l’Archipel, transportent le long des côtes, d’un lieu à un autre, les passagers et les marchandises de peu de poids et d’encombrement. Les caïques de la Méditerranée sont des embarcations d’un pe- Lit tirant d’eau, d’une construction légère et plate, gréées aux antennes , c’est-à-dire avec des voiles triangulaires, enverguées sur une espèce de bâton flexible, qui s'élève du ras du pont jusqu’à la partie angulaire la plus haute de la voile. Ces sortes de canots, qui ressemblent beaucoup à ce que nous appelons chaloupes espagnoles ou trincadoures, naviguent également bien dans les belles mers, à la voile et à la rame. Dans les parages septentrionaux, où la mer est ordinairement lourde et forte, ils réussiraient probablement moins.

Au temps où la flottille armée à Boulogne se disposait à faire une descente en Angleterre, on construisit, sous le nom de caïques, de grandes chaloupes pontées, rondes par l'avant, carrées par derrière, plates dans le fond. Ces embarcations, voilées en chasse-marée, bordaient une vingtaine d’avirons, et portaient sur l'avant un canon de 18 ou de 24. Abandonnées après qu’on eut renoncé à l'expédition, les caïques de Boulogne ont pourri dans nos ports, sans qu'on ait pu employer dans le service ordinaire ces barques, qui avaient coûté tant de millions et qui avaient fait gaspiller tant de bois. On nese rappelle guère plus dans la marineles caïques de Boulogne que les carlins et les camards, qui composaient avec elles le menu de cette immense et inu- “le flottille. Édouard Conpière,

ÇA IRA! ÇA IRA! Voyez CARILLON NATIONAL.

CAIRE,. Voyez KAIRE.

CAISSE ( du latin capsa, cassette, coffre ): Dans son acception la plus générale, ce mot désigne une boite, un coffre composé de planches assemblées et assujetties avec des clous ou des chevilles de bois, lequel coffre est destiné à renfermer des marchandises pour le transport ou la conservation.

En architecture, ce mot s’entend d’un renfoncement carré qui renferme une rose dans chaque intervalle des modillons du plafond de la corniche corinthienne.

On appelle caisse de poulie , sur un navire, la moufle de la poulie, Chez les tourneurs, la caisse, qui est d'ordinaire en fer ou en laiton, sert à contenir le registre ou clavier. En termes d’artificier, c’est un coffre de planches, long et étroit, en carré sur sa longueur, posé verticalement, et où l’on enferme une grande quantité de fusées volantes, lorsqu'on veut les faire partir en même temps et former en l'air une gerbe de feu.

On appelle caisse d’un clavecin, d’un orgue, d'un piano, la boîte ou l'armoire qui renferme le corps de ces instruments. La cuisse est elle-même un instrument, prise dans le sens de tambour.

Les chirurgiens appellent caisse à amputation, caisse de trépan, caisse à médicaments, des caisses où ils renferment les instruments propres à faire les opérations indiquées, ou qui contiennent une espèce de petite pharmacie ambulante, On appelle caisse caloptrique, en physique, un instrument d'optique propre à grossir des petits corps très-rapprochés et répandus dans un grand espace, et en anatomie caisse du tambour, caisse du tympan, ou trou de Fallope, du nom d'un chirurgien célèbre du seizième siècle, qui le premier a donné une description savante de l’organe de l’ouie, le trou auditif externe de l'oreille.

Le mot caisse a reçu encore une acception toute particulière, en passant dans le commerce et dans la finance. Al désigne alors une espèce de coffre-fort, soit entièrement en Ter, soit en bois, garni de barres de fer, et d’une ou plusieurs serrures à ressorts, dont le secret n’est ordinairement connu que de ceux à qui la caisse appartient, C’est dans ces caisses que les marchands, négociants et banquiers enferment

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