CAL — CALABRE
C’est à la guerre que les Français eurent à soutenir an temps de Napoléon contre les orgueilleuses et fanatiques populations de la Calabre qu’on est redevable de la connaïssance plus exacte qu’on a aujourd’hui de cette contrée, Dans l'antiquité, la Calabre faisait partie de la Grande-Grèce, qui fut la patrie de Charondas , de Zaleucus, de Praxitèle', d’Agathocle et autres hommes célèbres, la contrée où enseignait Pythagore. Mais dans ces lieux où s'élevait jadis la voluptueuse Sybaris les populations sont aujourd’hui tombées dans une barbarie profonde. Déjà du temps de l'an tiquité on vantait le climat de cette contrée; et ce n’est qu: dans un petit nombre de localités que des eaux stagnantes, à l’époque des grandes chaleurs de l'été, provoquent des ma: ladies épidémiques. D’abondantes rosées y entretiennent pen: dant presque toute l’année une charmante verdure. Pliné vante la fertilité de la terre noirâtre qui, à l'exception de 4 grande plaine de Marcesato, recouvre presque partout des roches de formation calcaire. Les plus belles forêts de pins, de sapins et de mélèzes, de même que les arbres résineux de là forêt de Sila , si célèbre dans l’antiquité, et dont Virgile (Enéide, XI) nous fait un si pompeux éloge, ombragent la crête des Apennins. Là croissent aussi le chêne vert et le chêne à kermès, les platanes d'Orient, les châtaigniers, les noyers, les aloès etles figuiers. Le frêne y produit lamanne de Calabre ; on la recueille en faisant une incision horizontale, d’un centimètre et demi de profondeur dans l'écorce de l’arbre; on la laisse tomber sur de larges feuilles de figuier des Indes, qui sont placées au pied de l’arbre en guise de bassin. Limpide et transparente, elle se coagule en petites boules à la surface. On la préfère à toutes les autres espèces de manness mais elle est rare et se vend fort cher. On trouve sur la côte le tamaris et l’arbousier. Avec le jonc des marais ( Sarrachio) les habitants excellent à fabriquer des cordages pour les navires, des corbeilles, des nattes, des cordes et des filets. Malgré l’état arriéré de l’agriculture, on ne laisse pas que d’y récolter d'excellente huile et des vins délicieux. On en exporte des grains, du riz, du safran, de l’anis, de la réglisse, de la garance, du lin, du chanvre et tous les fruits du sud. La soie y est aussi d’une excellente qualité : la culture en fut, dit-on, introduite dans cette contrée par le célèbre Roger, roi de Sicile. La Calabre n’est pas moins riche en bêtes à cornes et en moutons, et elle possède une remarquable espèce chevaline. Ses rivières contiennent des thons, des murènes et des anguilles. Aux environs de Reggio on trouve la Pinna Marina, espèce de coquillage dont le byssus très-fin sert à fabriquer une étoffe assez semblable à la soie, et qui malgré son extrême légèreté protège contre le froid, Les carrières et les mines fournissent de l’albâtre, du marbre, du grès, du plâtre, de l’alun, de la craie, du sel fossile, du lapis-lazali et du cuivre, dont l'excellente qualité était déjà célèbre du temps d’Homère.
Le Calabrais, bien qu’il ne soit guère qu’à une quarantaine de lieues de Naples, est grossier et ignorant ; ce qui ne l’empêche pas d’être sincère, hospitalier, très-sensible au point d'honneur, dès lors aussi très-vindicatif et ne pardonnant guère une injure. À côté d'un petit nombre de riches la contrée ne contient guère que des gens en proie à la plus grande pauvreté. Le dialecte des Calabrais est difficile à comprendre, mais plein d'expressions originales et caractéristiques. La classe qui possède une certaine instruction s’exprime avec une facilité et une chaleur des plus heureuses. Les femmes généralement ne sont pas belles, se marient de bonne heure, vieillissent tôt, et sont de la part de leurs maris l'objet de la plus jalouse surveillance. L'organisation défectueuse de 1} justice rend le Calabrais extrêmement enclin aux procès et aux chicanes. La superstition, qui domine dans toutes les classes, à tel pomt que le bandit lui-même porte sur la poitrine une relique dont il invoque l'appui tutélaire au mo: ment où il va perpétrer un crime, trouve son principal soutien dans un elergé en général aussi rgnorant que corrompu,