‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 127 sur 556 · CALABRE · texte numérisé non relu

CALABRE

Qu'une race d’hommes naturellement si énergique ait fini par tomber dans un tel état de dégradation, c'est ce qui ne s'explique que par l'impuissance des chefs sur une contrée divisée à l’infini, et par les résultats du système féodal. C'est en Calabre que Garibaldi débarqua en 1860 et qu'il fut fait prisonnier en 1862 à Aspromonte, Cette province, où* le brigandage n'a jamais cessé de régner, fut soumise aux mesures extraordinaires prises pour la destruction des bandés de brigands.

Au point de vuestatistique cette contrée se diviseen 3 pro Yinces, Cosenza, Reggio et Catanzaro, ayant pour chefslieux des villes de même nom et correspondant aux anciennes divisions de Calabre citérieure et de Calabre ultérieure première et deuxième, On ne trouve guère en Calabre qu'un petit nombre de villes possédant quelque industrie et un peu de commerce. Les plus importantes sont Crotone (le Croton des anciens), avec 5,000 habitants ; pour son port, Monteleone (l’Hipponiwm des Grecs, le Vibona des Romains), où l’on voit encore aujourd’hui les ruines d’un temple de Cérès; pour ses fabriques de soie, Gerace > AVEC 6,000 habitants, construit avec les débris de Locres, Pizzo, Santa-Eufemia et Paolo à l'ouest, et à l’est, comme ports de mer, Rossano et Squillace. Les traces de lépouvantable tremblement de terre qui le 20 fevrier 1783 ravagea le midi de la Calabre, où il détruisit trois cents villes et villages el fit périr 30,000 hommes, ne sont pas encore-aujourd’hui complétement effacées,

CALABRESE (Maria PRETI, dit le), né à Taverna, petite ville de Calabre, le 24 février 1613, demeurera avec Lanfranc , le Guide, Manfredi et Salvator Rosa, l’une des plus énergiques expressions des fougueuses existences de peintres au dix-septième siècle. Venu de bonne heure à Rome pour étudier son art sous la direction de son frère Greégorio, il y eut assez de succès pour obtenir le titre de prince de l’Académie de Saint-Luc. Mais Le Guerchin ayant à cette époque envoyé au pape Urbain VII son fameux tableau de Sainte Pétronille (tableau qui eut l'honneur du voyage à Paris sous l'Empire), le jeune Preti renonça aux avantages déjà acquis de la position que le pape Urbain , Son protecteur, lui avait faite, pour aller à Cento, recevoir les conseils de l’auteur du chef-d'œuvre qu'il admirait. J usqu’à vingt-six ans , il se contenta d'étudier sous Le Guerchin 5 qui l'avait pris en amitié, sans vouloir rien produire. Son début n’en fut que plus brillant : la Madeleine, sa première toile, fut trouvée si parfaite par Le Guerchin lui-même, que ve dernier ne se lassait pas de l’admirer et de la faire admirer à tous ceux qui venaient le visiter dans sa retraite. Ce premier succès ne fit qu’enflammer la noble ambition de lartiste : avant de revenir à Rome, il consacra six ans à parcourir les musées de l'Europe, et ce fut seulement à son retour qu’il exécuta son Christ devant Pilate et sa Péndlope. Les connaisseurs récompensèrent ses longs travaux en aftribuant ces toiles au pinceau de son maître. On le tint désormais pour un grand peintre ; ses protecteurs facilitèrent son admission dans l’ordre de Malte; il y entra en qualité de chevalier.

C’est alors que commencèrent les agitations de sa vie. Ayant blessé grièvement le spadassin d’un ambassadeur, il fut forcé de quitter Rome et de se réfugier à Malte. Peu

de temps après, au moment où le grand maitre commençait à apprécier son mérite , un des chevaliers le plaisanta sur Sa noblesse; Preti le frappa si rudement qw’il le laissa pour mort. Mis en prison pour ce fait, il se sauva aussitôt sur une felouque et gagna Livourne, d’où il passa à Madrid, avec la suite du nonce. 11 ne revint à Rome qu’à la mort du pape Urbain VIII, Cortone et Lanfranc y dominaient alors exclusivement. Ce ne fut qu’à la mort de ce dernier qu’on lui confia la suite des travaux commencés par le Dominiquin à Sant-Andrea della Valle ; choix qui devint

encore l’occasion d'une querelle, Un des concurrents écon- |

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duits ayant critiqué sa peinture , le Calabrese se battit avee lui, le blessa dangereusement, et de nouveau fut obligé de s'enfuir, C’est à Naples cette fois qu’il chercha un asile; mais la peste venait d'y exercer ses ravages. Ignorant les mesures sanitaires qui avaient été prises, il tue un soldat qui s’opposait à son passage, et on le saisit au moment où ils’attaquait à un autre. Sa réputation heureusement lesauva des mains de la justice. Le vice-roi l’accueillit, et lui donna quelques travaux : les seigneurs et les couvents imitèrent l'exemple du maître. Le reste de ses jours s’écoula à Malte, sauf; un dernier voyage qu’il fit à Naples. Il avait quatrevingt-six ans lorsque son barbier ayant blessé en le rasant, la gangrène se déclara et l'emporta, après deux mois de souffrances, le 13 janvier 1699.

Malgré tant de traverses, peu d'artistes ont laissé autant d'ouvrages : presque toutes les villes d'Italie en possèdent. Hs sont communs en Espagne, à Malte, en Allemagne et en France. Notre Musée n’en possède que deux : Saint Paul et saint Antoine dans le Désert, et le Martyre de saint André. La méthode rapide du Calabrese n'exclut ni l'effet, ni la vigueur, ni la puissance. Son coloris sombre et mélancolique convenait parfaitement aux sujets qu’il choisissait de préférence, les pestes, les martyres, etc. On lui reproche le défaut de correction, le mauvais choix des types, le peu de justesse et de convenance dans l’expression et la composition. B. pe Corcy.

CALAGES (Marie ne PECH ne), dame de Toulouse, qui, à limitation de Clémence Jsaure, cultiva la poésie avec un succès très-remarquable, vivait dans les premières années du dix-septième siècle. Elle remporta plusieurs fois le prix à l’Académie des Jeux Floraux. Contemporaine de Corneille, elle avait terminé son poëme de Judith, ou la Délivrance de Béthulie, en huit livres, avant que Le Cid eût paru, avant que la langue poétique eût été formée par les chefs-d’œuvre de ce grand homme, à une époque où des poëmes tels que Saint Louis, Alaric, Clovis, écrits d’un style barbare et boursouflé, faisaient pourtant une réputation à leurs auteurs. Judith ne fut publiée qu'après la mort de Me dé Calages, par les soins de M'° L'Héritier de Villandon, qui le dédia, en 1660, à la reine mère, Anne d’Autriche, régente de France. Des fragments entiers de ce poëme sont d’une touche hardie, ferme et correcte. Il y a lieu de croire que Racine connaissait et appréciait le talent de Marie de Calages, car sa Phèdre présente deux imitations évidentes de la Judith. Le poème de Marie de Calages a été réimprimé en grande partie dans Le Parnasse des Dames. CHaAmPAGNAC.

CALAHORRA, ville d'Espagne, province de Logroïo, sur le Cidacos, occupe l'emplacement de l'antique Calagurris, célèbre par son héroïque résistance aux légions de Pompée et pour avoir donné le jour à Quintilien. Siége d’évêché, elle possède une cathédrale remarquable, et fait un grand commerce en grains. La population s'élève à 7,000 àmes. Cette ville est située sur le chemin de fer de Vittoria à Saragosse.

CALAIS, ville de France, sur la Manche, chef-lieu de canton, dans l’arrondissement de Boulogne, situé sur le détroit qui donne son nom au département du Pas-de-Calais, à 297 kilomètres nord de Paris, et 28 kilomètres sud-est de Donvres; outre le chemin de fer qui la met en communication directe avec Paris, elle est reliée par une autre voie à Arras ainsi qu’à tout le réseau belge. Ce n'est guère qu’au dixième et au onzième siècle qu’il commenca à être question de Calais, et il paraît que cette ville s'était formée du hameau de Saint-Pierre, habité par des marins. Le siége de Calais par Édouard JIT, roi d'Angleterre, est le fait le plus important de l’histoire de cette ville, et les dates de ce siége ont éte rectifiées par un chroniqueur contemporain inédit, qui s'accorde avec le calenl de Bréquigny et le récit de Knigthon, pour n’en porter la durée qu’à onze mois.

Calais, soit comme l'une des barrières de la frontière du

nord, soit comme ville maritime, est défendue par sa sifuation même, par la mer, par les marais, par sa citadelle et par ses forts. L’enceinte de Calais est petite ; mais l’aspect de l’intérieur est agréable, et on peut le caractériser en disant que Calais, par l’élégance et la symétrie de ses maisons , paraît une ville peinte, Le port de Calais, situé à l’est des caps Grinez et Blanez, qui l’abritent pendant les coups de vent d'ouest et de sud-ouest, si violents dans la Manche, sert de refuge aux navires battus par la tempête ; il est accessible en tout temps, et son entrée n’est environnée d’aucun écueil. 11 peut recevoir des navires de quatre cents à cinq cents tonneaux. Il est le point le plus constamment facile pour les communications avec l'Angleterre et la France. Des paquebots à vapeur y ont établi leur station régulière. Le service journalier de ces bateaux, se faisant des deux rivages avec une exaclitude et une promptitude incontestées, favorise singulièrement le transport des voyageurs, des dépêches et des marchandises.

Il se fait à Calais un commerce extérieur très-étendu en bois de chêne et de sapin, en fers et autres productions du Nord, aipsi qu’en commissions de toutes espèces pour l’Angleterre. Les canaux qui aboutissent à la rivière de l’Aa, et vont Joindre le canal de Saint-Quentin , sont aux portes de Ca- Jais. Un embranchement du chemin de fer du nord unit Ca- Jais à la capitale. Le commerce intérieur consiste surtout dans les produits de la pêche. Une industrie nouvelle, c’est Ja fabrication des tulles. C’est aussi à Calais que se confecfionnent les métiers à tulle qui alimentent les ateliers du Pas-de-Calais, du Nord, de la Somme et d’autres départements plus éloignés. A la naissance des fabriques de tulles à Calais, des rues, des maisons, s'étaient formées comme par enchantement dans la commune de Saint-Pierre, qui y est contiguë, et cette commune allait devenir un nouveau Birmingham, si l'arme du génie n’y avait apposé son velo, dans l’'intérèt de la défense de la place.

Bonaparte, encore premier consul, vint à Calais en 1803, durant son voyage dans le nord de la France. Il arriva en celte ville avec quelque prévention contre ses habitants, qu'il savait souffrir extrèmement de l’état de guerre avec l'Angleterre et du blocus continental, Aussi, le maire de la ville ayant rappelé avec complaisance dans sa harangue le dévouement d'Eustache de Saint-Pierre et de ses compagnons, Bonaparte l’interrompit en ces termes : « Mais votre Eustache de Saint-Pierre s’est rendu! » Et cette brusque apostrophe interloqua fort l’orateur. Cependant, Napoléon, qui re connaissait jusque alors que la bravoure militaire, fut injuste en ne tenant aucun compte de l’une des plus belles actions du courage civil. Louis XVIII rentra en France par Calais, le 26 avril 1814, et un obélisque élevé sur la jetée marqua son premier pas dans son royaume. Plusieurs souverains visitèrent ensuite cette ville, où l’on trouve d’excellents hôtels dont l’un est devenu particulièrement fameux par la philosophie critique et l’origiualité piquante de Sterne,

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