CALANDRE — CALAS
tuellement perché sur les arbres morts ou dépouillés, d'où, pouvant au loin distinguer les objets qui tentent son appétit, il fond sur eux par le chemin le plus court.
Ces oiseaux, d’un naturel taciturne, vivent dans les forêts du sud de l’ancien continent et de la Nouvelle-Hollande, Véritables omnivores, ils se repaissent également de chair fraiche ou putréfiée; ils font la chasse aux rats et aux souris; aussi dans les Indes, où certaines espèces sont en grande vénération, les calaos sont-ils nourris dans les maisons, qu'ils purgent des petits rongeurs qui les infestent.
C’est dans le creux des arbres que les calaos construisent leur nid; ils s’y retirent chaque soir, lors même que le temps de l’incubation est passé. La ponte consiste en quatre ou cinq œufs, communément d’un blanc sale, que couvent alternativement le mâle et la femelle. Ils ont grand soin de leurs petits, qui ne les quittent qu’à un âge avancé.
Les calaos semblent représenter dans l’ancien monde les toucans, qui habitentexclusivement l'Amérique. Cependant ils en diffèrent par la conformation de la langue, qui chez les premiers, petite et placée au fond de la gorge, est longue, grêle et barbelée dans les derniers.
Le genre calao renferme un grand nombre d’espèces dont plusieurs portent le nom de bec de corne. Leur chair est généralement délicate; le calao des Moluques ( buceros hydrocorax ), qui vit principalement de noix muscades, a un fumet très-agréable,
CALAS. En 1761, la famille Calas, de Toulouse, se composait de Jean CaLas, de Rose CaBiseL, sa femme, de quatre fils et de deux filles. Calas, presque septuagénaire, commerçant intègre, excellent époux, père tendre , jouissait d'une haute estime, que les ennemis de sa religion ne pouvaient pas même lui refuser. Marc-Antoine CaLas, son fils aîné, âgé de vingt-huit ans, homme instruit , ami des arts et des lettres, sollicitait le titre d'avocat ; mais le fanatisme du gouvernement interdisait le barreau aux réformis. Calas, sans abjurer sa croyance, fréquentait les églises, dans l’espoir de fléchir la rigueur des autorités. Ces démonstrations furezt vaines, et ce jeune homme, d’un esprit ardent et fier, désespéré de voir avorter en lui des talents dont'il a la conscience, exprime hautement son dégoût d’une vie dont il ne peut disposer à son gré; il s’indigne, et tombe dans une profonde mélancolie, Son frère, Louis Caras, d’un esprit bas et faux, prévoyant dans sa religion un obstacle à sa fortune, se hâte de l’abjurer; Marc-Antoine surprend ce secret, et lui adresse des reproches amers. Louis, craignant ou feignant de craindre la colère paternelle, s'enfuit. Les prêtres lui offrent un refuge; l’archevèque devient son protecteur. Bientôt ils osent demander au père outragé des secours pour le renégat; le vénérable Calas s’empresse de faire une pension au fugitif, et répond au prêtre qui le sollicitait : « Rien ne doit être plus libre que la conscience ; je laisse mon fils adopter le culte préféré par la sienne. » Le nouveau catholique, haïssant les parents qu’il avait trahis, ne cesse de les calomnier, et contribue à creuser l’abime qui s’ouvrait de-, vant eux.
Le 13 octobre 1761 , le jeune Lavaysse, fils d'un avocat au parlement de Toulouse, à son retour de Bordeaux, où il apprenait le commerce, se rendait chez son père à Caraman. Il traversait rapidement Toulouse, lorsqu'il aperçoit dans le magasin de Calas des personnes de Caraman; il leur demande des nouvelles de sa famille, et convient de partir le lendemain avec elles. Les deux fils de Calas, témoins de cet entretien et liés d'amitié dès l'enfance avec Lavaysse, l'in vitent à souper avec eux; Calas joint ses instances à celles de ses enfants : Lavaysse accepte et va, accompagné du se» cond fils de Calas, faire dans la ville quelques préparatifs pour le départ du lendemain. Ces jeunes gens rentrent à. sept heures du soir; ils montent dans l'appartement où sont réunis M. et M€ Calas et leur fils aîné : kes deux filles étaient x Jacampagne chez une amie de leur mère. Le souper
CALAS
fut court et frugal; la conversation, insignifiante, roula sur les antiquités de l'hôtel de ville, Marc-Antoine, sombre et silencieux pendant le repas, sort au dessert, selon son usage, En traversant la cuisine, il trouve la vieille servante de son père, qui lui demande s’il n’a pas froid : « Je brûle, répondil » ; et il descend. La conversation continue entre les autres membres de la famille et leur hôte : il est près de dix heures : Lavaysse se retire; le fils cadet le reconduit un flambeau à la main. Ils trouvent près de leur passage le corps de Marc- Antoine, suspendu à une corde attachée au-dessus de la porte du magasin. Les cris de douleur et d’effroi poussés par ces jeunes gens attirent M. et M®® Calas et la domestique. Le père, désespéré, se jette sur le corps de son fils, l’embrasse, le soulève vainement ; la mère ne peut croire son fils mort : elle lui prodigue ses soins, et confond ses cris avec les sanglots de son mari. Le jeune Lavaysse, sorti rapidement, revient avec un chirurgien; mais le suicide était consommé. C'était alors une infamie que de disposer de sa vie. On trainait sur la claie le corps de l’infortuné qui avait abrégé le chemin de douleurs où le sort l'avait poussé. Ainsi, la famille Calas, entourée par la foule curieuse, que grossissait sans cesse le fatal événement, prit soin, au milieu de son désespoir, d’écarter tout soupçon de suicide. Les catho-
liques interprétèrent son silence; ils accusèrent Calas d’avoir : tué son fils, parce que ce fils devait, disaient-ils, changer |
de religion comme l'avait fait son frère; et sa famille et Lavaysse étaient ses complices.
Cette extravagante calomnie acquit de la force de son ab-
surdité même. Calas était protestant : les protestants étaient |
nécessairement criminels et parricides aux yeux de leurs ennemis. Un misérable, nommé David Baudrigue, capitoul, c’est-à-dire échevin de la ville, que les Calas avaient euxmêmes appelé sur les lieux, fait transférer à l'hôtel de ville M. et M®° Calas, leur domestique et le jeune Lavaysse. On les interroge : la simplicité, la clarté de leurs réponses, auraient suffi pour attester leur innocence, quand elle n'aurait pas été prouvée par leur vie entière. L’intolérant capitoul s’obstine à trouver des coupables. Toute la ville est en émoi; la populace répète, exagère les mensonges les plus absurdes. Une funeste circonstance exaspérait le peuple contre une famille protestants : les Toulousains avaient fondé une fête séculaire pour rendre grâce à Dieu du massacre de quatre mille huguenots. Ils préparaient cette fête impie, qui rallumait singulièrement la fureur de secte. Les prêtres rayonnaient de joie de pouvoir, au milieu de leur solennité, jeter à la populace une famille protestante broyée par le fer des bourreaux. Jusque là Calas, sa famille et le jeune Lavaysse avaient cru qu’il ne s’agissait pour eux que d’avoir tenté de dérober à la vindicte religieuse le corps du suicidé. Ils apprirent avec stupeur la gravité de l’accusatiou. Une action infâme vient ajouter à l’horreur du sanglant scandale : Louis Calas, le converti, comblé des bienfaits de son père, s’empresse d’aggraver les soupçons en feignant un désespoir qui lui arrache de prétendus secrets de famille et de secte. L’archevêque, protecteur de ce néophyte, lance des monitoires ; on désignait ainsi les appels faits par le chef des prêtres à tous les ardents catholiques, de déclarer à la justice ce qu’ils pouvaient avoir vu ou appris à la charge des prévenus. Les fanatiques, les esprits faibles ou exaltés, les ennemis des Calas ou les lâches payés par leurs ennemis encombrent le tribunal et grossissent l’amas d’absurdités qui pèsent sur cette famille. La populace, les moines, les prêtres, ont devancé l’arrêt sinistre : ils proclament Marc-Antoine Calas martyr de la foi. Son corps, destiné à la claie, est porté solennellement à la tête des processions de moines; un squelette, représentant la victime, est placé sur l’autel et tient d’une main l’accusation de son père et de l’autre un glaive vengeur. On fait l’apothéose du martyr; on s’agenouille, on l’invoque, on lui demande des miracles, il en fait. Cependant le tribunal des capitouls, sur les conclusions
du procureur du roi, nommé Dupuy, condamne Calas, sa femme et son fils à la question ordinaire et extraordinaire, et Lavaysse et la servante à être présents à cette double torture. Parmi les juges-bourreaux, l’assesseur Carbonnel fait une honorable exception : il déclare les prévenus non coupables. Ces infortunés interjettent appel, et, qui le croirait? le procureur du roi en appelle de son côté à minima, et les fait jeter, chargés de fers, des prisons de l'hôtel de ville dans les cachots du parlement.
L'horrible procédure recommence; on complique, on dénature tous les faits; on charge les accusés avec un impla. cable acharnement. La noblesse du caractère de Calas, la vertueuse résignation de sa femme ne se démentent pas. La domestique, qui les sert depuis trente ans, donne elle-même un éclatant témoignage de son attachement à ses maîtres et à la vérité. Le jeune Lavaysse surtout console par son courage héroïque les amis de l'humanité, aflligés de ne voir autour des victimes que des furieux altérés de sang. Pas une voix courageuse ne retentit pour éclairer le tribunal. Le juge Lasalle seul se déclare hautement contre l’invraisemblance de l'accusation; mais, après des discussioms amères, il se
‘récuse, et, par une fausse délicatesse, rend son intégrité
inutile. Le père de Lavaysse parvient à acheter la permission de descendre dans le cachot de son fils. Persuadé, comme les Toulousains, de la culpabilité des Calas, il supplie son fils de ne plus exposer sa vie pour servir une famille coupable; il n’a qu’un mot à dire pour recouvrer la liberté; il l’exhorte à faire des aveux. « Mon père, dit le jeune homme, vous voyez l'horreur de ces cachots : dussent-ils ne jamais s’ouvrir pour moi; dussent tous les supplices inventés par la cruauté m’arracher lentement la vie, je ne trahirai pas la vérité. Je n’ai pas quitté un seul instant la famille Calas : elle est innocente; sa vertu me devient plus chère par les persécutions qu’elle éprouve. Le hasard m’a enveloppé dans son infortune : je lui resterai fidèle. » Le père, convaincu de l'innocence des Calas, admire la vertu de son fils ; mais cet avocat célèbre, qui devait être inspiré par l'amour paternel et par la vérité dont il avait acquis la preuve, se courbe devant le fanatisme et reste muet d’effroi.
Le parlement, excité par le procureur du roi, hâte la procédure ; la ferveur catholique exaspère les juges et le public. Le parlement condamne plusieurs écrits faits pour la défense des protestants à être brûlés sur l’échafaud. Le jour même où Calas devait subir son dernier interrogatoire , on brûlait un écrit destiné à prouver que le protestantisme ne commandait point le parricide. Calas, chargé de fers, traversait la cour qui séparait son cachot du tribunal ; l’aspect des gardes, des bourreaux, des flammes, fait croire à linfortuné qu’on attisait son propre bûcher : accablé de désespoir, il dédaigne de répondre autre chose, sinon qu'il est innocent, que tous les accusés sont innocents. Le procureur général conclut à ce que Calas et son fils soient livrés aux plus affreux supplices; mais il ajourne l'arrêt des autres victimes. Il porte la fureur jusqu’à condamner à comparaître devant la cour l’assesseur Monyer, accusé de trop d’indulgence dans ses interrogatoires el dans son rapport aux capitouls. Après quelques débats sur l'application des peines, le tribunal, composé de treize juges, ne compte que deux voix favorables aux victimes. L’horrible arrêt est prononcé; les mêmes capitouls qui avaient rendu le premier jugement sont chargés de s’associer aux bourreaux pour diriger les tortures, préludes du dernier supplice. Les juges espéraient que l’excès de la douleur contraindrait un vieillard à faire sincèrement ou à simuler des aveux qui, justifiant l'arrêt, serviraient à condamner les autres victimes. Le calme de l’innocence n’abandonne pas un moment le vieillard, sublime d’infortune et de courage. De la torture de la question, il est traîné lentement aux affres de la mort; contraint de tenir un flambeau de sa main déchirée par la torture , la tête et les pieds nus, dépouillé de ses vêtements,
il doit faire amende honorable à la porte des églises. Le juste prend le ciel à témoin de son innocence, et demande le pardon de ses juges. Les tourments les plus atroces l’attendent sur l’échafaud : afin de lui arracher , au nom de la religion, de prétendus aveux qu’il avait refusés aux tourments, deux prêtres sont apostés par ses juges , intéressés à mettre leur conscience à l'abri du remords ou du reproche de l’avenir. Ces prêtres, d’un œil tranquitle, épient les angoisses qui affaiblissent à la fois le corps et la pensée. L'un d’eux, connu de Calas, l'entoure de ses bras, et joint aux horreurs du supplice la fatigue de ses questions. Le martyr le regarde avec étonnement : « Et vous aussi, dit-il, vous croiriez qu’un père ait voulu tuer son fils? » Le prêtre cependant insiste; Calas, étendu sur la roue , où chaque coup du bourreau vient de lui rompre un membre, le corps presque entièrement broyé, se ranime : « Je meurs innocent, vous dis-je? Dieu punit sur moi, sur sa mère, sur son frère, la faute de mon malheureux fils. J'adore son châtiment. » Puis, adoucissant la voix : « Mais ce jeune étranger, cet intéressant Lavaysse, comment la Providence l’enveloppe-t-elle dans mon désastre? » Il dit : le bourreau lui arrache le reste de sa vie; son corps est jelé dans un bûcher ardent, et le vent disperse sa cendre. :
La férocité du peuple s’adoucit et la pitié se montre dans ses larmes; le calme héroïque du martyr proclame son innocence. On accuse les juges, et ces juges, épouvantés, veulent sans délai relâcher tous les accusés; on leur fait observer qu’absoudre ainsi, c’est se condamner soi-même; mais quand on a été injuste et cruel, on devient bientôt inconséquent et faible. Sans prononcer de jugement, le tribunal renvoie le jeune Lavaysse, M"° Calas et sa fidèle domestique ; mais on prive cette mère infortunée de ses deux filles, qu’on enferme dans un couvent ; et pour donner une apparence de culpabilité au fils dont on vient de massacrer le père, le jeune Calas est condamné au bannissement, Arrêté presque aux portes de la ville par un moine envoyé sur ses pas, on l’entraîne dans un monastère, où il reste enfermé quatre ans; il s’évade enfin pour traîner ses malheurs dans des pays étrangers. Cette famille resta plongée dans la plus affreuse détresse jusqu'à l'instant où le plus jeune des fils de Calas, qui à l’époque du procès s'était réfugié en Suisse, fut enfin présenté à Voltaire. Ardent apôtre de la vérité, le philosophe la rechercha dans cette horrible procédure, la découvrit et la fit éclater à tous les yeux, Sa voix puissance contraignit les dévots au silence, rappela les tribunaux à la justice, et le conseil royal cassa l'arrêt meurtrier des Toulousains, L’intolérance reçut un coup mortel; et Voltaire rehaussa sa gloire par une action plus belle que ses plus adrirables chefs-d'œuvre. DE PONGERVILLE,
CALATAFIME, ville de Sicile, avec 8,376 âmes, située près d’Alcamo, au milieu d’un pays fertile. Elle est mal bâtie et son château-fort est en ruines. C’est sous ses murs qu’eut lieu Ja première rencontre de Garibaldi avec les Napolitains (15 septembre 1860) : après un court engagement il les délogea de leurs positions et les mit en fuite.
CALATAGIRONE, ville de Sicile, dans la province de Catane, avec 24,000 âmes, est un siège d’évêché. Elle a de belles rues, beaucoup d’églises et plusieurs fabriques.
CALATA YUD, place forte d'Espagne, dans la province de Saragosse, à 60 kilomètres de cette ville, au confluent du Xalon et du Xiloca, avec une population de 9,500 âmes, des tanneries et des fabriques de draps, lainages et savens, Elle est située tout près de l'emplacement de l'ancienne Bilbilis des Celtibériens, dans l'Espagne Tarragonaise, sur le fleuve Xalon, célèbre par la trempe qu’on savait y donner au fer et par la naissance du poëete latin Martial, qui l’a plusieurs fois célébrée dans ses épigrammes. La ville actuelle a été fondée au huitième siècle, par un des premiers chefs de la conquête musulmane, Ayoub, d’où lui vient son nom de Cala't Ayoub (château d'Ayoub). Alphonse d'Ara-