‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 141 sur 556 · CALDERON · texte numérisé non relu

CALDERON

crétaire d'État sous Philippe LIL, roi d'Espagne. Favori du duc de Lerme, il en obtint cent mille ducats de rente avec lespérance d’une vice-royauté. Aveuglé par sa haute fortune, il méconnut d’abord, dit-on, son pauvre père, que dans la suite il entoura d’égards et de respects, pénétré de repentir pour ses premiers procédés. En 1618 la disgrâce de son protecteur entraîna la sienne. On l’accusa de l’empoisonnement de la reine Marguerite. Lorsque Philippe LV monta sur le trône, il y avait déjà deux années qu’il languissait dans les cachots. Le comte-duc d'Olivarès le sacrifia à la haine du peuple contre le duc de Lerme, On l’accusa du meurtre de deux gentils-hommes espagnols ; le 21 octobre 1621 il monta avec fermeté sur l’échafaud, où on lui trancha la tête par devant; les seuls coupables de haute trahison étaient décapités par derrière. C’est ainsi que l’envie lui fit expier les faveurs d’une fortune inouie. Cependant son courage et son innotence touchèrent de compassion jusqu’à ses ennemis. DENNE-BARON.

CALDERON DE LA BARCA HENAO Y RIANO (Don Pepro), poëte dramatique, un des plus célèbres, des plus féconds et des plus ingénieux auteurs du théâtre espagnol, naquit à Madrid, en 1601, et fut élevé par les jésuites. À l’âge de quatorze ans il avait déjà composé une pièce ( £Z Carro del Cielo) dans l'intervalle de ses études, qui ne durent point , son génie à part, être très-fortes, puisque dans son Héraclius il introduit du canon, des boulets, parle d’un duc de Calabre, d’une reine de Sicile, et cela au septième siècle! Dégoûté presqu’à son entrée dans le monde, des grands et d’une cour à laquelle il devait bientot reparaître avec éclat, il se jeta dans la milice, où il fit, comme simple soldat, quelques campagnes en Italie et dans les Pays-Bas. La renommée de son talent dramatique, qu'il exerçait en même temps que le métier des armes, vint bientôt aux oreilles de Philippe IV, dont la passion dominante L était le théâtre, et qui avait composé lui-même quelques comédies sous le nom d’un bel-esprit de La cour (un ingenio de esta corte). En 1636 ce prince manda Caldéron, le décora de l’ordre de Saint-Jacques, et l’institua l'unique directeur des spectacles, fêtes et jeux publics. C’était à peu près la charge que Molière remplissait auprès de Louis XIV. La munificence et la libéralité de ces deux monarques protecteurs des lettres étaient égales. Elles fournissaient largement et noblement à la pompe des divertissements qu'inventaient pour le plaisir du peuple et du souverain ces deux célèbres poëtes.

La fertilité de Calderon est encore plus étonnante que son génie. Il ne composa pas moins de quinze cents pièces; il fut néanmoins surpassé par Lope de Véga, qui en fit deux mille deux cents ; le plus fécond des tragiques grecs, Sophocle, n’alla qu'à cent trente. Les Espagnols doivent à Ca'deron, devenu chanoine de Tolède, en 1652, soixantehuit autos sacramentales, actes sacramentaux. Ces pièces étaient ce qu’en France au seizième siècle on appelait Les mystères, les actes des saints, les moralités. Ces autos sont précédés de Zoas ou prologues; cette règle n’est pas vonsfante. Outre des comedias de capa y espada , de cape et d'épée (haute comédie), Calderon composa des tragédies. L'un des autos de ce poëte est intitulé : Za Devocion de la Alisa : on célèbre en effet une messe sur le théâtre, et pendant l'office on engage une bataille; un ange, le diable, un roi de Cordoue , mahométan, une vivandière et deux graciosos ou soldats bouffons sont les acteurs. La pièce est terminée par le mariage de la vivandière avec un gracioso, et par l'éloge de la messe. Vers le milieu du siècle dernier on représentait encore sur le théâtre de Madrid quelques-uns de ces autos.

Les pièces de Calderon sont divisées en trois journées ou actes. Toutes les règles d’Aristote y sont violées ; nos célèbres drames du boulevard en trente et quarante tableaux peuvent seuls donner une idée des imbroglio, de la confusion des per-

sonnages, des disparates et du mépris de toutes .es unités qui y règnent. Vainement Cervantes, par ses plaisanteries

fines et originales, voulut-il opposer une digue à ce dévergondage de la scène ; le goût espagnol l’'emporta. Comme dans Shakspeare, il y a de l'or et des diamants dans cette poussière et ces scories ; il en sort des traits sublimes, de merveilleuses intrigues, des dénoûments inespérés et une fermentation d'intérêt et de style qui va toujours échauffant l’imagination du spectateur. Il est à remarquer cependant que, comme l’auteur d’Ofhello, Calderon n'ignorait pas les règles fondées par les chefs-d'œuvre de Sophocle et d’Euripide ; il sacrifiait à son penchant et à son époque.

Une des pièces les plus remarquables de ce poëte, c’est l’'Héraclius, que Voltaire a traduite; les Espagnols la nomment la famosa comedia. Corneille aussi nous a donné un Héraclius. Laquelle de ces tragédies est antérieure à l’autre ? quel est l’imitateur? La question n’est point encore résolue. : La comédie du poëte espagnol : On ne badine pas avec l’amour, a été imitée par Molière dans les Femmes savantes. La force comique excelle dans ce dernier; mais la pièce manque d’intrigue, et n’a pas l'intérêt de celle de Calderon. Dans sa comédie de La Fausse Apparence, Scarron a entièrement imité celle qui a pour titre : Se défier des apparences. En 1789, Collot-d’Herboïis fit jouer avec succès à Paris sur le Théâtre-Français Le Paysan Magistrat, qui n’était qu'une quasi-copie de L’Alcade de Zalamea, du poëte espagnol, dont on admire par-dessus tout, et avec raison, Ze Prince constant et La Vie est un Songe. La première est son chef-d'œuvre. Enfin l'Odéon nous a donné dans ces dernières années une traduction libre, par M. Hippolyte Lucas, du Médecin de son Honneur ( El Medico de su Honra), une des pièces où le génie du dramaturge espagnol brille le plus et où le caractère castillan ressort de la manière la plus frappante.

Il à paru en Espagne plusieurs éditions des comédies et des autos de Calderon. L'édition publiée à Leipzig en 1827 par J.-G. Keïl est estimée ; elle forme 4 volumes compactes. « Jamais, dit M. Philarète Chasles, autant de coups d'épée ne furent distribués en Espagne ; jamais autant de déguisements, de travestissements, de complications, de rencontres imprévues, de générosités foudroyantes, de duels insensés, de portes secrètes, de cachettes, de bizarres imbroglios, de ruses féminines, de vengeances jalouses ne se sont joués à travers la brûlante vie espagnole... Mais il y a en elle le germe, l’ébauche de tout cela. Calderon entasse ou plutôt il complique avec une grande habileté incidents sur incidents, événements sur événements, amours sur amours, intrigues sur intrigues; la vie abonde dans ses puissantes et faciles conceptions ; il crée sans beaucoup réfléchir, il chante et il agit, passant de l’élan lyrique et de la passion dithyrambique au conflit tumultueux des faits. Il invente toujours sans se lasser, des situations extraordinaires, qu’il renouvelle avec la facilité la plus étourdissante ; son rhythme correspond à sa pensée; c’est une succession rapide de vers qui volent étincelants et sonores : ces vers, surchargés de fleurs orientales et d’hyperboliques métaphores, soutiennent sans effort des périodes immenses, des récits merveilleux, de somptueuses descriptions, qui vous entraînent el vous emportent dans leur essor. »

Calderon mourut en 1687. Depuis son entrée au canonicat de Tolède il n'avait plus voulu entendre parler de son théâtre profane ; comme Racine dévot, il avait la force ou la faiblesse de renoncer à ses premières gloires. Ses seuls autos sacramentales occupèrent exclusivement la fin de sa vie.

DENKE-Barox.

CALDERON (Don Sérari), l’un des poëtes de la jeune Espagne , est né au commencement de ce siècle à Malaga, et se fit déjà remarquer à l'université de Grenade, où il étudia le droit. En 1822, il fut nommé professeur de rhétorique et de poésie à Grenade, et éveilla l'attention du

monde lettré par la publication de plusieurs poëmes. Ayant, peu de temps après, embrassé la profession d'avocat dans sa ville natale, il ne renonça pas pour cela au commerce des muses. En 1830 il vint à Madrid, et y publia sous le voile de l’anonyme ses Poesias del Solitario (Madrid, 1833), qui obtinrent un très-favorable accueil. Il écrivit, en outre, pour les Cartas Españolas , le seul journal littéraire qui parût alors, quelques articles, pleins de vérité et de malice, sur les mœurs de l’Andalousie, qui contribuèrent à populariser son nom encore davantage. Il se livrait en même temps avec un rare succès à l'étude de la langue arabe, et composait, par ordre du gouvernement, un manuel d'économie politique : Principios de Administracion. Au commencement de 1834 il fut nommé auditeur général à l’armée du Nord, et en 1836 gouverneur civil de Logroño. Une chute de cheval qu’il fit cette même année l'ayant forcé de revenir à Madrid pour s’y faire traiter, il employa ses loisirs à former une collection complète des Cancioneros et Romanceros, tant imprimés que manuscrits, de ces trésors de l'antique littérature espagnole qui deviennent de plus en plus rares, et à en préparer une édition critique. C’est aussi à cette époque qu’il écrivit son remarquable roman Cristianos y Moriscos, qui rappelle l'esprit et le style de Cervantes, et qui est imprimé dans la Colleccion de Novelas originales españolas (Madrid, 1838). Vers la fin de 1837 il fut nommé chef politique de Séville, mais à la suite de l'insurrection populaire qui éclata dans cetle ville en novembre 1838 il dut prendre la fuite, pour ne point périr victime de la haine des partis, et rentrer dans la vie privée. Depuis ce moment il s’est exclusivement consacré aux sciences et à la poésie. On a, entre autres, de Sérafin Calderon de précieuses études sur la littérature des Maures d’Espagne. Son ouvrage le plus récent se compose de scènes ingénieuses empruntées à la vie populaire : Æscenas andaluzas (Madrid, 1847). C’est le développement des articles insérés dans les Cartas Españolas.

CALDER WOOD (Davin), célèbre théologien de l'Église d'Écosse, naquit en 1575. 11 s'appliqua de bonne heure à l’étude des saintes Écritures, qu’il voulut lire dans les langues mêmes où elles sont conçues ; il lut aussi les ouvrages des Pères. En 1604 il se prononça contre l’épiscopat , et pour le système ecclésiastique établi alors en Écosse. Comme le roi Jacques 1°" voulait accorder ce système avec celui qu'avait embrassé l'Angleterre, il éprouva la plus vive opposition de la part de Calderwood, aux assemblées tenues à Glasgow, en juin 1610, et à Aberdeen, en août 1616. Les ecclésiastiques écossais ayant protesté contre une infraction que le parlement avait faite à leurs priviléges, Calderwood, Pun des signataires de cet acte, reçut l’ordre de comparaître à la cour, qui se trouvait alors à Saint-André, pour y rendre compte de sa conduite. Fort mal accueilli par le roi, qui le

fit même arrêter, on lui donna à entendre qu'il eût à s’exiler,

volontairement des États de sa majesté, et à n’y point ren- {rer jusqu’à nouvel ordre.

+ Calderwood se retira en Hollande, où il resta plusieurs années. Pendant sa retraite forcée dans ce pays, il composa ur ouvrage intitulé : AZatre damascenum, dont le sujet roule sur la querelle des presbytériens et des épiscopaux. Comme il avait été longtemps malade, on fit courir le bruit, en 1624, qu’il était mort. Un individu qui avait intérêt à se prêter aux vues de la cour, {s’avisa de publier sous le nom de Calderwood une prétendue rétractation de ses idées en matière de dogme et de liturgie, dont les matériaux furent fournis, dit-on, par le roi lui-même, Mais on ne tarda point à savoir que Calderwood vivait encore et désavouait hautement cette œuvre d'un faussaire. 11 ne quitta la Hollande pour retourner en Écosse qu’en 1636, et mourut en 1651 à l'age de soixante-seize ans. On a de lui plusieurs ouvrages de controverse; voici les titres des principaux : Discours de l'Église à ses Enfants bien aimés ; Différence entre le pasteur el le prélat ; Raisons pour lesquelles on ne doit pas

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