CALE — CALÉDONIE
CALÈCHE. Cette élégante voiture à un ou deux chevaux se distingue particulièrement par la capote mobile dont elle est pourvue. Cette capote est en cuir et se trouve tendue sur quatre cerceaux ; de plus elle est soutenue par des leviers en fer à charnière, en forme d’S, que l’on appelle compas. Lorsqu'on veut ouvrir complétement Ja calèche, L& domestique resserre ces compas en les repliant sur eux-mêmes et en jetant la capote en arrière. Il y a plusieurs espèces de calèches, les calèches à l'anglaise, les calèches à cave, c’est-à-dire fermées par un tablier de cuir percé d’un trou, les calèches-coupés et les calèches de chasse,
CALÉDONIE. C’est sous ce nom que les Romains désignaient la contrée montagneuse de l'Écosse située au nord du golfe et de la Clyde, et que Cnéius Julius Agricola , qui pénétra lui-même en Calédonie, assigna pour limites à la province romaine appelée Britannia ou Bretagne; limites qu’il fallut d’ailleurs plus tard reporter plus au sud. Tacite donne le nom de Calédoniens à tous les habitants de cette contrée indistinctement; mais Ptolémée le réserve à ceux de la partie nord-ouest seulement. Ils n’appartenaient point à la race germanique, mais à la race celtique, et leur nom s’est conservé dans celui de gaels, qu’on donne encore aux Écossais des montagnes. Au commencement du troisième siècle de l'ère chrétienne, Septime-Sévère fut impuissant à réprimer leurs incursions dans la partie romaïne de la Bretagne. Les Pictes, dont à partir du quatrième siècle le nom remplace l’ancienne dénomination de Calédoniens, n'étaient point un peuple différent. Il faut y joindre les Scots, dont le nom apparaît pour la première fois dans la seconde moitié du quatrième siècle, et qui avaient émigré d'Irlande dans la parte du territoire désigné de nos jours sous lenom de comté d’Argyle. Au cinquième siècle, quand ils se virent abandonnés par les Romains, les Bretons invoquèrent l'appui des Saxons pour les protéger contre les actes de brigandage et les dévastations de ces deux peuples, Ces Scots; dont de nouvelles émigrations avaient vraisemblablement accru le nombre pendant le cours du sixième siècle, détruisirent en 839 le royaume des Pictes; et à partir de cette époque le royaume des Scots comprit tout le territoire appelé aujourd'hui Écosse.
CALEDONIE ( Canal de). Ce canal, d’une haute importance pour le commerce, la navigation, les pêches et l’agriculture de l'Écosse, s'étend depuis la mer Atlantique, à partir du fort William, dans le comté d’Inverness, jusqu'au Murray-Firth, golfe de la mer du Nord, près d'Inverness. Il est coupé par huit grandes écluses, et ses deux embouchures sont protégées par des forts. Ce canal est remarquable par ses gigantesques proportions ; il a 6 m. 66 cent. de profondeur; dans son fond il est large de 16 m.66 cent,, et a 40 m. 66 cent. de largeur d’un bord à l’autre, Les écluses ont 57 m. 33 cent. de long et 13 m. 33 cent. de large. Des frégates de 32 canons, complétement armées, peuvent y naviguer sans danger. Les deux ports situés aux embouchures sont si spacieux et si profonds qu’ils peuvent recevoir les flottes les plus considérables. La longueur du canal est de 58,750 mètres; mais comme on a su tirer parti des trois lacs (Zock) de Lochy, d’Oich et de Ness, qu'il tra= verse dans son parcours, on n’a eu besoinde creuser qu'un espace de 21, 500 mètres. Les frais de construction ne s’élevès rent pas à moins d’un million de livres sterling.
Le gouvernement en entreprenant, sous le règne de Georges III, ce travail colossal, voulut d'abord donner de l'occupation à beaucoup d'ouvriers des fleset des montagnes, voisines, qui commençaient à émigrer faute de moyens d'exiss tence, et ensuite ouvrir à la navigation une voie qui pers mit au commerce d'éviter complétement les côtes, si pés rilleuses, de la haute Écosse, où, malgré toute l'exactitude avec laquelle les cartes indiquaient les écueils, malgré 1 fanaux et les balises qui avertissaient les navigateurs , chan que gros temps causait de nombreux naufrages. Depuis lots
verture du canal, les vaisseaux peuvent éviter ce long et dangereux détour; et quand le vent est contraire, ils le traversent en se faisant remorquer par des bateaux à vapeur. Toutefois, ce n’a pas été là une entreprise bien productive pour le gouvernement; car c’est à peine si ce canal rapporte la moitié de ses frais d'entretien. A. SAVAGNER.
CALEÉDONIE (NOUVELLE-). Voyez NOUVELLE-CALÉ- DONIE.
CALÉFACTEUR. Cet utile appareil, inventé par M. Lemare, et destiné à la cuisson économique des aliments , offre de grands avantages aux pays où le bois est {cher et aux ménages privés de domestiques. Le mérite de ce fourneau est dans le bon emploi de la chaleur développée par la combustion du charbon. Le foyer est entouré et recouvert d’une double enveloppe métallique pleine d’eau, et très-propre par conséquent à absorber la chaleur. Une autre enveloppe, en étoffe ouatée, empêche la déperdition de cette chaleur par les parois extérieures des vases, de sorte que la température acquise se maintient longuement et que la production de chaleur est très-économique. On conçoit que les vases placés dans ce magasin de chaleur y sont soumis à une température constante et déterminée, tout à fait favorable à une bonne cuisson des aliments. L'appareil est d’ailleurs peu dispendieux , n’exige presque aucun soin et peut livrer tout le jour de l’eau chaude pour les besoins domestiques. Économique et commode, cet appareil fournit des préparations d’excellente qualité. A. DES GENEVEZ.
CALEFACTION (du latin calefactus, échauffé). Un creuset métallique étant chauffé jusqu’au rouge blanc, sion y projette quelques gouttes d’eau, ce liquide, au lieu de s’évaporer rapidement, s’arrondit comme le mercure sur le verre, restant en repos pendant quelque temps ou bien tournant sur lui-même avec une grande rapidité. Dans cet état nommé sphéroïdal ou globulaire, ébullition est nulle, et la diminution de volume très-lente. Mais si on laisse refroidir le creuset, au moment où sa température arrive au rouge brun, le liquide bout avec violence, se trouve projeté de toutes parts et l’évaporation a lieu instantanément. Cet état particulier d’un liquide qui par son contact avec un corps surchauffé prend la forme globulaire que nous venons de décrire, a reçu le nom de caléfaction.
La cause de la caléfaction est inconnue. MM. Pouillet, Baudrimont, Person, etc., prétendent que le sphéroïde liquide est soutenu par la vapeur interposée entre lui et la paroi du vase. M. Boutigny, qui depuis nombre d'années se livre à des recherches sur ces curieux phénomènes, admet l'existence d’une force particulière. Pour combattre l’opinion de ses adversaires il recourt à l'expérience suivante : Il roule en spirale un fil de platine d’un millimètre de diamètre, de manière à en former une sorte de crible à mailles circulaires et continues, propre à laisser passer un liquide quelconque; puis, faisant rougir cette sorte de capsule, il verse dessus de l'alcool ou de l’éther, et il observe que la vapeur qu'ils produisent ayant une densité beaucoup plus élevée que celle de Pair, fait équilibre jusqu’à un certain point au courant ascendant d’air chaud produit par la haute température de la capsule; cette vapeur, tombant par les vides de la capsule, s’enflamme en dessous et en dessus, et le sphéroïde se trouve alors placé entre deux cônes de flamme opposés par leur base; la vapeur, s’échappant librement et uniformément de toute la surface du sphéroïde, ne saurait donc produire la réaction nécessaire pour neutraliser l’action de la pesanteur et maintenir le sphéroïde au delà du rayon de sa sphère d’activité physique et chimique. Si on remplace l’alcool ou l’éther par l'iode, l'expérience devient encore plus concluante : le cône de flamme inférieur est remplacé par une belle colonne de vapeurs violeties, qui tombe des vides de la capsule correspondant au sphéroïde d'iode. « Ces expériences, ajoute M. Boutigny, | me paralssent fout à fait propres à établir l'existence de cette
CALEÉDONIE — CALEMBOUR
force mystérieuse, cette force répulsive qui neutralise l’action de la pesanteur. Assurément, l'attraction n’est pas détronée par les expériences dont il s’agit, mais elles permettent de dire qu’à l'avenir il faudra compter avec la répulsion. »
Aux hypothèses de M. Boutigny, M. Person répond : « Supposons une goutte qui, libre dans un creuset, dure par exemple cent secondes; M. Boutigny explique cette lenteur, en disant que la chaleur rayonnante ne pénètre pas dans un liquide à l’état sphéroïdal. Maintenant je suspends la goutte à quelques millimètres du fond du creuset par un fil de platine terminé en anneau horizontal; la chaleur rayonnante reste sensiblement la même: d’ailleurs cela im. porte peu si elle ne pénètre pas. Ainsi le temps de l’évaporation doit être à peu près le même, ou plus petit, à cause de la chaleur que propage le fil. Or, c’est précisément le contraire qui arrive : la goutte va durer cent quatre-vingts secondes, deux cents secondes. Faudra-t-il admettre un état supersphéroïdal où la chaleur rayonnante pénétrerait encore moins que dans l'état sphéroïdal, où cependant elle ne pénètre pas du tout, d’après M. Boutigny?.. La véritable explication, c’est que la chaleur rayonnante, quiest très-bien absorbée par l’eau, dans tous ces cas, est loin d’être aussi considérable qu’on le suppose. La chaleur transmise par les fluides élastiques et surtout par la couche très-mince de vapeur surchauffée qui soutient le liquide joue un rôle capital ici, comme le prouve l’accroissement brusque du temps de l’évaporation, dès qu’on éloigne un peu Ja goutte de la paroi. » =
On voit que l'étude des phénomènes de caléfaction touche aux points les plus élevés de la science, et est encore bien peu avancée. Il est un fait qu'aucune théorie n’explique : c’est que tous les liquides ne se comportent pas de la même manière. Ainsi, dans l’expérience qui nous a servi de poin* de départ, si à l’eau pure que nous avons employée on substitue de l’eau chargée d’un alcali ou de quelque sel soluble, cette eau entre en ébullition dans un creuset rouge blanc, absolument de la même manière que dans un creuset qui est chaud sans être rouge.
Sans nous prononcer sur une question qui divise les hommes les plus compétents, rapportons encore une curieuse expérience de M. Boutigny, où nous verrons, Comme résultat des lois de la caléfaction, ce fait remarquable de la congélation de l’eau obtenue dans un fourneau à moufle, à côté de métaux en fusion. Si on place dans le moufle une capsule de platine, et que, celle-ci étant suffisamment chauffée, on y verse quelques gouttes d'acide sulfureux, cet acide commence par prendre la forme globulaire, se volatilise lentement, et attire l'humidité, qui vient se congeler à sa surface ; le glaçon ainsi formé finit par se fondre quand l’acide est presque complétement volatilisé, et il devient globulaire à son tour, pour disparaître aussi, non pas par ébullition, mais par évaporation.
I paraît que Perkins a vu dans les bouilleurs des chaudières portés au rouge l’eau prendre la forme globulaire et ne plus donner que très-pen de vapeur. On comprend alors qu au moment où la température s’abaisse, la vapeur, se produisant avec une grande intensité dans un vase elos, puisse occasionner ces explosions terribles qui ont déjà causé tant de sinistres sur les chemins de fer et dans les bàtiments à vapeur. E. MERLIEUX.
CALEIDOSCOPE. Voyez KALÉIDOSCOPE.
CALEMBOUR. On sait que le calembour consiste à jouer sur le double sens d’un mot; on sait qu’il provoque le rire; on sait qu'il sert d'esprit à ceux qui n’en ont pas, qu’il diffère des bons mots proprement dits, qu’il y a de bons et de mauvais calembours, que si ces jeux demots égayent les esprits légers et superficiels, ils excitent le mépris des hommes sérieux et profonds ; on sait parfaitement tout cela ; mais si l’on demandait pourquoi il en est ainsi, on serait peutêtre embarrassé de répondre.
Pourquoi le Calembour provoque-t-il le rire? Le rire est l'expression d’un sentiment excité dans l'esprit par la présence simultanée d’un rapport de convenance et d’un rapport de disconvenance qui se manifestent ou qui semblent se manifester à la fois entre deux choses, entre deux idées. Or, le calembour, qui consiste dans la double signification que présentent deux homonymes, ou mots ayant la méme consonnance, nous offre d’abord un rapport de ressemblance ou de convenance entre les sons qui représentent les idées, puis un rapport de différence entre les idées représentées par des sons semblabes. M. de Bièvre, apprenant qu’un de ses amis est au lit depuis un mois, s’écrie : Quelle fat-alilé! Ce mot présente deux idées fort différentes (rapport de disconvenance), qui pourtant sont exprimées toutes deux par des sons exactement semblables (rapport de ressemblance). On voit donc que les deux mêmes termes offrent le double rapport de convenance par l'expression, de disconvenance par l’idée. Plus ces rapports sont frappanis, c’est-à-dire plus la ressemblance entre les sons est exacte et la différence entre les idées saillantes, plus aussi le calembour prête à rire. Ainsi, ce jeu de mots est moins heureux quand les homonymes s’écrivent avec une orthographe différente, parce que le rapport des ressemblances n’est plus alors aussi parfait; et c’est pour la même raison qu’on le trouve déplaisant quaud la similitude des sons n’est pas entière, comme lorsqu’à un o bref correspond la syllabe longue au, etc.
Mais on comprendra mieux ce qui constitue cette espèce de jeu de mots, on l’appréciera davantage à sa juste vaieur, quand nous l’aurons comparé aux bons mots proprement dits. Prenons un exemple de ces derniers. M®° de Sévigné, en écrivant à sa fille, qui souffrait d’une affection gastrique, lui dit : J'ai mal à votre estomac. Quoique l’idée en ellemême n’invite pas à la gaieté, le lecteur ne peut rencontrer cette phrase sans que le sourire échappe de ses lèvres. Quelle en est la raison? nous l’avons donnée plus haut en définissant le rire. Cette phrase présente deux termes entre lesquels on aperçoit à la fois un rapport de convenance et de disconvenance, Comment peut-on avoir mal à l'estomac d’un autre? Un tel rapprochement ne pourrait-il pas être qualifié d’absurdité? Au fond cependant, comme on découvre facilement la convenance qui existe entre ces deux idées ! comme on voit bien sous celte forme déraisonnable le rapport naturel et intime qui existe entre les maux de la fille et la tendre sympathie de la mère ! Telle est la raison qu’on peut donner de tous les bons mots et du plaisir intellectuel qu’ils excitent : c’est, comme dans le calembour, la simultanéité et, pour ainsi dire, le conflit entre les deux mêmes termes de deux rapports d’une nature opposée.
Comment se fait-il cependant qu’on porte un jugement si différent sur le calembour et sur le véritable bon mot? Le jugement est très fondé, et l’on en va comprendre facilement la raison. Dans le calembour, le rapport de convenance est dans la forme, celui de disconvenanee est dans le fond. S’il y a consonnance dans les mots, il y a discordance dans les choses. Dans un bon mot, proprement dit, le rapport de convenance est dans le fond, la disconvenance ou, si l’on veut, la discordance des pensées n’est que dans la forme. Dans le calembour, c’est l’absurdité qui, à la faveur d’une équivoque, singe la vérité, et grimace sans pudeur sous le masque qu’elle lui emprunte. Dans le bon mot, c'est la vérité qui s’enveloppe avec coquetterie dans le voile transparent de l'erreur, et qui cache ingénieusement sous cette forme piquante son mérite et sa beauté. La vérité n’est rien pour le faiseur de calembour. S'il la rencontre quelquefois, il ne la cherchait pas, ne s’en inquiète jamais , et la sacrifie sans pitié à une misérable ressemblance de sons, qui fait mieux ressortir encore la frivolité et le vide de sa pensée, Plus même l'idée à laquelle il fait allusion est ridicule et fausse, plus on le verra s’enorgueillir de l’absurdité où il aboutit. L'amour de l’'homme pour la vérité et le bon sens est donc la source légitirne