‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 146 sur 556 · CALEMBOUR — CALENDES · texte numérisé non relu

CALEMBOUR — CALENDES

“auteur de Notre-Dame de Paris, qui, joignant le rébus au calembour, ne rougit pas de dessiner un Turc enlevant une femme et respirant un sachet de parfums, ce qui se traduit ainsi : « Le mal est qu'Adèle (le Malek-Adel) aime le patehouli. » On lui disait un jour : » C’est l'esprit des sots. — Non, répondit le poëte; c’est la sottise des gens d’esprit. »

; Des savants allemands ont prétendu que ce jeu de mots devait sa dénomination à un certain comte Calemberg, de Westphalie, qui habitait Paris sous Louis XIV, ou à un apothicaire appelé Calembourg, tous deux célèbres dans cette gymnastique plus ou moins intellectuelle. Nous sommes trop peu fort en étymologie pour oser nous prononcer en | dernier ressort sur une question si importante.

Le Christ dont la réponse à Pilate, traduite en latin, forme un anagramme, à fait un calembour tout à fait | français lorsqu'on traduit la phrase par laquelle il crée saint | Pierre chef visible de son église : « Tu es Pierre et sur cette 1 pierre je bâtirai mon église. » Nous sommes convaincu que | Voltaire ne proscrivait les calembours que parce que Jésus en avait fait un. Jules SANDEAU.

} CALENDER, nom d’une espèce particulière de moines turcs et persans, signifie or pur, et fait allusion à la pureté : de cœur, à la spiritualité de l’âme et à l’exemption de toutes souillures mondaines qu’exigeait de ses disciples le fondateur de cet ordre. C'était un Arabe d’Espagne, Youssouf, ! surnommé Ændeloussy (l'Andalousien), qui chassé de l'ordre des bektachis, et n'ayant pu être admis dans celui des mewlewis , finit par instituer les calenders, auxquels il donna le nom qu’il avait pris. Il leur imposa l'obligation de voyager perpétuellement, et autant que possible sans chaus- | sure ; de vouer une haine éternelle aux deux autres ordres de derviches ; de ne vivre que d’aumônes, et de se livrer | aux pratiques les plus austères, pour mériter les récom- | penses célestes , surtout cet état d’extase, d’illumination et de sainteté, vrai partage d’un digne cénobite.

Cette institution dégénéra bientôt. Le relâchement de la morale des calenders, la dissolution de leurs mœurs, les 2 vices les plus honteux, le vol, l’assassinat, devinrent assez Ÿ communs parmi ces moines musulmans pour que le poëte à moraliste Sädy, dans son Gulistan, qu'il écrivait au milieu | du treizième siècle, ait traité peu favorablement ceux de à Perse. Après les avoir accusés de gourmandise, il ajoute 1qu'ils ne sortent jamais de table tant qu’il y reste quelque U chose à manger, tant que la respiration leur dure. Aïlleurs, Q il dit qu’il y a deux sortes de gens qui doivent être inquiets * sur leur sort : un marchand qui a perdu son vaisseau et ‘un riche hérilier tombé enire les mains des calenders. 1 En effet, ils voyageaient assez souvent par bandes nom- ) breuses, exerçant toutes sortes de violences et de brigandages. |

Les calenders vivent à leur fantaisie, n’obéissent à aucun supérieur, ne suivent aucune règle, et ne gardent aucun frein. Leur moindre défaut est d'être de vrais pourceaux d'Épicure, tjouissant de la journée sans s’inquiéter du lendemain, s’imak ginant qu'un cabaret est un lieu aussi saint qu’une moslquée. Voleurs de grands chemins quand ils sont les plus d forts, ils changent de rôle suivant les circonstances ; ils font les fous, les imbéciles , les charlatans. Quelques-uns affec- Atent une grande continence. D’autres cherchent à inspirer de {la pitié, ou plutôt à exciter des émotions en se plantant des plumes dans la peau du front, en se traversant les ! muscles du bras avec des lardoires, en se faisant un séton Lau ventre avec un sabre, ou en s'appliquant des fers brûlants sur la face. Leur costume ne varie pas moins que leurs Q habitudes. A l'exemple de leur fondateur, qui, dit-on , était } vêtu d’une peau de bête sauvage et d’un tablier de cuir, ! mais qui pourtant avait une ceinture ornée de pierres pré- | cieuses et de diamants faux, la plupart vont presque nus; | les uns n’ont pour vêtement qu’une camisole sans manches,

tissue de laine et de crin. D’autres n’ont qu'un simple caleçon, et la tête nue garnie de longs cheveux. Il y en a, enfir, qui se coiffent avec des bonnets fort haut et composés de toutes sortes de loques qui pendillent. Ceux qui portent des plumes sur le front prétendent faire croire qu’ils sont gens à méditations, et qu’ils ont des révélations. Il y a cependant des calenders qui sont vêtus plus décemment; mais leurs habits, toujours plus courts que ceux des Turcs, ne sont que d’une seule couleur, rouge, jaune, vert ou bleu.

Les calenders se rasent la barbe et la tête, renoncent au mariage, à leur famille, à tout, excepté aux plaisirs, aux vices et aux excès qui résultent de leur vie vagabonde. Leur croyance est d’ailleurs assez commode, et favorise leur penchant pour la débauche. Le précepte du Coran qu’ils observent le plus scrupuleusement, c’est l’ablution. Ils prétendent qu'après les jouissances charnelles et les infamies les plus dégoûtantes, il suffit de se laver pour être purifié, même moralement. Ils s’enivrent d'opium et de liqueurs fortes, et dans cet état ils se frappent ou se tuent quelquefois sans le vouloir, ou se ruent sur les passants. Certes, de telles gens ne peuvent être considérés comme formant une société réligieuse, et pourtant en Perse on leur donne le nom d’4bdalaks, serviteurs de Dieu. Mais, malgré ce respect apparent, personne ne les reçoit chez soi. Ils sont obligés de vivre isolés. On leur construit hors des villes et des bourgs, et près des mosquées solitaires, un petit oratoire et une cabane, où il n’y a qu’une natte de feuilles de palmier et une peau de mouton,

L'ordre des calenders, se trouvant naturellement disposé à se recruter des factieux, des bandits, des gens corrompus, du rebut de la population de tous les pays, n’a pu manquer de figurer au premier rang dans plusieurs révolutions, de produire des fanatiques, de prétendus illuminés, des ambitieux et de grands criminels. Ce fut un calender qui en 1493, tirant un sabre qu’il tenait caché, allait frapper le sultan Bajazet II, lorsqu'il fut lui-même renversé par un pacha, d’un coup de masse d'armes. En 1526, au commencement du règne de Soliman 1°, une troupe de bandits, ayant à leur tête Calender-Beg, commirent les plus horribles dévastations dans la Karamanie, et ne purent être détruits que par le grand vizir Ibrahim, qui les vainquit près de Césarée, où leur chef s'était fait reconnaitre souverain. Plus tard, un calender, fameux voleur, mérita que ses exploits fussent célébrés dans des chansons. Son fils, s'étant révolté, en 1603, contre le sulthan Ahmed 1°", livra plusieurs combats sanglants, fut enfin défait complétement près de Marasch, el se sauva en Perse. Si l’on a vu en Europe des grandsseigneurs , des souverains, renoncer au monde pour embrasser la vie religieuse, il n’est pas extraordinaire qu’en Orient des princes, des fils de roi, ennuyés de l’étiquette des cours, aient adopté la vie joyeuse et indépendante de moines vagabonds, comme on le voit par le joli conte des Trois calenders fils de rois, dans les Mille et une Nuits. H. AUDIFFRET.

CALENDES. Les Romains appelaient ainsi le jour de l'apparition de la nouvelle lune. Leur mois commençait alors. Le jour des calendes, un des petits pontifes appelait le peuple au Capitole, lui annonçait les fêtes qu’il devait célébrer pendant le mois , et lui apprenait combien de jours devaient s’écouler jusqu'aux nones. A la rigueur , il n’éfait pas nécessaire d’être pontife pour savoir cela ; dans les mois de 31 jours , les nones arrivaient le 7 ; dans les autres mois le 5. On voit que le calcul n’était pas compliqué; mais le pontife n’avait garde de le présenter d’une manière aussi simple. Il répétait autant de fois le mot calo (j'appelle) qu’il y avait de jours entre les calendes et les nones. C'est dans l’emploi de ce mot calo qu’il faut sans doute chercher l'étymologie des calendes,

Ces calendes , ainsi que les nones et les ides étaient des jours de fête exactement chômés, mais dont le lendemain

était réputé néfaste. Les calendes étaient consacrées à Juaon, ainsi que l’atteste ce vers d’Ovide :

Yindicat Ausonias Junonia cura Calendas, ( Fastes, livre 1.)

On avait coutume de sacrifier à cette déesse le premier de chaque mois; c'est pourquoi elle portait le surnom de Calendaris.

Les calendes de janvier, qui commençaient l’année, ramenaient périodiquement cette explosion universelle de tendresse à jour fixe, de tendresse formulée d’avance en étrennes, et en vœux de bon an, dont les enfants et les domestiques ont perpétué chez nous la tradition ; Ovide est encore ici notre autorité :

At eur Iæta tuis dicuntur verba (Calendis, Et damus alternas accipimusque preces?

( Fastes, livre 1.)

Outre les faiseurs de cadeaux, il y avait une autre classe d'individus qui redoutaient vivement l’arrivée des calendes et pour laquelle celles de janvier n'étaient pas seules à craindre : c'étaient les débiteurs, qui s’engageaient presque toujours à payer ce jour-là. Il s’en trouvait beaucoup qui l'échéance venue auraient bien voulu pouvoir renvoyer leurs créanciers aux calendes grecques, car le mois des Grecs n'avait point de calendes. Émile SAUSSINE.

CALENDRE ou QUALENDRE, auteur du treizième siècle, qui écrivit en sept mille vers français une His{oire des Empereurs romains. Cet ouvrage contient l’histoire abrégée de Rome, depuis sa fondation jusqu’à la prise de cette ville par Alaric. Ce n’est véritablement qu’une chronique; mais on y trouve des passages où se montrent quelques lueurs de génie poétique. Le style, au reste, en est partout d’une clarté et d’une concision remarquables. L'auteur avait dédié son Histoire des Empereurs à Ferri 1°, duc de Lorraine , son protecteur.

CALENDRIER. Ce mot, dérivé de calende, désigne, d’après la définition qu’en donne M. Arago : « une collection de préceptes ou de tables dans lesquelles les subdivisions du {emps sont envisagées dans leurs rapports naturels ou conventionnels de position et de longueur. » La principale dé ces subdivisions est le jour, dont dérivent toutes les autres, multiples (semaine ou décade, mois, année, etc.),ousous-multiples (heure, minute, seconde, etc.)

Les calendriers de l’Europe moderne tirent leur origine du calendrier romain. Les mois romains, dont nous avons déjà donné la disposition à l’article ANNÉE, étaient divisés comme ils le sont encore dans le calendrier latin, en calendes, nones et ides. Pour marquer les jours, on se servait des huit premières lettres de l’alphabet A, B, C, D, E, F, G, H, qu'on nomma à cet effet Zeftres nundinales, parce que la huitième indiquait le jour du marché, appelé rnundinæ (quasi novem ), en ce qu’il avait lieu la veille de chaque neuvième jour de cette période. On donnait le nom de calendes au premier jour de chaque mois. Les nones étaient le cinquième jour du mois pour ceux de 30 et le septième pour ceux de 31. Cette dénomination lui avait été donnée, parce qu’il tombait constamment neuf jours avant les ides, qui arrivaient le 13 pour les mois de 30 jours, et le 15 pour ceux de 31. Les vers suivants indiquent d’une manière assez heureuse les règles de cette division :

Prima dics mensis cujusque est dicta Calenda ; Sex maius Nonas, october, julius et mars; Quatuor at reliqui; dabit Idus quilibet octo; Inde dies reliquos ownes dic esse Calendas Quos retro numerans dices a mense sequenti,

Les Romains ne comptaient pas les quantièmes comme nous. Ils caractérisaient chaque jour par sa distance à la fêle suivante du même mois, Immédiatement après les calendes d’un mois quelconque, les dates étaient rapportées aux nones, el l’on disait sept jours, six jours, cinq jours, ete.,

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