CALMANTS — CALME
tels que le redoublement de prières, le jeûne, l’abstinence, le cilice, la haire et la discipline, qui ne réussissaient pas toujours aussi bien, et dont certains avaient même quelquefois un eflet tout contraire. L. LAURENT.
CALMAR ou KALMAR, ville de Suède, chef-lieu de la préfecture de ce nom (Gothland) , sur la Baltique et le détroit formé par l’île d'Œland, est siége d’un évèque et comptait (1865) 9,115 habitants. On y trouve un collége, plusieurs fabriques et d'importants chantiers de construction pour les navires. Elle est aussi le centre d’un commerce considérable en bois. Sa magnifique cathédrale, construite, sur l’ordre de Charles XI, par Nicodème Tessin le jeune, en pierres d'Œland, est un des plus remarquables monuments d’architecture qu’il y ait dans le Nord; mais elle a beaucoup souffert d'un incendie qui y éclata en 1800. Des formidables fortifications qui entouraient autrefois cette ville, il ne reste plus aujourd’hui que ses remparts.
CALMAR (Union de). C’est ainsi qu’on désigne dans l'histoire la réunion des trois royaumes du nord, le Danemark, la Norvège et la Suède, en un seul, qui fut opérée à Calmar, le 12 juillet 1397, par la reine de Danemark Mar-
guerite, surnommée la Sémiramis du Nord, et fille du.
roi de Danemark Waldemar HI. Désirant fondre les trois royaumes en un seul et même corps politique, elle en convoqua les états à Calmar, et y fit reconnaître et couronner, en qualité de son successeur, son petit-neveu Éric, fils de Wratislas, duc de Poméranie, et de Marie de Mecklembourg, fille d'Ingeburge, sœur de Marguerite. L’acte qui ordonnait l'union perpétuelle et irrévocable des trois couronnes, fut approuvé dans cette assemblée. Il portait que les royaumes unis n'auraient à toute perpétuité qu’un seul et même roi, qui serait élu d’un commun accord par les sénateurs et les députés des trois royaumes ; qu’on ne s’écarterait pas de la descendance du roi Éric, s’il venait à en avoir; que les trois royaumes s’assisteraient mutuellement de leurs forces contre tous les ennemis du dehors; que chaque royaume conserverait sa constitution, son sénat et sa législation particulière, et serait gouverné par le roi conformément à ses propres lois.
Cette union, quelque formidable qu’elle semblât être au premier abord, n’était cependant que faiblement cimentée. Un système fédératif de trois monarchies divisées entre elles par des jalousies réciproques, par une grande diversité de formes, de lois et de coutumes, n’offrait rien de solide ni de bien durable. La prédilection, d’ailleurs, que les rois de PUnion successeurs de la reine Marguerite montraient pour les Danois, la préférence qu'ils leur accordaïent dans la distribution des grâces et des gouvernements, le ton de supériorité enfin qu’ils affectaient envers les deux autres nations alliées, durent servir naturellement à nourrir les animosités et les haïnes, et à soulever les Suédois contre l’Union. Après plus d’un siècle de luttes acharnées, l’Union de Calmar fut à jamais rompue par la paix conclue en 1523 à Malmæ, et la Suède redevint indépendante sous Gustave- Wasa. A. SAVAGNER.
CALMARS, animaux mollusques, rangés parmi les céphalopodes à dix pieds , dans la famille des seiches; ils répandent autour d’eux, lorsqu’on les inquiète, une espèce d'encre ou liqueur noire; de là, suivant les étymologistes, le nom de calmar ( du latin fheca calamaria, écritoire ), qu’on leur a donné. En Languedoc, on les appelle ca/amars ou ganglio ; en Saintonge, casserons ; en Provence et à Venise, une espèce est dite {o{hena ou totena, et à Marseille, fante : noms évidemment dérivés du mot grecreuêre, par lequel Aristote les désigne.
Les calmars sont très-bien décrits par Aristote, qui les sépare avec raison des seiches, avec lesquelles Linné les a confondus. Ils s’en distinguent en effet par leur corps allongé, muni d'ailes ou nageoires à la partie inférieure du sac seulement. Ils ont un test interne, mince, corné et trans-
parent comme du verre, semblable à une plume, comme l'ont dit les anciens. On a trouvé quelques-uns de ces tests qui étaient de la longueur de plus de 30 centimètres, ce qui suppose une assez grande faille dans certaines espèces. La bouche chez ces animaux est terminale, et entourée, comme chez tous les mollusques décapodes, de dix bras ou tentacules, ordinairement garnis de ventouses. Deux de ces bras sont plus longs que les autres.
Plusieurs espèces se trouvent assez abondamment sur nos côtes ; on les rencontre quelquefois aussi en pleine mer, Ces animaux se tiennent dans les algues et sur les rochers, y font la guerre aux poissons et aux autres animaux marins, dont ils détruisent une grande quantité. Ils pondent leurs œufs en grand nombre, et les disposent en tubes ou grappes cylindriques, de consistance gélatineuse; ces œufs ne se développent heureusement pas tous; ils deviennent en partie la proie des poissons, ou bien sont rejetés sur le rivage et s’y dessèchent. Bohadsch a évalué à 39,760 le nombre d'œufs contenus dans une seule masse de grappes qu’il a observée.
Athénée et Aristophane nous apprennent que de Teur temps les gens du peuple mangeaient des calmars. Apicius donne la manière dont on les accommodait. Du temps de Rondelet, on les estimait assez; il dit qu’on les préparait, avec leur encre, dans une sauce au beurre ou à l’huile, avec des épices et du verjus. Dans l’Archipel et sur les côtes d'Italie, cet usage existe encore. Les pêcheurs leur font une guerre cruelle, parce qu'ils détruisent beaucoup de poisson. A Terre- Neuve, on les coupe en morceaux, et on s’en sert comme d’appâts pour la pêche de la morue. Paul GERvaAIs.
CALME. Girard regarde les mots éranquillité et paix comme synonymes de calme; et il donne à ces trois noms, pour caractère commun, une situation exempte de trouble et d’agitation. Puis il les nuance ainsi qu’il suit : tranquillité, situation considérée en elle-même dans le temps présent indépendamment de toute relation; paix, situation par rapport au dehors et aux ennemis ; calme, situation par rapport à l'événement passé ou futur, c’est-àdire succédant à l'agitation ou la précédant. On a, dit-il, la tranquillité avec soi, la paix avec les autres , le calme après l'agitation. »
Nous sommes agités pendant la vie de diverses manières : aussi pourrait-on mentionner une grande variété de calmes. Mais on peut réduire et ramener toutes ces variétés à deux sortes, savoir : le calme résultant de l’équilibre des forces physiques et morales, et le calme produit par l’affaissement ou l’absence de ces forces. Ce dernier est un état plus ou moins prolongé dans lequel un être vivant perd ou n’a plus le sentiment du moi moral, malgré l’action des circonstances qui l’excitaient auparavant. Ses degrés sont l’indifférence, l’insensibilité et la mort. Le premier, au contraire, est la situation plus ou moins durable d’un être animé placé dans des conditions qui excitent en lui les idées de plaisir et de bonheur qu’il appuie par l’expérience. Ces phénomènes ayant leur siége principal dans tout le système nerveux sont plus ou moins subordonnés à toutes les autres parties de l’organisme. Ce premier calme résultant de l’équilibre des forces animatrices, se distingue lui-même en deux autres bien différents, calme physiqueetcalmemoral. Le calme physique est un état plus ou moins durable dans lequel on sent plus ou moins fortement les avantages et les plaisirs de l'harmonie, née de l’exercice régulier des organes qui agissent simultanément et successivement dans les limites que la nature leur a assignées. Le calme physique c’est la santé. Le calme moral est une situation plus ou moins prolongée de la raison humaine qui sent le bonheur de s’élever, indépendamment des circonstances sociales et, jusqu’à un certain point, des douleurs physiques, d'apprécier la portée scientifique des conceptions abstraites considérées en elles-mêmes et dans leur application à tous les genres d’activité de la nature humaine. Le calme physique est tou-
jours subordonné au calme moral; quoique celui-ci soit dans la dépendance manifeste du premier, il faut cependant s'y dérober quelquefois. Aussi n’hésitons-nous pas à proelamer la prééminence du calme moral.
C’est surtout dans les actes des hommes supérieurs qui sont la gloire de l'humanité, c’est dans les manifestations sublimes de leur génie, que le physiologiste et le poëte doivent étudier cet état de l’âme qui n’est ni l’exfase, ni l’exaltation tranquille, ni le sommeil lucide, ni le co/lapsus intellectuel ; cet état qu’on nomme le calme moral, dans lequel la raison humaine, écoutant les leçons du passé, interrogeant l’avenir, reçoit ses inspirations de tous les faits du présent auquel elle assiste. Mais pour que cet état soit le calme vrai, le calme d’une grande âme, il faut qu’il soit indépendant de toutes les circonstances de malheur et de bonheur qui tendent sans cesse à le troubler, à en altérer la pureté; il faut qu’il se manifeste, dans toutes les situations extrêmes et intermédiaires de la vie, toujours le même, toujours dominant ; imposant la loi aux autres, toujours commandé ct dominé par la religion de l’honneur, par le sentiment énergique du devoir envers ses semblables, envers soi, envers l’auteur de toutes choses. Il faut donc le concours rare d’une intelligence vaste, d’une raison supérieure et des passions les plus nobles, les plus pures, pour constituer le calme. Cet état peut donc être considéré comme équilibre parfait résultant de l’action de toutes les forces de la nature humaine ; ce n’est ni le repos, ni l’inaction : c’est au contraire la condition la plus favorable pour l’activité et le progrès de l’entendement huinain; aussi, toutes les intelligences qui disent aimer et vouloir ce progrès recherchent cette condition.
Le peintre doit s’étudier à rendre par l’expression ce calme de l’âme qu’on lit sur le visage de la sagesse, de la vertu, de l'innocence. Le sage, soutenu par le sentiment d’une bonne conscience, conserve dans les moments les plus difficiles ce calme qui l'élève au-dessus du commun des hommes,
Et sa grande âme ne s’altère Ni des triomphes de Tibère Ni des disgrâces de Varus.
Les passions nous font perdre le calme avec le bonheur, et même alors que le calme nous est rendu, il est rare qu’il puisse persister chez l’homme qui ne sait pas vaincre ces ennemis de son repos qu’il porte en lui-même.
CALME (Marine). Les marins appellent ainsi l’immobilité de l'air, le contraire du vent. Quand l'atmosphère est en repos et que la mer est unie, on dit qu’il fait calme
plat. Le premier qui s’avisa de faire dériver le mot calme |
du latin calamus (chaume), parce que c’est sous le chaume que l’on trouve la paix, si nécessaire au bonheur, celui-là, n’était point marin. Le mot calme, à la mer, ne rappelle pas les idées gracieuses qu’il présente à l'esprit quand il sert à désigner une belle soirée d'été, au moment où le soleil vient de se coucher, que tout se tait dans la nature, et que les zéphyrs et les oiseaux n’osent plus agiter le feuillage; à la mer, le calme est presque toujours accueilli par des malédictions. Ou bien il enchaîne le navire sur une mer immobile et l’arrête dans sa course, et alors les provisions s’épuisent à bord, l'ennui gagne tous les esprits, les caractères s’aigrissent ; ou bien il est le fatal précurseur de la tempête, et le navire alors craint pour sa sûreté; si un coup de vent s’élève soudain fort et violent, et qu’il vienne assaillir le vaisseau sans mouvement, la mâture est exposée à se rompre sous l'effort d’un choc brusque. Dans les parages où règnent des courants, près des rochers, au milieu des brisants, les navires sont entraînés sur les écueils, n'ayant devant eux que le naufrage et la mort : et cette force inerte, nul effort humain ne peut la vaincre ou la neutraliser; toute rage est impuissante contre elle; c’est la loi de fer du destin qu'il faut subir.