CALMET — CALOMNIE
Vie et des Miracles de Jésus-Christ, un abrégé d'Histoire générale, une Histoire universelle inachevée ; un traité sur les Anges, les Revenants et les Vampires ; des traités historiques sur la Lorraine et sur les eaux de Plombières, Bourbonne et Luxeuil, sur la Nature des Perles, sur les anciens Chiffres, sur des Monuments de l'antiquité, sur La Terre de Gessen, sur Les Dragons volants, etc., et plus de vingt manuscrits, parmi lesquels on remarque des histoires locales et des dissertations sur l'origine du jeu de cartes, sur la cérémonie du roi boit, sur Le vieux langage de Lorraine, etc.
Tant que vécut dom Calmet, Voltaire lui témoigna beaucoup d’admiration et de respect; plus tard, il le qualifia d'imbécile. I était allé le voir à Sénones, et dans la lettre où il lui avaitannoncé sa visite, il s’exprimait ainsi : « Je préfère, monsieur, la retraite à la cour et les grands hommes aux sots... Je veux m'instruire avec celui dont les livres m'ont formé et aller puiser à la source... Je serai un de vos moines. Ce sera Paul qui ira visiter Antoine. » A Sénones, Voltaire neperdit pas son temps. Au milieu de la bibliothèque de l’abbaye, guidé par dom Calmet, il trouva de quoi refaire son Histoire générale et compléter son Essai sur les Mœurs
des Nations. Au bout de six semaines il quitta Sénones
pour aller à Plombières, et de Rà il écrivait : « Je prendrai iciles eaux en n’y croyant pas, comme j’ai lu les Pères; » ce qui ne l’empêchait pas de dissimuler à son hôte ses dispositions à l’incrédulité et de lui écrire de Plombières même : « J'ai trouvé chez vous bien plus de secours pour mon âme que je n’en trouve à Plombières pour mon corps. Vos ouvrages et votre bibliothèque m’instruisaient plus que les eaux de Plombières ne me soulagent. » Enfin, pour passer des contradictions en prose aux contradictions en vers, on cite de Voltaire deux quatrains sur dom Calmet : l’un dans lequel il qualifie ses œuvres de fatras, l’autre dans lequel il loue ses travaux et ses vertus,
CALMIE. Voyez ACCALMIE.
CALMOURS. Voyez KALMOURS.
CALODENDRON (de x«)6c, beau, et de 5évôsov, arbre), genre de plantes de la famille des diosmées, caractérisé par une corolle à cinq pétales longuement onguiculés, cinq étamines avortées alternant avec cinq étamines fécondes , une capsule quinquéloculaire portant latéralement le style, et dont la seule espèce connue est un arbre du cap de Bonne- Espérance à belles fleurs d’un rouge pâle.
CALOMARDE (Don Franasco-Tapeo, comte), ministre de Ferdinand VII, roi d'Espagne, pendant les années 1823 à 1832, naquit en 1775, de parents très-pauvres à Villel, en Aragon, el n'eut pour commencer et achever son éducation que les faibles ressources de l’école de Teruel. Entré comme précepteur dans une famille de Saragosse, il trouva dans cette position les moyens de compléter ses études académiques; et quand il les eut entièrement terminées, il se fit recevoir avocat et docteur en droit. Plein d’ambition, il vint à Madrid dans les premières années de ce siècle, et le mariage qu’il contracta peu de temps après avec une femme remarquablement laide, mais nièce de son compatriote Lerga, homme ts-influent, parce qu’il était le chirurgien particulier du roi et du prince de la Paix, lui valut une place au ministère de la justice. Fuyant devant la domination française, Calomarde se retira avec la junte centrale, d’Aranjuez à Séville, puis à Cadix, où il fut promu au poste de premier commis du ministère de la justice. Lorsque, en 1814, Ferdinand VII rentra en Espagne, Caïomarde fut un des premiers qui accoururent de Valence au-devant de ce prince pour le saluer du titre de souverain absolu ; il en obtint alors comme récompense de son zèle monarchique le poste de premier commis de la secretaria general de Indias. Accusé et convaincu d’avoir abusé de ses nouvelles fonctions pour se charger, moyennant une somme considé-
rable, de faire obtenir à un solliciteur un évèêché en Améri- :
que, il fut exilé à Tolède; puis, ayant osé reparaître à Madrid en 1816, à Pampelune. j
En 1820, lors du rétablissement de la constitution de 1812, il essaya de jouer le libéralisme, mais il ne réussit à en imposer à personne. Quand , en 1823, l’armée française, aux ordres du duc d'Angoulême, rétabliten Espagne le pouvoir absolu, le duc de l’Infantado le nomma secrétaire de le régence établie à Madrid. Les nouveaux ministres de Ferdinand eurent bientôt reconnu en lui un utile instrument pour la réaction projetée, et le nommèrent en conséquence secrétaire de la camara del real patronato, poste aussi lucratif qu’influent. A quelque temps de là, Ferdinand VII le nomma ministre de la justice, tout en lui conservant ses précédentes fonctions. Il eut dès lors atteint le comble de sa fortune ; les affaires d’État les plus importantes passaient par ses mains ; le roi lui avait accordé sa faveur, et chacun se courbaïit devant lui. L'organisation d’une police secrète lui fournit d'immenses moyens d’influence, et on le vit poursuivre les libéraux avec une froide cruauté. En donnant des armes aux volontaires royalistes, il créa des défenseurs fanatiques de toutes ses mesures, et il eut en même temps grand soin de rappeler les jésuites , de rétablir les couvents et de fermer les universités. Pour s’assurer une influence exclusive dans le parti de don Carlos, qui commençait dès lors à poindre, il le favorisa secrètement; et en même temps, cependant, afin de n’être pas compromis par les entreprises prématurées de ce parti, il avait l’art, en punissant avec une sévérité voisine de la cruauté ceux qui les tentaient, de paraître complétement étranger à ses intrigues.
Au mois de septembre 1832, quand Ferdinand fut atteint à la Granja d’une attaque de goutte si violente que son médecin , Castello, déclara qu’il était mort, Calomarde fut le premier à saluer don Carlos du titre de roi. Ferdinand VII ayant recouvré la santé, il s’agit dès lors de tenter un grand coup ; les partisans de don Carlos, mettant donc à profit la faiblesse de corps et d’esprit du royal moribond, le décidèrent à signer le 31 décembre 1832 un décret préparé par Calomarde , et qui mettait à néant la déclaration de 1830, par laquelle la loi salique avait été abolie en Espagne. De ce moment Calomarde fut le point de mire de la haine populaire ; et ensuite, quand Ferdinand VII déclara que les modifications faites à son testament lui avaient été arrachées par surprise, il fut renvoyé avec les autres membres du cabinet et exilé dans ses terres, en Aragon. Trois mois plus tard, il allait même être arrêté ; mais, prévenu à temps, il parvint, à l’aide d’un déguisement, à s'enfuir en France. 11 y vécut d’une manière très-retirée, d’abord à Orléans, puis à Toulouse, où il mourut en 1842. Il ne laissait guère qu’un demimillion d’argent comptant; d’où il faut conclure que l’immense fortune qu'il avait amassée en Espagne y est restée,
CALOMEL ou CALOMELAS (de xah6ç, beau, et uélas , noir ). On donnait autrefois ce nom, ainsi que celui de mercure doux, au protochlorure demercure, que l’on sublimait à plusieurs reprises, dans le dessein de le rendre plus doux et de diminuer sa vertu corrosive. Après six sublimations, on l’appelait calomelas, et après neuf, panacée mercurielle. Il est parfaitement reconnu aujourd’hui que ces diverses sublimations n’opèrent aucun changement dans la nature de cette substance.
CALOMERIDES. Voyez KALOMÉRIDES.
CALOMNIE, mot fait du verbe latin calvo, qui signifie tromper, frustrer. La calomnie en effet tend à nous frustrer de ce que nous possédons de plus cher et de plus précieux, lhonneur et la réputation; « fiel, dit Charron, qui empoisonne tout le miel de notre vie. » Le premier besoin de l'homme, par cela seul qu’il vit en société , c’est l’estime de ses semblables ; et comme son premier devoir est de respecter les autres, il a droit en retour d’en être respecté. La calomnie, en le blessant dans son droitle plus sacré, en attirant sur lui le mépris public, en brisant le lien de sociabilité,
constitue, selon la belle expression de Benjamin-Constant, un #éritable assassinat moral. Née de la haine ou de l’impuissance, la calomnie est le vice favori du méchant, la maladie incurable des âmes faibles et jalouses. C’est une arme à la portée de tout le monde et non moins terrible entre les mains du sot qu'entre celles de l’homme d’esprit : la seule différence, c’est que cedernier vous assassine avec un instrument moins grossier.
La peur, qui dans l’antiquité païenne fit dresser plus d’autels aux êtres malfaisants que la reconnaissance et l’amour n’en élevèrent aux bienfaiteurs de l’humanité, la peur fit aussi de la calomnie une divinité, objet d’un culte assidu. Les Grecs la nommaient &ta60)», et c'est de là que vient le nom donné vulgairement à l'esprit de mensonge et de ténèbres (voyez Dragce). On trouve dans le langage populaire et proverbial de tous les peuples des traces de l'horreur et de la crainte dont la calomnie est l’objet. Tels sont ces proverbes si connus : Plus blesse unemauvaise parole qu'une épée affilée; On guérit d'un coup de lance, mais on ne guérit pas d'un coup de langue; et beaucoup d’autres encore qu’il est inutile de rappeler. Calomnions, disent les Basile , iZ en reste toujours quelque chose ! si la plaie guérit, il reste au moins la cicatrice ! paroles impies et trop vraies, à notre honte! En effet, que de malheurs privés et publics la calomnie n'a-t-elle pas enfantés ! N'est-ce pas ce monstre, éternel ennemi de la paix et de la concorde, et corrupteur de l’opinion, n'est-ce pas lui qui divise les familles, après s'être assis à leur foyer, qui brise les amitiés les plus étroites, qui jetie la dissension dans les cités, qui, partout où il a passé comme un fléau, laisse le trouble et la désolation? Véritable Protée, la calomnie sait se plier avec une étonnante souplesse à tous les caractères, flatter tous les préjugés, exploiter toutes les apparences, toutes les erreurs: Arme favorite des plus mauvaises passions, c’est avec une déplorable habileté qu’elle distingue et met à profit tont ce qu’il peut y avoir de faible et d’incomplet dans les intelligences , de vulnérable dans le cœur humain. Voyez comme elle s’attache à intéresser et à séduire d’abord l'ignorance, la crédulité, la faiblesse, l’égoïsme, l’ingratitude, la peur, tout ce qu’il y a d’infirme et de honteux dans l'espèce humaine, afin de gagner plus facilement, par l'autorité du nombre, la partie honnéte et intelligente de la société. C’est alors que ses mensonges acquièrent un degré de probabilité qui égare trop souvent l'opinion publique. Lisez l’admirable portrait qu’en trace dans le Barbier de Séville un écrivain de génie, dont l’ironie acérée sut plus d’une fois la confondre : « La calomnie! vous ne savez guère ce que vous dédaignez + j'ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de contes absurdes qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une granile ville en s’y prenant bien; et nous avons des gens d’une adresse !.… D’abord un bruit léger, rasant le sol comme l'hirondelle avant l'orage, pianissimo, murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano , piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait ; il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando, de bouche en bouche, il va le diable; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez Calomnie se dresser, sifler, s’enfler, grandir à vue d'œil. Elle s’élance, étend son vol , tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haïne -et de proscription. Qui diable y résisterait? »
Et en effet il y a en nous un singulier et fatal penchant à accepter toujours plus volontiers le mal que le bien :
L'homme est de glace aux vérités; 11 est de feu pour le mensonge,
surtout lorsqu'il le divertit par une tournure piquante ; aussi la calomnie exerce-t-elle sur nous un invincible ascendant