CALVINISME — CALYPSO
nies. Pour les autres points plus théologiques, il a suivi Luther, C'est ainsi qu’il détruit le libre arbitre; la grâce, selon lui, a toujours son effet et entraîne le consentement de la volonté par une nécessité absolue ; la justification a lieu par la foi seule; la justice de Jésus-Christ nous est imputée ; les bonnes œuvres sont sans aucun mérite devant Dieu. fl réduit les sacrements à deux, et leur ôte la vertu de conférer la grâce; les vœux sont inutiles et nuls, à la réserve de ceux du baptême, ete. Mais Calvin a tiré de son propre fonds l'opinion que la foi est toujours mêlée de doute et d'incrédulité ; que la foi et la grâce son inamissibles ; que le Père Éternel n’engendre pas continuellement le Fils ; que Jésus-Christ n’a rien mérité à l'égard du jugement de Dieu; que Dieu a créé la plupart des hommes pour les damner, parce que cela lui plait, et antérieurement à tonte prévision de leurs crimes. Quant à lEucharistie, Calvin assure que Jésus-Christ nous donne réellement son saint corps dans la Cène, mais par la foi, en nous communiquant son esprit et sa vie, quoique sa chair n'entre point en nous.
Si l’on peut caractériser d’un mot le Juthéranisme et le calvinisme, accomplissant, guidés par des génies si divers, une révolution peut-être unique, nous dirons que l’un semble animé d’un esprit conservateur jusque dans la fougue et les emportements de la Réforme, tandis que l’autre procède avee sang-froid à la destruction radicale du passé; l’un veut laisser subsister dans l'Église fout ce qui n’est pas condamné par la parole de Dieu, Vautre veut abolir en elle tout ce qui n’est pas prescrit par la parole de Dieu; le calvinisme est plus strictement scriptuaire, le luthéranisme plus traditionnel. Le premier se distingue du second par une révolution plus radicale, proscrivant tout culte extérieur et toute hiérarchie, ne reconnaissant pas plus le caractère d’évèque et de prêtre que celui de pape. Cette différence n’a pas échappé au génie pénétrant de Montesquieu : « Chacune de ces deux religions, dit-il, pouvait se croire la plus parfaites la calviniste se jugeant plus conforme à ce que Jésus-Christ avait dit, et la luthérienne à ce que les apôtres avaient fait. »
Le calvinisme prit naissance vers 1536, à Genève, où, depuis, il n’a pas cessé de dominer. Il se répand bientôt dans plusieurs cantons de la Suisse, en France, à La Rochelle, sur les côtes de la Saintonge et de l’'Aunis, dans les Cévennes, le Languedoc, dans le Béarn, grâce à Jeanne d’Albret, mère de Henri IV ; dans la Hollande, où il s'associe aux bandes de Rederikers, qui courent le pays en déclamant contre les abus. De là, passant la mer, il vient troubler la victoire de Henri VIIL sur le pape, et s’assied sur le trône d'Angleterre avec Édouard VI, tandis qu’il est porté par Knox dans la sauvage Écosse, et ne s'arrête qu’à l'entrée des montagnes, où les Highlanders conservent la foi de leurs ancêtres avec la haine des Saxons hérétiques. L'Allemagne et les États- Unis eurent aussi leurs caivinistes; la première, grâce au voisinage de la France et de la Suisse et par le contre-coup de la révocation de l’édit de Nantes ; les seconds , par suite de leurs fréquents rapports avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. Voyez RÉFORME, PROTESTANTISME, HUGUENOTS, etc.
Le calvinisme s’est modifié et a reçu des noms divers selon les différents pays : on l’appelle souvent en France religion réformée, en Écosse presbyltérianisme, en Hollande gomarisme. En Prusse et dans plusieurs États de PAllemagne, les cultes calviniste et luthérien se sont depuis peu réunis sous le nom d'église évangélique.
CALVITIE, état dans lequel se trouve la tête d’une personne qui a perdu ses cheveux en tout ou en partie, par suite des progrès de l’âge. La calvitie commence sur les tempes, au front, ou à la partie la plus élevée de la tête; elle est incurable (voyez Cnauve). Il n’en est pas de même lorsque la perte des chevenx est occasionnée par un accident ou une maladie : alors il n’y a pas calvitie, mais alopécie.
CALYCANTIIE (de xduf, calice, et &vüoc, fleur), geure de plantes retiré par Lindley de la famille des ro-
sacées pour devenir type de celle des calycanthacces. Connu vulgairement sous le nom d'arbre aux anémones, parce que ses fleurs ont la forme de l’anémone des jardins, il porta aussi dans la science celui de pompadoura, Buchoz l'ayant dédié à M®° de Pompadour : exemple fameux de l'excès où peut parvenir la flatterie. Les calycanthes mériteront toujours une place non-seulement dans les collections de plantes de choix, mais encore dans tous les jardins d'agrément, et cela parce qu'indépendamment de ce qu’ils forment de beaux buissons de rameaux flexibles et d’un feuillage touffu, leurs fleurs, nombreuses, presque aussi grandes que celles des belles anémones, sont d’un rouge brun tirant sur le noir, ou presque entièrement noires quand elles touchent à leur fin, et qu’elles exhalent en outre une odeur délicieuse d’ananas, de melon et de pomme de reinette. Les rameaux de ces arbustes sont eux-mêmes trèsodoriférants, ainsi que toutes leurs autres parties. Les calycanthes s'élèvent à trois ou quatre mètres; ils se multiplient par les rejetons , qui poussent très-abondamment, ou par le marcottage de leurs branches. Cet arbuste a une variété moins élevée, nommée calycanthe nain, qui peut également figurer avec distinction dans les jardins. Originaires de l'Amérique septentrionale , les calycanthes viennent bien chez nous en pleine terre.
CALYDON, ville de la Grèce ancienne, capitale de l’Étolie, sur la rive gauche de l’Événus, dans une plaine fertile, doit surtout sa célébrité au terrible sanglier suscité par le courroux de Diane, oubliée par Œneus dans un sacrifice solennel qu'il avait offert aux dieux. Ce monstre dévastait les champs et les vergers. Pour en débarrasser la contrée, Méléagre, fils d'Œneus, appela à son aide tous les guerriers et héros les plus célèbres de son temps; mais aucun n’en put venir à bout, et plusieurs même y perdirent la vie. Cependant Atalante, la fiancée de Meléagre, réussit enfin à le frapper d’une flèche ; après quoi les autres achevèrent de le tuer. Jason, Thésée, la plupart des Argonautes, et Nestor assistaient à cette chasse fameuse. Homère, dans un épisode qu’il met dans la bouche de Phéaix, paraît fixer cet événement à cinquante-trois années avant la guerre de Troie.
CALYPSO, personnage mythologique, dont le génie d'Homère a fait toute la réputation : sans l'Odyssée, il est probable que cette nymphe, d’une origine fort incertaine, serait aussi obscure que beaucoup d’autres. On varie, du reste, sur sa parenté avec les dieux : les uns disent qu’elle était fille de l'Océan et de Téthys, ou simplement leur petite-fille par Doris et Nérée; d’autres lui donnent le Jour pour père ; enfin, plusieurs assurent qu’elle était née d’Atlas et de Pléione. On n’est guère plus d’accord sur le lieu qu’elle habitait; et les géographes se sont donné beaucoup de peine pour déterminer la position de l’ile d'Ogygie, où cette déesse accueillit Ulysse après son naufrage. Iei, les lecteurs ont encore le choix entre Othonos ou Thoronos, aux environs de Corcyre, et un rocher stérile appellé Calypsus insula, qu’on trouve au sud de Crotone, sur la côte d'Italie. Du reste, c'était un charmant séjour que celui de Calypso : Homère en a fait une peinture des plus riantes, et Fénelon, qui l’a imité dans le premier livre de Télémaque, est allé encore plus loin. Et cependant Calypso n’était pas heureuse; elle rêvait une félicité plus parfaite; elle éprouvait le besoin d'aimer. Ulysse vint pendant quelques années partager les douceurs de sa retraite, et lui donner le bonheur qu’elle souhaitait sans le trouver. Calypso lui offrit de le rendre immortel s’il consentait à rester dans son île. Mais les destins en ordonnaïient autrement : Ulysse devait retourner à Ithaque; le maître de l'Olympe dépêcha Mercure vers la déesse pour lui commander de laisser partir le héros. Elle obéità regret.
Si Calypso eût aimé comme Didon, elle n’aurait pas aimé deux fois, et nous aurions perdu les tableaux que l’archevêque de Cambrai a tracés avec une plume quelque peu pro-
fane, mais pleine d’éloquence et de charme ; et, il faut bien le dire, ce n’est pas seulement à Virgile et à Racine que Fénelon a dû cette peinture, il l’a trouvée aussi dans un cœur tendre et passionné, et non moins savant dans les mystères des passions que celui de Massillon. L'amour de Calypso pour le fils d'Ulysse, si semblable à son père, est une flamme dévorante, et, pour l’accroître encore, le poëte a voulu que la déesse dédaignée eût à subir les tourments de la jalousie, qui lui cause des transports pareïls aux fureurs de Phèdre en découvrant sa rivale : Télémaque fuit Ca- 1ypso, et ne cherche que la nymphe Eucharis. P.-F. TissoT, de l’Académie française.
On a nommé Calypso une planète astéroïde, située entre Mars et Jupiter et découverte, le 4 avril 1858, par l’astronome anglais Luther; sa révolution autour du soleil s’opère en 1,543 jours. :
CALYPTRE (en grec xx)}ürtpa, de xahirtev, Cacher ), voile dont les prêtres se couvraient la tête pendant la célébration des mystères. Élien fait aussi mention d’une sorte de coiffure des femmes grecques qui portait ce nom, et sur la forme de laquelle nous n’avons que des conjectures trèsincertaines.
En botanique, calyptre est le nom scientifique d’une enveloppe du pistil des mousses et des hépatiques, plus communément appelée coiffe.
CALYPTREES, mollusques gastéropodes à coquilles univalves, dont Lamarck a fait un genre pour quatre espèces seulement, mais dont le nombre s’est considérablement accru par les derniers voyages de circumnavigation. Voici les caractères que ce savant leur assigne : Coquille conoïde, à sommet vertical, imperforé et en pointe, à base orbiculaire; cavité munie d’une languette en cornet ou d’un diaphragme en spirale, Dans le nombre des espèces connues, il en existe quelques-unes fort remarquables, qui présentent à l’intérieur une véritable double coquille en forme de cloche, La calyptrée tubifère, dont M. Lesson a fait, dans ses Illustrations zoologiques, sans doute par inadvertance, son nouveau genre calypeopsis, en offre l’image fidèle. Jusqu'ici, l'animal qui habite ces coquilles était resté inconnu : il appartenait à ce voyageur plein de zèle de nous en donner la figure, que l’on peut voir à la planche 15 du Voyage autour du Monde sur la corvette la Coquille; il est seulement à regretter que ce savant zoologiste ait posé la tête de ce gastéropode précisément à la place que doit occuper la partie opposée. P.-L. Duccos.
CALZA (Antoine ), Voyez BATAILLE (Peinture), t. II, p.603.
CAMAIÏEU, Ducange, Gaffarel, Lessing et Veltheim, ont écrit de longues dissertations sur lorigine de ce mot; sans vouloir décider entre eux, nous adopterions cependant plus volontiers l’idée de ce dernier , qui fait dériver camaïeu du mot arabe camaa, relief. Nous ajouterons que ce mot ne paraît avoir été en usage dans la langue française que depuis le quatorzième siècle. Il était alors employé pour désigner des pierres gravées à plusieurs couches , telles que le célèbre camée représentant l’apothéose d’Auguste, qu’on trouve mentionné dans un inventaire de la Sainte-Chapelle de Paris, à la date de 1376.
Le mot camaïieu a servi depuis pour désigner des peintures monochromes , c’est-à-dire à une seule couleur , et que l’on nomme aussi quelquefois grisailles, lorsque, comme celles de la Bourse de Paris, devant imiter des bas-reliefs en pierre, elles sont faites avec du noir et du blanc; mais lorsque ces peintures, comme dans les salles du Vatican et dans les voûtes de la galerie de Versailles, sont de couleurs variées et rehaussées d’or, pour imiter des bas-reliefs en bronze, en porphyre ou en lapis lazuli, eMes ne peuvent plus avoir d'autre nom que celui de camaïeux ou peintures monochromes. Les dessins au crayon pourraient avec raison ttre considérés comme des camaieux ; cependant on ne