CAMALDULES — CAMARADERIE
pain et à l’eau les lundis, les mercredis et les vendredis , le plus souvent encore le mardi et le samedi, mais le dimanche et le jeudi ils mangeaient des légumes.
Cet ordre est composé d’ermites et de cénobites, mais aucun n’a conservé la règle, trop sévère, du fondateur, et tous se sont contentés de suivre celle de saint Benoît, Il y avait cinq congrégations de camaldules : celle dont nous venons de parler, celle de Saint-Michel de Murano, celle des ermites de Saint-Romuald ou du mont de la Couronne, celle de Turin et celle de France. Le monastère de Saint-Michel de Murano fut fondé en 1212, à la prière de la république de Venise, par le père Laurent, ermite, dans une petite île entre Venise et Murano. La fréquentation des séculiers et des laïques ayant amené le relâchement et le désordre dans les différentes maisons de cette congrégation, elle reçut une réforme sévère au commencement du quinzième siècle, sous la discipline de dom Ambrosio da Portico, connu sous le nom du Camaldule, général de l’ordre. Il y avait dans cette congrégation plusieurs couvents de femmes. Ils avaient été fondés par Adolphe, quatrième général de l’ordre. La congrégation de Saint-Michel de Murano a donné à l'Église plusieurs prélats distingués.
Les prétentions des camaldules observants et conventuels ayant amené une rupture entre eux et les ermites camaldules, Thomas Justinien fut chargé de rédiger les constitutions de ces derniers, qui furent acceptées par le général Delphino, sous le nom de Règle de la vie érémitique. Ce Justinien était entré dans l’ordre en 1510, à l’âge de trentequatre ans, et y avait acquis une grande influence. Plus tard il sépara sa congrégation naissante de celle des camaldoli, les ermites de cette dernière lui ayant donné pour s’y établir l’ermitage de Massaccio. Un bref du pape Léon X, de l’an 1520, exempte la nouvelle congrégation de la juridiction des supérieurs de l’ordre des camaldules. En 1718 ces ermites avaient vingt-huit couvents en Italie, en Autriche et en Pologne. Ce ne fut qu'après la mort de Justinien, arrivée en 1528, sous un autre Justinien de Bergame, général de l’ordre, que le chefieu en fut établi dans l’État de l'Église, sur le mont de la Couronne, qui lui a donné son nom. Tout ce que l’on sait de la congrégation de Turin, c'est qu'elle fut fondée par le père Alexandre de Leva, mort lan 1612, et commencée sous les auspices de Charles- Emmanuel de Savoie, l’an 1601.
Quant à la congrégation des camaldules de France ou de Notre-Dame de la Consolation , elle fut fondée en 1626 par le père Boniface-Antoine de Lyon, ermite camaldule de la congrégation de Turin. Leurs premiers établissements furent Notre-Dame de Capet , au diocèse de Vienne, et Notre-Dame de la Consolation, au diocèse de Lyon. Ils en eurent dans la suite plusieurs autres, parmi lesquels on remarque les camaldules d’Yères , près de Grosbois, dont la propriété leur fut donnée par Charles de Valois, duc d'Angoulême, en 1642. Le père Boniface-Antoine mourut en 1673. Sa congrégation avait été érigée en congrégation particulière en 1635 par Urbain VIII, et en 1650 par Innocent V. Les camaldules occupèrent pendant deux ans et demi environ le mont Calyaire, ou mont Valérien près de Paris, de 1671 à 1673. La congrégation de Fonte-Avillani, fondée en l’an 1000 par Ludolphe, évêque d’Eugubio, se joignit à celle des camaldules de Saint-Michel de Murano en 1570, sous le pontificat de Pie V. F H. Boucuitré.
CAMARADERIE. Quand Henri de Latouche s’avisa de lancer ce néologisme, il créa une expression nouvelle, sans doute , mais il ne fit qu'énoncer un fait aussi ancien. que le mônde, témoin les épigrammes de Lucien, et celles de Martial contre les Mævius et les Bavius , eflleurés par Virgile et ménagés par Horace; témoin le vieux proverbe thérapeutique : Passe-moi la rhubarbe, el je Le passerai le séné ; témoin enfin le vers de Molière aux Trissotins de son temps :
Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos ais,
Du reste, la camaraderie menace de durer autant que le monde, et on la trouve ailleurs que dans la littérature et les arts. Elle joue son rôle au théâtre, à l’Académie, comme dans les affaires publiques et privées. Les romantiques sont loin d’être aujourd’hui camarades. En revanche, nous voyons de petits cénacles se soutenir si bien qu’il n’est aucun changement politique qui puisse atteindre leurs membres. Ces réserves faites, laissons la parole au créateur du mot :
[L'amitié est une des calamités de notre époque littéraire, Elle glisse en tous lieux sa partialité dangereuse, et peut développer au sein de quelques hommes, réservés peut-être à de brillantes destinées le sentiment le plus infertile qu’ils puissent cultiver, l’amour de soi. Si, nous autres flatteurs, nous ne trompions que le public, je ne dis pas que nous ne dussions être bannis de la cité; le public a été mis au monde pour être dupe, et il le mérite peut-être à cause de son infaillible disposition à dénigrer ce qui l’amuse ou le touche , à se venger de toute supériorité par le dédain. S'il y a d’ailleurs , comme on l’a très-bien dit, quelqu'un de plus spirituel que Rabelais, Molière, Voltaire , et que ce soit tout le monde, il y a aussi quelqu'un de plus stupide que Nicaise et Jocrisse, et c’est tout le monde encore. Ce n’est donc pas en faveur de ce public distrait, tyran sublime et vulgaire, que nous essayons de stipuler ici; c’est dans l'intérêt des arts, c’est aux seuls poëtes que nous nous adressons. La complaisance des juges les égare sans pitié, et étouffe le progrès de leurs talents. On s’endort sur un lit de lauriers tout fait; on se couronne de palmes inodores, et le moindre rimeur, subissant le sort de Vert-Vert, va périr sous les dragées dela critique. Quelques hommes de franchise et de solitude commencent à se révolter contre tant de déceptions et contre la morgue et la fatuité qui sont les conséquences de ces apologies,
Qui donc à changé nos mœurs littéraires au point de faire qu’on ne rencontre plus que des princes et des courtisans, des grands hommes et leurs serviteurs, ou plutôt des charlatans et des compères? Qui trompe-t-on? Qui donc a rayé l’épigramme de la liste de nos franchisés et Ja satire généreuse des tables de nos libertés ? Qui donc a donné au rire innocent de la malice le nom odieux de la méchanceté, et celui de l’envie à la justice? Personne, que je sache, ne regrettait les coutumes de l’ancien régime poétique. Ces apostrophes dont nos prédécesseurs faisaient commerce au profit de la canaille oïsive, ces dictionnaires d’injures qu’ils se jetaient à la tête, ces noms d’athée, de cuistre, et autres aménités classiques, ne sont pas à revendiquer dans le domaine de nos pères; mais ne pouvions-nous pas nous arrêter dans un milieu d'équité rigoureuse, et éviter les sottises sans tomber dans les /üdaises ? Convenons que la vieille dignité d’Aristarque et même certaine hostilité de son esprit renfermaient un secret d’émulation qui n’est pas dans je ne sais quel parti pris de nos flagorneries universelles. La guerre civile des vieux d'avant Boileau, comme écrirait un philologue de nos jours, entretenait le courage et retrempait les talents. Donner maintenant plug qu’on ne doit est aussi injuste et préjudiciable que refuser d’acquitter sa dette; c’est manquer à la probité de manière et d'autre, et depuis que nous sommes des hommes de génie , le talent devient singulièrement rare.
Ce mal procède peut-être, je le sais, de la meilleure cause et du meilleur sentiment. Il se sera rencontré une petite société d’apôtres qui, se disant persécutée dans la pratique d’un nouveau culte, se sera enfermée en elle-même pour s’encourager. Les apôtres se seront aimés; car on commence toujours par s’aimer dans les catacombes, quitte à devenir ensuite persécuteurs et haineux. Ils se seront appuyés les uns sur les autres pour leur utilité réciproque, et pensant ensuite qu’il était temps de conquérir sur mille préjugés l’indépendance poétique, ils auront servi une juste cause avec zèle et quelquefois avec succès. Mais, le dangez
passé, l'amitié sera devenue une spéculation ; la vanité aura servi de lien social, et la charité, commencée par soimême, aura fini exactement où elle avait commencé. Entre tout adepte rencontré par un autre adepte il s’échange à toute heure un regard qui veut dire : Frère, il faut nous louer !
Tout cela n'aurait été que fort innocent si les catéchumènes, respectant les autres croyances, n'avaient pas attaqué toutes les gloires dont se compose la gloire du pays. Pourquoi détruire avant d’avoir fondé? Ne peut-on se chatouiller doucement entre soi sans qu’il en coûte d’autre sacrifice que celui de la modestie, et sans qu’il y ait d’autres chances à courir que celle de devenir un peu ridicule? Si les militaires de l’Empire n’ont pu échapper au petit inconvénient des fatuités, qui paraît étre un travers de ce siècle, comment faire exercer chez nous ce que l’auteur des Femmes Savantes appelait prophétiquement :
La constante hauteur de la présomption,
Cette intrépidité de bonne opinion,
Cet indolent état de confiance extrême.
Si nos braves s’applaudissaient à tort en face d'eux-mêmes, sur de très-petits théâtres, il faut avouer du moins que c'était après quelques triomphes ; et il y a des esprits chagrins qui ne savent encore où prendre des journées de Marengo et d’Austerlitz pour la littérature contemporaine. Le pire de tous les obstacles, pour empêcher ces soleïls-là de se lever jamais à l'horizon littéraire, est peut-être de triompher avant d’avoir vaincu. Quand, nous autres prôneurs, nous proclamons que tout est découvert, nous dispensons le talent de chercher. Et cependant, si l’école nouvelle n’avait encore inventé que Shakspeare, Schiller et Ronsard , il serait modeste d’en rester là.
Quelques esprits stationnaires ont peine à s'expliquer aussi que ce soit une bien bonne action que de nous rendre la risée de l’Europe savante, en dénonçant chaque jour nos antiques réputations de poésie comme étant toutes usurpées. Les étrangers ne sont que trop disposés déjà à humilier les fondateurs de notre gloire. Sommes-nous chargés de leur fournir des arguments et des preuves? Sinous nous renversons nous-mêmes , que nous restera-t-il? Sont-ce des compositions récentes, tellement affranchies de naturel et de toute raison, même poétique, qu’on se demande, après les avoir lues, qui marche à la folie, de l’auteur ou du lecteur? Puis quelques fanfares gasconnes, au lieu de victoire ; puis des ovations et point de conquêtes ; puis des préfaces et point delivres! En vérité, notre littérature deviendra une imitation de cette précaution des architectes, qui masquent toujours par des planches fragiles et des toiles menteuses l’endroit où manque l'édifice. L'effet infaillible de nos mystérieux chefs-d’œuvre, espèce delogogriphes sans mots, non-sens de plusieurs pages, dont les lignes n’ont bien souvent de rapports entre elles que par la puérile similitude de leurs désinences, est de provoquer un rire ou une tristesse sans charme. On se lâte, on s'interroge, on se demande si l’on veille; et quand on en est à peu près sûr, on se trouve dans Ja poésie comme Lrutus devant la vertu.
Pourquoi donc nos futurs grands hommes prétendent-ils ne régner que sur des cadavres d'auteurs? Et qu'est-ce que toutes ces renommées que les autres renommées importunent ? L'opinion de tous les partis a déjà fait justice de ces spéculateurs qui traversèrent la France , il y a cinquante ans, rasant d’augustes édifices, mutilant des statues, renversant des monuments publics. Aura-t-elle plus d’indulgence pour les spéculateurs de ruines poétiques, pour les agents de cette bande noire littéraire? Cette ardeur de saper ce qu’il y a de grand sur le sol natal, cette colère d’enfant qui veut déchirer le sein de sa nourrice, a quelquefois caractérisé la décadence des littératures. Prenons garde de donner des signes de décrépitude au moment où nous avons la prétention d’être si jeunes! Couper les membres