‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 185 sur 556 · CAMARGO — CAMARGUE · texte numérisé non relu

CAMARGO — CAMARGUE

Des sables peu cultivables, des espaces imprégnés de sel, où les soudes peuvent seules réussir, des marais et des étangs des canaux d'irrigation et de desséchement, des chaussées qu'il a fallu exhausser pour les soustraire aux inondations occupent tout le reste de cette vaste étendue, plus grande que le dixième de celle du département des Bouches-du- Rhône, quoique sa population soit au-dessous de 6,000 habitants, 11 paraît que cette terre, si peu féconde aujourd’hui, jouissait autrefois d’une prospérité qu’elle a perdue, sans que l’on puisse imputer ce dommage à des causes dont l'histoire ait conservé le souvenir. D’anciennes descriptions parlent d’iles boisées, infestées de bétes féroces, à la place couverte maintenant par le vaste étang de Valcarès, et, dans un temps plus rapproché de nous, de peuplades industrieuses et commerçantes qui occupaient ce petit archipel. Saintes- Maries, bourg dont la population , joimte à celle du canton, composé de plusieurs communes, ne s'élève guère aujourd’hui qu’à 1,000 habitants, en a compté plus que l'on n’en trouve maintenant dans l’île entière. Quelques-uns des étangs, communiquant encore avec la mer, ne sont jamais à sec et nourrissent des poissons ; d’autres , entièrement isolés et peu profonds, ne sont que des espaces inondés, dont les eaux disparaissent pendant l'été. Des marais viennent joindre leurs miasmes à ceux de toutes ces eaux stagnantes, et, dans une contrée dont l'atmosphère serait plus calme, un sol tel que celui de la Camargue serait un foyer de contagion. Heureusement le mistral emporte les exhalaisons délétères, et les hergers ne sont pas exposés, non plus que leurs troupeaux, à la funeste influence des marais. Il est cependant certain que l’état de la Camargue a changé au désavantage de ses habitants.

En observant le terrain de la Camargue, on remarque d’abord que l’on n’y trouve point de pierres, à quelque profondeur que l’on pénètre. Le mode de formation n’a donc pas étéle même que celui des atterrissements dont on est témoin aux embouchures du fleuve. Ce sont les eaux de la surface, et non cel'es du fond, qui ont déposé les débris dont les couches superposées révèlent facilement l'origine. Le géologue , dont les observations ont embrassé tout le bassin du Rhône, retrouve dans la Camargue ce qui n’est dû qu'aux débordements de l’une des rivières affluentes. Certaines conches proviennent en entier de la Saône, d’autres de l'Isère, ete. Dans quelques autres, ces diverses origines ne sont pas distinctes, et les débris de diverses régions s'offrent pêle-mêle aux yeux de l’observateur. Au-dessous de ces dépôts des eaux du fleuve, d'épaisses argiles interrompent les recherches, et ne laissent point apercevoir la cause de leur accumulation dans le lieu qu’elles occupent. L'inspection des débris de végétaux et d’animaux confirme ce que les observations minéralogiques avaient appris : on reste convaincu que la Camargue est l'ouvrage du Rhône presque seul, et que si les eaux de la mer y ont mêlé ce qui les caractérise, du sel et des coquilles, ce n’est qu’en très-petite quantité, accidentellement , lorsque des vents du sud soufflaient avec assez de violence pour que les lames pussent franchir les digues formées le long de la côte par les mouvements 0pposés des eaux du fleuve et de celles de la mer. Les effels caractéristiques des tempêtes sont facilement reconnus dans les couches de formation marine, mêlées quelquefois à celles d’eau douce, dans le terrain de la Camargue; rien n'y est distinct, nivelé, régulier ; une extrême confusion atteste partout que des mouvements impétueux bouleversèrent les

dépôts et intervertirent l'ordre de chaque formation, En ceci ,

le présent vient encore éclairer le passé : les invasions de la mer n’ont pas totalement cessé, et les eaux dont elles couvrent Pile, y déposent une grande partie de leur sel. De là les infiltrations et les incrustations salines , les sansouires, en langue du pays. On sait aussi que le lit du Rhône se comble de plus en plus, comme celui de presque toutes les rivières, vers leur embouchure, au lieu que vers leur saurce l'éro-

sms.

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