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CAMARGUE — CAMBACÉRES
sion du sol continue, et le canal s’approfondit. La Camargue serait done menacée de retomber sous les eaux qui l'ont formée , si l’on n’avait pas soin de l’exhausser à mesure que le fleuve s'élève au-dessus de son ancien niveau.
Toutes ces données, dont l'exactitude est incontestable, ont conduit à un projet dont plusieurs obstacles moraux empêcheront peut-être l'exécution. Il s'agirait de creuser dans l'ile une multitude de fossés dont les déblais servirarent à rehausser les chaussées actuelles, et, afin de multiplier ces voies de communication, les canaux auraient des écluses pour y faire entrer les eaux du Rhône en temps opportun, et pour les évacuer lorsque les besoins de la culture l’exigeraient. Quand ces dispositions seraient prises, on soumettrait l’île à une submersion totale, en profitant des saisons et des circonstances où les eaux seraient bien chargées de terres venues de loin et très-divisées, qu’elles déposeraient sur l'espace qu’elles auraient couvert : on les ferait sortir quand le niveau du fleuve le permettrait, ce qui ne tarderait jamais longtemps, comme on le sait par des observations assez prolongées. 11 est certain que l’on créerait de la sorte un sol excellent, dont La fertilité toujours croissante égalerait un jour celle des rives du Nil. L'entretien de l’état actuel de la Camargue est fort dispendieux, quoiqu'il soit restreint à un strict nécessaire, qui ne suffit pas pour tout conserver. L’entretien des voies de communication y coûte beaucoup, ainsi que celui des canaux. Ce n’est qu’en augmentant le produit des terres, l’aisance des cultivateurs, et par ce moyen la population, que l’on peut alléger le fardeau des cotisations que s'imposent aujourd’hui les propriétaires du sol cultivé dans cette ile. Si les étangs étaient comblés et les marais desséchés, la vaste plaine de la Camargue n'aurait plus pour ses habitants que les inconvénients d’un sol trop exactement nivelé, tel que celui de la Hollande. Sa population pourrait être ainsi décuplée. FERRY.
Fertile dans les parties élevées, le long des bras du Rhône, où l’on récolte du blé, de l'orge, de l’avoineet des vins rouges, le sol de la Camargue forme dans les parties basses, de verts pâturages oùerrent en liberté de nombreux troupeaux de chevaux, de bœufs et surtout de moutons. On évalue le nombre des moutons qui y sont élevés annuellement à 120,000, celui des bœufs, petits mais vigoureux, à 3,000, et à pareilnombre celui des chevaux, petits aussi, très-légers à la course, estimés pour la selle, et descendant, dit-on, des chevaux arabes amenés dans le pays par les invasions des Sarrasins. L'île renferme neuf communes, un grand nombre de belles maisons de campagne et de 3 à 400 fermes appelées mas.
CAMARILLA, mot espagnol signifiant littéralement petite chambre. C’est, dans le langage du peuple de Castille, le nom que donnent les pédagogues à la pièce où ils enferment et corrigent leurs écoliers. Camara est encore la chambre par excellence, la chambre du souverain d’Espagne; camarilla, sa petite chambre, son cabinet, l'endroit où il reçoit ses amis les plus intimes, ses courtisans, ses flatteurs, ceux qui dominent son esprit de plus près et souvent avec plus de pouvoir que les ministres chargés ostensiblement du poids des affaires. De là est venu l’usage d'appeler camarilla dans tous les pays monarchiques le conseil privé du chef de l'État, conseil tout à fait en dehors des constitutions et des lois, et composé presque toujours qu de ses compagnons ordinaires de plaisir, ou des hommes attachés à sa personne par les liens de la domesticité. Ces rapports intimes
ont surtout de l'influence dans les appartements de lEscurial , où l’on confond sous la dénomination générale de criados (domestiques) l'officier de bouche qui prépare les friandises royales, le chambellan qui les sert, le grand veneur qui accompagne le prince à la chasse. Un monarque espagnol se croit, avec sa famille, pétri d’un autre limon que le reste du genre humain; sa livrée, grande et petite, sa camarilla, est le seul anneau intermédiaire entre ce vi bétail et son trône ; il tutoie sans distinction tout ce qui l'approche, et pense que
c’est faire beaucoup d'honneur à cette tourbe de vilains. Dans ce pays les Gil-Blas sont communs, et l'élévation d’un barbier aux premiers emplois de l’administration est chose naturelle et presque journalière : on ferait un long catalogue des grands fonctionnaires sortis des cuisines ou des écuries royales. Qu'on ne se fie pas à leurs noms pompeux, à leurs titres ! ils sont presque toujours d'emprunt : la faveur royale a l'habitude de débaptiser ceux qu'elle élève. C’est à peu de chose près la France du moyen âge.
La camarilla de l'Escurial n’est point l’ancien œil-debœuf de Versailles. 11 y avait ici plus de souplesse et d'élasticité; il y a là plus de force et d’action brutale. Le bras des Maintenon, des Pompadour, des Dubarri, des Polignac pesait bien autant peut-être que celui des P a checo, des Alberoni, des Olivarès, des Calderon, des Nitard et des Godoy, mais il écrasait moins.
CAMBACÉRES (Jean-Jacques-Récis DE), né à Montpellier, le 18 octobre 1753, d’une ancienne famille de robe, fut destiné aux fonctions de la magistrature, auxquelles il se prépara par une étude approfondie du droit. Pourvu de la charge de conseiller en la cour des comptes, aides et finances de Montpellier, il fut choisi, lors des élections pour les états généraux de 1789, comme secrétaire rédacteur des cahiers de son ordre (la noblesse ), et élu, en second, député de cet ordre par la sénéchaussée de Montpellier ; mais cette élection n’ayant point été admise, il fut appelé successivement à des fonctions administratives et à la présidence du tribunal criminel de l'Hérault. En septembre 1792 ce département l’envoya à la Convention.
Trois époques ont marqué la vie de cet homme célèbre : sa carrière de législateur comme conventionnel, la grande part qu’il eut au pouvoir pendant la durée de l'Empire, et enfin sa proscription et sa retraite. Cambacérès n’appartient ni à cette classe, peu nombreuse, de grands citoyens toujours prêts à se dévouer pour le bien de la patrie, ni au petit nombre de ces génies élevés que la nature appelle à guider les peuples et à gouverner les États dans les temps de crise; mais doué d’un esprit juste et lumineux, habile et savant jurisconsulte, il fut toujours ami de l’ordre et des lois. Politique éclairé et adroit, s’il n’entreprit pas de lutter contre les tempêtes qui bouleversèrent la Convention, il fit souvent d’heureuses tentatives pour ramener le vaisseau public dans une meilleure route, et il chercha toujours à faire prévaloir les idées de justice et de modération. Doué d’une âme calme, qui laissait à son jugement toute sa liberté, il sut éviter de se compromettre avec la fureur des partis, et montra plus d’une fois, à propos, de la fermeté. Ainsi, dans le procès de Louis XVI, il ne s’éleva pas sans doute à l’impartialité consciencieuse ni à la généreuse et saine politique des Lanjuinais et des Valady; mais, comme eux, quoique avec bien moins d'énergie, il refusa à la Convention le droit de juger un prince malheureux, et, en prononçant sur la peine, à travers l’ambiguité apparente de son vote, perce l'intention évidente de le sauver au moyen d’un ajournement indéfini. Le vote de Cambacérès avait été compté comme équivalant à un refus de condamner. Sa proscription comme régicide en 1816 fut donc l’œuvre d’une vengeance inique.
La législation devint l'occupation principale de Cambacérès dans les comités et à la tribune. Sa pensée dominante fut la rédaction d’un code civil ; il en présenta le projet en esquisse dès les mois d’août et d'octobre 1793. Il en développa de nouveau les bases dans les séances des 6 et 9 décembre (16 et 19 frimaire an un), et le reproduisit dans la suite au conseil des Cinq-Cents. Si la gloire d’avoir accompli cette grande œuvre est l’un des plus beaux titres de Na poléon , c'est à Cambacérès qu’en appartient la conception, sa persévérance à en reproduire le projet en assura l’exécution, et ses travaux antérieurs la dirigèrent. Plusieurs actes remarquables honorèrent encore la première partie de sa
carrière politique. Chargé de communiquer à Louis XVI la décision qui lui accordait le choix de ses défenseurs, il insista pour l'entière liberté des communications entre l'accusé et ses conseils, et la fit sanctionner par un décret. 11 combattit la proposition d’obliger les représentants à déclarer l’état de leur fortune. Ce n’eût été qu’une inquisition et une déception. Cambacérès demanda qu’une loi fixât le sens de la qualification de chefs de brigands appliquée aux Vendéens, et désignât clairement les individus qui pourraient être considérés comme tels. Après la mort de Robespierre, il voulut que l’on retirât aux comités de gouvernement le pouvoir de faire arrêter les représentants. Lors du rappel dans l’assemblée des soixante-treize députés emprisonnés après le 31 mai, Cambacérès invoqua l’amnistie pour tous les faits révolutionnaires non prévus par le code pénal. Il rouvrait ainsi la porte de la Convention aux débris de la Gironde qui avaient survécu à la proscription. Ce fut lui qui, après le 9 thermidor, présenta le projet d'adresse au peuple français, où l’assemblée, affranchie du joug des terroristes, professait des principes de modération et de justice. Opposé à toute réaction , il fit repousser la proposition de mettre en jugement les membres des comités et des tribunaux révolutionnaires. Rentré au comité de salut public, il fit remplacer par le bannissement la peine de la déportation, que l’on proposait contre les prêtres qui troubleraient l’ordre public. Le commandant du château de Ham, où l’on détenait les individus prévenus de éerrorisme, les avait traduits devant ‘officier de police judiciaire, qui les'avait rendus à la liberté, Cambacérès s’opposa à l’emprisonnement de ce militaire dénoncé pour ce fait. A la formation de l’Institut national, il en fit partie comme membre de la classe des sciences morales et politiques. Il entra depuis à l’Académie Française, et ne cessa d’en faire partie qu’au 31 mars 1816, date de l'ordonnance qui prononça sa radiation.
Si pendant la durée de la Convention il concourut à faire maintenir ou adopter quelques mesures rigoureuses, et qui pouvaient faire peser sur des particuliers, et même sur des classes de citoyens, des souffrances imméritées, c’est moins à lui qu'il faut imputer ces rigueurs qu'aux difficultés et à la dureté des temps. Après tant d’écarts et de désastreux événements, lorsque la fureur des partis était plutôt assoupie que calmée, mettre tout d’un coup un terme à tous les maux, rétablir soudainement dans les lois et dans le gouvernement la balance exacte de la justice, n’était point une tâche facile, ni peut-être même d’une exécution praticable, En appréciant en masse les actes et la conduite politique de Cambacérès à la Convention, on trouve qu’il s’y montra plus digne d’éloge que de blâme. La direction des affaires après la chute de Robespierre reposa longtemps sur le député de l’Hérault, comme président du comité de salut public. I] avait en cette qualité la vérification et la signature de tous les actes de gouvernement. Il était en quelque sorte le président de la république, et la direction qu’il imprima, plus éclairée et plus sage que celle des gouvernements antérieurs depuis la révolution, tendit constamment au retour de l’ordre, La réputation de modération et d’habileté qu’il sut s’acquérir alors le signala depuis à l’œil clairvoyant de Bonaparte, comme le premier de ses auxiliaires dans l’exercice du pouvoir, Vers la fin de sa carrière conventionnelle, le futur second consul fut écarté du Directoire, où il allait être appelé, et le fut par une circonstance fâcheuse pour son crédit sur l'opinion républicaine. Une lettre du marquis d’Entraigues, agent des Bourbons à l'étranger, contenait ces mots : « Je ne m'étonne pas que Cambacérès soit un de ceux qui désirent le retour de la royauté; je le connais, ete. » 11 eut beau se disculper; en vain la publication de sa justification fut-elle ordonnée : l'impression était produite, et ne s’effaça pas.
La seconde époque de la vie de Cambacérès, sous la consfitution de l'an ur et sous l’Empire, n'ayant laissé à ses ta-