‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 187 sur 556 · CAMBACÉRÈS · texte numérisé non relu

CAMBACÉRÈS

lents éminents qu’une influence secondaire, il suffira d’une revue rapide des faits principaux. Nommé membre du Conseil des Cinq-Cents, il y signala principalement sa présence par deux mesures remarquables qu’il fit adopter, la création d’une commission pour l’examen des actes du-Directoire susceptibles de porter atteinte au pouvoir législatif, précaution qui ne put prévenir le coup d’État du 18 fructidor an y, et l’institution de la contrainte par corps en matière civile, décrétée le27 février 1797. Sorti du conseil le 20 mai suivant, il fut réélu à Paris, par l’assemblée électorale réunie à l'Oratoire ; mais la loi de floréal an vi annula son élec-* tion. I] ne fut promu au ministère de la justice qu'après le mouvement politique de prairial an vu, qui, faisant triompher les républicains les plus ardents, avait expulsé du Directoire Merlin et Treilhard. Appelé au gouvernement comme second consul par Bonaparte, en décembre 1799, après la chute du Directoire, il fut chargé d'organiser tous les pouvoirs judiciaires. Ce travail important, son concours à la préparation de toutes les lois, et surtout de ce Code civil qu’il avait si longtemps appelé de ses vœux et élaboré d’avance, furent l’œuvre principale de sa carrière d'homme d’État pendant la durée du Consulat et de l’Empire.

Napoléon avait constamment recours aux lumières et à la sagesse de Cambacérès. Il lui confiait les rênes de l’administration pendant ses absences. Quand l’Empire fut constitué, le second consul fut élevé à la dignité de prince, de duc de Parme, d’archichancelier, et décoré du grand-aigle de la Légion d'Honneur ; presque tous les ordres de l'Europe lui furent successivement conférés. Il devint, en outre, altesse sérénissime , officier de la maison impériale, membre du conseil privé, membre président du sénat, du conseil d'État, de la haute cour impériale, titulaire d’une sénatorerie, grand commandeur de la Couronne de fer, etc. On assure qu’il donna souvent au chef de l’Empire d'excellents avis, malheureusement négligés. Il s’opposa, dit-on, dans le conseil, à lexécution du duc d'Enghien , aux guerres d’Espagne et de Russie , et au mariage de l’empereur avec une archiduchesse,

Mais si dans le cabinet il parlait en ami du pays et de la vérité, il prêtait un appui public à tous les actes de la volonté impériale. 11 en fut à peu près constamment l’organe et l’apologiste auprès du sénat. Nommé président du conseil de régence en 1814, au départ de Napoléon pour l’armée, en conformité de ses ordres, il fit décider la translation de l’impératrice et du gouvernement à Blois. Ce fut après l’enlèvement de cette princesse et de son fils que, le 7 avril, il envoya, comme sénateur, son adhésion à la déchéance de l'empereur. Rappelé par celui-ci, à son retour , à la dignité d’archichancelier, avec les fonctions de ministre de la justice, il se borna à signer les actes du ministère, et les fonctions ministérielles furent exercées par le conseiller d'État Boulay de la Meurthe, sous le titre de directeur de la correspondance et de la comptabilité. L’archichancelier ne s’installa même pas à l'hôtel du ministère. Investi de la présidence de la chambre des pairs et de l’assemblée centrale des députés des colléges électoraux, il adressa la parole à l’empereur au nom de ces deux corps.

Après le retour de Louis X VIIL, il fut compris, comme régicide, au nombre des individus bannis par l’article 7 de la loi qui amnistiait tous ceux qui n'étaient pas proscrits. Ilse retira à Bruxelles, où il vécut jusqu’en mai 1818, époque à laquelle ses droits civils et politiques lui furent restitués par décision royale du 13 du même mois, Il revint à Paris, où i mourut, en 1824. 2

L’adhésion successive de Cambacérès, et la part qu'il prit aux différents pouvoirs qui s’établirent en France depuis la révolution de 1789, prouve qu'aucune passion, aucune conviction politique ne l’attachaient à un mode spécial de gouvernement et à une doctrine constitutionnelle, H fut dv

CAMBACERES — CAMBO

nombre de ces hommes d'État qui admettent tous les faits accomplis et s’y plient, en s’efforçant de contribuer par leurs lumières et leurs travaux à introduire dans la gestion des affaires le plus de justice et d'ordre qu'il leur paraît possible d'espérer dans une situation donnée. Dans cette classe d'hommes politiques, on peut le compter comme l’un des plus éminents par leurs talents et leurs services. 11 avait commencé des mémoires, dont les manuscrits auraient, diton, formé six volumes. On regrette que sa famille n’ait pas jugé à propos de publier ces souvenirs, qui, malgré la discrétion connue de leur auteur, renferment sans doute plus d’une révélation curieuse. AUBERT DE VITRY.

La famille Cambacérès a produit, en outre, quelques hommes dignes d’ajouter à son illustration, entre autres un docteur de Sorbonne, membre de l’Académie de Béziers, mort en 1758 ; l'abbé de Cambacérès, mort en 1802, archidiacre de Montpellier, qui, chargé de prêcher le carême de 1757 devant Louis XV et sa cour, s’honora autant par le courage dont il fit preuve que par le talent qu’il déploya comme prédicateur ; le cardinal-archevêque de Rouen Efienne-Hubert DE CamBAcÉRÈS, sénateur, ensuite pair des Cent-Jours, morten 1821, et le général baron de Cambacérès, mort en 1826, lun et l’autre frères de l’archichancelier. Le général a laissé deux fils, dont l'aîné, Marie-Jean-Pierre-Hubert , duc DE CampAcÉrès, né à Tolingen ( Prusse ), le 20 septembre 1798, fut élevé à la pairie le 11 septembre 1835 par Louis-Philippe. Un mois après le coup d'État de 1851, il fut nommé sénateur et l’année suivante grand-maître des cérémonies à lanouvelle cour. Le plus jeune, Étienne-Arnaud-Napoléon, comte DE CAMBACÉRES, né en 1804, à Montpellier, épousa une fille du maréchal Davout, et fut envoyé à la chambre en 1842 par le collège de Saint-Quentin; il votait avec l’opposition et s’associa au mouvement réformiste, Membre de la Législative il appuya la politique napoléonienne, fit partie de la commission consultative et représenta le département de l'Aisne au Corps législatif jusqu’en 1857, — Le fils de celui-ci, Louis, né en 1832, siégea de 1857 à 1863 au Corps législatif, et mourut en 1868, en Suisse. Il avait épousé en premières noces Bathilde, fille du prince de Canino.

CAMBA Y, ville commerçante et jadis célèbre de la province de Goudejerat, est située à l'extrémité septentrionale du golfe auquel elle a donné son nom, et compte 15,000 habitants, Dans l'antiquité et au moyen âge cette contrée fut le grand centre du commerce de l'Inde avec le monde octidental. C’est là que s'élevait la ville de Barygaza, dont il est tant fait mention dans les anciens auteurs. C’est aussi là que vinrent se réfugier les Parses fuyant devant le cimeterre des musulmans, Le voyageur Marco Polo fait mention d’un royaume de Cambaja, où avait lieu un commerce très-important , et où l’on trouvait en abondance du coton et de l’indigo.

La richesse de son sol et la prospérité de son commerce provoquèrent dans ce pays la construction de villes magnifiques, dont la prospérité fut détruite par le changement Survenu plus tard dans la direction du commerce au quinzième siècle, et de l’existence desqnelles ne témoignent plus guère aujourd’hui que les nombreuses et imposantes ruines qu’on trouve çà et là dans cette contrée.

A l’époque où Ahmed-Abad était la capitale d’un royaume mahométan indépendant, Cambay en était le florissant entrepôt. On dit que la secte des Djaïnas y fut au moyen âge extrémement nombreuse. On prétend qu’autrefois il n’y avait pas moins de 30,000 sources ct réservoirs dans la ville et ses environs. En 1780 elle obéissait à un prince indigène qui payait un tribut considérable aux Mabhrattes.

.CAMBERWVELL, paroisse et faubourg de Londres, situé sur la rive droite de la Tamise, dans le comté de Sur. rey. Sa population qui était, en 1861, de 71,488 habitants, dépassait 111,000 en 1871.

CAMBISTE (de cambium, change), terme de banque et de négoce. On donne ce nom à ceux qui s'occupent du négoce des lettres et des billets de change, qui sont régulièrement sur la place ou à la bourse pour s’instruire du cours de l'argent, afin de pouvoir faire à propos des traites, remises ou négociations quelconques d'argent ou de billets.

Ce mot a été employé aussi adjectivement, et s’est dit des places ou villes, telles qu'Amsterdam, où il se fait le plus d’affaires en ce genre.

On a par suite donné le titre de cambiste à un livre qui contient des comptes tout faits et facilite les opérations relatives au change.

CAMBIUM , liquide transparent , sans odeur ni saveur, qui se produit chaque année dans les végétaux dicotylédones, entre le liber et l’aubier. Ce fluide, au moyen duquel s'opère l’accroissement en diamètre, est formé par la séve descendante ; mêlé à une partie des sucs propres du végétal, il s'organise peu à peu. C’est d’abord une couche d’une consistance semblable à celle de la glu, qui, se condensant peu à peu, devient un tissu de plus en plus solide, et vers la fin de Pautomne a acquis son développement nécessaire : sa face interne alors a produit une nouvelle couche d’aubier et sa face externe une nouvelle couche de liber.

Duhamel est le premier qui ait reconnu l’existence du cambium : ayant enlevé une portion de l'écorce d’un cerisier, il vit se former à la surface de l’aubier de petits mamelons gélatineux, qui reproduisirent une nouvelle écorce; mais il ne poursuivit point ses expériences, et ne donna aucune explication de celle que le hasard seul lui avait fait trouver. Depuis, on s’est beaucoup occupé du cambium , et l’on connaît bien aujourd’hui le rôle important qu’il joue dans le développement des végétaux. Paul Gervais.

Tous les botanistes n’admettent pas d’une manière aussi certaine le rôle du cambium dans l'accroissement des végétaux. M. Gaudichaud, par exemple, explique tout différemment ce mode d’accroissement.

CAMBO (Eaux minérales de). Cambo est un assez joli village du département des Basses-Pyrénées, situé sur les bords de la Nive, à 20 kilomètres de Bayonne. On trouve là deux sources sulfureuses tièdes (21° cent. ), d’une composition analogue aux autres eaux sulfureuses des Pyrénées, et une source ferrugineuse froide, comme on en voit tant sur tous les points de la France. Il paraît certain que c’est un malheur pour une source thermale sulfureuse d’avoir dans son voisinage une source ferrée ; c’est presque toujours l’indice, sinon la cause, que la source thermale est d’une température peu élevée, et que les vertus de ses eaux sont médiocres ou insignifiantes. D'où cela vient-il? Est-ce que ces sources différentes, en infiltrant leurs eaux l’une vers l’autre, altèrent ainsi leurs propriétés? ou serait-ce que la présence du fer serait incompatible avec l’abondance du soufre? Que lon nie, si l’on veut, ces deux causes, l’effet que je leur attribue n’en sera pas moins réel, quoique inexpliqué. L'eau sulfureuse de Cambo est un peu plus pesante que l’eau distillée, et peu chargée de principes : bonne à boire, on est obligé de la faire chauffer pour en composer des bains, ce qui est toujours un malheur, ne fût-ce qu’en autorisant de fâcheuses préventions. Toutefois, ces eaux réussissent assez bien dans ce que l’ancienne médecine appelait des obstructions, de même que dans les pâles couleurs. La vie de Cambo est agréable et peu dispendieuse : les curieux trouvent là de charmants paysages. On se rend à Cambo en ma et juin : c’est la première saison; la seconde saison est en septembre. C’est alors que les Espagnols accourent voisinier avec les hydropotes français, gravir avec eux les montagnes, et comme eux faire la chasse aux palombes, partie de plaisir fort en vogue parmi les Basques. Il vient là chaque année environ quatre cents malades visiteurs.

D' Isidore Bourpon.

CAMBODGE ou CAMBOGE, grande contrée de l'Asie, dans les royaumes d’Annam et de Siam, entre 8° 30’ et 15° 80’ de latitude nord, 105 et 109° de longitude est, bornée au nord par le Laos et le royaume de Siam, à l’est par la Cochinchine propre, au sud par la Cochinchine française, et à l’ouest par le golfe de Siam. Sa superficie est évaluée à 250,000 kilom. carrés, sa population à un million d’âmes. Ce pays forme la partie inférieure du bassin du Mé-Kong, ou fleuve de Cambodge, qui le traverse du sud au nord. Ce cours d’eau, qui descend des montagnes du Yunnan, est déjà navigable dans le Laos, entre 22° et 23° de latitude nord. C’est un des plus considérables de l’Asie, et, bien qu’il ne porte pas à la mer une aussi grosse masse d’eau que le Gange, bien qu'il ne reçoive pas dans sa route un aussi grand nombre d'’affluents, il fournit un trajet navigable aussi long, soit 2,000 kilomètres environ, avant de se jeter dans le golfe de Siam, sous le 10° de latitude nord; sa large vallée est alluviale et souvent inondée dans sa partie inférieure; les côtes en sont basses et sablonneuses.

Cette contrée, à peine connue des Européens, déploie toutes les richesses de la plus belle végétation tropicale. Ses immenses forêts produisent du bois de tek, du bois de sandal, de précieux boïs de teinture et d'ébénisterie, des arbres qui donnent la laque et la gomme gutte ou gomme cambodge. Ailleurs on cultive le thé, le coton, le riz, la canne à sucre, Le bétail abonde, et l’on rencontre dans les déserts des éléphants, des rhinocéros, des buffles, des panthères et des tigres. Le pays est divisé en cinq provinces. Le roi exerce un pouvoir absolu.

Son ancienne capitale, Cambodge, est située dans une île du Mé-Kong, à 300 kilomètres de son embouchure. Très-considérable autrefois, elle est aujourd’hui entièrement déchue. Les Hollandais y ont eu un comptoir jusqu’en 1643. Les maisons y sont en bois; on y trouve un grand palais et plusieurs pagodes, La nouvelle capitale est Oudong, située un peu plus bas que Cambodge et sur le même fleuve. ,

Par leurs mœurs, par leurs coutumes, les Cambodgiens ressemblent aux Siamois ; ils parlent un dialecte de l’idiome annamitique, et appartiennent presque tous au culte de Bouddha. Le christianisme, qui y fut introduit en 1624 par des jésuites portugais, s’y est conservé dans un petit nombre de familles. Ce pays formait autrefois un des royaumes les plus puissants de l’Indo-Chine. Devenu tributaire des Annamites vers le milieu du siècle dernier, et envahi en 1809 par les Siamois et les Annamites, il fut partagé entre ces deux nations, et appartint durant un quart de siècle, en majeure partie, au royaume d’Annam. Plusieurs de ses provinces ont recouvré leur indépendance en 1835.

L'arrivée des Français en Cochinchine fit perdre au Cambodge ses provinces méridionales; en 1858 Saïgoun tomba en leur pouvoir; en 1861 ce fut le tour de Mytho et de Bien- Hoa; en 1867 eut lieu la conquête de Chaou-doc, de Hatien et de Vinh-long. Depuis 1862 le Cambodge est placé sous le protectorat de la France,

CAMBON ( Josern ), né à Montpellier , en 1734, pro- {essait, comme toute sa famille, la religion réformée, et avait embrassé la carrière commerciale, quand éclata la révolution de 1789 ; il se dévoua avec enthousiasme à la cause de la liberté, fut élu officier municipal, et nommé député de l’Hérault à l’Assemblée législative, où il s’occupa surtout des finances. C’est à lui qu’on doit la formation du grand-livre de la dette publique. Homme d'ordre et de dévouement, Cambon dirigea cette grande opération. La transcription ne fut terminée qu’en juin 1794, et la liquidation se trouva dès lors au courant. Le 21 novembre 1791 il se prononça contre le serment exigé des ministres du culte ; il considérait ce projet de loi comme trop favorable aux prêtres réfractaires. Le lendernain il parla contre les émigrés avec toute la fougueuse énergie qui le caractérisait. On le vit bientôt s'op-

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