CAMBON — CAMBRAI
Banni en juillet suivant, comme conventionnel, il se réfugia à Bruxelles où il mourut , le 15 février 1820. Durey (de l'Yonne),
CAMBRAI, ville de France, chef-lieu d’arrondissement dans le département du Nord, située sur les trois bras de l’Escaut, à l’origine du canal de Saint-Quentin, à 48 kilomètres de Lille, avec une population de 22,207 habitants. Ville forte avec citadelle et place de guerre de deuxième classe, Cambrai est le siége d'un archevêché, métropolitain de l'évêché d'Arras, et dont le département du Nord forme le diocèse ; elle possède des tribunaux de première instance et de commerce, un collége communal , un séminaire diocésain, une bibliothèque publique de 34,000 volumes, un musée d’antiquités et une académie de dessin. Cambrai possédait, avant la révolution de 1789, une infinité d’églises riches en monuments curieux, entre autres sa cathédrale. Le marteau du vandalisme a tout détruit : il n'a pas même respecté le mausolée de Fénelon; aussi cette ville n'offre plus, à l'exception de quelques maisons gothiques, aucune des constructions du moyen âge. L'hôtel de ville, Situé sur une grande place, n’a aucun caractère monumental. Le pavillon de la grande horloge, qui paraît sous la garde de trois ou quatre statues moresques, annonce que la domination espagnole a passé par là. L'administration municipale a fait de grands efforts pour embellir et assainir la ville : un nouveau monument a été érigé à Fénelon ; on a construit une salle de spectacle, et restauré l'hôpital civil. La cathédrale, incendiée en 1859, est en voie de reconstruction, Il y a de nombreux souterrains sous les maisons de Cambrai; les habitants s’y réfugiaient à l'approche de l'ennemi.
L'industrie y est très-active; il s’y fait une immense fabrication de toiles fines et de batistes dites toilettes de Cambrai, faites avec le lin qu’on récolte dans le pays, industrie dont cette ville a, dit-on, été le berceau, quoique Valenciennes élève la même prétention. Les linons, les gazes, les fils retors, la bonneterie, les petites draperies, telles que callemandres, turquoises; la tapisserie, la brasserie, la blanchisserie, occupent un grand nombre de bras. La fabrication du sucre indigène a pris une grande extension, grâce à la qualité supérieure de la matière première. La filature de coton est également florissante. On fait un grand commerce de blé, huiles, graines grasses, lin, houblon, laines, beurre, bestiaux et charbon de terre, Cambrai est relié par des voies de fer à Paris, à Lille et à la Belgique.
Les chroniqueurs flamands ont attribué à Cambrai (Cameracum) une antiquité et une origine fabuleuses; cette ville est nommée pour la première fois et sans désignation dans l’Ztinéraire d’Antonin comme se trouvant sur la route d'Arras à Bavai, ville aujourd’hui réduite aux proportions d’un village, et qui, au dire des Flamands, était la Rome de la Belgique. Il ne paraît pas que les Romains aient élevé à Cambrai aucun monument considérable, ni même qu’ils y aient transféréleurs principaux établissements, puisque après la destruction de Bavai, en 395, par les Huns d’Attila, le préfet militaire et la garnison municipaie résidaient à Famars (Fanum Martis), qui n’est plus qu’un village situé près de Valenciennes. L’intendant des manufactures pour le lisc impérial résidait à Tournai. Eependant Cambrai était devenu une ville importante lors de l’irruption des Francs, puisque Clodion en fit la capitale des pays qu’il avait conquis, Mais il n’y domina que deux ans ; car, vaincu par Aétius, il fut obligé de s’en retourner dans ses anciennes possessions des bords du Rhin. Nous voyons sous Clovis un Ré-
gnaeaire, issu de Clodion, régner à Cambrai et périr victime del’ambition du premier roi chrétien qui régna sur la Gaule (vers l’an 511). Cambrai demeura sous la dépendance des rois mérovingiens. Sous la seconde race, lors du partage des États de Lothaire, elle échut à Charles le Chauve. Les Normands la prirent en 870, massacrèrent la plus grande partie DICT. DE LA CONYERS. — T. IV,
de ses habitants et y firent un butin immence. Elle passa ensuite à Charles le Simple, qui la céda en 922 à l’empereur Henri I°°. En 953 elle fut assiégée par les Hongrois, qui ne purent s’en rendre maitres.
La commune de Cambrai est une de celles qui ont joué un grand rôle dans le mouvement de l'émancipation. Ce fut en l’an 957 que se forma, en l'absence de Bérangaire, leur évèque, une première association des bourgeois de Cambrai, qui se jurèrent les uns aux autres de ne pas le laisser rentrer dans la ville. L’évêque, parent de l’empereur Othon 1‘, revint à la tête d’une armée d’Allemands. A son approche, tout rentra dans l'ordre accoutumé, et l’association parut dissoute d’elle-même. Mais Bérangaire, après avoir dissi-
| mulé sonressentiment, fit revenir à quelque temps de là des
troupes qui surprirent les bourgeois à l’improviste dans les rues et sur les places. Ceux-cise sauvèrent dans le monastère de Saint-Géri : « Mais, dif un historien cambrésien, le chanoine Dupont, les gens de l’évêque, sans respect pour ce saint lieu, y entrent armés, tuent ceux-ci, coupent les pieds et les mains à ceux-là, crèvent les yeux et marquent le front d’un fer rouge à d’autres. » Cette affreuse exécution laissa de profonds ressentiments dans le cœur des bourgeois de Cambrai, et prépara des jours pleins d'amerlume aux successeurs immédiats de Bérangaire. L'association ne se réveilla pourtant qu’en 1024, sous l'évêque Gérard de Florines, prélet érudit et modéré. Tandis qu'il tenait un synode à Arras, les bourgeois, maîtres de Cambrai, chassèrent les chanoines etles prêtres, démolirent leurs maisons, et empoisonnèrent ceux dont ils avaient le plus à se plaindre, Une armée impériale ayant rétabli l’autorité ecclésiastique, la révolution parut assoupie jusqu’en 1064,année dans laquelle les bourgeois en armes firent prisonnier le bienheureux Liebert, successeur de Gérard : trois armées envoyées par l’empereur, le comte de Flandre et la comtesse de Haïnaut, comprimèrent encore cette tentative de liberté. L’an 1076, sous Gérard, neveu et successeur de Liebert, les bourgeois, profitant de son absence, établirent et formèrent entre eux la commune qu’ils désiraient depuis longtemps : Æpiscopo absente, dit Baldéric, diu desideratam conjurarunt comimuniam. L'évêque rentra, feignit d’avoir tout oublié, et peu de temps après uneexécution militaire força les bourgeois à renoncer à la commune. A la faveur du schisme qui s'éleva vers lan 1095 entre Manassès et Gaucher, tous deux prétendants à l’évêché de Cambrai, la commune sereconstitua, mais elle futencore détruite l’an 1107 par l'intervention de l’empereur Henri V en personne. Dès l’an 1123 les bourgeois réprirent tout leur ascendant, et la commune fut rétablie pour être encore abolie à deux reprises différentes, en 1138 et 1180, sans que les Cambrésiens renonçassent à leurs généreux efforts. Elle soutint jusqu’au milieu du quatorzième siècle une guerre à outrance contre ses évêques et contre leur clergé, qu'elle contraignit plusieurs fois à sortir en masse de la ville. Admirée dans le moyen âge, l’antique commune de Cambrai était gouvernée par un corps de magistrats, composée de quatre-vingts membres, appelés jurés, qui se parfageaient l’administration civile et les fonctions judiciaires. Les droits qu’elle avait conquis consistaient en ce que ni l'évêque ni l’empereur ne pouvaient asseoir aueune taxe ni faire sortir la milice, si ce n’est pour la défense de la ville, et seulement pendant un jour.
Au temps des guerres entre Philippe de Valois et le roi d'Angleterre Édouard II1, Cambrai, qui avait été dévolu au roi de France par un traité récent, fut inutilement assiégé lan 1339, par l'Anglais, qui, si les historiens flamands n'exagèrent point, avait une armée de plus de quatre-vingt mille hommes. En récompense de cette courageuse défense, à laquelle avait présidé son fils, depuis roi sous le nom de Jean]II, Philippe de Valois accorda à cette ville les plus beaux priviléges. Après avoir longtemps fait partie des domaines de la maison de Bourgogne, à la mort de
Charles le Téméraire, Louis XI occupa militairement Cambrai, l’an 1477, et demanda aux habitants 40,000 écus d’or, et des otages, dont la plupart moururent en prison. Le seigneur du Lude, que le roi laissa pour gouverneur à Cambrai, y exerça d’atroces cruautés. Il est vrai que trois ans après Louis XI, ayant peur de la mort, fit deux pèlerinages à Notre-Dame de Cambrai, et d’après Le Carpentier « offrit en expiation de ses crimes à l’église de Nostre-Dame une couronne de la valeur de douze cents écus d’or, reconnut au pied du grand autel que la ville estoit vrayement impériale, et renonça solennellement à toutes les prétentions qu’il pouvoit y avoir. » Ce n'était pas la dernière fois que les Cambrésiens devaient entendre parler de Louis XI. Après la journée de Guinegate, où son armée fut défaite par l’archiduc Maximilien, époux de Marie de Bourgogne et depuis empereur, il envoya, pour je ne sais quelles représailles, son grand prévôt, escorté de 800 lances, pendre dix prisonniers bourguignons devant les portes de Cambrai; et l’exécution ne se passa point sans de grands dégâts sous les murs de la ville. Charles-Quint y fit bâtir sur le Mont-aux-Bœufs une des plus fortes citadelles de l’Europe. Plus de huit cents maisons, une partie de la ville de Crèvecœur ainsi que les châteaux de Cavillers, Escaudœuvres, Rumilly, Fontaine, Saint-Aubert et Cauroy, voire même la magnifique église des chanoines de Saint-Géri, furent démolis pour fournir les matériaux nécessaires à cette construction. Cette importante citadelle fut encore perfectionnée, en 1595, par le comte de Fuentès, qui bâtit le fort de Cantimpré, et agrandit l’esplanade; enfin, Louis XIV y fit mettre la dernière main par Vauban.
En 1553 , le roi de France Henri II l’assiégea inutilement. Lors du soulèvement des Pays-Bas, Cambrai s'étant donné au duc d'Anjou, frère de Henri III, en 1581, cette place demeura à la France jusqu’en 1595 ; alors, après un siége assez long, le comte de Fuentès l’enleva au gouverneur Balagny , qui avait reçu d'Henri IV le titre de prince de Cambrai. Enfin, cette place fut vainement assiégée en 1649, par lecomte d’Harcourt, et en 1657 par Turenne ; mais Louis XIV la prit en 1677, après neuf jours de tranchée ouverte. Un article du traité de Nimègue en assura la possession à la France. En devenant ville française, Cambrai ne perdit pas ses libertés communales. Le magistrat (son corps municipal), composé d’un prévôt, de deux conseillers et de quatorze échevins, conserva des attributions administratives et judiciaires assez étendues. Cambrai avait aussi une officialité, un bailliage ressortissant du parlement de Flandre. Le lieutenant général gouverneur de la province y résidait. Cette ville, si importante sous le rapport militaire, était le chef-lieu d’un département d'artillerie. La citadelle formait un gouvernement confié à un maréchal de camp. Cambrai fut encore assiégé par les Autrichiens en 1793 et occupé en 1815 par les Anglais, qui y établirent leur quartier général,
L’évêché de Cambrai date du cinquième siècle; ses évêques les plus célèbres sont saint Vaast, saint Géri, saint Aubert; après eux nous citerons Robert de Genève, Pierre d’Ailly et Guillaume de Croy, qui furent cardinaux. Cambrai, érigé en archevêché, à la demande de Philippe IX, roi d’Espagne, par Paul IV, qui lui donna pour suffragants les évêques d’Arras, Tournai, Saint-Omer et Namur, Cambrai a eu seize archevêques, parmi lesquels on citera toujours Fénelon et le cardinal Dubois, c’est-à-dire le modèle et la honte de l'humanité, Heureusement pour Cambrai, Fénelon résida pendant de longues années dans ses murs; et Dubois, favori si nécessaire au duc d'Orléans régent, ne souilla jamais son diocèse de sa présence. Après le concordat de 1802, Cambrai ne fut plus qu’un simple évêché, qui en 1841 a été de nouveau érigé en archevêché. I1 s’est tenu à Cambrai deux conciles dans le quatorzième siècle, l’un en 1303, “{ l’autre en 1383,