CAMBRIDGE — CAMBRONNE
sa compagnie, mettre bas les armes à quinze cents soldats russes. Successivement chef de bataillon et colonel du 16° régiment d'infanterie de ligne, il fut cité au nombre des braves qui se signalèrent par les plus beaux faits d'armes à la bataille d’Iéna, et dans la seconde campagne d’Autriche en 1809. L'empereur Napoléon le nomma major commandant du premier régiment de chasseurs à pied de sa garde ; il se distingua dans ce nouveau grade en 1812 et 1813. Après la bataille de Hanau, il protégea, avec le général Bertrand, la retraite des débris de la grande armée échappés au désastre de Leipzig. Blessé grièvement à l'affaire de Craone, le 10 mai 1814, il ne se crut pas délié de son serment en apprenant l’abdication de l’empereur, et vint s'offrir pour l'accompagner à l’île d’Elbe. Il n’en revint qu'avec lui en mars 1815. Il avait pendant son séjour dans cette île commandé la place de Porto-Ferrajo.
A son débarquement au golfe Juan, Napoléon lui confia le commandement des braves qui l'avaient suivi, et le 11 mars il signa l’adresse de la garde impériale à l’armée, adresse remarquable par son énergie et sa précision ; l’empereur l'avait dictée lui-même; elle se terminait ainsi : … « Que la postérité dise un jour : Les étrangers, secondés par des traîtres , avaient imposé un joug honteux à la France; les braves se sont levés, et les ennemis du peuple et de l’armée ont disparu et sont rentrés dans le néant. » Cambronne, à la tête de quarante grognards, formait l’avantgarde de l’armée elboise ; souvent il les précédait à une grande distance pour leur faire préparer des logements et des vivres. Les magistrats et les partisans de la restauration répandaient partout le bruit que les brigands de l’île d’Elbe signalaient leur passage par des dévastations , le pillage et l'incendie, et partout les prétendus brigands et leur chef étaient accueillis avec confiance, avec enthousiasme; les populations se pressaient au-devant de l’empereur et de son armée. À la tête de cette avant-garde, il s’empara, dans le bourg de Saint-Pierre, du pair de France prince de Monaco, qui se rendait dans ses États, et que Napoléon fit immédiatement remettre en liberté. Un seul maire, celui de Sisteron, marquis de vieille roche, voulut faire du dévouement, et n’épargna rien pour soulever ses administrés; il s’épuisait en efforts d’éloquence, quand Cambronne parut seul sans autre arme que son épée. Le marquis balbutia de timides excuses; il craignait, disait-il, que les vivres demandés ne fussent point payés. Cambronne lui jeta froidement sa bourse et ces mots: Payez-vous ! Les habitants de Sisteron, indignés, s'empressèrent à l’envi de fournir plus de vivres qu’il n’en avait été demandé; et quand le bataillon de l’île d’Elbe parut, ils lui offrirent un drapeau tricolore. En sortant de la mairie de Sisteron, Cambronne et ses quarante grenadiers se trouvent en présence d’un bataillon envoyé de Grenoble pour leur fermer le passage. Cambronne s'arrête, il veut parlementer, il n’est pas écouté; le bataillon envoyé de Grenoble n'était qu'une avant-garde ; il rétrograda avec les troupes qui le suivaient. On sait que dès que Napoléon parut toute la colonne le salua des cris de : Vive l’empereur! Cambronne, qui le précédait partout , l’attendit à Lyon ; mais déjà l’empereur avait une armée.
Arrivé à Paris, il fut nommé par Napoléon grand-aigle de la Légion d'Honneur et général de division, puis bientôt après membre de la chambre des pairs des Cent-Jours. IL suivit l'empereur à l’armée. Resté avec les nobles débris de la division qu’il commandait à Waterloo, pressé de tous côtés par des masses d’ennemis, il est sommé de se rendre : un mot énergique fut sa seule réponse. Cette réponse a été également attribuée au colonel Michel Maret; et la rhétorique bourgeoise de l’époque l’a traduite ou plutôt commentée par cette phrase théâtrale et sonore : La garde meurt et ne se rend pas. Que cette réponse soit au reste de Cambronne ou de Michel Maret, peu importe! Elle était dans la pensée de l'armée entière. Recueillie bientôt var les