CAMBRONNE — CAMBYSE
journaux et les chansons populaires, tie fut répétée par toute la France. Cambronne-ou Michel Maret, et tous les deux peut-être, avaient refusé de se rendre à une première sommation ; mais ils n'étaient pas des faiseurs de phrase à effet, et leur réponse, d’un laconisme grossier et soldatesque, ne ressemblait en rien à la phrase qu’on leur prête. Elle fut inventée, après œoup, par un homme de lettres nommé de Rougemont, dans le Journal du Commerce, qui devait bientôt devenir le Constitæfionnel, grand coutumier plus tard de pareils traits de chauvinisme. Quoi qu'il en soit, couvert de sang et de blessures, Cambronne avait été laissé gisant sur le champ de bataille de Waterloo ; il fut transporté à Bruxelles, et de là en Angleterre. Napoléon, à qui il avait dévoué sa vie, était captif sur Le rocher de Sainte- Hélène, qui devait être son tombeau; les Bourbons régnaient sur la France. Cambronne avait été inscrit sur la liste de proscription qui condamnait à l’exil ou à la mort les plus illustres chefs de l’ancienne armée. Il écrivit à Louis XVIII la lettre suivante : « Sire, major au premier régiment de chasseurs à pied de la garde, le traité de Fontainebleau m’imposa le devoir de suivre l’empereur à l'ile d'Elbe ; cette garde n’existant plus, j'ai l'honneur de prier Votre Majesté de recevoir ma soumission et mon serment de fidélité. Si ma vie, que je crois sans reproche, me donne des droits à votre confiance , je demande mon régiment; en cas contraire, mes blessures me donneront droit à la retraite, qu’alors je solliciterai, regrettant d’être privé de servir encore ma patrie, »
Au moment où Cambronne écrivait ces lignes, le duc de Feltre , alors ministre de la guerre, inscrivait le nom de ce brave sur la liste des généraux accusés d’avoir attaqué la France et le gouvernement royal à main armée. Le retour de Napoléon de l'ile d’Elbe était qualifié de Conspiration du 20 mars. Cambronne ne recula pas devant cette étrange accusation ; il n’ignorait pas que sa tête était vouée au bourreau; il n’hésita pas; le 25 septembre 1815 il arriva à Calais, et se rendit immédiatement à Paris. Il se constitua prisonnier à l’Abbaye, et y trouva un de ses compagnons d’armes, le général Drouot. Ney, trois mois après, fut condamné à mort et subit son arrêt (décembre 1815). Ce ne fut que le 16 avril 1816 que Cambronne comparut devant le conseil de guerre de la première division militaire. Sa défense fut présentée avec autant de courage que de talent par M° Berryer, et valut à cet avocat l’honneur d’être poursuivi par le procureur général Bellart. Sur les conclusions du capitaine rapporteur Delon, Cambronne fut acquitté à l'unanimité. Delon fut destitué. Un commissaire du roi, Duthuis, appela de ce jugement au conseil de révision : le jugement fut confirmé. Le commissaire du roi Duthuis fut nommé peu de temps après au commandement en second de la seizième division militaire ( Lille). Cambronne, rendu à la liberté, se retira d’abord au bourg de Saint-Sébastien, lieu de sa naissance, au sein de sa famille. Quelques années après, en 1820 , il était appelé, comme maréchal de camp, au commandement de la place de Lille, Mis à la retraite, sur sa demande, en 1822 , il revint dans ses foyers, d’où, à l'issue de la révolution de 1830, il fut de nouveau rappelé dans les rangs de l’armée, dont il avait été une des gloires. Heureux d’avoir salué le retour du drapeau tricolore, il sollicita une seconde fois sa retraite, et mourut à Nantes, le 28 janvier 1842. Une statue colossale en bronze lui a été élevée dans cette ville sur le cours Napoléon. Due au ciseau de M. Debay, elle a été inaugurée le 23 juillet 1848. Le général y est représenté debout, s'appuyant contre un mortier brisé; de la main droite il tient son épée, de l’autre ii presse un drapeau sur son cœur. Malgré les réclamations des héritiers du baron Michel Maret, le piédestal porte ces mots gravés : La garde meurt, et ne se rend pas!
Dcrey (de l'Yonne).
CAMBRURE ou LORDOSIS. On donne ce nom à la
courbure excessive des vertèbres en avant, d’où il résulte une dépression exagérée vers les lombes, en arrière du cou ou dans le dos. La cambrure des lombes et celle du cou ne sont pas fort rares; on les rencontre l’une ou l’autre chez les enfants scrofuleux et rachitiques, qui ont le ventre très-gros et la tête d’un volume souvent énorme. Cette difformité maladive est quelquefois la suite d’une gibbosité des vertèbres dorsales. Quant à la cambrure du dos, elle est beaucoup plus rare que les deux autres. Le dos est en effet naturellement convexe en arrière, outre que les apophyses épineuses de ses vertèbres sont tellement contiguës et tellement inclinées l’une vers l’autre qu’elles rendent impossible, une fois que l’ossification en est accomplie, toute proémi nence en avant de la région dorsale. Toutefois, on a observ des difformités de cette dernière espèce. A l'égard des cam brures vicieuses des jambes et des genoux, elles sont ordinairement précédées de l’inflammation du périoste et du ramollissement des os de ces membres, et elles n’attaquent presque jamais que les enfants pauvres et scrofuleux des villes. Les orthopédistes guérissent ces difformités au moyen de machines appropriées , aidées d’un régime succulent el tonique. D’ Isidore Bourpon.
CAMBUSE, CAMBUSIER. On appelle cambuse , dans un vaisseau, un endroit fermé où l’on conserve une certaine partie des vivres, et où se fait aux hommes de l'équipage la distribution des provisions nécessaires à la consommation du jour. Les cambusiers sont les servants de la cambuse.
CAMBYSE. L'histoire de l’ancienne Perse mentionne deux rois de ce nom, l’un père, l’autre fils du grand C yrus.
Le premier vivait environ l’än 600 avant J.-C. Selon Hérodote, c'était un prince du sang des Achéménides, tandis que Justin lui donne une naissance obscure. D’après cette dernière version, Astyage, roi des Mèdes, sur la foi d’un songe qui l'avait averti que son petit-fils le détrônerait, aurait donné sa fille en mariage à Cambyse croyant p’avoir rien à craindre d’un homme né dans l'obscurité. L’événement aurait justifié cette appréhension; et Cyrus, fils de Cambyse, lui aurait ravi la couronne, l’an 559 avant l'ère chrétienne.
L'autre Cambygse, également roi de Perse, fils de Cyrus le Grand et de Cassandane, succéda à son père l'an 530 avant J.-C., conquit l’île de Chypre et l'Égypte l'an 595, fit une infructueuse expédition contre les Éthiopiens l’an 524, et mourut, selon l’opinion commune , l’an 522, après huit ans de règne. Ctésias le fait régner dix-huit ans, ce qui bouleverse toute la chronologie de ce temps-là ; et il confond la conquête de l'Égypte par Cambyse avec la première expédition que les Perses firent sous le règne d’Artaxerxe Longuemain contre les Égyptiens révoltés, l'an 463. Tous les historiens anciens, un seul excepté, s’accordent à représenter Cambyse comme un monstre de cruauté. Tel il nous apparaît dans Hérodote, Diodore de Sicile, Justin, dont les récits fournissent à Sénèque quelques-unes des belles pages de son Traité de la Colère. Ctésias ne prête pas à Cambyse tous les crimes atroces que rapportent de lui les autres écrivains; il l’accuse seulement de la mort de son frère Tanyoxarcès, qu'Hérodote et Diodore appellent Smerdis : or, de la part d’un monarque oriental rien n’est plus ordinaire que l'assassinat d’un frère, qui peut lui enlever la couronne. C’est la suite de la pluralité des femmes. Élevés dans un sérail, loin de leur père commun, sous les yeux de leur mère respective, quelle affection peuvent avoir les uns pour les autres des fils nés de femmes différentes? Rivales entre elles, ces mères élèvent leurs fils dans des sentiments de rivalité; et quand est venu le moment de recueillir la succession paternelle, cette rivalité commande des meurtres. Et cependant les dispositions que Cyrus avait faites e mourant étaient de nature à prévenir toute catastrophe de ce genre. Il avait partagé son empire entre ses deux fils de manière à ce que Smerdis ou Tanyoxarcès le plus jeune, ©n
recevant la Bactriane et les pays limitrophes, fût dépendant de son frère aîné, sans en être tributaire.
Sous Cambyse la constitution politique de la Perse ne paraît pas avoir pris de grands développements. Heeren conjecture seulement que ce prince fit continuer les constructions monumentales des villes mystérieuses et sacrées de Persépolis et de Pasagarde. Le tombeau de Cyrus, décrit par l'historien d’Alexandre Arrien , d’après des témoins oculaires, en est une preuve. Cambyse lui-même fut inhumé à Pasagarde. Ctésias nous dit qu’Icétas fit conduire le corps de ce prince à cette cité, qui fut pour les rois de Perse ce que Saint-Denis et Westminster ont été pour les rois de France et d'Angleterre.
Hérodote rapporte sur les motifs de la conquête de l'Égypte par Cambyse des anecdotes de sérail, qui si elles ne sont pas exactes offrent du moins des traits de mœurs, des tableaux d'intérieur bien précieux pour une époque de si haute antiquité. Remontant jusqu’au règne de Cyrus, il raconte que ce prince avait prié le roi d'Égypte Amasis de lui envoyer un médecin habile à traiter l’ophthalmie. Cet homme, ulcéré de ce que le monarque égyptien l’avait arraché à sa femme et à ses enfants, sut engager Cambyse à demander à Amasis sa fille. Amasis, qui ne haïssait pas moins les Perses qu’il ne les redoutaït, sachant bien que Cambyse n’avait pas dessein d’épouser sa fille, mais d’en faire sa concubine, ne pouvait se résoudre ni à l’accorder ni à la refuser. Il prit le parti de lui substituer Nitétis, fille d’Apriès, son prédécesseur, princesse d’une grande beauté ; et l'ayant gratifiée d’une robe d’étoffe d’or, il la fit partir pour la Perse, comme - si elle eût été sa fille. A quelque temps de là, cette princesse, qui abhorrait dans Amasis Pusurpateur et peut-être le meurtrier de son père, Apriès, révéla à Cambyse ce stratagème; et le roi de Perse, pour venger et la cause d’Apriès et sa propre injure, résolut de porter la guerre en Égypte. Tel était, selon Hérodote, le récit des Perses, et il parait l’adopter. Mais, selon les Égyptiens, à ce qu’il ajoute, ce n’était pas à Cambyse, mais à Cyrus, que la fille d’Apriès avait été envoyée par Amasis comme étant sa propre fille; et Cambyse était né de cette princesse pseudonyme. Enfin, suivant une troisième version, également rapportée par Hérodote, Nitétis, devenue la concubine de Cyrus, inspirait la plus vive jalousie à la reine Cassandane, mère de Cambyse. Cette princesse se plaignait un jour devant son fils de ce que Cyrus n’avait pour elle que du mépris, tandis que tous les honneurs étaient pour l’esclave égyptienne, sur quoi Cambyse, qui avait alors dix ans , prit la parole : « Ma mère, dit-il, lorsque je serai grand, je détruirai l'Égypte de fond en comble, »
Quoi qu’il en soit de ces anecdotes, la nature même des choses, sans parler de l'ambition de Cambyse, rendait la guerre inévitable entre l'Égypte et la Perse : les frontières de la domination persane étant devenues du côté de l'Égypte les mêmes que celles de la monarchie assyrienne, ces deux États s'étaient trouvés limitrophes ; et Cambyse, héritier de la puissance des despotes assyriens, n’était pas homme à renoncer à leurs prétentions sur l'Égypte. Pour ne pas se perdre dans le désert, situé entre la Syrie et l'Égypte, funeste, avant lui, à tant de conquérants, il eut la sage politique d'acheter l'amitié d’un cheick arabe, qui se chargea de faire transporter à dos de chameaa une quantité suffisante d’eau pour l'usage des Perses pendant leur passage au travers du désert. Puis, par un stratagème qui fut couronné de succès, il s'empara de Péluse, ville importante à l'embouchure du Nil, et bientôt dé l'Égypte entière; mais voulant pousser plus loin ses conquêtes, son entreprise eut un résultat malheureux : cinquante mille hommes qu'il avait détachés pour aller saccager le fameux temple de Jupiter Ammon furent détruits par la violence des vents, qui soulevaient des montagnes de sable. Ses troupes, envoyées contre les Éthiopiens, se virent obligées de revenir sur