‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 194 sur 556 · CAMBYSE · texte numérisé non relu

CAMBYSE

leurs pas par suite d’une famine si cruelle que les soldats se nourrirent de cadavres humains. A son retour, les Égyptiens célébraient une fête en l'honneur du bœuf A pis; Cambyse, interprétant ces réjouissances comme une insulte à ses défaites, frappa de son épée cette idole vivante, et fit fustiger les prêtres et les assistants.

On a dit que les cruautés qu’il est accusé d’avoir commises dans ce pays portèrent bien plus sur la puissante caste des prêtres que sur la nation, et que la politique paraît ÿ avoir eu bien plus de part que la religion; on a prétendu enfin que dans le portrait qu'Hérodote fait de ce prince, on voit percer la haine que lui portait la caste sacerdotale en Égypte, qui, ne pouvant lui pardonner d’avoir détruit son autorité, le fit passer pour fou furieux et pour épileptique. Certains critiques ont même été jusqu'à accuser Hérodote d'avoir, en sa qualité de Grec, chargé volontairement le portrait d’un despote persan. Malheureusement rien ne s'explique plus facilement que la conduite monstrueuse de Cambyse. Mal élevé, comme tous les princes livrés dans les sérails aux femmes et aux eunuques, usé jusqu’à l’épilepsie par l’excès des voluptés précoces, plongé incessamment dans une ivrognerie brutale, Cambyse nous apparaît comme les Néron, les Caligula, les Domitien , les Héliogabale, ces jeunes hommes chez qui un pouvoir monstrueux, un monstrueux aftirail de voluptés, développaient des passions et des vices aussi gigantesques que leur puissance.

Le trait de Gessler et de Guillaume Tell, avec la flèche et son fils, paraîtrait vraiment calqué, moins la pomme, sur un épisode de la vie de ce prince. Un jour que cette bête féroce paraissait radoucie pour mieux surprendre sa proie, Cambyse ordonna à Prexaspe, un de ses officiers , de lui dire ce que les Perses pensaient de lui : « Ils admirent en vous un grand nombre d'excellentes qualités, dit Prexaspe, mais ils trouvent que vous êtes adonné au vin. — C’est donc à dire, reprit Cambyse, que le vin me fait perdre la raison. » Puis, se mettant à boire plus que de coutume, il ordonna au fils de Prexaspe, qui était son échanson , de se tenir droit au bout de la salle, la main gauche sur la tête. « Si je perce le cœur de votre fils, dit-ilau malheureux père, vous avouerez que les Perses m’ont calomnié. Si je manque mon coup, je conviendrai volontiers que j'ai tort. » Le monstre ajuste la flèche, et tire en déclarant qu’il en veut au cœur de la victime. Il le perce en effet. Par ses ordres, on fait aussitôt ouverture du cadavre; puis, montrant à Prexaspe le cœur de son malheureux fils percé de la flèche : « Eh bien, lui dit Cambyse, ai-je la main sûre? » Prexaspe eut l’infamie de répondre : « Un dieu lui-même ne tirerait pas plus juste. » Sénèque observe qu’il est plus odieux d’avoir loué que d’avoir porté un pareil coup. Fort bien, Sénèquel il est dommage seulement que vous ayez fait l'apologie officielle du parricide d’Agrippine par Néron, votre élève! Cambyse était fait pour trouver des flatteurs. Il voulut épouser sa sœur, malgré les lois; et pour donner à ce mariage une apparence de légitimité, il consulta les juges de son royaume. Ils répondirent qu'à la vérité la loi défendait une semblable union, mais qu’une autre loi permettait au roi de Perse de faire tout ce qu’il voudrait. Cambyse n’en demanda pas Gavantage : il épousa sa sœur; puis quand sa passion fut assouvie, étant à table avec cette malheureuse, il la tua d’un coup de pied dans le ventre. Cambyse était un monstre , mais les ju= ges de Perse étaient des infâmes.

Cambyse toutefois avait ses bons moments : il usa de clémence envers le roi Psammenit, qu'il avait vaincu € fait prisonnier, Malheureusement celai-ci conspira plus tar contre son vainqueur, qui le fit mourir. Cambyse élait ten drement attaché au vénérable Crésus, qui depuis la perte de son royaume et de ses richesses était devenu pou Cyrus et pour sa famille l'ami le plus dévoué. On peut citer encore de Cambyse un trait de justice sévère, tout à fait conforme aux mœurs asiatiques et aux droits du despotisme à

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