CAMBYSE
Sisamnès, un des juges royaux, ayant prévariqué, Cambyse le fl mourir, et ordonna qu’on couvrit de sa peau le siége où ce magistrat avait rendu la justice; puis il donna au fils la place du père. La peinture s'est emparée de cette anecdote, et ce tableau, chef-d'œuvre d’un ancien maitre, figure dans la grande galerie du Louvre.
Cambyse, comme tous les tyrans qui usent largement de la vie, mourut vite, et lui-même fut la cause de sa mort. On vint lui apprendre que son frère, qu’il croyait avoir bien et dûment fait tuer, s'était fait proclamer roi de Perse : dans sa colère, Cambyse se blesse de sa propre épée. Selon Ctésias, ce fut en polissant un morceau de bois. Quoi qu'il en soit, sa blessure s’envenima, et il expira à Ecbatane, petit bourg de Syrie. Charles Du Rozorm.
CAME ( Conchyliologie), genre de coquilles bivalves fort rapprochées, pour la forme, des huîtres et des spondyles, appartenant à la classe des conchylifères lamellipèdes de Lamarck, présentant pour caractères spécifiques une coquille irrégulière, inéquivalve, fixée, à crochets recourbés, inégaux ; charnière à une seule dent, épaisse, oblique, légèrement crénelée, s’articulant dans une fossette de la valve opposée; deux impressions musculäires distantes, latérales ; ligament extérieur, enfoncé. Ces coquilles, ornées de feuillets testacés ou hérissés d’épines , vivent à une très-petite profondeur dans la mer; on les trouve toujours attachées aux rochers, à des coraux et sur divers autres corps marins, dont elles prennent l’empreinte, en sorte qu’on en rencontre rarement deux de pareille forme ; leur adhérence est telle que souvent on les casse avant de les obtenir. Ce genre, composé de vingt et quelques espèces , fait l’ornement des collections, mais est plus spécialement recherché des Anglais; la couleur dominante de ces coquilles est le blanc mat et le citron. On connait un assez grand nombre de ces espèces à l’état fossile; toutes appartiennent aux couches de sédiment supérieures à la craie. P.-L. DucLos.
CAME (Arts mécaniques ), sorte de dent implantée dans un arbre que fait tourner une roue mue par un courant d’eau ou autrement, et qui soulève des marteaux, des pilons , etc. Dans ce but la came pèse sur un mentonnet adapté à la tige du pilon, du marteau, le soulève tant que dans son mouvement circulaire elle appuie dessus , et enfin, lorsqu'elle cesse de presser sur le mentonnet, le pilon , le marteau s'échappe, et par son poids retombe produire l'effet qu’on en attend, jusqu’à ce qu’une autre came, ou la même après une révolution entière du cylindre, recommence à soulever le mentonnet, C’est ainsi qu’on bat le fer dans les forges, qu’on broie dans des mortiers les ingrédients qui entrent dans la composition de la poudre, etc.
Lorsque le mécanisme doit faire mouvoir plusieurs marteaux ou plusieurs pilons , les cames sont disposées sur le cylindre, de manière que leur ensemble forme une vis ou hélice, c’est-à-dire que si le contour du cylindre était divisé circulairement , par exemple, en douze parties égales, ‘à première came se placeraït sur la première division, tout près de l’un des bouts du cylindre; un peu plus loin du même bout et sur la division suivante se trouverait la seconde came; un peu plus loin encore se placerait la came suivante , sur la troisième division; et ainsi de même. Au moyen de ce système, les pilons ou les marteaux ne sont point soulevés tous à la fois, mais successivement les uns après les autres , d’où résulte l'avantage que la force motrice , qui serait insuffisante pour soulever tous les pilons en même temps, peut les faire fonctionner en agissant successivement sur chacun individuellement, TEyssÈDre.
CAMÉE,. C’est le nom que l’on donne aux pierres gravées en relief, tandis que celles qui sont gravées en creux sont désignées sous celui d’intailles. L'origine de ce mot, comme celle de camaïeu, vient, à ce que l’on croit, du mot camaa, qui en arabe signifie relief, bosse, Le travail est le même pour les camées et pour les intailles (voyez
— CAMÉE 279 Gravure ) ; dans les camées le travail ne semble même pas avoir autant de difficulté que dans les intailles ; et pourtant les camées sont bien moins anciens, puisque presque tous sont des plus beaux temps, tandis que l’on voit beaucoup d’intailles qui dénotent d’une manière visible l’enfance de l’art. Les camées offrant un relief, l'artiste voit continuellement le progrès de son ouvrage ; il abat ou enlève de la matière partout où il le juge à propos sans craindre d’en ôter trop, et sans avoir besoin, comme dans la gravure en creux, de consulter à chaque instant l'empreinte en cire au moyen de laquelle il se rend compte de son travail. Telle est du moins l’observation que l’on peut faire en examinant les beaux camées sur pierres d’une seule couleur, tels que ceux que l’on peut voir à la Bibliothèque Nationale : Ulysse, sur corualine; Valentinien III, sur agate, etc. Mais la plupart des camées sont faits sur des sardoïines ou des agates onyx; c’est-à-dire sur des pierres à plusieurs couches, de couleurs variées; alors il ne suffit plus à l'artiste d’être bon dessinateur, de savoir bien modeler, de connaître le mécanisme de la glyptique, d’avoir enfin ce que l’on nomme de La main, il lui faut encore une grande intelligence, un génie particulier pour tirer parti des différentes couleurs de la pierre : il faut qu’il les distribue dans les places convenables, qu’il les adapte aux divers objets qu’il a l'intention de représenter, qu’il les y fasse cadrer, et que ces dispositions paraissent si naturelles qu’en voyantson ouvrageainsi coloré, on soit en quelque sorte incertain si c’est le graveur qui a su profiter d’un jeu de la nature, ou bien si c’est la nature seule qui a fait l’opération.
Dans ces pierres à plusieurs couches, les figures sont ordinairement taillées dans la partie blanche, tandis que celle qui est plus ou moins colorée en brun sert de fond au sujet, et donne ainsi plus de valeur au bas-relief. D’autres camées sontexécutés sur des pierres à trois et même à quatres couches, de sorte que dans un buste la coiffure, les cheveux, la barbe, les draperies, se trouvent de couleurs variées de la manière la plus agréable. On peut voir dans plusieurs cabinets de beaux exemples de cette nature : nous citerons en première ligne ceux qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de Paris savoir : 1° l’apothéose d’Auguste, sardoine à trois couches, de 0", 32 sur 0", 27 et contenant 22 figures. Souvent désigné sous le nom d’agate de la Sainte-Chapelle , ce précieux camée antique fut apporté de l'Orient du temps de saint Louis. Donné ensuite par le roi Charles V à la Sainte- Chapelle de son palais, | y fut considéré comme représentant le triomphe de Joseph sous Pharaon. 2° L’apothéose de Germanicus, sardoine à trois couches, ayant 0,12 sur 0”, 11. Ce beau camée, apporté de Constantinople par le cardinal Humbert, sous le pontificat de Léon IX, fut donné alors à l’abbaye des bénédictins de Toul. L’aigle qui SUPporte ce jeune prince a fait considérer ce camée comme représentant l’évangéliste saint Jean. La critique ayant fait reconnaître l'erreur, le couvent le donna au roi en 1684. 3° Cérès conduisast Triptolème dans son char tiré par deux dragons : camée d’un très-beau travail, ayant 0", 07 sur 0®, 06. 4° La dispute entre Neptune et Minerve : on y voit ces deux divinités faisant naître le cheval et l’olivier. Ce camée sur sardoine à trois couches n’est pas d’une trèsgrande dimension, mais le travail en est superbe, 5° Un autre camée également beau est Silène précepteur des Amours: sa dimension est de 0®, 033 sur 0", 028. 6° Enfin, un Jupiter debout, ayant l'aigle à ses pieds, tenant son foudre d’une main, et de l'autre le grand sceptre : cette belle sardoine, à trois couches était avant la révolution au trésor de Chartres ; sa dimension est de 0”,099 sur 0”,067. Au cabinet impérial de Vienne on remarque une autre apothéose, également sur sardoine à trois couches. La gravure de ce précieux monument est attribuée à Dioscoride ; sa dimension est de 0°, 218 sur 0°, 184. Donné par Philippe le Bel à l’abbaye de Poissy, il fut enlevé furtivement pendant les guerres de
celigion du seizième siècle, et acquis alors par l’empereur Rodolphe IL. A la Bibliothèque de la Haye, on remarque une apothéose de Claude, accompagné de Messaline et de Britannicus. Ce grand camée, le troisième pour la grandeur,
n’est pas aussi précieux sous le rapport du travail : sa di- |
ension est de 0®, 27 sur 0,17.
On peut encore citer parmi les camées remarquables les sas-reliefs qui entourent les coupes en pierres précieuses, telles que : 1° celle qui du trésor de l’abbaye de Saint-Denis est passée, en 1794, à la Bibliothèque de Paris. Ce vase, souvent désigné sous le nom de vase de Mithridate, ou coupe des Ptolémées, représente les objets consacrés aux mystères de Cérès et de Bacchus. Il a 0,128 de haut; son diamètre est de 0",135, non compris les deux anses, qui sont également prises dans la matière. 2° Le vase de Brunswick, représentant d’un côté Cérès cherchant sa fille, et de l’autre, cette déesse enseignant l'agriculture à Triptolème. Ce beau vase, de 0,162 de haut, avait appartenu à la famille de Gonzague : lors du sac de Mantoue, en 1630, il fut enlevé et vendu 100 ducats. 3° La coupe du musée de Naples, sur laquelle, suivant Visconti, on doit voir Isis, Horus, le Nil et des nymphes. 4° Enfin, le vase si longtemps désigné sous le nom de Barberin, comme ayant appartenu à cette collection, et faisant maintenant partie de celle de Portland , à Londres. Ce précieux monument est en verre coloré à deux couches, l’une blanche, dans laquelle sont taillées les figures , l’autre améthyste, qui fait le fond. Le sujet n’a pu encore être bien expliqué, mais le travail est de la plus grande beauté.
Les intailles, d'abord destinées à servir de sceaux, de cachets, étaient montées en bagues, afin de donner plus de facilité pour en faire des empreintes. Cet usage, très-répandu chez les anciens peuples, ef depuis parmi les Orientaux, renditleur nombre fort considérable. Les camées, infiniment moins nombreux, ne servirent que pour la parure et pour orner les vêtements. Des émeraudes , des saphirs et d’autres pierres précieuses se trouvent souvent employées soit pour orner des diadèmes, pour agrafer les manteaux ou pour fixer les courroies des chaussures. Des princes crurent peut-être trouver un nouveau moyen de rendre hommage à leurs divinités tutélaires en faisant représenter sur ces pierres quelques-uns de leurs mythes les plus remarquables ; ou bien aussi ils y firent graver le portrait de quelques personnes dont ils aimaient à revoir les traits. Bientôt, sans doute pour rendre ces parures plus agréables, on donna un peu de convexité au revers de la pierre : profi- {ant ainsi de sa transparence, le revers offrit l'apparence d’un camée, et on pouvait mieux juger de la beauté du travail; cette manière de tailler les pierres reçut le nom de cabochon. L'un des plus beaux que l’on tonnaisse est une aigue-marine de 0,076 sur 0°,034, et portant le nom du graveur Évodos : il représente Ja tête de Julie, fille de Titus, et se trouve à la Bibliothèque Nationale. Arrivé à ce point, il fut facile de sentir que la pierre offrirait encore plus d'agrément si, au lieu d’être gravée en creux, on la travaillait en relief : c'est donc ainsi que l'on employa les pierres les plus belles, et celles surtout qui, par leur dimension , ne pouvaient être montées en bague. Les camées alors se montrèrent dans toute leur beauté : on les vit ainsi offrir à la vue de petits bas-reliefs, qui liés avec les broderies, et soutenus par des ornements de bon goût, produisirent l’effet le plus brillant.
La barbarie pourtant inondait de plus en plus les pays où les arts avaient été cultivés; le clergé seul avait conservé en Europe quelques nuances d'instruction; tout le reste de la population n°y était occupé que de la culture des terres, ou bien se livrait à la profession des armes, et, sans avoir aucune notion d'histoire ni aucun goût pour les arts, elle se prétait à des guerres lointaines dans des pays d’où les arts s'exilaient, Les ordres des souverains, leurs actes, ne furent