‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 196 sur 556 · CAMÉE · texte numérisé non relu

CAMÉE

plus alors scellés avec des pierres gravées; on n’y attachait aucun prix; les sceaux grossiers en métal n’offrirent plus qu'une simple croix, ou bien le monogramme du prince quelquefois son portrait, assez mal fait, ou encore la représentation des saints patrons de la seigneurie. On cessa de rechercher ces bagues, dont les anciens faisaient tant d'usage ; elles se trouvèrent dispersées : plusieurs rentrèrent dans le sein de la terre, pour re reparaître que dans un siècle plus éclairé et plus digne de les posséder. Cependant, quelques camées furent sauvés de la destruction, et se trouvèrent employés à orner des châsses, des évangélistaires, des vases \ ou des ouvrages d’orfévrerie destinés aux églises, car c'était le goût dominant : les guerriers revenant de la Terre Sainte offraient ainsi le fruit de leurs conquêtes. Plusieurs de ces anciens camées, que les empereurs d'Orient avaient emportés de Rome , repassèrent dans l'Occident, pour venir y occuper des places dans les chapelles, et y tenir un rang dans les reliquaires. Les Vénitiens remplirent ainsi le fameux trésor de Saint-Marc. Des églises françaises furent enrichies des dépouilles des trésors des empereurs d'Orient. Plusieurs de ces précieux monuments ne durent alors leur conservation qu'à la première ignorance, qui fit regarder comme tirés de l’histoire sainte des sujets de l’histoire profane, ou même des scènes mythologiques.

L'iguorance s'étant dissipée peu à peu , la renaissance ramena l’étude de la gly ptique comme celle des autres arts, Les Médicis contribuèrent à son développement et à son accroissement ; on doit même dire que cet art fut exercé alors avec tant de succès , et par des artistes si habiles, que l’on est quelquefois dans l'incertitude pour déterminer si une pierre est l'ouvrage d’un graveur moderne, ou si c’est un produit antique. C’est surtout dans la fabrication des camées que les graveurs de ce siècle se distinguèrent particulièrement. On doit même dire que, à quelques exceptions près, les plus beaux camées sont des ouvrages modernes. L'un des graveurs les plus habiles du quinzième siècle, souvent employé par Laurent de Médicis, est Dominique de Milan, ordinairement désigné sous le nom de Dominique de camei. Mathieu del Nassaro , autre graveur du siècle suivant, acquit aussi une grande réputation, et il fut appelé en France par le roi François 1°". Ce qui l’occupa le plus fut de graver des camées de toutes espèces : c'était un ornement de mode qui entrait dans toutes les parures. On prisa beaucoup une tête de Déjanire, qu'il grava en relief sur une trèsbelle agate. 11 se servit habilement des nuances différentes de la pierre pour exprimer, dans leurs couleurs naturelles, les chairs, les cheveux, la peau de lion : une veine rouge qui traversait la pierre fut par lui si heureusement adaptée sur le revers de la peau qu’elle semblait être fraichement écorchée.

La multiplicité des camées que l’on demandait fit bientôt sentir la rareté des belles sardoines; on tâcha donc d'y suppléer, et on employa souvent des coquilles dans lesquelles on trouvait aussi des couches de couleurs variées. Cette matière, n’ayant pas la dureté des agates, facilitait infiniment le travail, et apportait de la modicité dans le prix de ces parures; mais elles étaient susceptibles de s’altérer par le moindre frottement, ce qui les rendait bien moins précieuses. Cependant, on fit alors un grand usage de coquilles, et beaucoup de camées de cette époque furent gravés sur cette matière. Une très-jolie parure de ce genre est un collier ayant appartenu à Diane de Poitiers : il se voit maintenant à la Bibliothèque Nationale. Il est composé de quatorze petits camées sur coquille : au milieu, une agate offre le portrait de la célèbre mortelle, portant en diamants les attributs de la déesse de la chasse.

On fait encore maintenant en Italie beaucoup de camées sur coquille ; mais les camées sur pierres deviennent d'autant plus chers que l'on ne trouve plus de belles matières ; on ne sait même pas au juste de quels pays les anciens tiraient leurs

CAMÉE — CAMELEON

belles onyx. Il est cependant naturel de penser que c’est vers l'Orient et dans l'Inde qu’elles devaient se trouver. C’est là du moins que Ctésias place ces hautes montagnes d'où l’on tirait les sardoines, les onyx et d’autres pierres fines. Pline vante aussi les sardoines de l'Inde, si remarquables par leur grandeur. Mais la partie de l'Inde que fréquentent aujourd’hui les Européens est bien éloignée de celle que traversaient autrefois les voyageurs, lorsque l’on allait par terre dans ces contrées lointaines. Il faudrait donc, pour retrouver de belles pierres, diriger de nouvelles recherches dans des pays d’une communication peu facile.

Souvent on fait de frauduleuses restaurations, en découpant avec soin la partie gravée des pierres antiques, que l’on colle sur un fond uni d’agate d’une autre couleur, qui, par ce moyen, offre l'apparence d’un camée sur onyx.

se DUCHESNE aîné.

CAMELÉE, Voyez Dapnné.

CAMELEON. Ce terme vient des mots grecs yauai, adverbe qui exprime l’idéede bas, de rampant, et de Xétov, lion, parce qu'on a cru voir la forme d’un lion dans celle de ce petit lézard, Jong de 25 centimètres. C’est un reptile devenu célèbre par la proprieté qu’il possède de changer de couleur ; aussi lui compare-t-on, dans la société, les hommes prêts à prendre tous les masques et à se ranger sous les bannières de tous les partis, dont ils revêtent les couleurs. Rien en effet n’est plus commun dans nos révolutions politiques que cette flexibilité de caractère, ou plutôt cette absence de tout caractère, qui fait qu’on rencontre presque constamment les mêmes hommes surnageant sous chaque régime différent. Mais le caméléon est moins changeant lui-même que ces reptiles humains ; car il ne prend pas la teinte des étoffes ou autres objets qui l’environnent, comme on l’a dit : c’est bien assez de changer de nuance par lui-même; on l’a donc calomnié sur ce point, et il n’est pas si caméléon qu’on le pense.

Cette étrange propriété n’est point l'apanage du seul caméléon; il y a des lézards iguanes, des agames, des frapelus et d’autres espèces , le calotes, les polychrus, la gorge des anolis et diverses races à goîtres renflés, qui grimpent sur les grands arbres de l'Amérique méridionale, et qui prennent aussi diverses teintes, mais moins parfaitement que le caméléon; il y a surtout notre rainette verte sautant sur les arbres, et une sorte de petite grenouille dont le dos change du vert-pomme au blanc, puis devient bleuâtre, violet, brun.

Voici comment on explique ce singulier phénomène. La peau de tous ces reptiles multicolores est assez fine, demitransparente et traversée d’une infinité de vaisseaux en tout sens, comme le cuir ou le derme de tous les autres animaux. Mais ces reptiles, respirant lentement, ont un sang noirâtre ou violâtre, parce qu’il est peu oxygéné. Or, suivant que oe sang noirâtre se précipite plus ou moins abondamment dans les petits vaisseaux capillaires de la peau, il y produira des nuances plus ou moins foncées , et des ecchymoses variées avec les autres humeurs qui s’y trouvent naturellement. De même, dans la colère le visage de l’homme devient rouge ou livide; la crainte rend pâle, le froid violet ou la bile épanchée peut soudain causer la jaunisse. En effet, c’est selon les affections diverses des animaux que la poche goîtreuse du cou des iguanes, des anolis, de l’agame vert, etc., prend soudain des teintes variables comme la peau des caméléons. Spittal a rassemblé dans le Nouveau Journal Philosophique d’ Édimbourg les opinions des divers auteurs sur les causes de ces transmutations de couleurs. Wormius établit qu’elles sont dues chez le caméléon à ses affections ou à ses passions. Linné et .Lacépède y ajoutent aussi l’influence de la chaleur. Perrault, Shaw, Murray, Vrolik, scutiennent que c’est un effet de la réflexion de la lumière sur le tissu de la peau, comme ces étoffes de soie changeantes selon l’aspect. Cuvier a donné pour cause la diverse quan-

tité du sang circulant dans les mailles de la peau. Des recherches de M. Milne-Edwards sur le changement de couleur de la peau du caméléon tendent à rapprocher ce phénomène de celui qui se manifeste dans la peau du calmar. Ce changement serait d@, d’après l’auteur, à l'existence simultanée de deux matières colorantes ou pigments dans la peau de ces animaux. Le pigment superficiel donne la nuance ordinaire, grise ou jaunâtre; le pigment situé plus profondément sous le derme est d’une teinte rouge violacée, ou vert bouteille fort intense. Ce pigment, renfermé dans de petits utricules rameux, peut être plus ou moins repoussé vers la région superficielle de la peau, suivant les contractions de l'organe et les divers états de l'animal ; il en résulte des mélanges de couleurs diversifiées, qui expliquent ainsi les changements instantanés qu’on a remarqués. M. Milne-Edwards a pu produire artificiellement ces variations de nuances sur la peau détachée des caméléons. Quand l'animal revient à son état tranquille, le pigment inférieur, qui s'était épanché comme une jaunisse, rentre dans ses utricules inférieurs, et disparaît de la surface, qui n’est plus teinte que du pigment superficiel.

La tête du caméléon est triangulaire, aplatie sur les côtés; sa bouche est très-fendue ; les os des mâchoires sont dentés, mais ils ne sont point garnis de dents comme ceux des autres lézards; les yeux sont gros ou très-saillants; ils se meuvent indépendamment l’un de l’autre dans tous les sens, etsont recouverts par une membrane chagrinée, qui en suit tous les mouvements; cette membrane est divisée par une fente horizontale, au travers de laquelle on aperçoit une prunelle vive, brillante, comme bordée d’or; aussi le caméléon jouit-il du sens de la vue au plus haut degré, la membrane dont il vient d’être question servant à la préserver de la trop grande vivacité de la lumière; sa gorge présente un gonflement comme dans les iguanes, et cependant moins volumineux; son corps est revêlu d’une peau lâche et granulée; ses pattes sont fort longues, et n’annoncent pas un animal rampant; aussi s’accroche-il presque continuellement aux branches des arbres; les cinq doigts de chacun de ses pieds sont également longs, garnis d’ongles crochus et réunis par des peaux en deux paquets, avec cette différence qu’aux pieds de devant c’est le paquet extérieur qui n’a que deux doigts, et qu'aux pieds de derrière c’est l’intérieur. Une telle disposition dans ces parties donne à ces animaux une très-grande facilité pour saisir les branches des arbres et s’y tenir perchés à la manière des oiseaux ; leur queue, longue et douée d’une assez grande force prenante , leur sert encore à s’y fixer plus solidement. La démarche des caméléons est fort lente : on les voit quelquefois des jours entiers sur la même branche ; ce n’est qu'avec une sorte de circonspection, après avoir tâtonné, s'être fixés fortement avec la queue, qu’ils se hasardent à faire quelques pas. Cette lenteur de mouvement et leur dénuement d'armes défensives et offensives les rendent victimes de tous les ennemis qui veulent les attaquer. Aussi s'en fait-il annuellement une immense destruction; et l’espèce serait bientôt anéantie si sa fécondité n’était pas aussi grande.

C’est d'insectes et principalement de mouches que vivent les caméléons ; ils les saisissent avec vivacité, au moyen de leur langue, longue et gluante, et les broient entre leurs mâchoires. Ils peuvent rester, comme les autres reptiles, plusieurs mois entiers sans manger : c’est ce qui avait fait croire qu’ils vivaient d’air ; mais enfin ils succombent au besoin. Golberry, qui a fait au Sénégal des expériences rigoureuses pour savoir combien les caméléons pouvaient vivre de temps sans manger, a obtenu quatre mois pour maximum. Leur ponte est de nœuf à douze œufs, que la femelle dépose dans le sable, où ils éclosent par le seul effet de la chaleur. On ignore la durée de la vie des caméléons ; mais on doit présumer que peu d'individus arrivent naturellement au terme fixé par la nature, puisque, comme on vient de le

dire, ils ne peuvent que par un grand hasard échapper aux nombreux animaux qui leur font la guerre, et qu’un caméléon aperçu est un caméléon perdu. Dans les pays un peu froids, comme la Basse-Égypte, les côtes de Barbarie, ils se cachent pendant l'hiver dans les trous sous des amas de pierres, oùils restent dans un état de parfaite immobilité, mais sans être endormis. Les Indiens et les Africains regardent les caméléons comme des animaux utiles ; ils les voient avec plaisir autour de leurs maisons détruire les insectes qui les tourmentent ; ils ne leur font jamais de mal, et se plaisent même à les caresser, à leur offrir des insectes, etc. Le caméléon, de son côté, est fort doux; on peut le prendre dans la main, lui mettre même le doigt dans la bouche sans craindre qu’il cherche à mordre. On assure qu’il ne peut pousser de véritables cris ; d’autres personnes disent qu’il fait entendre un petit sifflement lorsqu’on le surprend et qu’on le saisit.

Le caméléon n’arrêterait pas les regards de ceux qui ne cherchent à remarquer que les objets les plus saillants du règne animal , si la faculté de présenter, suivant ses différents états, des teintes plus ou moins variées, ne l’avait depuis longtemps rendu célèbre. Ses couleurs, en effet, changent avec autant de fréquence que de rapidité ; mais il n’est pas vrai qu’elles soient déterminées par celles des objets environnants : leurs nuances dépendent de la volonté de l'animal, de l’état de ses affections , de sa bonne ou mauvaise santé, et sont subordonnées d’ailleurs au climat, à l’âge et au sexe. On croyait du temps de Pline qu'aucun animal n’était aussi timide que le caméléon; et en effet, n'ayant aucun moyen de défense, et ne pouvant sauver sa vie par la fuite, il doit souvent éprouver des craintes, des

. agitations intérieures plus ou moins profondes. Son épiderme est transparent, sa peau est jaune, et son sang d’un bleu violet fort vif. Il en résulte que lorsque la passion, ou une impression quelconque, fait passer plus de sang du cœur à la peau et aux extrémités du corps , le mélange du bleu, du violet et du jaune produit plus ou moins de nuances différentes. Aussi dans l'état naturel, lorsqu'il est libre, ou qu’il n’éprouve aucune inquiétude, sa couleur est d’un beau vert, à quelques parties près, qui offrent une nuance de brun rougeâtre ou de blanc gris. Est-il en colère, sa couleur passe au vert bleu foncé, au vert jaune, et au gris plus ou moins noir. Est-il malade, il devient gris-jaune et jaune feuillemorte : telle est la couleur de presque tous les caméléons qu’on apporte à Paris ou dans les autres pays froids, et qui ne tardent pas à mourir. En général, les couleurs des caméléons sont d'autant plus vives et plus variables qu’il fait plus chaud, que le soleil brille d’un plus grand éclat. Elles s’affaiblissent toutes pendant la nuit. .

Le caméléon jouit d’une autre propriété qui mérite un examen particulier. II peut enfler à volonté les différentes parties de son corps, et leur donner par là un volume plus considérable. 11 est probable que ce sont là, avec sa couleur semblable aux feuilles, les faibles moyens de salut que Ja nature lui a donnés pour ne pas paraître entièrement marâtre à son égard. « C’est, dit Lacépède, par des mouvements lents et irréguliers, et non pas par des oscillations progressives, que le caméléon se gonfle. Il se remplit d’air

u point de doubler son diamètre; son enflure s'étend jusque dansles pattes et dans la queue ; il demeure dans cet état quelquefois pendant deux heures, se désenflant un peu de temps en temps. Sa dilatation est toujours plus soudaine quesa compression. Il est plus que probable qu’elle a lieu par l’introduction de l'air des poumons entre l’épiderme et la peau; mais il n’y a pas d'observations positives sur cet objet, digne sans doute des recherches des voyageurs. On est certain, du moins, que ces animaux peuvent aussi considérablement gonfler leurs poumons; car ceux qui les ont disséqués sont fort discordants sur le volume de cet organe : les uns le disent très-petit et les autres très-gros. »

CAMÉLÉON -— CAMELINE

Nous n’entrerons pas dans la description des diverses es-

pèces de caméléons connues jusqu’à ce jour ; leurs mœurs sont

à peu près semblables, et l’on sait qu’ils n’ont rien de malfaisant. J.-J. ViRey.

CAMÉLÉON ( Astronomie). C’est l’une des douze constellations méridionales ajoutées durant le seizième siècle à celles que les anciens avaient reconnues au midi du zodiaque. Elle est sur le colure des équinoxes et au-dedans du cercle polaire antarctique.

CAMÉLÉON MINÉRAL. Dans l’ancienne nomenclature chimique, on désignait ainsi une combinaison obtenue en calcinant sept à huit parties de potasse avec une partie de peroxyde de manganèse. Cette matière était ainsi nommée parce que traitée par l’eau, elle la colore en vert et prend elle-même la couleur violette, qu’on peut faire passer subitement au bleu, au pourpre, à l’indigo et au rouge, à l’aide de divers réactifs.

CAMÉLÉOPARD ou CAMÉLOPARD (de xéunhos, chameau, nüpôoc, léopard, panthère), ancien nom de la girafe.

En astronomie, c’est une petite constellation de l’hémisphère boréal, placée entre la Grande-Ourse et Cassiopée,

CAMÉLIENS (de camelus, chameau). On donne ce nom à une famille d'animaux ruminants correspondant au genre camelus de Linné. Ces animaux diffèrent des autres ruminants, en ce que leur pied n’est pas séparé en deux doigts distincts : il appuie sur une sorte de semelle calleuse au-devant de laquelle on aperçoit seulement deux petits sabots. Il ont deux dents incisives à la mâchoire supérieure, et leur estomac, au lieu d’être divisé en quatre poches seu. lement , en présente une cinquième, qui est une sorte d’appendice de la panse, dans lequel l’animal met en réserve une certaine quantité d’eau. Leur lèvre supérieure fendue, leur cou contourné en S, toutes ces particularités, jointes à la proportion désagréable de leurs jambes et de leurs pieds, aux loupes graisseuses et calleuses qu'on remarque sur cerfaines parties de leur corps, en font des êtres en quelque sorte difformes ; mais leur extrême sobriété et la faculté qu’ils ont de passer plusieurs jours sans boire les rendent de la première utilité.

Les espèces sont partagées en deux groupes, celui des vrais chame aux, dont ont connaît deux espèces , toutes deux de l’ancien monde et complétement réduites en domesticité. Le second groupe est celui des Zamas, animaux non moins connus que les précédents, originaires de PAmérique, où ils vivent sur les montagnes les plus élevées, principalement les Cordillières. P. GERvAIS,

CAMELINE, genre de la famille des crucifères, dont la principale espèce estla camelina sativa, plante annuelle, qui croît naturellement en Europe, dans presque tous les champs, et y est cultivée comme plante oléagineuse ; on extrait en effet de ses semences une huile bonne à brüler, recommandée également en médecine comme un adoucissant, et que l’on nomme à tort et par corruption huile de camomille. Les jardmiers appellent aussi la cameline camomille de Picardie. I1 faut de quatre à cinq hectolitres de graines pour obtenir une tonne d'huile. Cette huile, qui brûle bien, répand moins d’odeur et de fumée que celle du colza, et se vend un quart ou ur cinquième de moins. Les tourteaux ou gâteaux de marc de la cameline se vendent au même prix que ceux du colza et servent aux même usages.

Cette plante, dont la végétation s’accomplit en moins de quatre mois, peut remplacer avantageusement les cultures d'automne que l'hiver a détruites ou les cultures hâtives du printemps. 11 faut la semer à la volée, du printemps en juin; cinq kilogrammes suffisent pour ensemencer un hec- {are. Les seules préparations que demande la terre sont un labour et quelques hersages; lorsque le plant est levé, il faut l'éclaircir de manière à ce que les tiges soient à environ quinze centimètres de distance l’une de l’autre. On ré-

CAMELINE — CAMÉRALES

colte ordinairement la graine au mois d’août; mais il faut avoir soin de ne la battre que lorsque la maturité et la dessiccation sont parfaites , ce qui s'annonce d’ailleurs par la coulesr jaune que prennent alors les capsules. Les tiges sont susceptibles de donner une assez bonne filasse et de servir à la fabrication du papier.

On a donné aussi autrefois le nom de cameline ou camelin à une robe ou à un habit fait decamelot, ou à cette étoffe elle-même. On trouve aussi le mot de cameline employé dans le Roman de La Rose pour désigner une couleur brune : sauce cameline, c’est-à-dire de la couleur du camelot.

CAMELLIA. On désigne sous ce nom un très-beau genre de la famille des ternstræmiacées, qu’on nomme aussi vulgairement rose du Japon et de la Chine, à cause de la ressemblance de ses belles fleurs avec celles de la rose des haies, et mieux encore avec celles de l'arbre à thé. Linné lui donna ce nom en le dédiant au moine allemand J, Kamel ou Camelli, de Brunn, en Moravie, qui en fit passer en Europe, vers 1740, le premier individu. Le camellia est un grand arbre dans son pays, mais chez nous il n’est encore qu’un arbrisseau. Peut-être le verrons-nous, quand il sera parfaitement acclimaté, s’élever et s'associer en pleine terre, dans nos départements du midi, avec les myrtes et les lauriers.

On en connaît deux espèces, le camellia tschabakki ( camellia japonica), etle camellia thé(camelliasasanqua). La première espèce est très-répandue : c’est un arbrisseau toujours vert, haut de trois ou quatre mètres, fourni d’un grand nombre de rameaux à écorce brunâtre, ornés en tout temps de feuilles ovales, lisses, d'un vert luisant et foncé en dessus, jaunâtre en dessous. Les fleurs, d’un rouge vif, solitaires, ou deux et même six au sommet des rameaux, demeurent épanouies depuis le mois d'avril jusqu’en octobre. Elles sont inodores, et se conservent longtemps après être cueillies; celles qu’une forte pluie frappe durent peu et se gâtent très-vite, C’est pourquoi les amateurs sont dans l’habitude de couvrir les camellias à l’époque de la floraison toutes les fois que la pluie menace. Aux fleurs succède une capsule ovale, conique, à trois sillons et à trois loges, contenant chacune deux graines d’un brun clair et aïlées. Les variétés de cette espèce sont : le rouge double, de la couleur la plus brillante, qui a fleuri pour la première fois en France en 1794, et qui se propage par la greffe en fente; le b/anc double, le jaune ou buff, le panaché, le pinck, le pompon, le semi-double. On réussit aujourd’hui très-bien à multiplier ces variétés par boutures; mais il ne faut en ôter que les feuilles placées sur la portion de tige qui doit être mise en terre. On les coupe avec précaution , on entaille la tige audessous d’un nœud ; on doit encore placer les boutures en couche tiède et les étouffer sous un verre dépoli. Toutes les peintures chinoises représentent le camellia tschabakki et ses nombreuses variétés. Au Japon ses graines fournissent une huile très-fine, bonne à manger.

Le camellia thé, ou la deuxième espèce de camellia, est aussi cultivé en France depuis 1811. On en possède également plusieurs variétés, dont l'une est à fleurs rouges très-doubles, qui paraissent en mars et en avril. L. LAURENT.

CAMELOT, sorte d’étoffe non croisée, faite de poil de chèvre, laine et soie, qui se fabrique comme la toile et comme l’étamine, sur un métier à deux marches. I] ya du camelot de Hollande et de Lille, du camelot ondé ou calandré, et du camelot sans ondes. Cette étoffe se fabrique principalement à Roubaix. On l’emploie pour manteaux d'hommes, et les femmes de la campagne s’en font des capotes ou capuchons presque imperméables,

Du nom de cette étoffe grossière est venu le terme de camelote, qui sert dans le commerce à qualifier un ouvrage de peu de valeur et mal exécuté.

CAMENZÆ, nom générique sous lequel on désignait d'anciennes divinités ilaliques, dont la plus célèbre est

Égérie. Elles offrent d’ailleurs une grande analogie d’origine avec la déesse Carmenta. Elles avaient à Rome un bois qui leur était consacré, et c’est le roi Numa qui avait introduit leur culte. Les poëtes romains transportaient fréquemment ce nom aux Muses, parce que la tradition voulait que le roi Numa se fût souvent retiré dans ce bois pour pouvoir travailler en paix à ses lois.

CAMERA ( Musique da }), c'est-à-dire musique de chambre. L'harmonie était découverte depuis longtemps, mais on l’appliquait seulement à la musique d'église, quand les compositeurs écrivirent une infinité de pièces d’une mélodie plus agréable, d’un sentiment plus tendre, d’un style moins pompeux et d’une exécution en général plus facile, qu'ils destinèrent aux réunions particulières, aux plaisirs des amateurs, On donna le nom de musique da camera ( de chambre ) à ces compositions familières, à ces pièces fugitives, parmi lesquelles on remarquait beaucoup de chansons populaires, écrites à quatre parties, et des madrigaux du plus grand mérite sous le rapport des effets de l'harmonie et de la disposition savante des parties. Orlando Lasso, Monteverde, Luca Marenzio, Palestrina, Carlo, prince de Venouse, ont laissé des modèles admirables dans ce genre. On chantait cette musique après le repas, et sila réunion des musiciens avait lieu dans un salon de compagnie, ils se rangeaient autour d'une table, ainsi qu’on peut le voir dans plusieurs tableaux de l’école vénitienne. De là vient que les madrigaux sont appelés madrigalidi tavolino, par quelques auteurs. Les cantates ont succédé aux madrigaux; elles appartiennent à la musique de chambre, comme les sonates, les airs variés, les romances, les duos, lestrios, les quatuors, quintettes pour instruments à archet, les nocturnes et les airs détachés, tels que l’Adélaïide de Beethoven, l’Ariadne de Haydn, le quatuor da camera de Rossini, Cantiamo, etc. CASTIL-BLAZE,

CAMERA CLARA, LUCIDA, OBSCURA. Voyez CHAMBRE CLAIRE, CHAMBRE OBSCURE.

CAMEÉRAIRE, genre de plantes de la famille des apocynées, établi par Plumier en l’honneur de Joachim IT Camerarius, botaniste du seizième siècle. 11 se compose d'arbres et d’arbrisseaux de l'Amérique tropicale, remarquables par l'élégance de leur port et la beauté de leurs fleurs blanches, jaunes ou orangées, disposées en corymbes axillaires et terminales.

CAMERALES (Sciences), en allemand kameral Wissenschaften. Cette expression désigne en Allemagne l’ensemble des connaissances qu’embrasse l'administration; ce sont en un mot les sciences administratives. En Italie la chaire qu'illustrait Beccaria en 1768, à Milan, était celle des scienze camerali. Ce mot, vient de camera, kammer, qui, en italien, en allemand, comme en latin et en grec, signifie chambre, et qui au moyen âge était pris aussi pour synonyme de érésor. Autrefois, on appelait chambres certains conseils de la couronne. En Allemagne, les chambres étaient les autorités supérieures chargées des affaires de finance et de police. Tant que la science gouvernementale fut peu compliquée, l’administration des finances, à laquelle le terme de chambre était dans l’origine particulièrement consacré, formait la branche principale et presque unique de l’administration publique. Mais dans le développement successif de l’art de gouverner, d’autres branches vinrent s’y joindre, ét la dénomination qui primitivement n’avait servi à désigner qu'une partie, la plus importante il est vrai, de l’administration, celle des finances, embrassa plus tard tout ce qui ressortait de la science administrative; quand les connaissances nécessaires aux fonctionnaires de l’ordre administratif devinrent l’objet d’un enseignement officiel, l’ensemble de ces connaissances fut appelé sciences camérales ou sciences politiques et camérales. La création de cet enseignement remonte au dix-huitième siècle. Ce fut Frédéric-Guillaume, père de Frédéric le Grand, qui le premier, en 1727, créa

dans ses universités de Halle et de Francfort des chaires de sciences camérales. Jusque là, soit à cause de la faveur dont jouissait la science du droit, soit à défaut d’un autre enseignement méthodique, les jurisconsultes avaient été en possession des fonctions administratives. Mais on reconnut qu’il n’était plas possible de ne faire de l’art d’administrer que l’accessoire de la sciencé du jurisconsulte, et on institua pour ceux qui aspiraient à cet art difficile un enseignement appliqué directement à cet objet.

CAMERANI, décédé en 1815, dans les fonctions de semainier ou directeur de l'Opéra-Comique, suivit pendant sa longue existence de quatre-vingt-{rois ans toutes les vicissitudes de ce théâtre. Il avait débuté en 1767 à la Comédie- Italienne dans les jeunes amoureux, et obtenu assez de succès, malgré son accent parmesan, qu’il ne perdit jamais. Il remplaça deux ans après Ciavarelli dans le rôle des Scapins, et succéda au fameux arlequin Carlin. Depuis 1780 les comédiens italiens ordinaires du roi ne jouaient plus que des opéras français et même des comédies ou des drames en prose. En 1792 Piis et Barré, fondateurs du vaudeville, emmenèrent une partie des acteurs. Camerani resta fidèle à sa troupe, dont il ne tarda pas à avoir la direction, d’abord rue Favart, ensuite rue Feydeau. Il devina le talent d’un jeune acteur qui avait assez mal débuté et qui était méconnu, Elleviou. a

Camerani blâmait le genre moderne ; il estimait par-dessus tout le répertoire des auteurs morts, par la grande raison qu'il n’y avait plus de droits à payer. « Mes amis, disait-il un jour, en apprenant avec effroi que la caisse était vide, ce sont les auteurs vivants qui nous fouent, ce sont de vraies sangsoues ; et tant que vous aurez des auteurs, vous serez tous rouinés ; il ne nous restera bientôt piou que les Dettes et Maison à vendre ! » Cetle prophétie se serait accomplie peut-être sans la fusion des théâtres rivaux et sans les secours des Berton, des Méhul, des Boïeldieu et des auteurs des poëmes contre lesquels Camerani exerçait surtout sa verve satirique. Un jeune écrivain lui avait confié un manuscrit; il le lui rendit quinze jours après, sans l’avoir lu, « Mio caro, lui dit-il, votre opéra est admirable; je l’ai lou avec le plus grand plaisir ; notre comité est composé d’ignorants, vous êtes refousé à l'ounanimité. » Le jour où Garnerin fit, dans le jardin Biron, rue de Varennes, sa première et malencontreuse expérience du parachute, tout Paris s'était rendu à ce spectacle; la salle de lOpéra-Comique était déserte, Camerani, furieux, ne pouvait comprendre l’engouement du publie. « Quelle pitié! disait-il ; est-il possible d'abandonner un sarmant spectacle, Blaise et Babet, Zémire et Azor et la divine Saint-Aubin, pour courir après oun sarlatan et oun baladin! »

Dans les derniers temps de sa vie, Camerani avait acquis, grâce à Grimod de la Reynière, la réputation d’un fin gourmet. Il était du comité dégustateur du Journal des Gourmands, dans lequel les marchands de comestibles désirant obtenir des réclames favorables étaient tenus dese faire Zégitimer en envoyant quelque échantillon de leurs chefs-d’œuvre. Tout banquet somptueux commençait par un potage dit à la Camerani, qui pour certains convives ne coûtait pas moins d’un louis. BRETON.

CAMERARIUS (Joacmm), dont le véritable nom était Liebhart, qu'il changea en celui de Camerarius, parce que ses ancêtres avaient rempli les fonctions de chambellans à la cour de l’évêque de Bamberg, est l’un des littérateurs et des historiens les plus remarquables que l’on compte dans la littérature allemande. 11 contribua puissamment au progrès des arts et des sciences au seizième siècle, par ses éditions, ses traductions et ses commentaires d’une foule d’auteurs latins et grecs, par ses propres ouvrages, dont la plupart furent longtemps elassiques et sont encore aujourd’hui fort estimés, enfin par la nouvelle organisation qu’il donna aux universités de Leipzig et de Tubingue, et au gymnase

CAMÉRALES — CAMERARIUS

académique de Nuremberg. Il prit aussi une part imporfante aux affaires politiques et religieuses de son temps, et fut chargé de différentes négociations difficiles. Le vaste cercle de ses connaissances, la sagesse et la modération de ses principes, la force de son caractère, son éloquence douce et persuasive, lui méritèrent l'estime d’un grand nombre de personnages de distinction parmi ses contemporains, et particulièrement de l’empereur Charles-Quint, de Ferdinand 1% et de Maximilien IX.

Né à Bamberg, en 1500, son père l’envoya à l’âge de quinze ans étudier la langue grecque et la littérature ancienne à Leipzig. En 1518 il se rendit à Erfurt, et en 1521 à Wittemberg, où Mélanchthon l’honora tout particulièrement de son amitié. Ses remarques critiques sur les Quæstiones Tusculariæ de Cicéron (1525) lui valurent un commerce de lettres avec Erasme. Après avoir quitté Wittemberg la même année, et avoir parcouru la Prusse, il fut nommé en 1526 professeur des langues classiques à Nuremberg; et en 1530 le sénat de cette ville le choisit pour son représentant à la diète d’Augsbourg, où, de concert avec Mélanchthon, il participa activement aux délibérations de la diète, desquelles sortit l’acte si célèbre sous le nom de Con- Jession d'Augsbourg.

Quatre ans après le sénat de Nuremberg l’éleva au poste de secrétaire; mais il refusa ces fonctions pour accepter les offres du duc Ulric de Wurtemberg, qui l’appela à l’université de Tubingue , où il écrivit ses Éléments de Rhétorique. En 1541 Henri et Maurice de Saxe le chargèrent d’organiser l’université de Leipzig sur un nouveau plan. En 1555 il assista encore une fois comme député à la diète d’Augsbourg, etalla en 1556 à Nuremberg, accompagné de Mélanchthon, pour conférer sur différents sujets de religion. L'année suivante il accompagna Mélanchthon à la diète de Ratisbonne. Maximilien II, qui l’invita en 1569 à venir à Vienne pour le consulter sur différentes affaires de l’église, le combla de présents. Camérarius mourut à Leipzig, le 17 avril 1574, laissant un fils nommé comme lui, né à Nuremberg, en 1534, et l’un des plus grands médecins et naturalistes de son siècle. Il éfait d’un caractère sérieux et peu communicatif, même avec ses enfants. Ses écrits, dont le nombre est immense, consistent principalement en traductions grecques et latines, Ses Commentarii Linguæ Græcæ et Latinæ (Bâle, 1551) sont encore estimés de nos jours. On a aussi de lui des poésies dans ces deux langues, ainsi que one livres de lettres familières, où l’on trouve d’intéressants détails sur les événements de l’histoire contemporaine.

CAMERARIUS (Joacumim ), fils du précédent, l’un des médecins et des botanistes les plus instruits de son siècle, né à Nuremberg, le 5 novembre 1534, étudia la médecine à Wittemberg, à Leipzig et à Breslau, et voyagea ensuite en Italie, où il suivit les cours des professeurs les plus en renom et fut reçu docteur à Bologne. Hfabli médecin à Nuremberg à partir de 1564 , il détermina les magistrats de cette ville à y fonder une école de médecine, dont il fut le doyen jusqu’à sa mort. La botanique étant son étude de prédilection, il créa un jardin botanique à son usage, et n’épargna ni peines ni dépenses pour réunir les matériaux de divers grands ouvrages qu’il préparait sur cette science. C’est ainsi, entre autres, qu’il acheta à Gaspard Wolf de Zurich sa précieuse bibliothèque de botanique et paya 150 florins les manuscrits de Conrad Gessner. Il se trouvait dans le nombre une collection de 1,500 plantes gravées sur bois, qu'il utilisa en partie pour la publication de l’£pitome Matthioli de Planlis, etc. (Francfort, 1586). Parmi ses autres ouvrages nous citerons encore : De Re Rustica Opuscula nonnulla (Nuremberg, 1577); le Catalogue de son jardin botanique, Hortus Medicus et Philosophicus (Francfort, 1588 ); et Symbolorum el emblematum ex Re Herbariadesumtorum Centuria una (Nuremberg, 1590-1597 ). Camerarius mourut à Nuremberg, en 1598.

) CAMERATA. Voyez Bacciocni.

CAMÉRIER (Camerarius ). On a désigné de la sorte, 1 Rome, un fonctionnaire préposé à la garde et à ’admiistration du trésor papal, au fisc ou à la chambre fiscale. Det emploi avait été institué par Grégoire VII, mais le litre en remontait beaucoup plus haut. Plusieurs ordres monastiques avaient aussi des camériers ou © hambrier S, chargés d’administrer les biens du monastère , de percevoir ses revenus et de veiller à ses approvisionnements. Il y en avait aussi jadis dans les chapitres de certaines cathédrales, dont les chanoines vivaient en commun. On a souvent confondu ke camérier avec le camerlingue et quelquefois on a pris ce mot pour synonyme de chambellan.

CAMERINE. Voyez NUMMULITES.

CAMERINO, ville d'Italie, dans la province de Macerata, située sur une colline au pied des Apennins, et à 66 kilomètres sud-ouest d'Ancône, n'appartient plus depuis 11860 aux États de l’Église dont elle formait une délégation javec 42,000 âmes sur 825 kilomètres de superficie. Elle est le siége d’un archevêché, d’une petite université fondée en 1707, mais qui avant la révolution de 1849 n’était guère fréquentée que par deux cents étudiants. En fait d’édifices, on ne peut citer que le palais archiépiscopal et la cathédrale. Sur la grande place se trouve une statue en bronze du pape

ixte-Quint. Les habitants, au nombre de 7,500, ont pour principale ressource la culture de leurs champs et la fabrication de quelques étoffes de soie.

Camerino est le Camerinum des anciens, appelé autrefois Camers, et qui était l’une des villes les plus importantes de l'Ombrie. Au moyen âge elle forma l’une des marches du duché de Spolète, jusqu'à ce que vers le milieu du treizième-siècle elle passa à la maison de Varani, dont l'un des membres , appelé Giovanni Maria, obtint en 1520 du pape Léon X le titre de duc ne CameriNo. En 1589 Caimerino échut à Ottavio Farnese, puis, quand celui-ci devint duc de Parme, à la chambre apostolique.

CAMÉRISTE,, en italien camerista, femme ou fille attachée au service personnel de la maîtresse du logis. En Espagne et en Portugal on donne aussi ce nom aux femmes qui remplissent les mêmes fonctions auprès de la reine, des princesses et des dames les plus distinguées par leur rang et par leur fortune. A Madrid la première charge du palais a long-temps été celle de la camerera mayor, espèce de surintendante de la maison royale, qui disposait souveainement de tous les offices exercés par des femmes, réglait et déterminait la marche du service. Chargée d’accompagner partout la reine, elle avait sa place marquée dans son carrosse, et s’asseyait dans les cérémonies publiques sur deux coussins disposés près de sa personne. Elle exerçait quelquefois les fonctions de gouvernante de la souveraine, quand celle-ci était d’un âge ou d'un caractère à ne pouvoir se gouverner elle-même. M€ de Villars , dans ses ettres, en cite un exemple dont elle fut témoin : la reine se livrant un jour à divers amusements avec ses femmes, la camerera mayor survint, la prit par le bras et la contraignit de rentrer dans son appartement. Ces fonctions sont aujourd’hui fort restreintes. 11 y avait autrefois un camerero mayor ; mais ce titre disparut quand Charles-Quint, devenu roi d’Espagne, introduisit dans son palais les titres et les fonctions en usage à la cour de Bourgogne, où il avait été élevé.

|} En Portugal la camereira-mor, ou grande-caméniste, donnait la chemise à la reine, marchait derrière elle en public et portait la queue de son manteau. Mais à Lisbonne la fonction la plus haute et la plus influente était jadis celle du camereiro-mor : il commandait d’une manière absolue aux Valets de chambre, tous choisis dans le corps de la noblesse. Comme il habillait et déshabillait le monarque, il logeait au palais, et exerçait sa juridiction sur toutes les per-

sonnes de la chambre, telles que les pages de la sonnette, |

CAMERATA — CAMERTES

ceux de la lance, ceux de la mule, ceux des clés et ceux des coffres renfermant les vêtements du prince. 11 commandait encore aux portiers ou huissiers de l'appartement , chargés de transmettre les messages des personnes qui demandaient à parler au roi, ainsi qu'aux officiers de l’écritoire, qui avaient charge d'écrire pour sa majesté, Quand les cortès étaient assemblées, il tenait le pan de l’habit du roi et se plaçait derrière son fauteuil. Cette charge était une des plus anciennes du royaume ; elle assurait un pouvoir trèsétendu à celui qui en était revêtu, par l’avantage qu’elle lui donnait de parler au prince chaque jour et à des heures privilégiées. Les mœurs constitutionnelles ont fait considérablement déchoir dans ces derniers temps ces hauts dignitaires de la domesticité royale.

En France le mot camériste semble avoir été introduit pour la première fois dans Le Mariage de Figaro, car ilne se rencontre dans aucun lexique avant l’époque de la représentation de cette comédie de Beaumarghais,

SAINT-PROSPER jeune.

CAMERLINGUE. On appelle de ce nom, à la cour de Rome, le cardinal chargé de veiller à l'administration de la justice et du trésor. Il compose la chambre apostolique avec le vice-camerlingue, un auditeur général, un trésorier général et le doyen des clercs de la chambre. Ceux-ci sont douze prélats, qui forment la chambre des finances. Outre ces fonctions, déjà si importantes, le cardinal-camerlingue quand la chaire de saint Pierre vient à vaquer, exerce durant l’interrègne une partie des droits attribués à la souveraineté. C’est ainsi qu’ii publie des édits, fait battre monnaie à son coin et marche en public escorté de la garde pontificale et des autres officiers du palais.

Camerlingue est tiré de l’allemand £amer-ling, chambrier ou maitre de la chambre. Il signifiait aussi trésorier, car un certain Berthold, revêtu de cet emploi, est désigné sous le nom de camer lingue dans une charte de l’empereur Lothaire, SAINT-PROSPER jeune,

CAMERONIENS ,1l y eut deux sectes de ce nom, l’une en Écosse, l’autre en France.

Les caméroniens écossais se séparèrent en 1666 des presbytériens. Ils tenaient dans les champs leurs assemblées religieuses; comme parti politique, ils étaient républicains, et ne firent volontairement leur soumission que sous le règne de Guillaume de Nassau. Le prédicateur Richard Caméron, leur premier chef, qui leur donna son nom, périt dans une émeute qu’il avait excitée.

Les Caméroniens de France eurent pour chef Jean Caméron, qui fut professeur d’abord à Glascow, où il était né, en {580, puis à Bordeaux, Sédan et Saumur, qui étaient alors le siége d’académies protestantes très-célèbres : il adoucit la doctrine trop sévère de Calvin, et prétendit que la grâce s’étendait sur tout le genre humain ; c’est de là que vint à ses partisans le nom d’Universalistes : on les a encore appelés Amyraldistes, parce que le ministre Amyrault fut, avec Cappel, Bochart et Daille, un des plus habiles défenseurs de leur opinion. Auguste SAVAGNER.

CAMERTES, peuples d'Italie, qui faisaient partie de ceux qu'on appelait Ombres, et que Tite-Live, pour cette raison, appelle Camertes Umbri. Leur alliance avec les Romains datait de l’année 444 ; ils se distinguèrent entre tous par leur fidélité, et fournirent 600 hommes armés à Scipion, lorsqu’il entreprit de passer en Afrique. Plus tard, C. Marius ayant donné le droit de bourgeoisie à mille Camertes qui s’étaient parfaitement bien conduits dans une guerre, et cette faveur, qui outrepassait les intentions et les bornes que le législateur y avait mises, ayant excité quelques murmures, il répondit aux mécontents « que le bruit des armes l'avait empêché d’ouir la loi. » C’est de là qu'est venue cette expression célèbre : inter arma silent leges, que l’on peut regarder comme la condamnation la plus formelle de la guerre et de ses funestes résultats.

CAMILLE. Marcus-Furius CAMILLUS , l’une des plus éclatantes et des plus pures illustrations de la république romaine, après avoir été successivement censeur et tribun militaire, fut nommé dictateur pour s’emparer de Veies, ville étrusque rivale de Rome, dont le siége durait depuis dix ans. Voyant que la force était impuissante, Camille employa contre elle avec succès la sape et la mine. Ses troupes arrivèrent par un souterrain jusque dans la citadelle, d’où elles se répandirent dans la ville, qui fut livrée au pillage. Les Véiens ayant été secourus par les Falisques, Camille marcha contreeux. Un maître d'école vintoffrir au dictateur de lui livrer les enfants des premières familles de la ville qui lui étaient confiés. Camille, justement indigné de cette proposition, fit attacher les mains du traître, et ordonna aux élèves dele ramener dans la ville à coups de verge. Les Falisques, touchés de cette action généreuse, se soumirent volontairement aux Romains. Enorgueilli de sa victoire, il entra à Rome en triomphe sur un char magnifique traîné par quatre chevaux blancs. Cet appareil, inoui depuis l'établissement de la république, déplut au peuple en lui rappelant ce que les Romains avaient le plus en exécration, la royauté. Les tribuns ayant, en outre, proposé de faire de la ville conquise une seconde Rome en y transportant la moitié du peuple, des chevaliers et du sénat, Camille sentit combien serait dangereuse une loi qui priverait l'État d’un point unique de centralisation, et s’opposa de tout son pouvoir à cette proposition : il fut alors en butte aux attaques du peuple, qui oublia ses services, et l’accusa d’avoir soustrait une partie du butin de Veïes. L’accusation fut si violente, que Camille, désespérant de se justifier, s’expatria volontairement : « Que les dieux, s’écria-t-il en partant, me vengent en forçant Rome à me regretter! »

Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés : poussés hors de leur pays par une affluence de population, attirés par le beau climat et les riches productions de lItalie, et vraisemblablement aussi soudoyés par les Étrusques, les Gaulois Celtes, ayant à leur tête un chef, brenn, dont le nom n’est pas venu jusqu’à nous, mais du titre duquel les écrivains latins ont fait le nom de Brennus, se ruèrent sur l'Italie centrale, et vinrent camper devant Clusium, la seule ville d’Étrurie qui, avec Céré, fût alliée de Rome. Par suite de l’imprudence des trois Fabius, ses ambassadeurs, Rome s’attira l’animosité de ces dangereux ennemis. Brennus marche contre les Romains, taille en pièces leur armée à Allia, s'empare de Rome après l’avoir mise à feu et à sang, et fait le siége du Capitole, dernier refuge du nom romain. Le sénat, sentant alors le besoin qu’il a de Camille, le crée dictateur, et le décret d'élection va le trouver au lieu de son exil : c'était Ardée , ville des Rutules, Le tribun militaire Sulpicius était convenu avec les Gaulois d’une somme d'argent moyennant laquelle ils devaient se retirer ; Camille survient avec une armée au moment où se pèse la rançon de Rome. « C’est le fer, et non l'or, dit-il, qui doit racheter les Romains. » Puis il fait retomber sur les Gaulois le mot de Brennus : Malheur aux vaincus ! Ils sont défaits, et après une seconde bataille à huit milles de Rome, il n’en reste pas même un seul pour aller porter dans leur patrie la nouvelle de ce désastre. Camille reçoit les honneurs du triomphe, avec le titre glorieux de second fondateur de Roine.

Tel est en substance le récit plein d'intérêt de Tite-Live et de Plutarque; mais est-il vraisemblable que lors de la capitulation faite entre Sulpicius et les Gaulois, Camille soit arrivé tout à coup pour en arrêter l'exécution ? Comment surtout les Gaulois, toujours si redoutables aux Romains, se sont-ils laissé égorger comme des troupeaux timides dans deux combats successifs? Les Gaulois ont pris Rome, puis se sont retirés par capitulation et en recevant nne rançon. Voilà ce que nous dit Polybe, bien plus voisin de l'événement que Tite-Live. Le témoignage de ce grave historien

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