‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 197 sur 556 · CAMILLE · texte numérisé non relu

CAMILLE

est confirmé par celui de Suétone, d’après lequet bien des siècles après, Drusus retrouva et reconquit chez les Gaulois la rançon de Rome. Il est évident d’ailleurs que les Gaulois ne furent de longtemps chassés du pays. Tite-Live lui-même nous les montre toujours campés à Tibur, qu’il appelle le foyer de la guerre des Gaulois (arcem gallici belli). L'intervention de Camille est donc ici une fable imaginée par les patriciens , qui furent longtemps les seuls déposifaires des traditions historiques de Rome : ils voulaient, dit la critique, montrer la vengeance céleste armée contre les plébéiens quand ils auraient l’insolence d’offenser un membre de l’ordre sénatorial. C’était pour venger l'exil de Camille que les dieux avaient amené les Gaulois à Rome, et ils ne devaient permettre qu’à Camille de chasser ces terribles ennemis. Des prodiges avaient précédé sa condamnation : le plus grand avait -été une voix qui dans la rue Neuve, pendant la nuit, s'était fait entendre à Marcus Ceditius, homme d’une probité reconnue, et lui avait annoncé la prochaine arrivée des Gaulois.

L'histoire, après la retraite de Brennus, continue de rassembler le merveilleux sur la personne de Camille. Par lui Rome était tout, sans lui Rome n’était plus rien. Il avait délivré la république par les armes, il la sauva par la prudence. I1 calma l’effervescence populaire, qu’excitaient les tribuns du peuple, qui parlaient toujours de s’aller établir à Veïes, et il engagea le peuple’à rebâtir la ville, qui se releva promptement de ses ruines. Bientôt une ligue formidable des peuples de l’Italie se forma pour écraser Rome, encore saïgnante de ses récentes blessures. Camille est nommé dictateur pour la troisième fois; dès lors les ennemis ne savent plus que trembler, et ne disputent pas même leur défaite. Enfin, pendant quatre ans, soit comme tribun militaire, soit comme dictateur, il leur fit toujours la guerre et toujours avec succès. Il ne fut pas étranger à la condamnation de Manlius, qui fut précipité de ce même Capitole qu'il avait sauvé. Manlius aspirait-il vraiment à la tyrannie? ou fut-il victime de l'orgueil patricien, qui voyait avec inquiétude sa popularité ? Comme il est impossible aujourd’hui de résoudre nettement cette question, il n’est pas aisé non plus à l’historien impartial d’absoudre ou de condamner la conduite de Camille dans ce grand procès politique.

Sur ces entrefaitesunerévolution fermentait dans l’intérieur ; les classes opprimées réagissaient contre le pouvoir et les priviléges du patriciat. Les citoyens de la sixième classe du peuple (les prolétaires), las d’être toujours pauvres, écrasés et exploités par les riches, voulant enfin une part du bien-être positif, demandèrent l'existence matérielle ; les plébéiens, plus aisés et plus éclairés, comprenant leurs droits, et sentant qu’ils pouvaient aussi peser dans la balance , demandèrent l'existence politique. De là l'origine de cette aristocratie plébéienne qui finit par se confondre avec l'aristocratie patricienne, dont elle prit les passions et les intérêts, sans que ce qui restait peuple s’en trouvât mieux. Mais alors les patriciens, épouvantés d’entendre proclamer que les dignités et les biens devaient être également la récompense des capacités, sans distinction aucune de naissance et de richesse, craignant en outre de se voir envahis dans ce qu'ils appelaient leurs propriétés et leurs droits politiques, cherchèrent leur salut dans de fréquentes dictatures , et nommèrent Camille. Le dictateur, qui veut gagner du temps, convoque tout le peuple en armes au Champ-de-Mars , pour le suivre à la guerre. Mais les tribuns protestent énergiquement , et Camille, craignant l'irritation des esprits et un nouvel exil, abdique sa dignité sous des prétextes de religion.

Cependant une invasion des Gaulois força le peuple et le sénat de se réunir et de proclamer Camille dictateur pour la cinquième fois. Les Gaulois eurent le sort de leurs prédécesseurs, si l’on en croit ces mêmes historiens si prodigues du sang ennemi de Rome. Camille, après avoir vaineu au dehors, eut encore la gloire de calmer les troubles intérieurs et de

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