‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 198 sur 556 · CAMILLE — CAMISARDS · texte numérisé non relu

CAMILLE — CAMISARDS

rallier les partis. Mais le peuple avait remporté une double victoire sur les patriciens, Le consulat lui était enfin accordé. Camille, qui avait plaidé la cause du peuple, fut porté en triomphe dans sa maison. Ainsi fut rétablie la paix entre les deux ordres, après dix ans de troubles. Le vénérable dictateur, en mémoire de cet événement, jeta les fondements du temple de la Concorde. Ici finit sa carrière politique. Deux ans après (365 avant J.-C. }, il mourut d'une de ces épidémies alors si communes à Rome, mal bâtie, mal aérée, et aont le sol humide et fangeux était dans le plus mauvais état d'entretien. Charles Du Rozoir.

CAMION. On donne ce nom à de très-petites épingles.

Un appelle aussi camions des chariots à roues basses, qui servent dans les chantiers de construction en pierres de taille, et que des ouvriers traînent au moyen de bretelles. Perronet, ingénieur du pont de Neuilly, perfectionna ces sortes de camions en plaçant l’essieu de façon que la moitié de la charge se trouve au-dessous de ce dernier, ce qui rend le camion moins sujet à verser. Dans les villes, les négociants font usage de camions à quatre roues très-basses. Ces voitures se chargent commodément, mais elles sont fatigantes pour les chevaux, dont elles neutralisent une partie de la force.

Le camion des peintres en bâtiments est un vase de terre non verni dans lequel ils délayent le badigeon. TEYSsÈDRE,

CAMISARDS , CAMISARDS NOIRS et CAMISARDS BLANCS ou CADETS DE LA CROIX. C’est en confondant les faits qui appartiennent à ces trois classes de camisards que la plupart des historiens ont donné une fausse idée des protestants qui les premiers prirent ce nom. L’étymologie en a été très-controversée. Il paraît maintenant démontré que ce nom leur fut donné de ce qu’ils portaient sur leurs habits une chemise (en languedocien camise) ou une blouse de toile blanche. Les guerres des camisards ne sont d’ailleurs qu’un épisode des guerres des Cévennes, qui seront l'objet d’un article spécial.

L'insurrection des camisards fut tout à la fois politique et religieuse. Leur devise était : Plus d'impôts, et liberté de conscience ! Colbert avait compris les conséquences de la persécution dirigée contre les protestants; il prévoyait que ces rigueurs excessives auraient pour résultat l’émigration d’une population essentiellement industrielle, et l'exportation de grands capitaux. Il s’opposait donc de tout son pouvoir à la proscription de deux millions de Français. Tout en flattant la vanité du grand roi, il lui montrait les éléments de sa grandeur dans le développement progressif du commerce et des arts. « Vous êtes roi, lui disait-il, pour le bonheur du monde, et non pour juger le culte. » Louvois, qui n’était qu’un ministre courtisan, lui répétait : « Vous êtes roi pour faire tout ce que vous voulez. » Louvois seul fut écouté, et Louis XIV se fit théologien armé. L'Édit de Nantes fut annulé. Les montagnes des Cévennes se couvrirent de dragons et de missionnaires. Les prêches, les temples furent brülés et détruits ; l’inquisition apparut sur tous les points avec ses bùchers et ses bourreaux. Les ministres surpris prêchant dans les bois , dans les cavernes, furent envoyés aux galères ; les enfants, arrachés des bras de leurs mères, enfermés dans des couvents pour être convertis. Basville, intendant du Languedoc, se signala par l’atrocité de ses persécutions. Un certain abbé du Chayla, inspecteur des missions, avait transformé son château en prison; inventant de nouveaux supplices, il faisait attacher les protestants à des pieux disposés de manière à étreindre leurs membres dans une douloureuse contraction.

Les protestants des Cévennes, pour célébrer leur culte, ne pouvaient plus se réunir que dans des lieux écartés. L'abbé du Chayla, informé qu’ils tenaient une assemblée secrète près de son manoir, au pont de Montvert, se mit à la tête d’un nombreux détachement de soldats. Soixante protestants sont en-

levés ; l'abbé fait pendre les uns et conduire les autres à sa demeure. Au nombre des prisonnières était la fiancée d’un jeune Cévenol. Celui-ci n’a plus qu'une pensée, mourir ou la délivrer. D’autres jeunes gens , dont les parents ont subi le même sort, se joignent à lui; tous sont armés de fourches et de faux; il investissent le château, s’en rendent maîtres, et les prisonniers sont délivrés. Tous montrent à leurs libérateurs leurs plaies, leurs membres disloqués par la pression des poutres fendues dans lesquelles ils ont été successivement attachés. Ces instruments de torture s’appelaient les ceps de l'abbé du Chayla. Un cri d'horreur et d’indignation s'élève; tous les jeunes Cévenols ont juré la mort du bourreau de leurs familles. Leur plan d’attaque est habilement combiné; toutes les issues du manoir sont soigneusement gardées. L'abbé du Chayla est arrêté et pendu. Les Cévenols, pour se reconnaître et cacher leurs armes, s’étaicnt tous revêtus, nous l’avons dit, d’une chemise ou d’une blouse blanche. Tel fut le prélude de l'insurrection de ces montagnards, et l’origine du nom de camisards.

L’intendant Basville, effrayé du progrès de cette insurrection, avait demandé un renfort de troupes, et bientôt 20,000 hommes furent réunis sous les ordres du maréchal de Montrevel. L'affaire du château de Montvert n'avait eu pour cause qu’une vengeance privée; un autre incident vint imprimer à ce soulèvement le caractère d’une grave insurrection politique. C’était peu de leur interdire l'exercice de leur culte, même dans l'intimité du foyer domestique, de les surcharger de logements de gens de guerre : on les écrasait d'impôts ; les curés, abusant de leur influence, faisaient peser sur les protestants le poids d’une capitation extraordinaire. fls se plaignirent ; on méprisa leurs plaintes; la plupart ne purent s’acquitter : on s’empara de leurs meubles et de leurs récoltes, qui furent vendus aux enchères. Mais bientôt les receveurs et les auteurs de ces saisies furent à leur tour enlevés pendant la nuit de leurs maisons, et pendus aux arbres avec leurs rôles au cou. A cette nouvelle, des troupes fraîches furent envoyées dans le pays; les montagnards cévenols se réunirent et s’armèrent pour leur commune défense. Ils choisirent pour chefs les plus ardents etles plus braves d’entre leurs jeunes compatriotes, Roland, Cavalier, Ravenel et Catinat. Roland s'établit dans les montagnes et Cavalier dans la plaine; il avait sous ses ordres Catinat, qui commandait leur cavalerie improvisée.

Cavalier, garçon boulanger, n’avait que vingt ans; il avait à combattre un maréchal de France et 20,000 hommes de troupes régulières et aguerries. Il soutint pendant plusieurs années une guerre d’extermination, avec une intrépidité héroïque et une supériorité de talents qui eût honoré un vieux général. 11 se croyait inspiré. Prophète et guerrier, il n’employa soninfluence qu’à faire triompher la cause qu’il avait embrassée. Tous ses compagnons lui étaient dévoués à la vie et à la mort. Sur un mot, sur un geste, ils se précipitaient au milieu des plus grands dangers. Il combattait toujours à leur tête. Censeur sévère, il ne pardonnaït pas la plus légère infraction aux lois de l'humanité, de la religion et de la discipline.

Quelques traits suffiront pour faire apprécier les camisards et leurs chefs. La commune de Mariége avait été forcée de recevoir les camisards vainqueurs des troupes du maréchal Montrevel. Les habitants n'avaient cédé qu'à des forces supérieures. Le maréchal, honteux de ses défaites réitérées, s’en vengea sur ces malheureux villageois : il fit brûler leurs maisons. C'était provoquer et justifier de funestes représailles ; les chefs camisards déclarèrent hautement leurs intentions. Cavalier écrivit au maréchal qu'il allait brûler deux villages catholiques, et que s’il ne mettait fin à ses fureurs, pour un village brûlé, désormais, au lieu de deux, ilen brülerait trois, et ainsi de suite en augmentant toujours. Le marécha ne répondit point. Cavalier fit exécuter sa menace : deux Villages catholiques furent brûlés. Après

celte déplorable expédition, Cavalier et les siens s'étaient fait loger par billets à Vestris, village près de Nimes. Le maréchal fit incendier ce village. Cavalier écrivit encore au maréchal, mais sans succès, Les camisards brülèrent trois villages. Le maréchal redoublait de fureur, et les incendies se succédaient avec une effrayante rapidité. Les soldats ne donnaient pas même aux paysans le temps de se retirer; plusieurs familles périrent dans les flammes. Les états du Languedoc dénoncèrent le maréchal à la cour, et supplièrent le roi et son conseil de mettre fin aux dévastations commises par les deux partis. Le maréchal fut blâmé, et conserva son commandement ; mais les incendies cessèrent. Poul , l’un des plus hardis chefs de partisans du maréchal, se vantait d’exterminer seul tous les camisards, et d’en purger la province, Il ne demandait qu’un régiment de dragons pour battre Cavalier et l’enlever mort ou vif. Le maréchal y joignit un régiment d'infanterie. Cavalier, prévenu de cette attaque, prit position; l’action fut chaude ; Poul périt dans le combat ; le régiment d'infanterie fut presque entièrement détruit, et quarante chevaux de dragons et seize prisonniers restèrent au pouvoir des camisards.

Cavalier avait mis ces prisonniers, tous blessés, en lieu de sûreté, et en faisait prendre le plus grand soin. Le maréchal agissait tout autrement. Il faisait, il est vrai, soigner les prisonniers blessés, et, sous l’espoir de pardon, il tâchait d'obtenir d’eux des révélations; mais à peine guéris, il les livrait aux bourreaux. Ces malheureux n’échappaient à la mort sur le champ de bataille que pour la recevoir sur les échafauds.

Un meunier, dont les trois fils servaient dans les rangs des camisards, et qui lui-même s'était montré un des plus zélés et des plus intrépides pourvoyeurs de Roland, s'était laissé séduire par une gratification de 50 louis que lui avait fait compter le maréchal de Montrevel. Roland lui avait confié le projet d’une grande expédition qu’il méditait depuis longtemps : il s'agissait de marcher en masse contre les troupes royales, qui se concentraient dans l’Auserre, et de les battre. Le succès ne paraissait pas douteux. Devenus maîtres du Bas-Languedoc, les camisards se seraient mis en communication avec leurs frères du Rouergue et du Vivarais, et auraient pu étendre ainsi dans un plus large rayon les forces et les ressources de l'insurrection. Mais le meunier avertit le maréchal que les camisards avaient choisi pour lieu de rendez-vous la tour de Belot; elle fut immédiatement cernée, et de nombreuses colonnes y arrivèrent à la faveur de la nuit. D’une à deux heures, les sentinelles protestantes s’aperçurent que des soldats par groupes se glissaient en silence, et à des distances égales, vers la méfairie du donjon , qui bientôt fut investie. Au premier cri d'alarme, les camisards courent aux armes. Roland et Cavalier s’avancent aux principales portes, et parviennent à rallier quelques centaines d'hommes. Cette lutte nocturne fut une horrible boucherie. Quelques protestants s'étaient retranchés dans l'intérieur, et tiraient par les fenêtres; mais, ne pouvant distinguer les combattants, leur feu faisait autant de mal à leurs frères qu’à leurs ennemis. Aux premiers rayons du jour, les camisards ont pu se reconhaitre; ils se frayent un passage pour se rallier à Roland età Cavalier, qui ont échappé aux horreurs de cette nuit sanglante, et les débris de cette tronpe, naguère si brillaite de jeunesse, de courage et d'espérance, parviennent à rejoindre leur cavalerie, qui s'avançait à leur secours. Une colonne nombreuse de troupes royales leur barre le passage. La lutte était trop inégale; les protestants sont mis en déroute, Un autre combat s'engage entre les camisards retranchés dans une grange de la métairie et les troupes royales; ils combattaient avec le courage du désespoir, Bientôt la grange, qu'ils ne peuvent plus défendre, devient leur bûcher et leur tombeau. Ts n’ont pu supporter la penséce de tomber vivants au pouvoir de l’ennemi; ils ont eux-

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