‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 199 sur 556 · CAMISARDS · texte numérisé non relu

CAMISARDS

mêmes allumé l'incendie qui va les dévorer. Les camisards perdirent dans ce long combat de nuït et de jour six à sept cents de leurs frères. Ceux qui avaient pu suivre Roland et Cavalier rencontrèrent le régiment de Firmacon, qui revenaïit triomphant de la tour de Belot, et se dirigeait sur Nîmes. Roland le charge à la tête de sa cavalerie, le met en pleine déroute et le force à rebrousser chemin.

Après ce combat, les protestants se retirèrent dans les bois de Saint-Benezet, où ils apprirent avec autant d’indignation que d’étonnement toutes les circonstances de la trahison du meunier. 11 échappa pendant quelque temps au juste ressentiment et aux investigations des camisards ; il fut enfin découvert et amené devant Cavalier. Traduit devant le conseil, il fit l’aveu de son crime ; il fut condamné à passer par les armes. 11 demanda avant l’exécution à embrasser ses fils. Cette grâce lui fut accordée sans difficulté; mais ceux-ci refusèrent de le voir.

A la suite du désastre de Belot, où ils avaient lutté un contre six, les camisards se trouvèrent réduits à 1,200 combattants; ils attribuèrent à la Providence le miracle de leur conservation : les mesures avaient été si bien prises qu’aucun ne semblait devoir échapper à cette collision, qui fut moins un combat qu’un massacre. Ils ne se laissèrent point abattre. Ils comptaient sur de prochains et puissants secours d’Angleterre et de Hollande. Roland, Cavalier et les prophètes de la secte, dans les boïs de Saint-Benezet, où ils s'étaient retirés, prédisaient que l'heure de La délivrance allait sonner. Cependant, privés des provisions qu'ils avaient amassées à la tour de Belot, ils allaient succomber de faim et de fatigue. Roland et Cavalier se séparèrent, et marchèrent dans des directions différentes contre les troupes royales. Roland retourna dans les montagnes, Cavalier dans le Bas-Languedoc. Ravenel, qu’il avait détaché avec cinquante hommes, tailla en pièces cent miquelets, près de la petite ville de Saint-Geniès.

De nouveaux succès enhardirent les camisards, Le maréchal s'étonnait de ces revers après sa victoire. Cavalier avait repris son projet de pénétrer dans le Rouergue, où il devait trouver de nombreux partisans. Le conseil avait approuvé son plan. Les troupes se partagèrent en plusieurs colonnes. Il fallait traverser un pays catholique; la marche des protestants devait être mystérieuse. Ils avaient intérêt à n’engager aucune action avant d’être arrivés à leur destination. Instruit de cette marche, le maréchal charge deux de ses plus hardis espions de jouer auprès d’eux le rôle de députés des protestants du Rouergue. Ils se présentent à Roland, alors à Saint-Laurent, et parviennent à le tromper. Cavalier, malade de ses blessures et de la fièvre, avait été transporté dans les Hautes-Cévennes. Catinat le remplaçait. On redoutait son caractère bouillant ; Roland lui recommanda la prudence. Les prétendus députés du Rouergue avaient mission de porter les camisards à de graves désordres. Fidèles à leurs instructions, ils s’attachèrent au fougueux

jeune homme, qu’ils provoquèrent aux plus violentes repré- !

sailles contre les catholiques. Après l'avoir poussé à mettre le feu à plusieurs églises, au grand regret de Roland, ils disparurent et allèrent rejoindre les troupes royales. Celles-ci grossissaient à vue d'œil, et traquaient de plus en plus les camisards. Roland opinait pour qu’on évitat le combat, et proposait de se cantonner dans un bois voisin de Pompignan. Catinat insista pour l’attaque, et malheureuse ment son avis fut adopté, L'action fut terrible; les protestants se replièrent en désordre vers la forêt. Roland protégea la retraite; mais c'en état fait des camisards, sans l’heureuse

témérité de Catinat. Il s’élança à la tête de sa cavalerie !

contre celle de l'ennemi, la culbuta sur tous les points, et déblaya les approches du bois, Ce beau fait d’armes ne put le soustraire à la justice de ses frères. Aussitôt qu'il eut réuni les débris de ses troupes, Roland mit Catinat aux arrèts, et n'attendit plus que le retour de Cavalier pour pro-

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