CAMISARDS
céder à son jugement. Il parut enfin devant le conseil de guerre, qui l’acquitla à l'unanimité en considération de ses services et de son dévouement à la cause commune.
Cependant, les camisards, informés que l’intendant Basville allait se rendre de Montpellier à Saint-Hippolyte pour y faire juger, c’est-à-dire condamner ceux des leurs qui avaient été pris à l’affaire de Pompignan, résolurent de les delivrer et d'enlever l’intendant. Roland chargea Cavalier de l’exécution de ce hardi projet. Les prisonniers furent délivrés, et l’intendant n’échappa que par miracle. Montrevel fut rappelé. On lui reprochait de ne pas agir avec assez de vigueur, Il voulut se justifier par un coup d'éclat qui ne laissât presque rien à faire à son successeur. Il se mit en campagne avec toutes ses troupes, et c'en était fait des camisards, leur défaite eût été complète et décisive, sans le courage et le sang froid d’un enfant, frère de Cavalier, qui combattait à ses côtes, lui servant d’aide-de-camp et d’officier d'ordonnance, Dans une circonstance non moins périlleuse, on vit une jeune fille de dix-sept ans combattre et vaincre à la tête d’une troupe de camiserds.
Le maréchal de Villars vintremplacer Montrevel. Avant d'agir, il voulut s’assurer de l’état des affaires. Il prit des renseignements sur les camisards, et dans le compte qu’il rendit aux ministres Chamillard et de Lafeuilladé, du résultat de ses investigations, il s’exprimait ainsi : « Il y a trois sortes de camisards : les premiers, avec lesquels on pourrait entrer en accommodement, pour être las des misères de la guerre et connaissant qu’elle causera tôt ou tard leur perte. Les seconds, d’une folie outrée sur le fait de la religion, absolument intraitables sur cet article. Le premier petit garçon ou petite fille qui se met à trembler est assuré que le Saint-Esprit lui parle ; tout le peuple le croit, et si Dieu, avec tous ses anges, venait lui parler, il ne le croirait pas mieux : gens d’ailleurs sur lesquels la peine de mort ne fait pas la moindre impression. Ils remercient dans les combats ceux qui la leur donnent; ils marchent au supplice en chantant les louanges de Dieu, et exhortent les assistants de manière qu’on a souvent été obligé d’entourer
les criminels de tambours pour empêcher le pernicieux effet .
de leurs discours. Les troisièmes, enfin, gens sans religion, accoutumés au libertinage, à se faire nourrir par les paysans, et à ne plus faire que voler et même beaucoup de débauches, canaille furieuse et fanatique, et remplie de prophétesses. » Ces renseignements pris, le maréchal entama des négociations avec Cavalier. La première condition exigée par celui-ci fut la liberté de conscience, le libre exercice du culte protestant et le commandement d’une légion entièrement composée de camisards. Villars indiqua la petite ville de Calvisson comme lieu de sûreté et de réunion. Taudis que Cavalier parcourait les Cévennes pour ramener ses licutenanis ef les autres camisards, il fut permis à ceux qui déjà s’étaientrendus à Calvisson, d’y professer publiquement leur culte. A peine cette nouvelle fut-elle répandue dans les environs, que tous les protestants accoururent des bourgs et des villages, non pour se rendre, mais pour y chanter des psaumes avec leurs frères. Cette affluence extraordinaire alarme les zélés catholiques; ils crient que la religion est outragée, perdue ; que l'hérésie triomphe. Les portes de la ville sont fermées, les postes renforcés, mais rien ne peut arrêter la ferveur des protestants ; ils escaladent les murailles et culbutent la garde. On accuse le maréchal de favoriser l’impiété et d’être complice des hérétiques. Tout cependant eût peut-être fini s’il avait été secondé; mais lui seul était de bonne foi. L'impatience et l’irritation des catholiques provoquèrent la reprise des hostilités; les négociations rompues ne reprirent leur cours qu'après une lutte plus vive, plus animée, plus sanglante que jamais. Cependant, le maréchal, qui avait compté sur la loyauté de Cavalier, ne s’était point trompé. Le jeune camisard insistait sur la liberté de conscience. Elle fut accordée, mais sans les DICT, DE LA CONYERS. — T, IV.
garanties réclamées par ses frères. Cavalier, quelques-uns de ses officiers et un grand nombre de leurs frères d'armes se soumirent, et l’organisation du nouveau régiment fut arrêtée. Ils devaient se croire parfaitement libres ; mais dès les premiers jours ils devinrent l’objet d'une surveillance aussi injuste qu'humiliante. Divers dépôts furent indiqués, et ils y furent dirigés par faibles détachements , toujours accompagnés d’une escorte nombreuse. Quant à Cavalier, on l’envoya à Versailles : Louis XIV avait désiré voir ce jeune et redoutable chef de partisans. Cavalier était de petite taille, mais bien fait et d’une agréable tournure. Le roi, après avoir laissé tomber sur lui un regard dédaigneux, baussa les épaules, et passa outre. Cavalier, abreuvé de dégoûts, passa, de dépit, au service de l’Angleterre.
Roland, après le départ de Cavalier, avait réuni les restes des camisards; il ne croyait pas que les engagements pris par le maréchal et Basville fussent sincères, et ses tristes prévisions ne tardèrent pas à se réaliser, Il se vit bientôt environné d’espions, de traitres, dont le gouvernement avait acheté à tout prix la conscience et les honteux services. Poursuivi, traqué partout, il annonça hautement qu'il ne mettrait bas les armes que si le roi voulait rétablir l’édit de Nantes et accorder des temples et des ministres aux réformés du Languedoc; mais il exigeait des garanties. Des traîtres le vendirent. On apprit qu'il était au château de Castelnau, à deux lieues d’Uzès; un fort détachement du régiment de Charolais, commandé par un chef de bataillon, et deux compagnies de dragons, cernèrent sa retraite pendant la nuit. Roland parvint à s'échapper, mais il fut aperçu. Enveloppé de toutes parts, seul contre tous, il s’adosse à un olivier. Sommé de se rendre, il ne répond que par trois décharges d’un fusil à trois coups. Une prime considérable avait été promise à qui le prendrait vivant. Enhardis par l’appât du gain, les solaats et les dragons s’avançaient sur lui sans riposter, lorsqu’un dragon, effrayé du nombre de ses camarades tombés sous ses coups, tira sur lui presque à bout portant. Roland n’était plus qu’un cadavre. Avec lui périt le dernier soutien, le dernier espoir des camisards. Telle fut la fin d’une lutte qui durait depuis plusieurs années.
Il ne faut pas confondre avec les camisards dont nous venons de raconter les exploits, les camisards provençaux ou camisards noirs, bandes de voleurs et de pillards sortis de la Provence, et qui infestèrent le Bas-Languedoc. Se faisant appeler camisards pour dissimuler le véritable but de leur criminelle association, ils ne furent point inquiétés par les troupes royales. On affectait de les confondre avec les vrais camisards, pour faire considérer ceux-ci comme leurs complices. Les chefs camisards s’en plaignirent. De: brigands qui menaçaient toutes les existences et toutes le: propriétés étaient les ennemis de tout le monde. Roland et Cavalier les poursuivirent sans relâche. Ils se montrèrent souvent plus généreux que prudents, en renvoyant ceux qu’ils avaient faits prisonniers, sous la promesse de renoncer à leurs coupables habitudes. Mais enfin, convaincus qu’ils violaient leurs promesses, ils les traitèrent sans pitié, et parvinrent à en purger le pays.
Les camisards blancs ou cadets de la croix apparurent dans le Bas-Languedoc presque à la même époque que les camisards noirs. Ils portaient une croix blanche au retroussis de leur chapeau. Ce n'était d’abord qu’une cohue de jeunes catholiques fanatisés, au nombre de cinq ou six cents, sans discipline, sans chefs, et qui se ruaient sur les protestants, les massacraient sans distinction d'âge ni de sexe, pillaient, brûlaient leurs maisons. A ces cadets de la croix se joignirent bientôt trois autres bandes, plus disciplinées en apparence. La première avait pour chef Florimond, meunier : il était courageux, et connaissait parfaitement le pays; la seconde, Lefèvre; la troisième, le frère François-Gabriel, ermite, plus redoutable que les deux autres, et plus cruel. L'évêque de Nîmes lui avait donné
sa bénédiction et l'avait relevé de ses vœux, Ces bandes avaient été organisées en vertu d’une bulle du pape Clément XI, datée du 6 mai 1703, qui accordait un pardon absolu et général à ceux de ces nouveaux croisés qui prendraient les armes pour massacrer et exterminer la race maudite et exécrable des vrais camisards. Ils marchaient avec les troupes royales sous les ordres du maréchal de Montrevel. Les cadets de la croix, poursuivis à outrance par Cavalier et Roland , eurent le même sort que les camisards noirs. Les puissances étrangères liguées contre la France, l'Angleterre surtout, correspondaient avec les camisards, et leur promettaient des secours. Elles profitaient seules d’une diversion qui retenait dans le bas Languedoc 20,000 hommes des meilleures troupes du roi. Ces promesses, souvent renouvelées , ne se réalisèrent qu'après une lutte de plusieurs années, dont les camisards seuls supportèrent tous les dangers. Enfin, cette flotte si souvent annoncée parut sur le liftoral du Languedoc; mais il était trop tard : Cavalier s'était soumis et Roland n’était plus. La flotte ne fit qu'une démonstration inutile. Les troupes de débarquement revinrent à bord, et les vaisseaux s’en retournèrent avec force armes et munitions. DurEy (de l'Yonne),
CAMISOLE DE FORCE, espèce de corset à longues manches , hermétiquement clos par-devant , et qu’on peut fermer et serrer par-derrière, à la manière des corsets de femme. Ce vêtement s'étend le plus ordinairement depuis le cou jusqu’au-dessous des côtes et parfois jusqu’au bassin, qu’on maintient ainsi assujelti comme le reste du tronc. Les manches dépassent les mains de plusieurs pouces, de manière que les patients ne puissent user de leurs doigts ni de leurs ongles, et on fixe à l’extrémité de ces longues manches de gros et longs cordons solides, au moyen desquels on assujetlit les bras soit aux supports d'un siége, soït aux traverses dun lit de bois ou de fer, etc. Les camisoles de force doivent être failes avec de fort coutil. Tel est le moyen dont on se sert pour réprimer les fous furieux etcertains ma- Jades en délire, quelquefois aussi pour modérer les spasmes des hystériques, des épileptiques , de quelques maniaques ; on en fait usage aussi dans des maisons de correction. Avec une camisole bien appliquée et solide, on n’a rien à redouter des tentatives d’assassinat ou de suicide. Il est des conjonctures où l’on est forcé d'employer en même temps un caleçon de force, dont le bout dépasse les pieds, et qui est d’ailleurs confectionné comme la camisole, avec renfort de lacs et de rubans. Ces simples entraves sont à peu près les seules qu’on emploie de nos jours dans les maisons de fous : Esquirol en faisait un grand usage, et s’en applaudissait. Je suis étonné qu’on n'ait pas encore conseillé la camisole de force contre la fureur de l’onanisme,
Les Anglais reprochent à ce vêtement de répression de comprimer la poitrine, d’entraver la respiration : à cause de cela , ils lui substituent, dans de rares circonstances, les menottes et des entraves métalliques ; mais ordinairement on a recours en Angleterre à un procédé de préservation plus judicieux et plus doux. Dans les maisons de fous de Bedlam et d'Hanwell, ainsi qu’au pénitencier de Pentonville, on renferme les furieux criminels ou insensés , durant le paroxysme périlleux , dans des cabinets obscurs et clos hermétiquement, mais bien aérés, dont les parois et le parquet sont de toutes parts matelassés d’épais et moelleux coussins, que les ongles ni les dents ne peuvent entamer, tant l’enveloppe en est résistante, Nous avons pu voir à Londres ces espèces de salons ou d'élégants cachots, qui nous ont involontairement rappelé cé que Mesmer nommait, non sans orgueil, sa salle des crises. D' Isidore Bourpon.
CAMOËNS (Luz de), le plus célèbre poëte qu’ait produit le Portugal et l’un de ces grands hommes dont la postérité proclame les mérites, tandis que leurs contemporains les laissent mourir de faim, naquit à Lisbonne, vers 1524. Son père, Simon Vas de Camoëns, capitaine de vaisseau dans la marine