‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 20 sur 556 · BUCHER — BUCHEZ · texte numérisé non relu

BUCHER — BUCHEZ

de hâter l'incendie. Achille appelle, dans Homère, le vent du septentrion et le zéphyr sur le bûcher de Patrocle. Puis on y jetait des habits, des étoffes précieuses et encore des parfums ; on y jetait aussi les dépouilles des ennemis. Aux funérailles de Jules César, les vétérans y précipitèrent leurs armes, On immolait de plus des bœufs, des taureaux, des moutons, qu’on portait aussi sur le bûcher. Quelques-uns des assistants se coupaient ou s’arrachaient des cheveux, qu’ils y semaient, Il y a même des exemples de personnes se tuant sur le bûcher de ceux qu’elles aimaïent, Aux funérailles d’Agrippine, Mnestor, un de ses affranchis, se tua de douleur. Plusieurs soldats en firent autant devant le bûcher de l'empereur Othon. Pline rapporte qu’un certain Philotimus, à qui son maître avait légué ses biens, se jeta sur son bûcher. Plusieurs femmes avaient cet affreux courage. Achille tua douze jeunes Troyens sur le bûcher de Patrocle. Lorsque le cadavre était réduit en os eten cendres, on achevait d’éteindre le bûcher avec du vin et l’on recueillait ces dépouilles mortelles dans une urne. À Franchissons par la pensée une longue suite d'années pour arriver au temps des bûchers expiatoires en Europe. C'était dans les grandes calamités publiques que les Druides éleyaient à Teutatès, en guise de bûcher, une grande statue d’osier et de bois, à laquelle ils mettaient le feu après l’avoir remplie de créatures vivantes. Mais devait-on s’attendre à voir dans les temps modernes , sous l’influence même du christianisme, le Saint-Office sacrifier des milliers de victimes humaines dans ses épouvantables auto -da-fé? Dans l’Hindoustan , les basses classes précipitent leurs morts dans le Gange. Aux riches on élève des bûchers hors des villes. Avant de les y déposer, on leur pince le nez, on leur presse l’estomac, on leur jette de l’eau au visage pour s'assurer qu’ils ne sont pas seulement tombés en léthargie. Puis les parents leur apportent du bétel, de la fiente de vache, du riz, des fruits , et le plus ancien y met ie feu en détournant la tête. Les brahmanes ont renoncé depuis longtemps à monter pour leur propre compte sur les bûchers. Ce ne sont plus que les malheureuses veuves qu'ils soumettent à cette barbare coutume, malgré les sévères prohibitions du gouvernement anglais (voyez Sun ). Chez tous les peuples et de tous les temps on a appliqué la peine du feu à certains crimes. Vulcatius Gallicus dans Ja vie d’Avidius Cassius a laissé une description révoltante de la manière dont les anciens brüûlaient les criminels. On élevait un bûcher haut de cent quatre-vingts pieds romains, sur lequel on attachait à différentes hauteurs les hommes condamnés à périr par le feu. En France, ce genre de supplice a eu lieu jusqu’en 1789 dans des circonstances où il s'agissait moins de venger lés lois et de punir les coupables que de porter la terreur dans tous les esprits, et voici comment il s’exéculait; on commençait par planter un poteau de sept à huit pieds de haut, autour duquel, laissant la place d’un homme, on construisait un bûcher en carré, composé alternativement de fagots, de bûches et de paille : on plaçait aussi autour du bas du poteau un rang de fagots et un second de bûches. On laissait à ce bûcher un intervalle pour arriver au poteau; le bûcher était élevé jusqu’à peu près la hauteur de la tête du patient. Le criminel arrivé était déshabillé et on lui mettait une chemise soufrée, on le faisait entrer et monter sur les rangs de fagots et de bois qui étaient au bas du poteau. Là tournant le dos à ce poteau , on lui attachait le cou et les pieds avec une corde, et le milieu du corps avec une chaine de fer ; ces trois liens entouraient l’homme et le poteau, Ensuite on finissait la construction du bûcher, en bouchant avec du bois, des fagots et de la paille, l'endroit par lequel il était entré de façon qu'on ne le voyait plus; alors on mettait le feu de loutes parts.

I y avait un moyen pour que le patient ne senttt pas la douleur du feu et qu'on employait ordinairement sans que la

foule s’en aperçût ; levoici : commeles exécuteurs seservaient pour construire le bûcher de crocs de batelier, dont le fer était a deux pointes, une droite et l’autre crochue, on ajustait un de ces crocs dans le bûcher de façon que la pointe se trouvât vis-à-vis du cœur ; et aussitôt que le feu était mis, on poussait fort le manche de ce croc, qui débordait le bûcher, et la pointe perçait le cœur du criminel, qui mourait sur-lechamp. Lorsqu'il était ordonné que ses cendres seraient jetées au vent, aussitôt que l’on pouvait approcher du centre du bûcher, on prenait avec une pelle un peu de cendre que l'on jetait en l’air.

On brülait impitoyablement les hérétiques, les sorciers , et ceux qui se rendaient coupables de crimes contre nature ou de bestialité; dans ce dernier cas on brülait également Panimal sur lequel le forfait s’était perpétré et les pièces du procès, afin qu’il ne restät aucune trace d’un crime si énorme. C'était surtout le supplice réservé à ceux que l'Église livrait au bras séculier, car l’Église a toujours eu horreur de répandre le sang. Quelquefois on étranglait ou on rouait vif le coupable avant de le jeter au milieu des flammes,

Les livres qui contenaient des propositions jugées dangereuses étaient également brûlés par la main du bourreau, publiquement ou secrètement (voyez Feu [Livres condamnés au ]). A Paris cette exécution se faisait d'ordinaire au pied du grand escalier du Palais-de-Justice, On se servait également du bûcher pour les épreuves judiciaires. Celui qui y était soumis devait passer à travers un bûcher allumé ; s’il en sortait sain et sauf, il était déclaré innocent.

BÜÛCHERON + nommé aussi autrefois boguillon, ouvrier qui abat, coupe et débite les arbres dans les bois et dans les forêts. Après que l'arbre a été marqué pour être abattu ou arraché, le bücheron le jette bas avec une pioche ou une coignée ; il lébranche pour faire des fagots, le divise en. morceaux de la longueur déterminée par les règlements, puis l’assemble en piles régulièrement construites et mesurées d’après les usages locaux. La rétribution du bücheron se fâit ordinairement en nature; on lui abandonne la souche et les racines de l’arbre abattu ; elles sont assez recherchées pour le chauffage. Le métier de bücheron est pénible ; mais c’est un des plus sains qui existent; ceux qui l’exercent sont pourtant exposés aux piqûres des reptiles venimeux et quelquefois aux attaques des animaux carnassiers. Le bûcheron, que son état ramène tous les jours dans les domaines du gros et du petit gibier, succombe quelquefois à la tentation, et trop souvent il se livre au braconnage,

BUCHEZ ( Puuipps-Josepu-BENSAMIN), docteur en médecine, adjoint au maire de Paris, et président de l’Assemblée nationale en 1848, est né le 31 mars 1796 à Matagne-la- Petite, village de l’ancien pays wallon, qui faisait alors partie du département des Ardennes, mais qui depuis 1815 a fait retour à la Belgique. Élevé à Paris, il eut à peine terminé ses classes qu’il obtint dans l'administration de l'octroi un emploi dont les devoirs n’étaient pas tellement étendus qu’ils ne lui permissent d'étudier en même temps les rudiments des sciences naturelles et de se livrer aux travaux préparatoires nécessaires pour embrasser la profession de médecin. Toutefois, il s’occupait alors encore plus de politique que de sciences naturelles, Sur les bancs même de l'École de Médecine, il avait déjà trouvé moyen d'organiser deux sociétés plus ou moins secrètes, dites de Médecine et de Philosophie, et dont les principaux initiés ne tardèrent pas à être mis par lui en rapport avec les chefs d’une conspiration toute militaire, connue dans l’histoire de la Restauration sous le nom de Conspiration du 19 août 1820. Prévenu d’une explosion prochaine, M. Buchez se démit de son modeste emploi, afin de pouvoir conspirer en toute sûreté de conscience le renversement d’un gouvernement détesté, 11 n’en déploya dès lors que plus d'activité à recruter pour ses deux sociétés, parmi la population des écoles, des fanatiques

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