‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 201 sur 556 · CAMISARD — CAMOENS · texte numérisé non relu

CAMISARD — CAMOENS

du roi Emmanuel, avait épousé dona Anna de Sà e Ma sedo; il habitait le quartier dela Mouraria , sur la paroisse de Sainte Sébastien, et perdit la vie, vers 1552, dans un naufrage sur la côte de Goa. Quoique vivant dans un état voisin de la gène, il voulut pourtant que son fils reçût une éducation complète ; et grâce aux privations qu’il s'imposa, le jeune Luiz put aller suivre les cours de l’université de Coïmbre, Ses études terminées, Camoëns revintà Lisbonne. Il devait toucher alors à sa vingtième année. Si la médiocrité de sa fortune ne lui permit pas de fréquenter assidûment les cercles de la cour, où sa naissance lui donuait ledroit de figurer, il vécut du moins dans une société d'élite. Une passion qu’il conçut pour une dame de la cour, Catherine d'Atayde, sœur d’Antonio d’Atayde, favori de Jean III, fut l’origine de toutes les tragiques infortunes qu’il éprouva plus tard; en effet, le roi ne fut pas plus tôt instruit de cet amour qu’il exila le présomptueux jeune homme à Santarem, lieu de naissance de sa mère, Cette passion était-elle partagée par celle qui en était l’objet? A cet égard on en est réduit aux conJectures. Faria y Souza semble persuadé qu'un mariage avait été arrêté entre les deux amants, mais que la volage Catherine d’Afayde avait oublié ses serments. IL est probable que la riche et puissante famille d’Atayde se tint pour offensée qu’un si pauvre et si mince gentilhomme osât prétendre à s’allier avec elle, et qu’elle se débarrassa de ce soupirant en obtenant de Jean II l’ordre d’exil en question, et qui fut maintenu quelques années. Revenu à Lisbonne en 1550, sans avoir pu arracher de son cœur l’image de la femme qu’il aimait, Camoëns chercha à tromper sa douleur en demandant des distractions au métier des armes. Il passa en Afrique, et se rendit à Ceuta, ville considérée alors comme une sorte d’école à l’usage de ceux qui se des- {inaient à la carrière militaire, et qui y trouvaient mille occasions de se distinguer par suite d’un état de guerre continuel. C’est dans un engagement livré sous les murs mêmes de Ceuta que Camoëns perdit l'œil droit, atteint par un morceau de mitraille; et quelques historiens ajoutent que lorsqu’il reçut cette blessure, le jeune poëte se trouvait à bord d’un bâtiment commandé par son père. Dès 1552 Camoëns était de retour à Lisbonne; mais on ne lui tint pas plus compte de ses services militaires et de ses blessures, qu’on ne sut reconnaître ses talents poétiques ; et le silence absolu que gardent à son égard les hommes éminents que comptait alors la littérature portugaise, tels que Sà de Miranda, Gil Vicente, Barros et Ferreira, doit faire supposer qu’il leur était resté inconnu. Désespéré de ne pouvoir parvenir à rien, il prit le parti, en 4553, de s’embarquer pour les grandes Indes, à bord de l’escadre commandée par Alvarez Cabral. Dès le début de son voyage, il faillit périr victime d’une effroyable tempête qui assaillit l’escadre et la sépara; et de tous les bâtiments dont elle se composait, celui qu'il montait fut le seul qui parvint cette année-là aux Indes. C’est à Goa que Camoëns débarqua. Les exploits accomplis dans cette lointaine contrée par ses compatriotes excitèrent au plus haut degré son imagination : et quoique ayant toujours à se plaindre des hommes, il ne résista point au désir de composer une épopée dans laquelle il célébrerait les hauts faits des Portugais dans les Indes, Mais il écrivit en 1555, sous le titre de Disparates na India, un poëme satirique, dans lequel il flagellait de vers sanglants ce mélange de vénalité et d’orgueil, de ruse et de bassesse qu'on remarquait alors dans la partie opulente de la population de Goa. Le gouverneur général , Francisco Barreto, crut y voir des allusions blessantes pour lui, ou plutôt il obéit aux rancuneuses obsessions des individus bien plus clairemeut désignés que lui dans les Disparales ; et il intima au poëte l'ordre d'avoir à se rendre immédiatement à l'établissement que les Portugais venaient de fonder à Macao, sur la côte de la Chine, Camoëns y arriva en 1556; et plusieurs années de sa vie s'écoulèrent heureuses et paisibles dans cette contrée,

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