‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 202 sur 556 · CAMOËNS · texte numérisé non relu

CAMOËNS

où la nature orientale étale avec profusion toutes ses beautés et toutes ses magnificences. C’est là aussi qu'il composa son célèbre poëme des Lusiades (Os Lusiadas ), nom par lequel il désigne les Portugais, qu’il fait descendre, suivant les antiques traditions, d’un certain roi Lusus, fils ou compagnon du Bacchus indien, et dont on aurait ensuite donné le nom au pays appelé aujourd’hui Portugal. On rapporte qu’il écrivit la plus grande partie de son épopée dans une grotte iituée au milieu des rochers qui avoisinent Macao , et appelée alors Grotte de Patane, mais à laquelle on donne de nos jours lenom de Grotte de Camoëns, et que les voyageurs qui arrivent à Macao ne manquent jamais d'aller visiter. De toutes les épopées modernes les Lusiades sont la seule qui soit conçue dans un esprit s’approchant du véritable génie épique et populaire. Elle naquit en effet dans des circonstances telles qu’il en faut pour produire une véritable épopée, à l’époque des expéditions héroïques des Portugais en Afrique et aux grandes Indes, au milieu de l'essor d'enthousiasme provoqué par ces exploits dans lesprit d’une nation à laquelle ils avaient donné la conscience de sa force et de sa grandeur. En réalité, c’est bien plutôt un tableau épique et national de l’héroïsme portugais, qu'un poëme consacré à chanter la gloire d’un seul héros, ou encore un haut fait isolé; et l’entreprise de Vasco de Gama n’est que le principal morceau de cette galerie héroïque , dans laquelle le poële trouve le moyen de faire défiler sous les yeux de ses lecteurs tous les exploits, toutes les grandes actions, par lesquels d’autres Portugais se sont immortalisés, et dans le récit desqnels, comme on en est déjà averti par le titre même, il faut se garder de voir de simples épisodes, Les plus célèbres d’entre ces tableaux, qualifiés bien à tort d’épisodes par certains critiques, sont celui de la tragique destinée d’Inès de Castro, et de l'apparition du géant Aaamastor, qui, près du cap de Bonne-Espérance, essaye d’user de la puissance qu'il exerce sur les tempêtes pour mettre obstacle au voyage de Vasco de Gama. Suivant le goût qui dominait de son temps, Camoëns a mêlé dans son poême, complétement modelésur les œuvres de l'antiquité classique, les récits de l’histoire de Portugal avec l'éclat de la poésie, et le chrisfianisme avec la mythologie. La versification des Lusiades est quelque chose de ravissant. L'intérêt général de cette épopée consiste surtout dans les sentiments patriotiques dont il est pénétré; la gloire nationale des Portugais y revêt toutes les formes que l'imagination peut lui prêter.

Pour se rendre à Macao, il dut parcourir les mers de l'Inde, et on croit qu’il visita par cette occasion les Moluques. Force est d'ailleurs d’avouer, à la décharge de la mémoire de Barreto, qu'il accorda au poëte exilé la place de curateur des successions; fonctions lucratives, puisqu'il suffit à Camoëns de les remplir pendant trois ou quatre années pour amasser de quoi vivre désormais à l'abri du besoin. Quand il se sentit indépendant, le poëte en eut assez d’un emploi si peu poétique. Dès lors le séjour de Macao lui parut insupportable, et il songea à s’en retourner à Goa. Il sollicita son rappel, et l’obtint, en 1561. Il s’embarqua de Macao pour les Indes avectout ce qu’il possédait. Déjà le navire qui le portait avait dépassé les terres de la Cochinchine et allait entrer dans les eaux du golfe de Siam, quand une horrible tempête le jeta à la côte et l'y brisa, à peu de distance de l’embouchure du Nécon. Toutefois , si Camoëns vit la tempête engloutir tout ce qu’il possédait et le pain de ses vieux jours, il fut du moins assez heureux pour se sauver miraculeusement à la nage et à l’aide d’une planche , emportant avec lui le précieux manuscrit de ses Lusiades. Après un séjour de plusieurs mois sur les côtes témoins de son naufrage, le poëte arriva enfin à Goa, où il retrouva dans la personne de Constantin de Bragance, nouveau gouverneur général , un des hommes dont il avait pbtenu l’amitié à son début dans le monde ; mais lecomte de Redondo , son successeur, tout en estimant la personne et le

talent de Camoëns, finit par prêter l'oreille aux accusatiens de ses ennemis. Bon nombre de ceux qu’il avait blessés dans ses Disparales habitaient encore Goa; e Camoëns, sans que l'exil eût pu le rendre plus prudent, continuait à fronder les puissants, à persifler les lâches et à attaquer sans pitié les fripons. Sur une accusation de prétendues malversations qu’il aurait commises à Macao, on le jeta en prison; puis, lorsque la vérité fut connue , un créancier l'y retint longtemps encore. Quand il eut enfin été rendu à la liberté, notre poëte accepta l'offre que lui fit de l'accompagner à Mozambique le nouveau gouverneur de cette colonie , et il arriva à Sofala en 1567. Mais il ne tarda pas à se brouiller avec son protecteur , et alors sa position fut intolérable; car ce petit despote, s’il ne le fit pas jeter en prison, s’arrangea du moins de façon à ce qu’il fût eu proie à la plus affreuse et à la plus incurable des misères. Heureusement pour Camoëns, d’anciens amis qui vinrent à relàcher dans les eaux de Sofala, l’arrachèrent à ce misérable séjour ; encore fallut-il, pour être libres de l'emmener à leur bord, qu'ils payassent une misérable dette d’une centaine de francs qu’il avait contractée envers le gouverneur de la colonie. C’est en 1569 que Camoëns s’embarqua pour Lisbonne, où iln’arriva qu’en juin 1570. Dix sept années s’étaient écoulées depuis qu'il était allé chercher fortune aux Indes. Au lieu du roi Jean ILL, il y trouvait le jeune roi Sébastien et une régence orageuse. On ignore comment s’écoulèrent les premières années qui suivirent le retour du poëte dans sa patrie. Tout ce qu’on sait, c’est que la première édition de son poëme épique, Os Lusiadas, parut en 1572, et obtint un grand etlégitime succès. Il s’en fit quatre éditions succes sives dans l’espace de moins de vingt ans. Mais si la gloire vint enfin récompenser cette vie si noblement remplie, force est bien d’avouer qu’elle n’améliora point la situation du poëte, qui finit par tomber dans la plus poignante détresse. Des recherches consciencieuses, faites dans ces derniers temps, portent à faire croire, ou du moins espérer qu'on a trop chargé les couleurs de ce sombre tableau. Mais s’il ne mourut point à l'hôpital, comme onletronve imprimé partout, il paraît avéré qu’à l'instant de passer de vie à trépas l’infortuné poëte n’avait pas même de couverture pour défendre ses membres amaigris contre le froid , et que le suaire dont on enveloppa son cadavre dut être emprunté à la maison de Vinuoso. Luiz de Camoëns mourut en 1579, sur un grabat, dans une pauvre maison de la rue Santa-Anna, et fut enterré dans l’église du couvent des religieuses du même nom. Seize ans plus tard, ce ne fut pas sans peine qu’on parvint à retrouver l'emplacement de sa tombe, sur laquelle on plaça alors cette inscription: Ci-git Luiz de Camoëns, prince des poëtes de son temps. Il vécut pauvre et misérablement. Il mourut de même. Le terrible tremblement de terre de 1775 détruisit l’église Santa-Anna, qu’on réédifia ensuite à peu de distance de son emplacement primitif. Des fouilles pratiquées avec intelligence, et sous la direction d’une commision de l’Académie de Lisbonne, en 1854, ont fait retrouver les restes mortels de l’illustre poëte enfouis sous les débris que le tremblement de terre avait amoncelés en cet endroit : et d’après un décret rendu par les deux chambres un monument public a été élevé, en 1860, à la mémoire du chantre des ZLusiades. Outre ce beau poëme, on a de lui un grand nombre de poésies diverses, de délicieux sonnets , pleins de grâce, au nombre de soixante-six, des canzone, des sextinas, des odes, des élégies, des églogues , des stances, des redondillas, des épigrammes et des satires, plus deux comédies médiocres, Les Amours de Philodème, et un Amphytrion, imité de Plaute. La plus récente et la plus complète édition des Obras completas de Camoëns est celle qu’ont publiée Barreto Feio et Monteïro (3 vol., Hambourg, 1834); elle n’est d’ailleurs que la réimpression de la magnifique édition qu’en fit faire à ses frais, en 1817, chez Didot, Manoëel de Souza Botelho, et qui ne fut tirée qu’à 200 exemplaires,

CAMOMILLE. On nomme ainsi quelques espèces de plantes qui appartiennent à des genres différents, rangés par Linné dans la syngénésie polygamie superilue, et par Jussieu dans la famille des corymbifères ou des radiées. Les principales sont: 1° la camomille romaine ou des boutiques (anthemis nobilis, officinalis) ; ses racines sont fibreuses ; ses tiges, herbacées, hautes d’environ deux décimètres, sont nombreuses, faibles et presque couchées; ses feuilles sont composées, ailées, découpées, ayant leurs divisions linéraires aiguës et un peu velues; ses fleurs sont blanches et plus ou moins jaunâtres au centre, exhalant une ordeur agréable et très-aromatique. Toutes les parties de cette plante ont une saveur très-amère ; elle est vivaceet très-commune en France. Les jardiniers la cultivent pour faire ordinairement des bordures, et la multiplient facilement en écartelant les pieds. 2° La camomille puante ou maroute (anthemis cotula) : le port de cette espèce, commune dans les champs cultivés, est plus élevé que celui de la précédente; les fleurs sont blanches et exhalent une odeur repoussante; 3° la camomille pyrèthre (anthemis pyrethrum), qui croît dans le Levant ; 4° la camomille ordinaire (matricaria chamomilla): cette plante n’appartient pas au genre anthemis; elle fait partie du genre matricaire. Elle est annuelle, et s’élève environ à sept décimètres; ses tiges sont branchues, très-divisées et portent plusieurs fleurs blanches, groupées en corymbe, ayant une odeur forte et désagréable.

Toutes ces plantes fournissent par la distillation une huile d’un bleu de saphir, et par l'analyse chimique un principe gommo-résineux, ainsi que du fanin et du camphre; les fleurs de ces diverses espèces ont été employées par les médecins depuis un temps immémorial, en poudre, en décoction, mais surtout en infusion, pour remédier aux faiblesses d’e:tomac, aux coliques, aux vents, au scorbut, à la goutte, aux affections vermineuses, elc. C’est un stomachique banal aussi populaire que le vulnéraire,

La cameline a quelquefois aussi été nommée camomille de Picardie; de là le nom d'huile de camomille donné à celle qu’on tire de cette plante.

CAMORR A, sociélé secrète qui existait dans l’ancien royaume de Naples et dont les membres prenaient le nom de camorrisli. Sous les Bourbons ils régnaient en maîtres sur les marchés, aux stations de voitures, dans les spectacles, en tous lieux où s’assemblait le peuple : ils s’érigeaient en arbitres des querelles, prélevaient une part sur les transactions courantes, sur les salaires ou les jeux de hasard, transportaient les marchandises de contrebande, recélaient les objets volés, et ne reculaient pas même devant l'exécution d’un crime. La violence de leurs excès et le mystère de leur association en avaient fait un tel objet de crainte que ceux d’entre eux qui étaient jetés en prison réussissaient à extorquer de l'argent à leurs compagnons de geôle et jusqu’à leurs propres geôliers. La société avait dans chaque grande ville du royaume un lieu de rassemblement ; à Naples elle n’en comptait pas moins de douze. Chaque section était sous la dépendance absolue d’un chef élu, auquel était adjoint un trésorier; celui-ci recevait tous les gains des associés et les leur distribuail ensuile en parts égales.

Tout membre postulant devait prouver qu'il n'élait coupable ni d'espionnage ni de vol, que sa femme ou sa sœur ne faisait le métier de prostituée, et il prélait sur un crucifix les plus terribles serments de fidélité à l'association, S'il était admis on le mettait pendant un an sous la direction d’un ancien, avec le titre de picciotto d'onore; et son apprentissage terminé, s’il avait donné des preuves de courage et d’obéissance aveugle, il était promu au rang de piccio{lo di sgarro. Enfin, au bout d'un stage plus long encore, lorqu’il avait déployé son adresse en maintes occasions, on le recevait camorriste, Chaque associé portait sur lui deux couteaux de forme particulière, et qui lui servait

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