CAMPAGNOL — CAMPAN
elle aimait à aller souvent, M°"* Genet. Cette dernière, à peu près du même âge que la dauphine, l’accompagnait Mie la harpe ou le piano, qu’elle chantât des airs nouveaux ou ceux des opéras de Grétry, qui était alors dans toute la fraîcheur de son talent. La bienveillance de ces princesses s’étendit jusqu’à chercher un mari à leur protégée: elles fixèrent les yeux sur M.Campan, dont le père était secré. taire intime de la reine. L'union eut lieu; Louis XV fit présent à la jeune épouse d’une dotation de 5,000 livres de rente, et la dauphine lui assura une place de femme de sa chambre, Le véritable nom du mari de Henriette Genet était Berthollet ; c'était un parent du célèbre chimiste : il avait emprunté le surnom de Campan à une vallée du pays de Bagnères de Bigorre ( voyez ci-dessus ), et dont il était originaire.
Pendant l’espace de vingt années jusqu’au 10 août 1792 M°®° Campan ne quitta pas la reine; dans cette journée si désastrueuse pour le trône, elle l’accompagna dans la cellule des Feuillants, où Louis XVI, coupant deux mèches de ses cheveux, lui en donna une pour elle, et l’autre pour sa sœur, comme un gage de sa reconnaissance. Sa confiance en M°° Campan était telle, qu’en 1792 il mit en dépôt dans ses mains ses papiers les plus secrets; et c’est elle dont on soupçonna depuis l'attachement à la reine, elle qu’on accusa, non pas seulement d’ingratitude, mais de perfidie! Le dévouement de M*° Campan alla jusqu'à vouloir être enfermée avec la reine dans la tour du Temple. Pétion s’y opposa. Observée de près, elle crut se dérober aux yeux des argus révolutionnaires en allant s’ensevelir, elle et son désespoir, à Coubertin, dans la vallée de Chevreuse. Sa sœur, M° Auguié, venait d’être arrêtée; elle n’attendit pas les horreurs de l’échafaud, elle les prévint par une mort volontaire.
Enfin vint luire le jour libérateur, le 9 thermidor; M®° Campan respira, si c’est respirer que d’avoir perdu du même coup sa royale bienfaitrice, sa sœur, et son beaufrère. Mais il fallut vivre, elle, sa mère âgée de soixante-dix ans, son mari malade, et son fils âgé de neuf ans. M"° Campan avait toujours eu un goût prononcé pour l'éducation; dès l’âge de douze ans elle ne voyait pas d'enfants qu’elle ne désirât être leur institutrice. Dans la situation où elle était, ne possédant pour toute fortune qu'un assignat de 500 francs, et ayant 30,000 fr. de dettes, ce goût se réveilla fort à propos; elle s’en fit une ressource. Elle loua une modeste habitation à Saint-Germain, après avoir lancé une centaine de prospectus qu’elle écrivit de sa main, faute d'argent. Une religieuse de l’Enfant-Jésus l’aidait dans ses fonctions. Au bout d’un an elle eut soixante élèves: ils montèrent bientôt à cent et plus. « Mme de Beauharnais, dit Mwe Campan, m’amena sa fille Hortense et sa nièce Émilie (depuis Mme de Lavalette). » Le premier consul plaça dans la maison de Saint-Germain Caroline, sa plus jeune sœur, et Stéphanie de Beauharnaïs, sa fille adoptive.
Devenu empereur, Napoléon pensa aux enfants de ses compagnons d’armes qui étaient morts ou qui avaient versé leur sang sur les champs de bataille. Par son ordre un établissement spécial pour les filles, sœurs ou nièces des membres de la Légion d'honneur, s’éleva, sous la surveillance du comte Lacépède, à Écouen. M®° Campan en eut la direction et l’intendance ; elle y montra tant de zèle et d’expérience que Napoléon, visitant la maison quelque temps après, ne put s'empêcher de s’écrier : « Tout est bien! » Ce ne fut point légèrement que l’empereur chargea d’une si importante fonction cette institutrice, car ce fut à elle que disant un jour : « Les anciens systèmes d'éducation ne valent rien; que manque-t-il aux jeunes personnes pour être bien élevées en France? » il en obtint cette courte réponse : « Des mères. »
Napoléon renversé, les intérêts changèrent. Dans le calme qu’apportait la paix générale, Mme Campan, femme de chambre de la reine, depuis sa confidente, son amie, eût