‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 212 sur 556 · CAMPAN — CAMPANELLA · texte numérisé non relu

CAMPAN — CAMPANELLA

dù avoir sa part de repos; il en fut autrement : elle fut ca

lomniée! La maison impériale d'Écouen fut supprimée, e

sa surintendante avec elle. M®e Campan alla cacher à Man

tes l’'amertume de ses souvenirs ; elle perdit son fils unique Ajoutons à ce coup terrible l'exécution du maréchal Ney

l'époux de sa nièce. De tels assauts accélérèrent les prin

cipes des maux dont elle portait le germe dans le sang, un maladie de poitrine et un cancer au sein. Elle quitta Mantes, et alla sous le ciel pur de la Suisse et aux eaux de Bad: chercher un remède ; soins inutiles! elle revint à Mantes où elle subit avec un mâle courage la plus cruelle des optrations, dont la réussite donna des espérances, qui ne furen: point réalisées. C’est alors que Mme Campan prononça uni des plus belles paroles échappées à un mourant. « Ell: m'appela, dit le docteur Maigne, d’un ton de voix plus élevt que de coutume. J'accourus. Se reprochant alors cette espèce de vivacité : « Commeonestimpérieux, dit elle, quand on n’a plus le temps d’être poli! » Quelques minutes aprè

elle rendit le dernier soupir ; c'était le 16 mars 1822.

Mne Campan a laissé, outre ses Mémoires sur Louis XEV, Louis XV et Marie-Antoinelte, des Nouvelles et plusieurs comédies. Mais ses ouvrages les plus importants sont : De l'Éducation des femmes, Lettres de deux jeunes amies Conversations d'une mère avec sa fille. M. Maïgne a pu blié en 1824 un Journal anecdotique de M®e Campan, el en 1835 a paru sa Correspondance avec la reine Hortense. DENNE-BARON.

CAMPANA (Musée). Le mont de piété de Rome avail pour directeur, en 1858, un marquis de Campana, connu des amateurs pour sa belle collection de bijoux antiques et que sa bienfaisance avait rendu populaire. Signalé depuis plusieurs années à cause de ses malversations, il fut mis en accusation et condamné à vingt ans de galères, peine dont on lui fit du reste aussitôt remise. Il fut constaté qu'il avait durant sa gestion détourné au moins quatre millions de francs et que la plus grande partie de cette somme avail été employée à acheter des objets d’art. Les collections Campana, dispersées et entassées dans des magasins où personne ne pouvait les voir, comprenaient des tableaux, des antiques, des terres cuites, 15 à 16,000 objets en tout. Confisquées par le gouvernement pontifical, elles furent, sauf quelques pièces importantes acquises par la Russie, vendues en totalité à la France au prix de 4,200,000 fr. (juillet 1861). On les transporta à Paris, et une exposition publique en fut faite au palais de l’Industrie du 1° mai au 81 octobre 1862. Une commission, chargée ensuite d’en opérer le triage, élimina 5,000 objets d’art, reconnus inférieurs ou doubles et qui furent réparlis entre les musées des départements. Les séries conservées pour le Louvre devaient être réunies dans le musée qui venait d’être fondé sous le nom de musée Napoléon III. Parmi les nombreuses richesses qui le composent, nous rappellerons le moulage complet de la colonne Trajane, formant 300 pièces; les bijoux d’or et de pierres précieuses étrusques, grecs et romains, au nombre de 1,200, les ivoires antérieurs à l'ère chrétienne; les verres coloriés phéniciens, les poteries étrusques et grecques, série d'environ 4,500 vases de toutes formes; les terres cuites de l’antiquité et de la renaissance, les faïences italiennes, les 330 tableaux dont l’école espagnole revendique la meilleure part; 16 magnifiques sarcophages en marbre blanc, une mosaïque de 10 mètres de long sur 6 de large, trouvée dans les fouilles de Ninive, etc. Le musée Napoléon III a été ouvert au public au mois d’août 1863; il prit en 1871 le nom de musée Campana. Le catalogue en a été publié.

CAMPANE (de campana, cloche). C’est le nom qu’on donne au corps du chapiteau corinthien, qui, dénué de feuilles et des ornements accessoires dont il est environné, ressemble effectivement à une cloche renverse.

On appelle aussi campane une décoration d’architecture

ou un ornement de sculpture en manière de crépine, d’où pendent des houppes en forme de clochettes pour un dais d’autel, de trône, de chaire à prècher, etc.; tel est la campane de bronze qui pend à la corniche composite du baldaquin de Saint-Pierre à Rome.

Enfin, on entend par campane de comble certans ornements de plomb chantournés et vides, qu’on met au bas du faite et du brisis du comble, tels qu’on en voit de dorés au château de Versailles.

CAMPANELLA (Taomas), naquit le 5 septembre 1568, à Stilo , dans la Calabre, non loin de Tarente. J1 avait reçu de la nature des facultés remarquables, et n’avait encore que quatorze ans et demi lorsque sa famille voulut l'envoyer à Naples étudier la jurisprudence sous Jules Campanella, son parent; mais déjà il avait pris la résolution d’entrer dans l’ordre des Prêcheurs , séduit par l’éloquence de l’un d’eux , sous lequel il avait étudié Ja logique. Lorsqu'il eut, à l’âge de seize ans, prononcé ses vœux , il se retira dans un couvent de son ordre à Morgenta , dans l’Abruzze, où il se livra avec distinction à l’étude de la philosophie. Plus tard, pendant qu’il étudiait la théologie à Cosenza!, il montra le même zèle pour la philosophie, préférant toujours, contre la volonté de ses supérieurs, les déductions de la raison à l’autorité de la Bible et à celle de l'Église. Sa sagacité fermait souvent la bouche à ses maîtres, qui ne trouvaient aucune réponse à ce qu’il opposait à leurs preuves. Il avait peu d’estime pour la philosophie péripatéticienne.

Résolu à comparer avec les principes des philosophes les opérations vivantes de la nature, il lut parmi les anciens Platon, Pline, Galenus , les stoïciens et les disciples de Démocrite ; et parmi les modernes il choisit en particulier les écrits de Telesio, et les compara au livre original et autographe de la nature, comme il l’appelle. L'existence de ce philosophe lui fut indiquée par hasard dans une dispute à Cosenza , où il pressait vivement son adversaire, Les auditeurs étonnés s’écrièrent : « Il faut que l’esprit de Telesio soit passé {out entier dans ce jeune moine ! » Ce nom, qu'il entendait pour la première fois, excita l’attention de Campanella, qui reconnut avec plaisir dans ses ouvrages une recherche philosophique plus libre. Ce qui lui plut surtout fut que Telesio ne s’en rapportait pas à une autorité illusoire, mais à un jugement immédiat sur la nature opérante et vivante. Ce fut dans sa solitude d’Altamonte, dans l’Abruzze supérieure, qu’il se livra à l’étude de la nature et de l’homme, à laquelle il donnait ses heures du matin. Jl composa dans l’espace d’onze mois, avec les conseils du médecin François Biancha, une réfutation du livre que J.-Ant. Martha avait mis onze ans à écrire contre Telesic en faveur d’Aristote, ]1 avait alors vingt-deux ans. Un triom phe éclatant, qu’il remporta dans une discussion théologique sur un vieillard qui avait d’abord dédaigné de disputer contre lui, lui attira beaucoup de calamités. Son adversaire l’accusa de magie,

Pour éviter les poursuites de ses ennemis, il vint de Naples à Rome, en 1592, ef de Rome à Florence, où il dédia au grandduc Ferdinand 1° son livre De Sensu Rerum. I alla ensuite à Venise et à Padoue pour y publier quelques ouvrages, mais on lui déroba ses manuscrits sur la route de Bologne, où il s'était arrété. Quelques années après , la même chose lui arriva à Rome, et il apprit en même temps que les livres qu’on lui avait pris à Bologne avaient été déposés au tribunal de l'inquisition, devant lequel il répondit et se justifia. Pendant son séjour dans cette ville, il entra dans la société intime de plusieurs cardinaux. À son retour à Stilo, quelques mots qui lui échappèrent le rendirent suspect au ministre espagnol; il fut jeté en prison à Naples, et accusé, de lèse-majesté et de haute trahison : il supporta la torture avec fermeté. Dans les diverses prisons qu’il habita pendant sa captivité, il füt longtemps privé de livres, et composa néanmoins de nombreux morceaux de poésie en latin et en italien. Dans CPE

la suite, après sa condamnation à une prison perpétuelle à Naples, ses livres lui furent rendus , et il obtint même la permission de recevoir devant un gardien la visite des savants ses amis, et celle d’entretenir une correspondance avec les savants étrangers. Parmi ces savants se trouvaient Vestrius, Cesarinus, Gaspar Scioppius, peut-être bien aussi Tobias Adami et Rudolphe Bunavius.

La captivité de Campanella excitait beaucoup d'intérêt pour sa personne. Gaspar Scioppius, son ami, intercéda inutilement pour lui auprès du pape Paul V en 1608. La famille Fugger ne fut pas plus heureuse auprès de la cour d'Autriche. 1 se justifia en 1608 devant l'inquisition, eten reçut même des éloges. Mais accusé de complicité avec le fameux Pietro Giron, duc d’Ossuna, qui avait aspiré à la couronne, il ne put se justifier, et sa prison devint plus dure et fut prolongée. Enfin, après viugt sept années de captivité,

‘il fut mis en liberté, le 15 mai 1626, et déclaré innocent par le vice-roi de Naples, duc d’Albe, sur l’ordre du roi Philippe IV, auquel la demande formelle en avait été faite par Urbain VIII, à la sollicitation de plusieurs cardinaux. Après être resté à Rome jusqu’à l’année 1629, à titre de prisonnier de l’inquisition, dans une captivité qui n’en avait que le nom, il recouvra sa pleine liberté; mais la bienveillance que lui témoignait Urbain VIII et l'intimité dont il l’honorait étaient d’impuissantes protections contre l'envie qui le poursuivit,

Il se retira en France, sous la protection de Fr. de Noailles, ambassadeur à Rome , dont la maison lui avait servi d'asile contre la fureur de ses ennemis. Il débarqua à Marseille au mois d'octobre 1634. Après y avoir fait connaissance avec Gassendi, par l’entremise de Nicolas de Peiresc, à la générosité duquel il dut d’amples secours, il vint à Paris au mois de mai 1635. Le cardinal de Richelieu le recommanda à Louis XIII, qui lui donna une pension de 2,000 francs, avec laquelle il se retira dans le couvent des Dominicains de la rue Saint-Honoré, où la volonté du prince lui avait ménagé une honorable réception. Les savants et les hommes d’État venaient le visiter, et le roi même Je consulta souvent sur les affaires de l’Italie. Il était lié avec tous les hommes éclairés qui se trouvaient alors à Paris, ainsi qu'avec d’autres Italiens, Français, Anglais et Allemands. 11 mourut dans le couvent qu’il habitait, au milieu des religieux en prières, le 21 mai 1639, à l’âge de soixante et onze ans.

Campanella avait étudié l'astrologie et croyait come Cardan et Socrate avoir un esprit ou démon particulier qui l’avertissait toutes les fois qu'une circonstance extraordinaire allait se présenter. Il avait de singulières superstitions sur les jours de la semaine : tous les malheurs lui étaient arrivés le mardi et le vendredi, le bien au contraire le dimanche et le mercredi, les choses moins importantes le lundi et le jeudi; le bien qui lui arrivait le samedi se changeait bientôt en mal, le mal ordinairement en bien; six fois il reçut la question : ce fut toujours le mardi ou le vendredi ; six fois il fut emprisonné, tourmenté ou forcé de fuir : ce fut chaque fois un de ces jours. 11 était aussi partisan de la physiognomonie, et ne doutait pas que l’état de l’âme ne se fit voir dans les traits du visage, les gestes et la démarche. Il disait que si un homme avait ses traits et toute sa conformation physique, il aurait nécessairement ses pensées et ses sentiments. :

Dix-huit ouvrages de Campanella ont été imprimés; ses travaux manuscrits montent à plus de cinquante articles.

La théologie de Campanella ne part pas de la croyance à l'Église , mais de la croyance en Dieu. 11 admet une trinité : puissance, sagesse, amour , de laquelle dérivent tous les êtres , qui n’en sont nécessairement que la représentation. Le mal n’est dans chaque chose que le défaut de proportion entre ces qualités par rapport au sujet en qui elles résident. De cette trinité, il conclut une Providence, et admet un Digu fail homme, premier agent de la rédemption du genre

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