CAMPANELLA
humain. La dignité de notre âme immortelle est à ses yeux telle qu’il regarde les miracles comme possibles à celui qui accomplit en tout point la volonté divine. On voit par plusieurs passages de ses écrits que, dans le besoin qu’il éprouve de voir le bien réalisé dès cette vie, il partage l'opinion des millénaires. Du reste, il admet et défend les dogmes vulgaires de l’Église romaine, et se rattache principalement à la dogmatique de saint Thomas. Il y a quelque chose dans sa manière d'aborder la philosophie qui ressemble au procédé cartésien, Comme le philosophe français, il commence par le doute, et n’admet rien qu'après un mûr et scrupuleux examen; mais il diffère de Descartes en ce qu’il admet avant tout la certitude du témoignage des sens , et l’existence des objets extérieurs. C’est là ce qui l’a fait classer parmi les philosophes sensualistes. 11 ne l’est cependant pas exclusivement , car il établit ailleurs que les sens ne font connaitre que les objets isolés, tels qu'ils nous apparaissent, et non
leurs rapports généraux ; mais ilne pousse assez ni les conséquences de ses principes sensualistes, ni celles de ses principes spiritualistes. Son esprit, plus ardent que conséquent , hésite quelquefois entre des principes contradictoires. De l'existence des objets extérieurs révélés par les sens il conclut le lieu ou l’espace, qu’il appelle substantiam primam incorpoream, immobilem, aptam ad receptandum omne corpus. C’est comme on voit se payer de mots.
Dieu, selon lui, a d’abord créé la matière, à laquelle il a attaché deux causes actives : le chaud et le froid, La ma-. tière raréfiée par la chaleur donne le ciel; condensée par le froid, la terre. Tous les êtres de la nature ne sont dans ce système que le résultat des proportions infinies dans lesquelles ces deux éléments se combinent, proportions qui détermiæent leurs différences. Il établit qu’il y a des sens dans toutes choses, ou plutôt un sens, car il réduit tous les autres à n’être que des modifications du toucher. Il accorde de l'intelligence aux bêtes; il leur accorde même un langage, et il en apporte des preuves fort piquantes, mais on ne voit pas clairement s’il se borne au langage articulé, ou s’il y fait entrer toute espèce de signes, auquel cas son opinion n’aurait rien que d’admissible. Il reproduit dans sa métaphysique les qualités premières ( primalités, comme il les appelle) : puissance, sagesse, amour, qui constituent l'être, et les oppose à impuissance, ignorance, haine, qui constituent le néant. Les objets de ces primalités sont : l'essence, la vérité, la bonté, qui se développent sous l'influence de la nécessité, du destin et de l'harmonie. Du reste, il discute sur Dieu, les anges, les maladies, la mort, la vérité de la religion, avec beaucoup de confusion. Il réfute dans sa logique les péripatéticiens, et prouve que tous leurs raisonnements sont des cercles vicieux. Mais, tout en blämant A ristote, il s’arrête lui-même à des subtilités, et n’enseigne point la voie pour la recherche de la vérite. Dans la morale, qu’il fonde sur la doctrine ontologique, il met en avant plusieurs idées neuves. L'être infini est le bien suprême : toutes choses se rapportent donc à lui et tendent vers lui : c’est la loi religieuse ; la religion est le chemin qui conduit l'âme, du monde des sens au monde invisible et à la plus haute perfection : elle consiste dans l'obéissance à notre Créateur, la contemplation des choses divines et humaines, et l'amour de Dieu.
Dans sa politique, il se montre adversaire consciencieux du machiavélisme. 11 s'occupe aussi de mathématiques, et il cite dans le Syntagma un essai de cosmographie qu'il M a tenté. 11 étudia avec beaucoup d’ardeur la magie, qu’il divise en divine, naturelle et diabolique. Il est peu de superstitions auxquelles il n'ait ajouté foi. 11 prétendait prédire l'avenir, Cette singulière disposition d'esprit ne fut point étrangère aux poursuites dont il fut longtemps, comme on l’a vu, l'objet et la victime. H. BoucurmtéÉ.
A son livre intitulé Realis Philosophix epilogisticæ Partes quatuor, hoc est de rerum natura, hominum