CAMPE — CAMPEN
troupes un avantage si décisif qu'ils n’hésitèrent plus à proclamer leur indépendance. Campêche eut un nouveau siège à soutenir dans la dernière guerre. Bloquée par les Français dès le mois d'août 1863 et assiégée par les Mexicains impérialistes, elle se rendit le 22 janvier 1864; mais à la fin de 1866 elle fut reprise par les républicains.
CAMPÉCHE (Bois de). Ce bois, appelé aussi bois d'Inde, est le produit de l’hæmatozylum campechianum , arbretrès-épineux, qui devient quelquefois très-gros. Cet arbre appartient à la décandrie monogynie, famille des fausses 1égumineuses, et il a reçu différents noms suivant les paye d’où on le tire. 11 nous en arrive principalement de la côûle orientale de PAmérique du sud, et en petite quantité des Antilles. Le bois de Campèche est très-dur, compacte, solide, très-pesant, aisé à travailler, et susceptible d’un beau poli : aussi en fait-on quelque usage dans la petite ébénisterie; mais son principal emploi est comme ingrédient pour les teintures. Il nous arrive en büches plus ou moins grosses, dépouillées en grande partie de leur aubier, et pesant jusqu’à 200 kilogrammes. Ce qui reste de l’aubier est d’un blanc jaunâtre
On distingue dans le commerce, à des prix très-variables, d'après les divers lieux de provenance, 1° le Campéche coupe d'Espagne; 2° le Campéche coupe d'Haïti; 3° le Campéche coupe de la Martinique ; 4° le Campôêche coupe de la Guadeloupe. Le Campèche coupe d'Espagne est sur le bois de coupe fraîche, à l'extérieur, d’un rouge noir, et la nuance rouge disparaît complétement en vieillissant. A l’intérieur la couleur est d’un rouge jaunâtre , et quelquefois grisâtre. Les bûches de la coupe d’Espagne sont très-variables dans leur grosseur, et pèsent de 10 à 200 kilogrammes. Ces büches sont en général mal arrondies, souvent noueuses, offrant quelques cavités, et coupées aux extrémités en forme de coin; elles ont de 1",30 à 1,45 de longueur. La coupe d'Haïti offre des bûches aplaties, noueuses , sillonnées longitudinalement; elles portent en général plus d’aubier que celles de la coupe d’Espagne. Les coupes Martinique et Guadeloupe se ressemblent beaucoup par l'aspect : bûches tortueuses, petites et fort irrégulières, chargées d’aubier, pesant seulement de 5 à 25 kilogrammes. On préfère la coupe Martinique à la coupe Guadeloupe.
En général les couleurs qu’on obtient de ce bois en teinture n’ont que peu de solidité quand on veut leur conserver dans les premiers moments quelque éclat. On ne parvient guère à leur donner de la fixité qu'aux dépens de la pureté des nuances : c’est ainsi qu'une addition d’écorce de bouleau, de brou de noix, etc., en fonçant la couleur du Campêche et en l’altérant plus ou moins, la fixe plus solidement. Quoi qu'il en soit, le bas prix de cet ingrédient tinctorial, la facilité qu'on trouve à s’en procurer de qualité toujours égale et l'abondance du suc colorant qu’on en peut extraire sans difficulté, en font faire une consommation très-étendue dans nos ateliers de teinture. 11 entre d’ailleurs avec beaucoup d'avantage dans toutes les brunitures. PELOUZE père.
CAMPEMENT. Voyez Camp et CASTRAMÉTATION.
CAMPEN ou CAMPER, ville de la province d’Overyssel ( Hollande), dans l'arrondissement de Zwolle, située sur la rive gauche de l’Yssel, à peu de distance de son embous chure dans le Zuyderzée et de l’île en forme de delta qu'il # forme, et à laquelle elle donne son nom, au milieu d’une contrée qui peut être à volonté complétement inondée , est entourée de fossés et d'ouvrages de fortification en mauvais état. Un beau pont, long de 243 mètres, jeté sur l'Yssel, ÿ conduit, En fait de constructions, on y remarque surtout l'hôtel de ville, Elle possède un collége et une population de 9 à 10,000 habitants, dont la principale industrie est la construction des navires el la préparation de la chaux.
La fondation de Campen remonte à l’année 1296. C'était autrefois une ville libre de l'Empire, faisant partie de la lis gue hanséatique et le centre d’un important commerce, qui | par suite de l'accumulation des sables à l'embouchure del’ Yssè
CAMPEN + GAMPER
et de la formation successive du banc appelé Camper-Dieps a toujours été décroissant, et se trouve aujourd’hui rédujt presque à la vente de nattes, de corbeilles et autres ustensiles en osier. Les Hollandais s’en emparèrent en 1578. Elle fut contrainte de se rendre en 1672 aux troupes combinées du roi de France et de l'électeur de Munster, qui y commirent beaucoup d’excès et détruisirent la tête de pont existant sur la rive droite de l’Yssel.
CAMPEN (Jacog Van), architecte célèbre, né à Harlem, vers la fin du seizième siècle, mort en 1658. Il s’était Jabord destiné à la peinture, et la tradition veut qu’au moment de son départ pour Rome, où il avait dessein de se perfectionner dans cet art, une vieille diseuse de bonne aventure lui prédit qu'il en reviendrait architecte, que l'hôtel de ville d'Amsterdam serait brûlé, et qu’il en construirait un beaucoup plus beau. Quoi qu’il en soit de cette prédiction, qui pourrait bien avoir été faite, comme tant d’autres, après coup, les choses se passèrent comme il est dit ici, et la Hollande doit son plus bel édifice à Van Campen. Il conslruisit en outre, dans la même ville, un théâtre, celui de la Comédie hollandaise. Plusieurs mausolées, élevés en lhonneur des amiraux les plus illustres dont s’honore le pays, ainsi que le palais du prince Maurice de Nassau , à la Haye, sont encore de lui.
CAMPENON (François-Nicocas-Vincenr), biographe et ami de Ducis, neveu du poëte Léonard, naquit à la Guadeloupe, en 1772. Il arriva en France à l’âge de quatre ou cinq ans. Il en avait à peine treize quand sa modeste famille vint se fixer à Sens, où il fit son éducation. Atteint par les événements de la Révolution dans les amis, les protecteurs qu’il avait à la cour, il composa pour la reine, peu de temps avant la chute du trône, une romance qui eut un grand succès, et força l’auteur de fuir à l'étranger, où il vécut des leçons qu’il donna. Ce fut alors qu'il écrivit son Voyage à Chambéry, petit livre en prose et en vers, où respirent les vertus de la famille. Ramené en France par la santé de son vieux père, alors que Robespierre était encore au pouvoir, il se tint à lécart jusqu’au consulat, où il obtint la place de chef du bureau des théâtres au ministère de l’intérieur. Sous l'Empire il fut sévèrement censuré pour avoir, en cette qualité, autorisé la représentation de l’Antichambre, opéracomique de son ami Dupaty, dans lequel Napoléon crut voir des allusions injurieuses à sa nouvelle cour. Mais il n’en conserva pas moins sa place, dont il fit marcher de front les devoirs avec Le culte des muses, comme on disait alors.
L'année 1800 vit paraître son Æpiére aux Femmes, dans laquelle on remarque une grande facilité de versification, Digne neveu de son oncle, il ne chercha pas d’autre modèle. Campenon était un poëte de l'Empire ni plus ni moins; il marchait sur les traces de Delille, dont il devait être le successeur à l’Académie.
A l'Épitre aux Femmes succéda La Maison des Champs, poème didactique, assez agréable, tempéré parfois par des traits d'esprit et mêine de sentiment, dans lequel il célèbre tour à tour les charmes de la campagne, le parfum des fleurs, l’art de faire pousser les légumes et de conserver les fruits; science fort utile sans doute, mais qui n’exige pas, pour être décrite, qu’on brave tant de difficultés.
Ce fut après la publication dé son Enfant pr odigue, poëme en quatre chants, que Campenon fut admis à l'Institut. C’est une petite légende biblique fort agréablement versifiée, qui passerait aujourd’hui inaperçue, et qui fit flureur à cette époque. Tous les théâtres s’emparèrent à la fois de ce sujet si simple, Il n’y eut pas ‘usqu’à la Comédie Française qui ne reprit à cette occasion Je faible drame de Voltaire. La nomination de l’auteur au fauteuil de Delille n'eut pas lieu toutefois sans opposition, el l'épigramme suivante vivra peut-être plus que les vers de l’académicien :
Au fauteuil de Delille aspire Campenon.
Son talent suffit-il pour qu'il s’y campe? Non,
Les événements funestes qui amenèrent la chute du gonvernement impérial retardèrent de plus de dix-huit mois la réception du poëte. Élu à la fin de 1819, il ne put être admis qu’en 1814. À la première date il eût prononcé l'éloge de Napoléon; à la seconde il se lança en plein panégyrique de Louis XVIIE Dans ce discours toutefois il fit preuve, plus encore que dans ses ouvrages en vers, d’un esprit fin, élégant, facile, qui pourrait faire présumer que s’il s'était adonné à la prose, il aurait peut-être acquis en ce genre une réputation supérieure à celle qu’on lui accorda comme poëte, 11 avait bien vite oublié sa pièce de vers intitulée Requéte des rosières de Salency à sa majesté l’impératrice, insérée dans l’Hymen et la Naissance, recueil où s'étaient donné rendez-vous tous les thuriféraires de l'époque impériale. Il était alors commissaire impérial du théâtre de lOpéra- Comique, et chef adjoint de la première division de luniversité, A la rentrée des Bourbons, ses princes légitimes, il fut nommé chevalier de la Légion d'Honneur, censeur royal, secrétaire du cabinet du roi et des menus-plaisirs; ce qui ne l’empêcha pas pendant les Cent-Jours de réclamer son emploi de commissaire impérial des théâtres. Il était trop tard, il avait été distancé par un académicien plus prompt. Après les Cent Jours il ne conserva que fort peu de temps sa position à l’université, et vécut dans la retraite.
Campenon publia une 3° édition de ses ouvrages, en deux volumes, enrichie de pensées nouvelles, de son discours de réception, et de quelques poésies légères, élégies, stances, madrigaux et romances, avec des dessins d’Isabey et de Picot. Il fit paraître en 1823, avec Desprez, conseiller honoraire de l'université, une traduction d’Horace, précédée d'une notice; en 1824, des essais de Mémoires sur Ducis dépouillé de ses énergiques pensées républicaines, qui ne l’empêchaient pas de faire sa cour à Louis XVIII; en 1829, une notice sur David Hume et une traduction de l'Histoire d'Écosse de Robertson; des notices sur M* de Sévigné, le comte de Tressan, Gresset, Ducis, Léonard, Clément Marot. 11 a laissé un poëme inédit sur le Tasse.
11 mourut le 24 novembre 1843, dans sa retraite de Viilecresnes, près de Grosbois, et c'est là, dans un humble cimetière de village, q'e repose le poète de la Maison des Champs.
CAMPER (PreRRE) naquit à Leyde, le 11 mai 1722, Son père, Florent Cawrer, ministre protestant à Batavia, avait épousé dans ce pays une riche héritière, Catherine Thetting, née à Surate, mais d’origine hollandaise, Les Camper avaient dès lors quelque importance à Leyde : plusieurs avaient exercé la médecine, d’autres étaient magistrats. Ces différentes circonstances eurent de l'influence sur la jeunesse de P. Camper. Son père était riche ; il avait voyagé, beaucoup vu, beaucoup observé; il aimait les savants, et c'était dans sa propre maison que se tenaient leurs conférences; de sorte que le jeune Camper, comme Paseal dans le siècle précédent, fut entouré dès le berceau d’une atmosphère académique. Ce fut là qu il puisa ce goût des sciences, cet amour de l'étude, qui d’abord le rendit heureux, et qui plus tard le consola; mais aussi cette soif de
vains titres, d’applaudissements et de prompte renommée ; qui nuisit * sa gloire. P. Camper, entouré de tout un institut, ébaucha d’abord toutes les sciences. Le célèbre Moor lui enseigna le dessin et la peinture, et il Sy prit d’une manière si séduisante que Camper toute sa vie aima les beaux-arts avec passion. S'Grayesande lui apprit la physique, et Boërhaave, dans sa glorieuse vieillesse, oubliait ses souffrances en lui faisant begayer quelques-unes de ses théories. Labordes fit de lui un bon mathématicien; Albinus lui enseigna l’anatomie. Chargé de ce butin encyclopédique, et promettant de l'accroître, Camper dut embrasser la médecine, car dans le pays de Boërhaave, lui vivant, la médecine prévalait sur la magistrature.
A vingt- -quatre ans on le reçut docteur en philosoplae
et en médecine, grâce à deux thèses, l’une sur la Vision, Pautre sur l Œil, dans lesquelles il se montra à la fois physicien instruit, anatomiste au niveau de la science, et dessinateur habile, Après cela, en 1748, âgé alors de vingt-six ans, la mort de ses parents le laissant maître absolu de ses actions, Camper se mit à voyager. 11 lui fallait des musées pour exercer ses yeux et ses crayons, des noms célèbres qu’il pôt inscrire sur ses vaniteuses tablettes, des académies qui lui offrissent titres, fauteuils et couronnes à disputer. Il commença par l’Angleterre et finit par Paris. Dans ctte dernière ville, la peinture et les letires excitèrent son admiration. Il continua son voyage par Lyon, par Genève, Lausanne et Bâle, et ce fut dans cette dernière ville qu’il examina soigneusement les écrits d'Érasme, les tableaux d'Holbein, et qu'il rendit hommage à Jacques Bernoulli.
De retour de son voyage, Camper alla s’enfermer dans la petite ville de Franeker, où il venait d’être nommé professeur tout à la fois de philosophie, de chirurgieet de médecine. C’est là qu’il se maria à la veuve d’un bourguemestre, et qu’il professa durant dix ans, s'ennuyant de son obscurité, au lieu de la racheter par du bonheur. 11 commença ses leçons par un discours Sur le meilleur Monde ( De Mundo optimo), et apparemment ce monde heureux n’avait pas Franeker pour patrie, car il profita bientôt de quelques vacances pour aller écouter les grands hommes de Londres. Nommé professeur à Amsterdam en 1758, il prononça un discours remarquable sur l’ufilité de l’analomie dans toutes Les sciences, et un autre discours sur ce que la médecine offre de certain, thème heureux sur lequel Cabanis a depuis composé une dissertation qu’on lit moins qu’on ne la cite.
Je ne connais pas de vieplus difficile à résumer que celle de Camper, toujours occupée, toujours laborieuse, mais décousue à chaque endroit, et toujours changeante, interrompue, versatile. Au lieu de se laisser conduire par amour patient d’une gloire solide, éparpillant sans cesse son activité et son génie, Camper encensa jusqu’à la fin de ses jours l’idole des petits endroits, la vanité. Écrivant aujourd'hui une lettre à Pallas (sur Le rhinocéros à deux cornes), afin d’être nommé membre de l’Académie de Saint-Pétersbourg, demain il ira à Londres tout exprès pour s'asseoir sur les coussins soyeux de la Société Royale, à laquelle il vient d’être associé, Il envoie une dent de dugong et une lettre éloquente à Buffon, afin d’être loué et remercié dans son immortelle Histoire, au lieu de méditer lui-même quelque grand ouvrage où le peuple des savants vienne briguer avec humilité l'honneur d’une citation. Quoique déjà membre de l’Académie de Londres, il n’en composera pas moins plusieurs mémoires Sur les hernies des enfants; Sur la manière de Les vélir, etc, et cela uniquement dans le but d’être reçu mernbre de la Société de Harlem, ou même d’en recevoir un accessit; un mémoire par Académie : aussi que de mémoires, que d’opuscules! Tantôt c'est un Mémoire sur les calus des os fracturés ; le mois suivant, c’est un Discours judicieux sur le beau physique. C’est tantôt un mémoire sur l’Anoculation ou sur lameilleure forme des souliers, et tentôt un ouvrage très-remarquable sur l'éléphant où sur l'orang-outang. X\ adresse d’une main à l'Académie des Sciences de Paris un mémoire sur l'organe de l’ouie dans les poissons , etde l’autre, à l’Académie de Chirurgie, un ouvrage sur les bandages herniaires.
Camper ne comprit pas la mission d’un homme de sa nature. Le souvenir de Londres et de Paris gâta son bonheur et désenchanta sa vie. Sa petite bourgade lui parut dès lors un séjeur insipide; il la quitta pour Amsterdam, puis il quitta Amsterdam pour Gronmgué, Groningue pour Franeker, pour sa terre, pour Paris, et pour vingt voyages vers des capitales et des académies, Camper rechercha en outre les fonctions publiques : il fut membre du conseil d’État des