‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 223 sur 556 · CAMPER — CAMPESTRE · texte numérisé non relu

CAMPER — CAMPESTRE

qu'il n’acheva presque aucun ouvrage. Ce qui recommande le plus aujourd’hui la mémoire de Camper, ce sont ses re- ‘marques sur l'angle facial, sur la physionomie des peuples, des âges, des sexes, et des passions, Comme aussi les emprunts essentiels que plusieurs contemporains ont été heureux de lui faire, mais que la postérité lui rendra.

D' Isidore Bourpon.

CAMPERDUIN , ou simplement KAMP, village de la Hollande septentrionale, bâti dans les dunes qui en longent la côte occidentale, entre Alkmaar et l’Helder, est célèbre par une grande bataille navale que le vice-amiral anglais Duncan remporta le 11 octobre 1797 sur la flotte batave commandée par l'amiral de Winter. Ce brillant fait d’armes valut au vainqueur le titre de Vicomte de Camperdown. Cette même bataille est aussi appelée quelquefois, du nom d’un village situé dans les dunes qui se trouvent au sud-ouest d’Alkmaar, bataille &'Egmond op Zee.

CAMPESTRE (MaRiIE-JosÈèPue - CAMILLE - ADÉLAÏDE MILLO, veuve BENOIT, dite comtesse ou marquise p£). Nous avons dit à l’article d'Alphonse de Beauchamp à quelle famille distinguée de Monaco appartenait cette dame. Les journaux judiciaires parlèrent beaucoup dans le temps de la soi-disant M®® de Campestre, et elle s’efforça d’ajouter encore à cette fâcheuse publicité en faisant imprimer deux volumes in-8° de mémoires. Si l’on en croit ces mémoires, sa mère se serait liguée avec diverses personnes , entre autres, le chevalier de Pougens, de l’Institut, pour la persécuter : on l'aurait empêchée d'obtenir une place de lectrice auprès de l’impératrice Joséphine, afin de ne pas nuire à une sœur admise au même titre dans la maison de la princesse Borghèse, laquelle fit ensuite un brillant mariage. Suivant ce même ouvrage, victime du despotisme impérial, M°* de Campestre aurait été enfermée d’abord au couvent des Dames Saint-Michel, à Paris, puis dans une prison d’EÉtat, rue du Cherche-Midi. A cette époque, pourtant, il n’existait dans cette rue d’autre lieu de détention que le dépôt des prisonniers justiciables des conseils de guerre et des commissions militaires, avec lesquels il n’est pas à croire qu’elle ait

jamais eu rien à démêler. Voici, du reste, comment Pougens

s'exprime à son égard dans les Souvenirs publiés après sa mort : « Ma chère Jenny avait une sœur, M°° Benoît, connue depuis sous le nom de M°”* la comtesse de Campestre, qui à publié des mémoires, dans lesquels elle débite sur moi de basses et ridicules injures. La pauvre dame oublie que j'ai douze à quinze lettres, toutes écrites de sa main, où elle appelle son bienfaiteur, son sauveur, son Dieu tutélaire, En effet, comme elle était dans la plus affreuse misère, je l'ai nourrie; et ce qui est assez gai, c’est que je ne lui ai jamais parlé. Maintenant elle est devenue riche, grâce à certains calculs financiers, et surtout à l'intérêt de plusieurs protecteurs en crédit. »

Par malheur pour la soi-disant comtesse, sa fortune était bâtie sur le sable mouvant de la Bourse. Douée d’une fort jolie figure et des plus beaux yeux du monde, elle avait trouvé de nombreux adorateurs , et s'était lancée dans la haute société après que la mort de sa mère l’eut rendue indépendante. Elle rencontra dans les salons de l'aristocratie financière le comte de Corvetto, alors ministre des finances et ancien ami de sa famille. Admise pour des sommes considérables dans la souscription des emprunts de 1816, elle en avait revendu, avec de gros bénéfices , les certificats d’inscription, sans avoir déboursé un centime. Les Italiens disent proverbialement qu’il faut souhaiter à son plus grand ennemi le gain d’un terne à la loterie. Ce succès inespéré donna à MC de Campestre du goût pour les spéculations chanceuses, où il n’est plus possible de s’arrêter une fois qu’on s’y est engagé. On commence par être dupe, on finit. par aller en police correctionnelle. C’est ce qui lui arriva,

Née pour les aventures galantes , elle fut dans l’espace de quatre années mise deux fois en jugement et condamnée

pour escroquerie. Elle se vantait d’un immense crédit auprès des personnages les plus puissants, qui, à l'en croire, la chargeaient de spéculer à la Bourse pour leur compte , en l’autorisant à y prendre un intérêt pour elle-même et ses amis. Comme elle jouait à la hausse, dont la fièvre allait toujours croissant, elle paraissait faire fructifier les fonds qui lui étaient remis ; mais le plus souvent, au lieu de les porter chez un agent de change, elle les dissipait follement en fêtes splendides données par elle, soit dans un appartement somptueux à Paris, soit dans une des plus élégantes maisons de Saint-Cloud. Quand on lui demandait compte des bénéfices, elle alléguait une baisse inattendue, et ne rendait ni en capital ni en dividendes les sommes qu’on avait eu limprudence de lui confier. Souvent, pendant qu’elle présidait à un banquet, entourée de nombreux convives, un valet en livrée demandait à parler à madame; elle s’absenlait quelques instants, et reparaissait radieuse en disant : « Je viens d'apprendre, de la part de tel prince ou de tel ministre, une importante nouvelle; j'ai donné aussitôt mes ordres à mes mandataires à Tortoni. Demain, à l'ouverture de la grande bourse, J'aurai 30,000 francs de bénéfice. » Chacun désirait avoir sa part dans le succès, sans avoir la présomption de pénétrer dans le secret intime de l’opération; et elle recevait ainsi de nouveaux tributs qui servaient à alimenter ses fastueuses dissipations.

Dans sesmémoires, M°®° de Campestre a soutenu, comme en police correctionnelle, que son crédit n’avait eu rien d’imaginaire, mais que le sort avait pu quelquefois trahir ses espérances. Telle nouvelle qui était vraie au moment où un haut personnage la lui transmettait se trouvait démentie par un événement imprévu, ou bien la nouvelle, escomptée à l’avance par des spéculateurs plus habiles, avait produit, par la réalisation de gros bénéfices, une réaction en sens contraire. Pressée par des questions embarrassantes, M?° de Campestre démentait en pleine audience ses dénonciateurs ; elle leur démontrait que si une terreur panique ne s'était pas emparée d’eux , el surtout si des créanciers trop avides avaient su patienter quelques mois, ou seulement quelques Jours, leurs fonds eussent été doublés. Dans cet ouvrage, hérissé de lettres initiales et de réticences, à l’en croire, aucun des événements du temps ne lui était caché : on lui révélait tout, ou bien elle savait tout prévoir. C’est dans ce livre qu’elle a déposé le germe d’une invention abominable. Elle y parle d’une orpheline dont l’origine est illustre, et menace de divulguer, si on l’y force, un mystère qui étonnera l'univers. On avait fait, suivant elle, des efforts inouïs pour la contraindre à parler, car on la retenaiten prison. Ce n’est que longtemps après sa sortie et lors de son second procès, en 1833, qu'elle fit des confidences sur ce sujet à diverses personnes , notamment à un vieux général en retraite. Belle encore, elle avait inspiré à cet ancien militaire la passion la plus vive; pour le mieux tenir sous le charme, elle affectait dans ses lettres de la jalousie : « Pensez bien, lui disait-elle, qu’on ne retrouve pas deux fois dans la vie une femme comme moi! » Le général, qui depuis est mort dans un état cruel de dénûment, sacrifia toutes ses ressources pour procurer à M°° de Campestre le moyen de faire en Angleterre un voyage destiné à les enrichir tous deux. Il ne s’agissait pas moins que de faire reconnaître par George IV cette orpheline dont il avait été, disait-on, le père, en 1793, lorsqu’il était prince de Galles. Ce prince, suivant M de Campestre aurait réussi à s’introduire dans la tour &u Temple; et y aurait contracté un mariage secret. dont serait issue l’intéressante personne, méconnue depuis de ses illustres parents, etque M°* de Campestre aurait été trop heureuse de marier à un avocat de province. L'ancien amant de M° de Campestre disait en plein tribunal qu’il s’était laissé fasciner par une habile enchanteresse , qui l'avait complétement ruiné, quoique leurs relations, suivant lui, n’eussent eu rien que de platonique, La prévenue ayant paru offensée de la réserve

érconspecte du témoin , le galant suranné s’écria : « Ah, madame! j'ai vu quelquefois des fats se vanter de bonnes fortunes imaginaires, mais je n'avais jamais entendu jusque ici une femme se compromettre gratuitement elle-même. » Condamnée, à cause de la récidive, à cinq années d’emprisonnement et cinq ans de surveillance, la soi-disant comtesse de Campestre est morte dans une maison de santé avant d’avoir entièrement expié sa peine. Cette intrigante de haut parage n’a pas du reste emporté avec elle l’art de vivre aux dépens des coureurs de places et de rubans. Que de marquises de Campestre nous pourrions vous citer parmi les belles dames qui ont exploité le règne de Louis- Philippe ou qui exploitent le régime actuel! Mais force nous est de garder le silence, puisqu'elles ont su éviter jusqu’à ce jour le banc vengeur de la pollce correctionnelle, Breton.

CAMPHAUSEN ( Luvozr ), homme d’État prussien, né le 3 janvier 1803, à Hunshoven, dans l'arrondissement d’Aixla-Chapelle, embrassa la carrière commerciale, et fonda en 1825 à Cologne une maison de banque en société avec son frère aîné. Nommé successivement membre du conseil municipal de Cologne, de la chambre de commerce et de diverses autres réunions et sociétés d'intérêt général, il fut un des premiers qui s’efforcèrent d'enrichir l'Allemagne d’un système complet de communications par chemins de fer. Cette question lui a fourni le sujet de différentes brochures qui prouvent un esprit éminemment pratique. 11 ne montra pas moins de zèle à défendre les principes de la liberté commerciale contre les partisans d’un système protecteur basé sur l’exagération des droits de douane, et depuis 1839 jusqu’en 1848 il présida la chambre de commerce de Cologne. En 1841 il fonda la société des remorqueurs à vapeur du Rhin, qui a tant contribué au développement du commerce sur les rives de ce fleuve. En 1842 la ville de Cologne l'élut pour son représentant à la diète provinciale rhénane, et de cette époque date, à bien dire, sa carrière politique.

Les motions les plus importantes de ces états provinciaux furent faites à son instigation, C’est ainsi qu'en 1843 ils votèrent une adresse à la couronne pour réclamer la liberté de la presse, et qu’ils demandèrent en 1845 l'exécution de l'ordonnance du 22 mai 1815 relative à l'établissement d'une représentation nationale. Dans la diète de 1847 il présenta une motion ayant pour but d'obtenir la réunion périodique de cette assemblée. A cé moment une division nettement tranchée s’opéra dans les rangs du parti libéral. M. Camphausen appartenait à la fraction conservatrice de ce parti, composé en général des représentants des pays rhénans. Le recès de clôture de la diète provinciale dans l'été de 1847 lui apprit toutefois que le gouvernement était décidé à ne pas plus tenir compte des vœux de l’opposition modérée que des exigences de l’opposition la plus avancée, à n’accueillir par conséquent aucune des motions toutes de conciliation votées par son parti.

Quelques mois plus tard, en février 1648, il fut presque le seul homme marquant de l'opposition qu’on vit siéger au comité des états à Berlin. Un discours qu’il y prononça au cofimencement de la session sur un nouveau projet de ‘code pénal, et où il exprimait son mécontentement au sujet de la politique de résistance du gouvernetnent, autorise à penser qu'il en était aux regrets de l'attitude toute de calme et de conciliation observée jusque alors par son parti. Mais l’esprit de conciliation était trop l'an des traits saillants de son caractère pour qu'il ne se manifestat pas de nouveau quand les événements dont la Prusse fut le théâtre au mois de mars 1848 l'appelèrent à la direction des affaires publiques.

Après des efforts inutilement tentés par le comte d’Arnim-Boitzenburg pour obtenir l'entrée de M, Campnausen dans le cabinet, celui-ci fut nommé président du conseil des ministres le 29 mars, en remplacement du comte, qui remit äu roi sa démission. Mais il s'en faut que le nouveau ministre acceptât sans réserve les principes démocratiques, base

CAMPESTRE — CAMPHAUSEN

des promesses de mars : pour lui, comme pour tout l’ancien parti libéral, le mouvement était allé beaucoup trop loin. De là bientôt une lutte entre l'élément démocratique et l’ancien élément libéral; lutte dans laquelle succombèrent et les ministres dévoués à l’ancien parti libéral, et la démocratie, et finalement l’ancien parti libéral lui-même. Aucune des grandes mesures politiques adoptées par M. Campbausen n’obtint l’assentiment de la démocratie, et en même temps il lui fut impossible de donner complète satisfaction aux exigences qui lui étaient exprimées en haut lieu,

M, Camphausen ne vit alors que le danger qui menaçait d'en bas. Sous son administration il ne fut donc fait que très-peu de chose pour modifier le vieil esprit de routine du gouvernement prussien. Les créatures et les soutiens dé la politique renversée par les événements de mars conservèrent leurs places, et on leur commit le soin d’appliquer les principes d’une politique dont ils avaient été les constants adversaires. M. Camphausen, en dépit des exigences de l'opinion, persista à faire convoquer la diète réunie. J1 partait de cette idée que les institutions nouvelles devaient se développer organiquement sur les anciennes. Vint ensuite le projet de constitution préparé par M. Hansemann, et que M. Camphausen soumit à l’Assemblée nationale convoquée après la dissolution des anciens états. Ce projet était calqué sur la constitution belge, et maintenait notamment le principe du cens électoral, tandis que diverses autres dispositions libérales de cette constitution y avaient été omises. La sanction ainsi donnée à ces importantes questions rendait insoutenable la position de M. Camphausen en présence de la majorité de l’Assemblée nationale. Des divergences de vues dans le sein du ministère vinrent l’aggraver, et le 20 juin il se voyait contraint de remettre au roi sa démission. La majorité de l’Assemblée nationale, en lui offrant la présidence, lai prouva combien elle appréciait sa loyauté et ses manières conciliantes; mais il refusa cet honneur,

Dans les premiers jours de juillet le vicaire de l'Empire lui fit offrir le portefeuille des affaires étrangères avec la présidence éventuelle du conseil des ministres de l'Empire; mais M. Camphausen le refusa également. Déjà, en sa quar lité de président du conseil des ministres de Prusse, il s'était prononcé contre les prétentions de souveraineté émises par le parlement de Francfort; et il se montra l'adversaire non moins décidé de toutes les mesures qui pouvaient tendre à annuler ou seulement à amoindrir la part d'influence que la Prusse est naturellement appelée à exercer sur l'Allemagne, Vers la fin de juillet il fut nommé ministre d'État (wirklich geheimer Rath) et accrédité auprès du pouvoir central allemand en qualité de ministre plénipotentiaire. Sa mission était des plus difficiles. II avait tout à la fois à défendre le principe de l'indépendance absolue de la Prusse à l'égard du parlement de Francfort et à maintenir le gouvernement prussien dans les voies de la véritable politique allemande. Il combattit en conséquence l’idée du rétablissement de l’'Empire, de même qu’il repoussa comme trop démocratique la constitution de l’Empire telle qu’il en fut donné lecture pour la première fois, provoquant une déclaration identique de la part de 31 autres gouvernements, 11 fut de même le promoteur de l'importante circulaire en date du 23 janvier 1849, dans laquelle le gouvernement prussien émettait pour la première fois l’idée de constituer en Allemagne, sous sa direction, un État fédératif réuni par des liens plus étroits. Il se peut qu’en cela il ait eu en vue de se rapprocher du programme de M. de Gagern, mais au mois d'avril suivant le ministère du comte Brandebourg rompait complétement avec le parti Gagern, et cette détermination semble avoir été jusqu’à un certain point en opposition avec les vues de M. Camphausen, puisque, ne pouvant approuver sans restriction la politique adoptée par le cabinet, il donna alors sa démission.

Depuis, M. Camphausen à pris part aux diverses assem-

CAMPHAUSEN — CAMPHRE

blées législatives réunies en Prusse, ainsi qu'aux délibérations du parlement d'union à Erfurt. Dans la session de la première chambre prussienne de 1849 à 1850 il fit encore une fois prévaloir sa politique de conciliation.

Renonçant à toute participation aux affaires publiques, M. Camphausen reprit pour quelque temps sa position d'associé gérant de la maison de banque A.-E.-L. Camphausen. Le 3 octobre 1860 il a été créé membre à vie de la Chambre des seigneurs. Pour consolider la position acquise dans ces derniers temps par la Prusse, M. Camphausen a cessé de faire au gouvernement cette résistance opiniâtre qui fut longtemps pour lui un titre d'honneur ; il vote avec le ministère.

Son frère cadet, Ofhon CampHAUSEN, né le 21 octobre 1812, à Hunshoven, étudia le droit et entra en 1834 au service de l’État. Conseiller des finances en 1845, il rédigea un projet d'impôt sur le revenu, qui servit plus tard de base à la loi prussienne. En 1849 il fut mis à la tête de l’institution de crédit nommé Seehandlung, et garda ces fonctions pendant vingt ans. Son passage à la chambre des députés (1850-1852) ne fut signalé par aucun fait digne de remarque : comme son frère il vota constamment avec les libéraux modérés. Toutefois il se rallia, après les victoires de 1866, à la politique de M. de Bismark, et fut appelé, le 26 octobre 1869, à remplacer M. von der Heydt dans le ministère des finances, Il a la réputation d'un administrateur habile et pratique.

CAMPHENE. Voyez CAMPHRÈNE,

CAMPHRE, produit immédiat fourni par plusieurs végétaux de familles différentes, et connu dès l'antiquité la plus reculée. Les Arabes l’appelaient kamphur ou kaphur. C’est dans la classe des laurinées que l’on rencontre le camphre en plus grande abondance : on l’en extrait par le procédé le plus facile. Le Zaurier camphrier( laurus camphora ), très-abondant à la Chine et au Japon, fournit la majeure partie du camphre brut qui est exporté en Europe. Un autre arbre, dont la famille nous reste encore inconnue, et qui croît à Bornéo, à Sumatra, ajoute à cette production. Rumphius nous apprend que le camphre se trouve logé entre le bois et l'écorce de cet arbre, fort abondant près de Malacca, et qu’il est très-facile d’en extraire mécaniquement cette résine. Quant à l’extraction du camphre produit par les Zaurus, elle nécessite la réduction du bois en petits copeaux, qu'on soumet ensuite à l’action de la chaleur pour faire sublimer le camphre. Comme toutes les opérations pratiquees dans l'Inde, sans égard à la dépense du temps et de la maind'œuvre, cette sublimation se fait au mogen d’un procédé extrèmement simple : les copeaux du laurus camphora sont placés dans une chaudière pleine d’eau qu’on soumet à l’ébullition ; cette chaudière est surmontée d’un chapiteau en terre cuite, garni dans l’intérieur de cordelettes en paille de riz; dans le progrès de la vaporisation de l’eau elle entraine avec elle la vapeur camphorique, qui se condense sur ces cordelettes en grenailles d’un gris sale.

Le campbhre se sublime complétement dans un vase clos à une température peu au-dessus de 200°. C’est sur cette propriété qu’est fondé l’art de purifier cette résine , qui nous est apportée brute de l’Inde, et d’en former ces pains presque translucides, d’une blancheur éclatante, que l’on trouve dans le commerce de la droguerie. La purification du camphre est singulièrement favorisée et surtout beaucoup accélérée par une addition de chaux vive , dans la proportion de un cinquantième environ du poids de la matière brute. Cette opération se fait très-bien au bain de sable, Comme dans toutes les sublimations, le produit est d'autant plus compacte et mieux formé en calote hémisphérique que le feu a éte plus ménagé d’abord, et élevé graduellement et sans interruplion. Quoi qu’il en soit, quelque simple que semble être cette opération, elle ne réussit constamment bien qu'entre les mains d'ouvriers qui en ont une grande habitude. Le

produit est sujet à être peu dense et neigeux au lieu d’être serré et demi-transparent, comme on l'exige dans le commerce, Un autre accident fort commun dans cette distillation, ce sont les soubresauts de la matière et la projection de la chaux et du camphre brut, qui vient s'attacher à la calote de camphre purifié qui se forme, Le meilleur mcyen pour éviter ces soubresauts de la matière est d’y répartir uniformément la chaleur, et on y parvient en y plongeantune lame de platine tournée en spirale. M. Robiquet a observé que l'addition de deux parties de charbon animal réduit en poudre impalpable, sur cinquante-une parties de camphre brut et de chaux, contribuait puissamment à la beauté du produit,

Proust, ayant remarqué l'énorme quantité du camphre tenu en dissolution dans les huiles essentielles fournies par plusieurs labiées d’Espagne, a cru pouvoir annoncer que dans tous les climats chauds il serait possible d’extraire ce camphre avec avantage. Il suffit de laisser séjourner longfemps ces huiles essentielles dans une cave fraiche, pour qu’il s'y dépose de gros cristaux de camphre.

Le camphre raffiné doit être bien blanc, presque transparent, dur, cassant, gras au toucher, avec une légère ductilité. L’odeur du campbre est vive et pénétrante; sa saveur est chaude, âcre, piquante; il a une propriété calmante bien constatée, mais qui a été fort exagérée. L’extrème volatilité du camphre, même à une basse température, le rend propre à l’exhibition d’un phénomène amusant, et qu'on peut faire tourner à lutilité : qu’un fil de platine roulé en spirale et porté à la température rouge soit placé un peu au-dessus d’un morceau de camphre, ce fil deviendra incandescent et continuera de l'être tant qu'il restera du camphre non volatilisé; on se procurera ainsi une lampe sans flamme, dont on pourra s’éclairer.

Le camphre est bien peu soluble dans l’eau, à laquelle il communique cependant avec beaucoup de rapidité une odeur très-prononcée; mais il l’est beaucoup dans l’alcool et dans toutes les huiles essentielles et fixes, surtout à chaud. Par le refroidissement, il se forme dans ces huiles des cristaux de camphre.

IL ne parait pas que toutes les espèces de camphre, extraites de végétaux différents, soient identiques entre elles, mais elles se rapprochent toutes par des propriétés sailr lantes qui leur sont communes. Le prétendu camphre arti- Jiciel de quelques chimistes résulte du passage du gaz hydrochlorique (muriatique) à travers l’essence de térébenthine. Il s’en faut de beaucoup au surplus qu’on produise dans ce cas un camphre jouissant de toutes les propriétés du campbre naturel. Ceci est encore du ressort de la chimie théorique. PELOUZE père.

Usité en médecine comme calmant et antiseptique, le camphre a été il y a quelques années le sujet d’une polémique médicale , dans laquelle M. Raspail a joué le principal rôle. « Le camphre, dit ce savant chimiste, a la propriété de ramener le sommeil, d’éclaircir les urines, de méttre en fuite ou d’empoisonner les parasites internes ou externes, par conséquent de dissiper les crampes et maux d'estomac, les douleurs d’entrailles, la diarrhée et la dyssenterie, la gravelle, de prévenir la formation de la pierre. » Faisant du camphre une sorte de panacée universelle, M. Raspail ladministre, soit sous forme de lotions, de pommade, de bougies, etc., soit en poudre à priser, en cigareltes, ete. Quant aux raisons qui le déterminent à donner au camphre une telle importance, il les expose ainsi : « Mes recherches m'ayant amené à admettre que le plus grand nombre des maladies emanent de l'invasion des parasites internes et externes, et de l'infection, par les produits de leur action désorganisatrice; d’un autre côté, ayant eu vue de simplifier la médication autant que je venais de simplifier la théorie médicale, je ne pouvais pas arrêter ma préférence sur une substance meilleure que le camphre, dans le double but d’étouffer la cause immédiate du mal,

et d'en neutraliser les effets. Si j'avais eu sous la main un médicament d’une plus grande énergie sous ce double rapport, je n’aurais pas basé ma médication sur le camphre. »

Cette dernière phrase répond à bien des critiques, et explique pourquoi M. Raspail a tant préconisé l'emploi des cigarettes de camphre, que l’on aspire de manière à absorber le camphre qui se volatilise. Selon lui, ces cigarettes sont souveraines contre la migraine, les pesanteurs d’estomac , le coryza, les affections des voies nasales, les maux d'yeux, la toux, les rhumes les plus invétérés, la pituite, le croup, et même contre la phthisie pulmonaire, du moins dit-il, à son premier degré. Le malade, ajoute M. Raspail, en éprouve un bien-être presque instantané, On ne peut nier en effet que cette substance n’agisse comme un stimu-

lant énergique sur l’économie animale.

CAMPHRENE, substance extraite du camphre en chauffant à 100° une dissolution de camphre dans l'acide sulfurique; c’est un liquide huileux, incolore, d’une odeur légèrement aromatique, et sans action sur la lumière polarisée. Sa formule doit être C!6 H!? O7.

CAMPHRIER , arbre qui produit le camphre, appartient au genre des lauriers (/aurus camphora, Linn.). Originaire d’Asie, c’est sur la côte orientale de la Chine qu'on le trouve en plus grande abondance; son tronc atteint une grosseur prodigieuse, Il est connu depuis 1674 en Europe.

Le camphre de Bornéo est retiré (on l’a découvert depuis peu) du dryobalanops aromatica, grand arbre de la famille des diptéracées,

CAMPHUISEN (Drmk-Rarezsz), l'un des créateurs de la poésie hollandaise, né à Gorkum, en 1586, perdit de bonne heure ses parents, et fut élevé par les soins de son frère aîné, qui, ayant cru remarquer en lui des dispositions pour l’art, le plaça dans l'atelier d’un bon peintre. Il y fit des progrès tels qu’en pen de temps il eut surpassé son maître; mais plus tard il se consacra à l'étude des sciences, alla étudier la théologie à Leyden, et embrassa chaudement les doctrines d’Arminius. Enveloppé dans la persécution générale dont les partisans de ce docteur devinrent bientôt l'objet , il fut expulsé de la cure de Vleuten, qu’il avait précédemment obtenue, et réduit à errer en fugitif de bourgade en bourgade, en proie à toutes les souffrances et à toutes les privations de la misère, jusqu’à ce qu’il eut enfin trouvé un asile à Dokkum, dans la Frise, où il mourut, en 1626.

Ses poésies, dont les sujets sont en général pieux, se distinguent par une originalité et une profondeur de sentiment assez rares parmi les poëtes de son époque.

CAMPI, nom d’une célèbre famille d’artistes de Crémone, qui fleurit dans la seconde moitié du seizième siècle. Le premier membre de celte famille qui se fit un nom, Galeazzo Camri, mourut en 1536, à soixante et un ans. Ses trois fils, Giulio (né en 1500, mort en 1572), Antonio et Vincenzio Cawrt ont plus d'importance dans l’histoire de la peinture. /

Le premier peut être considéré comme le véritable fondateur de l’école des Campi. Élève de Jules Romain, il fit aussi de la sculpture et de l'architecture. 11 se rendit plus tard à Rome, où il étudia les anciens et Raphael, et dessina, entre autres, la colonne Trajane avec une rare exactitude. Il prit également pour modèle Le Titien et Pordenone, de sorte qu'on l'a confondu quelquefois avec le premier de ces maîtres, par exemple dans ses grandes toiles de San- Gismondo, tandis qu’on a attribué à Pordenone son Christ devant Pilate de la cathédrale. D'ailleurs, ses frères, dont il fut le maître, ne négligèrent pas plus que lui l’étude de la nature, On remarque surtout leurs belles têtes de femme. 11 est plus aisé de les distinguer entre eux par le dessin que par le coloris. Giulio l'emporte sans doute sur ses frères en ce qui est du grandiose et de l'importance de ses sujets, mais à cet égard il est encore resté inférieur

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