‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 225 sur 556 · CAMPINE — CAMPO-FORMIO · texte numérisé non relu

CAMPINE — CAMPO-FORMIO

santes en 1830. En 1852 elles sont pour la plupart dans une décadence complète.

CAMPISTRON (Jean GALBERT ne), né à Toulouse, en 1656, mort en 1723, gentil-homme et poëte, académicien et guerrier, eut une carrière de succès militaires et dramatiques. Secrétaire des commandements du duc de Vendome, il montra le plus grand courage dans les campagnes d'Espagne et d'Italie, qui lui valurent de Philippe V une riche commanderie de Saint-Jacques, et du duc de Mantoue le marquisat de Pegnano. Mais qui se souviendrait du gentilhomme et du courtisan Campistron, si à son nom ne se rattachait la réputation du plus heureux copiste de Racine ? Un duel avait marqué son entrée dans le monde ; un acte de désintéressement lui valut la faveur du duc de Vendôme, IL avait fait pour ce prince je ne sais quel divertissement dramatique ; le prince lui offrit une gratification; Campistron la refusa, et Vendôme le nomma son secrélaire des commandements : aimable sinécure, s’il en fut jamais. On sait que c’est en brûlant les lettres adressées au prince que l'heureux secrétaire y répondait, et le patron en riait tout le premier. A Steinkerque, le duc de Vendôme, voyant au fort de la bataille son secrétaire galoper étourdiment à sa suite, lui eria: « Allez-vous-en, Campistron! — Monseigneur, est-ce que vous voulez vous en aller? répliqua le belliqueux poëte. » Comme l’observe M. Saint-Marc Girardin, « en face de la mitraille, il y a là plus que de lesprit ». Malgré la faveur du maître et les honneurs dont il avait été comblé, Campistron n’attendit pas la vieillesse pour aller dans sa patrie goûter la liberté modeste et calme de la vie privée. Telle était la force des liens qui enchaïinaient alors les petits aux grands, que notre poête encourut le reproche d’ingratitude. Il avait été nommé mainteneur des jeux floraux en 1694, et membre de l’Académie Française en 1701. Sa mort, selon quelques biographes , fut causée par une indigestion. D'autres se sont efforcés d’absoudre Campistron de ce reproche d’intempérance.

Campistron prit pour guide dans la carrière dramatique l’auteur de Phèdre, dont il s’attacha à reproduire la manière. Bieu que ses œuvres aient eu dix éditions , il y a peu d'auteurs moins lus que Cambpistron : son style est faible. « Chez lui, dit encore M. Saint-Marc Girardin, point ce cette chaleur qui entraîne, point de ces traits qui étonnent. Mais son expression, toujours simple, ne reste jamais en arrière de sa pensée. Et puis ce style, encore qu'il ait peu de brillant et d'énergie, est tout ce qu’il faut au théâtre, où le geste et la diction de l’acteur corrigent aisément ce qui peut manquer à la force de la versification. » A la lecture, on ne peut nier que les faibles esquisses de Campistron pâlissent devant les tableaux du maître ; et le Raphael de notre tragédie classique n’a pas eu son Jules Romain.

En se plaçant au point de vue où nous entraine la liberté d’allure de l’art dramatique moderne, il sera assez difficile de tenir compte à l’auteur de Virginie et d'Andronic de l'observation docile et constante de ces règles multipliées, minutieuses, dont une critique sans appel entourait à cette époque les abords de l’art, en resserrant le drame, nonseulement dans le lien des trois unités, mais encore dans les chaînes de convenances et d’impossibilités dont nous ne pouvons plus avoir aujourd’hui l’idée. C’est ainsi que Campistron, voulant transporter sur notre scène la tragédie trop malheureusement vraie de Philippe II et de don Carlos, fut obligé, par ces tyranniques convenances, de transporter la scène à Byzance, et d'inventer la fable d’Andronic. Si Campistron, dont les tragédies produisirent de leur temps un effet merveilleux sur la scène, nous paraît à la lecture n’ayoir copié que les imperfections de son modèle, la lecture de ces vers décolores nous met à même de saisir le secret de Racine, dont la diction magique n’est plus là pour nous cacher les efforts de sa composition. Campistron a pris l’é-

cole de Racine précisément où il l'avait laissée après Phe- |

DIGT, DE LA CONVERS, — Ts ‘ 1Y,

dre. Phèdre est une passion d'exception, un amour coupable, hors nature : c’est de cette passion d'exception, de ces situations violentes , de cette lutte de l’âme, en proie à une pensée criminelle, que part Campistron, pour aller plus loin encore, non en talent, non en génie, mais en hardiesse de fond et de peinture : dans Andronic, c'est un fils qui aime sa belle-mère; däns Tiridate, un frère est amoureux de sa sœur. Mais combien Campistron , autant par système que par impuissance, est faible et décoloré sous un autre rapport! combien ses personnages sont au-dessous de l’histoire! Dans Tiridale on trouve, comme dans Andronic, ces aimables princes, ces tendres feux, ces appas charmants, ces adorables princesses, qui si longtemps ont charmé nos grands-pères, mieux que nous, sans doute, profès en galanterie. Je ne parlerais pas de lArminius de Campistron, si à cette tragédie ne se rattachait une anecdote assez piquante. Virginie, la première de ses pièces, n’avait point triomphé sans peine de la cabale de Prado n. Campistron mit Arminius sous le patronage de la duchesse de Bouillon, afin de n'être pas une seconde fois en lutte avec un rival si bien protégé , et il dédia sa seconde tragédie à la duchesse. Grâce à ce nom souverain dans les coteries, Campistron devint à lagpode et marcha de succès en succès. Phocion , Phraate”, Adrien, Aelius, Alcibiade, Juba, tels sont les noms de ses autres tragédies.

Campistron, comme presque tous nos poëtes tragiques, s’est essayé dans la comédie. Son Jaloux désabusé présente une intrigue bien conçue et des détails plaisants. On lui doit aussi deux opéras, Acis el Galathée, Achille et Hercule. Cette dernière production donna lieu à l’épigramme suivante :

À force de forger on devient forgeron :

Il n’en est pas ainsi du pauvre Campistron + Au lieu d’avancer, il recule :

Voyez Hercule!

Campistron eutun frère jésuite et professeur, quile suiviten Espagne : on sait qu’alors les jésuites se trouvaient partout, même à l’armée; et quelques-uns y faisaient meilleure contenance que le R. P. Canaye, à qui Saint-Évremond a assuré une si plaisante immortalité dans quelques pages inimitables. Le P. Campistron fut de ce nombre. Ilne craignait pas plus les balles que son frère. Il a laissé des poésies latines et françaises qui ne sont pas sans mérite.

Charles Du Rozorr.

CAMPO-FORMIO (Paix de). Campo-Formio ou Campo-Formido est un village du Frioul, à huit kilomètres sud-ouest d'Udine , avec un château et une population de 1,500 âmes. Ce lieu est célèbre par le traité de paix qui y fut conclu le 17 octobre 1797 entre la république française et PAutriche.

Les victoires de Bonaparte avaient rapidement porté l’armée d'Italie sur le revers des Alpes-Noriques, d’où elle menaçait Vienne. Mais c'était en vain que le général avait compté sur le Directoire pour se procurer les fonds nécessaires à son entrée en campagne. Il eût fallu pour cela que ce corps vermoulu fit acte de capacité et de patriotisme, qu’il suspendit les dilapidations et les concussions de ses agents. Or, c'était impossible. Le 31 mars Bonaparte reçut à Klagenfurt une dépêche du Directoire qui lui annonçait qu’il ne devait plus même compter sur la coopération des autres armées. Sa position devenait dès lors embarrassante. Il prit le seul parti qui, avec son génie et la rapidité de ses conceptions et de ses mouvements, présentât des chances favorables : ce fut celui d'offrir la paix, en même temps qu’il poursuivrait ses succès avec une nouvelle vivacité. Le jour même où il reçut la dépêche du Directoire, il adressa au prince Charles une lettre où il parlait de mettre un terme à la guerre. L’archiduc répondit qu’il n'avait aucun pouvoir pour traiter. Mais il n'avait pu se dispenser de rendre compte de l’ouvérture qui lui avait été faite. Bonaparte n’ignorait pas, de son côté, que la nouvelle de nof3

entrée à Klagenfurt avait jeté la consternation à Vienne, que Von commençait à évacuer. Quelques succès brillants, rapidement remportés, devaient encore augmenter l’'épouvante, et par l'offre qu'il avait faite le premier il fournissait à lAutriche un moyen moins humiliant de conjurer le danger.

Les hostilités avaient cependant continué malgré cette correspondance. Vaincu de nouveau à Neumark, l’archiduc proposa cette fois une suspension d'armes, afin, disait-il, de pouvoir prendre en considération la lettre du 31 mars. Bonaparte répondit à son tour qu’on pouvait négocier et se battre, et qu’il n’accorderait d’armistice qu’à Vienne, à moins que ce ne fût pour la paix définitive. Il tint parole, continua son mouvement en avant, chassa les Autrichiens des défilés de Hundsmarck, fit occuper Léoben, et se trouvait à Indenbourg, à 80 kilomètres de Vienne, lorsqu'il y reçut une véritable réponse à sa lettre du 31 mars, qui lui fut diplomatiquement remise par le comte de Meerveldt, L'empereur d'Autriche demandait un armistice de dix jours, afin de rétablir la paix entre les deux grandes nations. Bonaparte, qui avait hâte de revenir à Paris pour sonder le terrain et pour voir de quel prix on se disposait à payer ses victoires, consentit à une suspension d'armes de cinq jours, et n’épargna rien pour abréger les négociations : « Votre gouvernement, dit-il aux plénipotentiaires autrichiens, a envoyé contre moi quatre armées sans général. Cette fois il m'envoie un général sans armée. »

L’Autriche, naturellement temporisatrice, avait intérêt à gagner du temps : comptant sur la révolution que les royalistes méditaient à Paris et que ses propres agents cherchaïent à faire éclater, espérant que l'Angleterre ou la Russie, toutes les deux peut-être, viendraient à son secours, elle employa toute son habileté à faire traîner les négociations, et ce ne fut que six mois après que les préliminaires, signés le 18 avril à Léoben, furent suivis d’un traité définitif. Les clauses principales de ces préliminaires étaient : 1° que l'Autriche renoncerait à tous ses droits sur les provinces belges réunies à la France, et qu’elle reconnaitrait les frontières de la république ; 2° qu’un congrès s’ouvrirait à Berne pour la paix avec l'Autriche, et un autre dans une ville allemande pour la paix avec l'empire d’Allemagne; 3° que l'Autriche abandonneraïit ses possessions au delà de l'Oglio, et obtiendrait en échange la partie des États vénitiens située entre cette rivière, le PÔô et la mer Adriatique, et de plus la Dalmatie vénitienne et l’Istrie; 4° que l’Autriche pccuperait aussi, après la ratification du traité définitif, les forteresses de Palma-Nova, de Mantoue, de Peschiera et quelques autres places ; 5° que la Romagne, Bologne et Ferrare, indemniseraient la république de Venise; 6° que l’Autriche reconnaîtrait la république Cisalpine, formée des provinces qui lui avaient été enlevées.

Pendant qu’on négociait à Léoben, l'esprit de vertige s’emparait de Venise et des provinces qui lui étaient restées attachées, et les destinées de cette caverne de police et d’inquisition, si improprement appelée république, se déroulaient avec toute la rapidité que peut donner la triple impulsion de l’orgueil, de la jactance et de la sottise. Le bruit s'étant répandu à Venise et à Vérone que l’armée française, ayant été battue dans la Carinthie, 60,000 Autrichiens accouraient pour reprendre l'Italie, ces nouvelles commentées et garanties par l'ambassadeur d'Angleterre à Venise, tournèrent la tête aux oligarques ; des troupes marchèrent de toutes parts, et l'insurrection éclata surtout dans le Véronais, le Padouan, le Vicentin et la Marche trévisane. Des meurtres y furent commis par trahison : à Venise, le sénat fit égorger sous ses yeux le lieutenant de vaisseau Laugier, qui s'était réfugié dans le port avec son bâtiment; à Vérone, le 17 avril, lundi de Pâques, le peuple, excité par Paristocratie, prit les armes et égorgea environ quatre cents Français dans les hôpitaux et dans les maisons; mais les assassins échouèrent contre les forts, qui foudroyèrent la wille.

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