CAMPO-FORMIO
A Palma-Nova, où il n’y avait que cinq cents Français, et où l’on avait imprudemment laissé une garnison vénitienne de deux mille hommes, presque tous Esclavons, le massacre de la garnison française devait avoir lieu le même jour. Heureusement le complot fut déjoué. La garnison vénitienne fut désarmée et expulsée de la ville ; personne ne reçut même une blessure. L'insurrection de Vérone fut bientôt étouffée,
Des députés du sénat de Venise avaient été envoyés à Bonaparte à Léoben. Pressés de s'expliquer sur les intentions positives de leur gouvernement, ils balbutièrent des réponses Cvasives. Le général les renvoya chercher des instructions plus positives. Enfin ils retrouvèrent le général à Gratz, et reçurent l’ordre d’aller l’attendre à Palma-Nova, Bonaparte arriva dans cette ville le 2 mai. Ce jour-là l’auteur de cet article faisait près delui le service d’aide-de-champ extraordinaire. Il assista à l’entrevue. Dès l’abord, Bonaparte apostropha les députés en leur reprochant leurs perfidies, les massacres de Vérone et leurs autres méfaits, Les députés, atterrés, hasardèrent, en véritables marchands, quelques mots de dédommagement pécuniaire. A cette offre insolente la colère du général ne connut plus de bornes: « Vous couvririez, s’écria-t-il, la plage de Venise d’un pied d’or, que vous ne payeriez pas le sang d’un seul soldat français; il n’y a plus de dédommagement possible : vous avez comblé la mesure. J'ai rayé la république de Venise du catalogue des puissances de l’Europe. Allez!» Et les députés sortirent à reculons, presque prosternés , et sans oser répondre un mot. Le lendemain parut le manifeste, sous la forme d’ordre du jour, par lequel le général en chef de l’armée d'Italie déclarait la guerre à la république de Venise. Elle cessa d'exister le 16 mai, jour où une division française, sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers, prit possession de la capitale,
Rentré en Lombardie, Bonaparte établit son quartier général à Montebello. Le 24 mai l'échange des ratifications du traité préliminaire de Léoben y eut lieu entre le général Bonaparte et le marquis del Gallo, ambassadeur de Naples à Vienne, plénipotentiaire pour l'Autriche dans les négociations qui allaient suivre. Elles commencèrent en effet sur lechamp. Il avait été convenu par le traité de Léoben que les conférences pour la paix définitive se tiendraient à Berne, et que la paix avec l’Allemagne se traiterait dans une ville allemande qui serait désignée. Mais Bonaparte obtint de M. del Gallo qu’on renoncerait au congrès de Berne; qu’on négocierait séparément avec l'Autriche, sans l'intervention de ses alliés, et que les négociations de Radstadt n’auraient lieu qu’au mois de juillet suivant. La bonne volonté apparente du négociateur de l’Autriche ne s’arrêta pas là : il se montra coulant sur tous les points, et bientôt on convint des bases de la paix définitive, à peu près comme elles furent posées dans le traité de Campo-Formio. La chute de la république de Venise avait encore aplani les difficultés. Les plénipotentiaires français, Bonaparte et Clarke, avaient les pouvoirs nécessaires pour signer ces bases. M. del Gallo ne les avait pas, mais il assura qu’il les recevrait par son prochain courrier. L'Autriche ne cherchait toujours qu’à gagner du temps, et se réservait, si elle était trop pressée, de désavouer M. del Gallo, qui paraissait plutôt comme négociateur officieux que comme plénipotentiaire avoué.
Le 19 juin un nouveau plénipotentiaire autrichien, le général Meerfeld, arriva à Montebello; l'Autriche ne voulait plus traiter qu'à Berne, et de concert avec ses alliés. Il était évident que ni l'Angleterre ni la Russie ne consentiraient à ce que les indemnités de l'Autriche fussent prises sur la république de Venise, La principale base du traité de Campo-Formio, la seule même qui fût arrôtée, était ren versée: tout était remis en question, et il devenait inévitable de recourir de nouveau à la force des armes. L'armée d'Italie était complète, dans le meilleur état, animée du courage que donne une longue suite de victoires, et elle était presque aux portes de Vienne, Celles de Rhin-ct-Mo-