‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 227 sur 556 · CAMPO-FORMIO · texte numérisé non relu

CAMPO-FORMIO

selle et de Sambre-et-Meuse avaient passé le Rhin, et étaient en bon état. L'Autriche pouvait être attaquée simulfanément de trois côtés. Le cabinet de Vienne éeomprit qu’il s'était trop avancé, et sentit la nécessité de faire un pas en arrière. Le général Meerfeld reçut de nouvelles instructions qui l’autorisèrent à traiter séparément, et à ne plus insister sur le congrès de Berne. Udine fut indiqué pour le lieu des conférences, qui s'ouvrirent le 1 juillet. Clarke y parut d’abord seul, le général Bonaparte ayant déclaré ne vouloir s’y rendre que lorsqu'il aurait acquis la conviction que l'Autriche voulait réellement la paix, et que les plénipotentiaires avaient le pouvoir de signer.

Sur ces entrefaites, une insurrection populaire ayant vainement éclaté à Gênes, et la couardise des bourgeois ayant fait expulser les patriotes de la ville, l'aristocratie, excitant ses sicaires contre les Français, fit piller leurs maisons ; quelques-uns furent même blessés et trainés dans les cachots. Le ministre de France demanda en vain satisfaction; le sénat, comptant sur l'appui du Directoire, s’y refusa. Cependant, Bonaparte, averti de ce qui se passait à Gênes, y envoya le 29 mai son aide-camp Lavalette avec ordre d'exiger immédiatement la libération des Français arrêtés, le désarmement des charbonniers et des portefaix, soutiens de laristocratie, et l'arrestation de trois inquisiteurs d'État, comme mesure préliminaire à tout arrangement. En même temps une division française se dirigeait de Tortone sur Gênes. Le sénat essaya d’abord de résister; mais i se soumit bientôt, voyant surtout que la bourgeoisie, encouragée par l'appui des troupes françaises, commençait à se réveiller. Le doge et deux sénateurs se rendirent en députation à Montebello, et le 6 juin signèrent une convention par laquelle le gouvernement aristocratique fut aboli et remplacé par un gouvernement démocratique, fondé sur la souveraineté du peuple.

Ce premier exemple d’une république démocratique, fondée en Ilalie par la France, était non-seulement d’un augure favorable pour les Italiens, mais il faisait encore grandir chez eux le désir de voir l'indépendance, dont ils ne jouissaient encore que d’une manière précaire, convertie en droit par la reconnaissance d’une grande puissance. Cette disposition des esprits servait on ne peut mieux les projets du général Bonaparte. Il décida done aussitôt la fondation de la granderépublique cisalpine, avec Milan pour capitale, comme noyau autour duquel toute l'Italie pourrait se grouper dans un temps plus ou moins long et reconquérir son indépendance sans secousses ni luttes intestines. Tout céda devant cette considération nationale, et les places fortes jusque alors gardées par la France furent remises aux troupes italiennes. D'un autre côté, la journée du 18 fructidor, grâce aux secours envoyés par Bonaparte au Directoire, ayant tourné contre les royalistes, l'Autriche, qui n'était pas encore prête pour une nouvelle guerre, sentit la nécessité de faire k paix, et ne chercha plus à batailler que pour obtenir les meilleurs conditions possibles. Le comte de Cobentzel fut envoyé en hâte à Udine avec les pleins pouvoirs nécessaires. Le 26 septembre la négociation fut de nouveau entamée avec le comte de Cobentzel, assisté de MM. de Meerfeld et del Gallo; le général Bonaparte était le seul négociateur Pour la France, Clarke ayant été rappelé.

Le commencement de ces nouvelles conférences fut peu favorable aux espérances qu’on devait avoir conçues pour la paix. Cobentzel joignait à la morgue et à la roideur autrichiennes une dureté toujours nuisible en affaires. Très- Mauvais raisonneur, il cherchait à suppléer à ce qui lui manquait de ce côté par des éclats de voix et un air impéricux, qui lui attirèrent de la part du très-peu endurant Bonaparte plus d’une leçon sévère. Il commença par désavouer tout ce qu'avaient fait ou dit ses collègues depuis quatre mois, el chercha à compliquer de nouveau la question par l'intervention des alliés de l'Autriche, Bonaparte ne se

trompa pas sur cetle jactance et ces difficultés apparentes ; il était aisé de voir que toutes les prétentions exagérées de tobentzel n'avaient pour but que d'obtenir en Italie la plus large part possible, Mais la fermeté du général français convainquit les négociateurs autrichiens de l'inutilité de leurs efforts pour le faire sortir du système général des bases posées à Montebello. On y revint done, et la discussion se réduisit à la fixation des nouvelles frontières de l’Autricheen Italie.

Mais le Directoire apportait aux négociations de nouveaux obstacles, qui ne tendaient à rien moins qu'à tout entraver. Ébloui par sa victoire du 18 fructidor, il ne voulait plus la paix et faisait secrètement insinuer à Bonaparte de rompre les négociations et de recommencer les hostilités. Heureusement Bonaparte n’était pas homme à servir de jouet à ces gens-là, et le Directoire, voyant que ses insinuations restaient sans effet, se croyant surtout fout à fait consolidé, se déclara plus explicitement, Par une dépêche du 29 septembre, qui fut reçue le 6 octobre à Passeriano, il fit connaître son wltimatum : il refusait à l'Autriche Venise et la ligne de lPAdige. Cet ul/imatum équivalait à une rupture immédiate. Son plan de campagne consistait à ordonner à Bonaparte de marcher sur Vienne, tandis que Hoche, à la tête de l’armée de Sambre-et-Meuse, et Augereau, avec celle du Rhin, avanceraient pour lPappuyer. Ce plan était le comble de Ja sottise. L’ulfimatum n'ayant été reçu que le 6 octobre, les hostilités ne pouvaient commencer que le 15 novembre. A cette époque de l’année il était difficile que les armées françaises pussent faire la guerre d’une manière avantageuse en Allemagne, tandis que les Autrichiens pourraient facilement la faire en Italie. Notre armée d'Italie n’était qu'à vingt journées de Vienne, dont celles du Rhin et de Sambre-et-Meuse étaient à une distance au moins double, Il était donc facile à l'Autriche, en masquant les deux autres armées par des détachements un peu forts, de réunir les trois quarts de ses forces contre l’armée d’Italie, et de l’écraser avec d'autant plus de facilité, que le refus de ratifier le traité avec le roi de Sardaigne l’affaiblissait de dix mille Piémontais et d’un nombre égal de Français, qu’il faudrait employer à couvrir l’Italie vers Milan.

Bonaparte fit ses observations au Directoire. Mais au fond il songeait sérieusement à passer outre, à conclure la paix bon gré mal gré, ou, sil n’y réussissait pas, à résigner son commandement plutôt que de s’embarquer dans un plan d'opérations qui pouvait devenir honteux et funeste à la France. Une lettre du ministre des relations extérieures lui fournit le moyen de sortir de ce mauvais pas. Cette lettre lui faisait connaître que le Directoire, en arrétant son wllimatum, ne s'était décidé que dans la persuasion que le général pourrait le soutenir par les armes. Bonaparte résolut de n’en point faire usage, et de passer outre d’après ses premières instructions.

Les plénipotentiaires autrichiens s'étaient établis à Udine; le général avait son quartier général à Passeriano, près de Codroïipo , château anpartenant au dernier doge de Venise, Manini. Le village !e Campo-Formio, à moitié chemin, avait été neutralisé pour les conférences; mais étant dépourvu d’un local convenable, elles se tenaient alternativement à Udine et à Passeriano. Les points principaux étant convenus , la négociation était réduite à la fixation des limites de lPAutriche en Italie. Maïs ce fut là où Cobentzel recula tant qu’il put la conclusion par une résistance longtemps invincible. D’abord il revendiqua pour l'Autriche toute la république de Venise et le Mantouan jusqu’à l’Adda. Voyant que pour foute réponse le général Bonaparte, poussant ses prétentions en sens inverse, s’éloignait autant que lui des bases de Montebello, Cobentzel céda quelque chose, et consentit à admeitre la ligne du Miucio. « Puisque la France, disait-il, doit recevoir Mayence, il serait déshonorant pour l’empereur de ne pas recevoir Mantoue en compensation, » Tel était, selon lui, lxZfimatum dont il

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