‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 228 sur 556 · ELE · texte numérisé non relu

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ne pouvait s’écarter ; et voyant que le plénipotentiaire français se refusait absolument à y accéder, il chercha à appuyer ses protestations par des apparences hostiles. L'armée autrichienne vint camper dans la Carniole et sur la Drave, et il annonça que lui-même partirait incessamment. Bonaparte, de son côté, fit avancer sur l’Isonzo les troupes qui étaient en arrière du Tagliamento jusqu’à l’Adige; mais il savait parfaitement à quoi s’en tenir sur les menaces de Cobentzel.

Après avoir lutté vainement de parole avec M. de Cobentzel, Bonaparte , prêt à reprendre les armes, résolut de faire un dernier effort avant d'en venir aux hostilités. Le 16 octobre une conférence se tint encore à Udine chez M. de Cobentzel. Rien ne put vaincre l’obstination de ce dernier, qui protestait hautement n'avoir pas de pouvoirs pour consentir aux conditions de la France. S’il s’en fût tenu là, on n'aurait vu dans ce qu'il disait qu’une exagération mercantile, dans le but d'obtenir un peu plus que ce qu’on offrait; mais il s’avança jusqu’à reprocher au général de la mauvaise foi et des vues ambitieuses dans sa manière de négocier. Alors Bonaparte, qui savait qu’il dépassait lui-même les concessions que le Directoire avait énoncées dans ses dernières instructions , irrité de la mauvaise foi et de la jactance de M. de Cobentzel, qui menaçait d’hostilités auxquelles il n’était pas autorisé, prit sur la cheminée du diplomate un petit cabaret de porcelaine qui lui avait été donné par Catherine {1 de Russie, et le brisa sur le parquet en disant : « Eh bien ! la trève est donc rompue et la guerre déclarée; mais souvenez-vous qu'avant la fin de l'automne je briserai votre monarchie comme je brise cette porcelaine. » En sortant de la conférence, Bonaparte expédia un officier d'état-major pour annoncer à l’archiduc Charles la reprise des hostilités dans les vingt-quatre heures. Cobentzel, effrayé de la responsabilité qui allait peser sur lui, se hâta d'envoyer le marquis del Gallo à Passeriano, porter la déclaration signée de son adhésion à l’ultimatum de la France. Le lendemain, 17 octobre, la paix fut signée.

Lorsque l'on commença à rédiger le traité, le secrétaire ayant écrit : « L'Empereur d’Autriche reconnait la république française, — Effacez cet article, lui dit Bonaparte : La République française est comme le soleil : aveugle qui ne la voit pas. Le peuple français est maître chez lui ; il a fait une république; peui-être demain fera-t-il une aristocratie, après demain une monarchie; c’est son droil imprescriptible: la forme de son gouvernement n’est qu’une affaire de loi intérieure. »

Cependant le Directoire avait, à ce qu’il paraît, réfléchi aux observations faites par le général Bonaparte; car le 21 octobre il lui écrivit pour lui annoncer qu'il était résolu à modifier son plan de campagne ; qu’il enverrait à l’armée d'Italie un renfort de 6,000 hommes, et qu'il ratifierait le traité conclu avec le roi de Sardaigne, ce qui porterait l’armée d’Italie à 80,000 hommes, en y comprenant 10,000 hommes de troupes italiennes. Mais le Direcloire avait été beaucoup trop longtemps à réfléchir, et cette dépêche arriva à Passeriano douze jours trop tard, Si Bonaparte l’avait reçue avant la signature du traité, il est certain qu'il aurait rompu les négociations. Mais nous, témoin oculaire des événements de ce temps et de la situation de la France à cette époque, nous pouvons dire que ce retard fut heureux. L'opinion publique était à la paix : lourmentée par les intrigues de la faction bourbonienne, et par celle, plus dangereuse encore, des clubistes de Clichy, qui l’égaraient sur les intentions réelles de la coalition, la nation se lassait des sacrifices qui lui étaient imposés ; il s'était créé dans son sein un juste milieu inerte. Le trésor était épuisé, le complétement de l’armée éprouvait des difficullés. Un gouvernement doué d’un patriotisme énergique aurait paré à tout, sans aucun doute; mais le Directoire eût sacrifié l’armée d'Italie et perdu la chose publique. 1 le

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