BUCHNER — BUCKINGHAM
comme une conséquence de celles émises par Moleschott, suscitèrent un orage général contre le jeune auteur dans la presse protestante orthodoxe; il füt obligé de fermer son cours, de quitter Tubingue, et d'aller reprendre dans sa ville natale l'exercice privé de la médecine.
Loin de modifier ses idées, M. Büchner les développa avec des déduclions nouvelles dans les ouvrages suivants: Nature et esprit (Natur und Geist; Francfort, 1859, L 11 in-8), essai de conciliation entre les écoles matérialistes dissidentes, rédigé en forme de dialogues sur la construction de l'univers, et qui n’a pas été continué; Tableaux physiologiques (Leipzig, 1861, in-8), suite de discours sur le sang, le cœur, la vie et la chaleur, l'air et les poumons, le chloroforme, etc.; Nature et science (Natur und Wissenschaft; ibid., 1862), complément du premier livre de l'auteur, qui analyse les travaux des savants contemporains, tels que Schopenhauer, Moleschott, Darwin, Agassiz, Struve; il a été traduit en français (1866, 2 vol. in-18). M. Büchner a en outre fourni de nombreux articles à des publications périodiques sur la physiologie, la pathologie et la médecine légale.
Le principe de la nouvelle école matérialiste est ainsi exprimé par M. Büchner : « Point de force sans matière, point de matière sans force. » Pour lui les idées innées n'existent pas. « Dieu, dit-il, est un tableau vide sur lequel il n’y a d’autre inscription que celle qu’on y met soimême. Le corps humain est une forme modifiée du corps animal; l'âme humaine, une âme animale à une plus haute puissance. L'homme est l'ouvrage de la nature : il est soumis à ses lois et ne peut s’en affranchir; en vain son esprit s'élance-t-il au-delà du monde visible, il est toujours forcé d'y rentrer. »
Son frère aîné, Georges Bücuner , né en 1813, mort en 1837, s’élait acquis une réputation précoce par les poésies qu'il avait composées pendant qu'il étudiait la médecine.
Outre le drame de Z4 Mort de Danton, et des traductions
de Lucrèce Borgia et de Marie Tudor, on a publié de lui des Œuvres posthumes en 1850.
Son frère cadet, Alexandre Bücawer, professeur d'allemand au lycée de Valenciennes, puis à celui de Caen, est auteur d’une Histoire de La poésie anglaise (Darmstadt, 1855, 2 vol.), d’Esquisses de la littérature française (Francfort, 1858, 2 vol.), et de Jean-Paul et sa poétique (Paris, 1862, in-8), ouvrage français en collaboration avec M. Léon Dumont,
Enfin une sœur des précédents, Louise Bücnner, cultive aussi les lettres et a fait paraître plusieurs romans.
BUCHON (JEan-Arexanpre), né à Menetou-Salon (Cher), le 21 mai 1791, était en 1819 collaborateur du Censeur Européen, en 1820 de La Renommée, et plus tard du Constitutionnel. 1 prit une part très-active aux luttes soutenues par le parti libéral contre le gouvernement de la Restauration. A la suite des troubles qui éclatèrent le 7 juin 1820, à l’École de Droit de Paris, il fut arrêté sans cause, détenu sans jfgement ; et ces fracasseries se renouvelèrent fréquemment à son égard. On persécutait non seulement sa personne, mais ses préfaces; et la Vie du Tasse, dont il avait fait précéder la Jérusalem délivrée de Baour-Lormian , ayant déplu à Louis XVIII, fut mise d’abord à l'index, puis au pilon. En 1891 il fit un cours à V’Athénée de Paris sur l’histoire de l'art dramatique en Angleterre, et parcourut les années suivantes une grande partie de l’Europe, pour y rassembler des documents historiques, destinés à la Collection des Chroniques nationates qu'il fit paraître, de 1824 à 1829, en 47 volumes in-8°, avec beaucoup de pièces inédites, des notices biographiques et des notes critiques et philosophiques, sans compter un Choix de Chroniques et Mémoires sur LH isloire de France avec notices littéraires et biographiques dont il enrichit 1e Panthéon littéraire. |
En 1828 il reçut de Martignac , alors ministre, la mission de visiter et d'inspecter les archives et bibliothèques de France. En 1829 il fut créé inspecteur général des archives départementales et communales, et destitué peu de temps après par le comte de La Bourdonnaye, à l’avénement du ministère Polignac. La révolution de Juillet ne lui rendit point ses fonctions ; et il reprit avec une nouvelle ardeur ses travaux historiques et littéraires. On lui doit encore un volume de Chroniques étrangères relatives aux expéditions Françaises pendant le treizième siècle ; une Histoire populaire des Français; des Recherches et matéritux pour servir à une Histoire de la domination française aux treizième, quatorzième et quinzième siècles dans les provinces démembrées de l'empire Grec à la suite de la quatrième croisade ; La Grèce continentaleet la Morce: Voyage, Séjour et Études historiques en 1840 et 1841; Nouvelles Recherches historiques sur la principauté française de Morée et ses hautes baronies , fondées à la suite de la quatrième croisade (2 vol.); Histoire universelle des religions (6 vol. ).
Buchon a donné, en outre, un grand nombre de notices biographiques en tête d'éditions d’auteurs de différents temps et de différents pays. Une Analyse raisonnée des documents anciens et inédits sur la Pucelle d'Orléans ; une Iniroduction à la Correspondance inédite de Madame Campan avec la reine Hortense; une édition de Brantôme, etc. etc. 11 a fourni de nombreux articles à la Piographie Universelle, au Dictionnaire de la Conversation, au Mercure, à la Revue de Paris, à la Revue Indépendante, à la Presse, à la Revue Trimestrielle. Cet infatigable écrivain est mort le 30 avril 1846.
BUCKREBOURG; capitale dela principauté deS chaumbourg-Lippe, est bâtie sur l’Aue, au pied du Harrelsberg. On y compte environ quatre cents maisons bien bâties, avec un château, un beau parc, un gymnase, un hospice d’orphelins, trois églises et une synagogue. Les habitants, au nombre de 4,500, s'occupent d'agriculture et du tissage du lin. Au pied de la même montagne, à 6 kilomètres de la ville, sont situés les bains d’Eilsen, connus par leurs sources sulfureuses et leurs bains de boue minérale, ainsi que par leurs belles dépendances, par exemple le Bückeburger-Klus sur la route de Minden, etc. Dans les environs on va voir encore l’Arensbourg avec son châleau et sa galerie de tableaux.
BUCKELINGS. Voyez BorreL.
BUCRINGHAM, comté d'Angleterre, avec une superficie de 187,847 hectares et 175,870 habitants. C’est une plaine généralement fertile, arrosée par la Tamise, qui la sépare du Middlesex, par l’Ouse; la Colne et plusieurs canaux, entre autres celui de Grande-Jonction, y établissent des communications avec la mer et avec Londres. L'agriculture a atteint un haut degré de perfection dans ce comté S surtout dans la vallée d’Aylesbury, un des districts les plus riches de l'Angleterre, et on s’y livre avec succès à Pélève et à l’engraissement des bestiaux. On y exploite aussi des carrières de marbre et de terre à foulon; mais l'absence de charbon de terre a empêché l’industrie d’y établir des manufactures; cependant on y fabrique beaucoup de dentelles, et l'on tresse beaucoup de paille à Bredford et dans ses environs. k
Quand les Romains s’établirent en Bretagne, la partie du territoire occupée aujourd’hui par le comté de Buckingham était habitée par les Cassiens, tributaires des Cassivéliens. On prétend que c’est le roi Édouard qui, pour protéger le pays contre les invasions des Danois, fit construire, en 915, la forteresse de Buckingham, au confluent de l'Ouse et de l'Tsa, à quinze milles de Londres, sur la route de Plymouth, La ville qui s'éleva auprès, chef-lieu du comté, possède une belle église, bâtie en 1780, et 3,703 habitants, Elle a des Moulins à grains, des asines à papier el une fonderie de cui
vré. Aux environs se trouve le célèbre parc de Stowe, avec un château magnifique.
Le premier comte de Buckingham dont l’histoire fasse mention est Walter Gifford, qui reçut ce comté de Guiljaume le Conquérant, à titre de fief; mais sa descendance masculine s'étant éteinte dès la seconde génération , le comté fit retour à la couronne. En 1377 il fut donné par le roi Richard II à son oncle, Thomas de Woodstock, duc de Glocester, lequel à sa mort, en 1445, le transmit à son gendre, le comte Edmond de Stafford, nommé en 1440 duc de Buckingham par le roi Henri VI. Pendant les guerres de la Rose blanche et de la Rose rouge, le duc Edmond ayant été tué avec son fils dans la bataille de Northampton, livrée en 1480, le litre de duc passa à son petit-fils Henri. Celui-ci, d’abord partisan du duc Richard d'York, appuya ses prétentions au trône, et fut comblé par lui de bienfaits quand ce prince eut réussi à se faire roi. Mais, insatiable dans sa cupidité, il ne tarda pas à élever sur l'héritage de la maison de Hereford des prétentions que le nouveau roi ne put satisfaire. Alors il passa de dépit dans les rangs des partisans du comte Henri de Richmond, et chercha à faire valoir ses prétendus droits par la force des armes. Trabi par un ancien serviteur, il tomba au pouvoir du monarque, qui le fit décapiter, en 1483, et nrononça la confiscation de ses biens. Son fils aîné, Édouard, rétabli dans la jouissance de ses terres et de ses titres par Henri VII, eut sous le règne de Henri VIII un grand crédit à la cour, et fut même élevé à la dignité de connétable. Le cardinal Wolsey, devenu son ennemi par cupidité et par jalousie, causa sa perte. Accusé de haute trahison par de faux témoins, il fut condamné à mort, et décapité à Londres, en 1521. Son fils Henri hérita bien de son titre de comte de Stafford, mais non de celui de duc de Buckingham. Ce ne fut guère que cent ans plus tard , en 1617, que Jacques 1° nomma son favori, Georges Villiers, marquis, puis, en 1623, duc de Buckingham (voyez ci-après). Le second fils de celui-ci, nommé également Georges Villiers, duc de Buckinghum (voyez ciaprès), étant mort en 1688 sans héritier, son titre passa, en 1703, à John Sheffield, duc de Buckingham (voyez ciaprès), dont la maison s’éteignit en 1735 dans la personne de son fils unique, Edmond.
En 1784 le titre de marquis de Buckingham fut accordé
à Georges, comte Temple (né en 1753, mort le 11 février 1813), de la famille Grenville, qui le transmit à son fils aîné Richard, né le 20 mars 1776. Celui-ci épousa Anne- Élisa, unique héritière du dernier duc de Chandos. En 1822 il fut créé duc de Buckingham et Chandos, et mourut dans son château de Stowe, le 17 janvier 1839. Son fils, Richard, né le 11 février 1797, fit partie du cabinet de Robert Peel en 1842, et se retira de la vie politique lorsqu’en 1847 il fut obligé d'abandonner à ses créanciers ses immenses propriétés. Il est mort le 29 juillet 1864, laissant pour héritier de sa pairie, Richard, son fils, qui a présidé en 1866 le conseil privé dans le ministère Derby.
BUCRINGHAM ( Geor ces VILLIERS, duc pe ), favori et ministre des deux rois d'Angleterre Jacques 1° et Charles 1°, naquit à Brookesby, dans le Leicestershire, le 28 août 1592. Il prétendait descendre d’un des Normands compagnons d’armes de Guillaume le Conquérant, et se vantait d’être allié à la maison française des Villiers, seigneurs de l’Ile-Adam. 11 avait perdu son père avant d’avoir atteint l’âge de dix-huit ans. La rare beauté de sa personne alors qu’il n’était encore qu’enfant le rendit l’idole de sa mère, issue de l’ancienne maison de Beaumont, femme à la mode, qui dans l'éducation qu’elle lui fit donner eut seulement en vue de faire de son fils un cavalier accompli. C'était là en effet la meilleure recommandation qu’on pût apporter à la cour de Jacques I‘, monarque aux manières pédantesques et roides, qui prisait infiniment dans autrui l'avantage que la nature lui avait refusé, c’est-à-dire
la grâce personnelle. De graves personnages, un archevéque et un baron, s’enorgueillirent, dit-on, d’avoir eu l'honneur de présenter Villiers à la cour; selon une autre version, c’est à sa mère qu’il faut attribuer le succès de son introduction sur ce brillant théâtre. Jacques, qui avait quelque chose du goût de Henri III de France pour les mignons, mais qui craignait encore le scandale, imagina de ne donner une charge de cour au jeune Villiers que sur la demande de la reine. Comme Somerset, autre mignon, avait été longtemps en possession des bonnes grâces du roi, et que son crédit commencait à baisser, le parti du jeune Villiers fut embrassé par les courtisans , et toutes les intrigues furent mises en jeu pour lui faire obtenir un poste à la cour. Aux instantes démarches faites en sa faveur par les courtisans auprès de la reine, cette princesse répondait qu'ils allaient se donner un nouveau maître. Ils n’en persistèrent pas moins dans leurs efforts, par haine pour l’ancien favori, et en 1613 Villiers fut déclaré grand échanson. Vers cette même époque Somerset fut compromis dans une horrible affaire de meurtre, et sa chute hâta l'élévation de son successeur. |
Dès lors le roi se livra tout entier à son penchant pour son adolescent ami ; il voulait, disait-il, unir en lui tous les trésors de la sagesse à tous les dons de la nature, le mouler dans ses formes, en un mot être le Socrate de cet autre Alcibiade. Malheureusement les récompenses du maître devancèrent trop les progrès de l'élève. Chaque jour apportait à celui-ci denouveaux honneurs ou de nouvelles richesses. En 1615 Villiers fut fait baron du royaume, et obtint une pension. En 1616 il fut nommé grand écuyer et chevalier de l’ordre de la Jarretière. Traversant successivement tous les honneurs de la pairie anglaise, il fut créé duc de Buckingham, lord grand amiral, chief-justice of forestry, charge qui lui donnait l’administration et la surintendance de toutes les forêts; constable du château de Windsor, titre important, en raison des immenses émoluments qui y étaient attachés; puis enfin premier ministre, dispensateur de toutes les places, de tous les honneurs, véritable alter ego du monarque, dont seul il exprimait et représentait la volonté.
Le premier usage que Villiers fit de sa grandeur fut d’éloigner de la cour et de perdre tous ceux qui auraïent pu lui nuire ou lui devenir dangereux. Les amis de Somerset furent traités sans pitié. En outre, Coke, garde des sceaux, fut sacrifié, malgré sa haine pour l’ancien favori. Ce grand jurisconsulte avait d’abord refusé de donner sa fille en mariage au neveu de Villiers, refus impolitique, qu’il avait, ilest vrai, rétracté à temps en consentant ensuite à cetteunion. Cet acte de déférence pour les volontés du favori ne prévint pas sa chute et ne réussit qu’à la retarder. Lord Bacon fut un autre exemple de la jalousie de Villers. Bacon, cependant, réussit à vaincre la répugnance de Buckingham par des bassesses bien plus grandes que celles auxquelles Coke avait eu recours. Il vint s’agenouiller devant Villiers, qui récompensa sa servilité par la dignité de chancelier, mais qui ne lélevait que pour le sacrifier plus tard. Raleigh éprouva le même traitement. Quand une accusation capitale plana sur sa tête, une somme immense offerte à Buckingham lui valut un acquittement; ce qui ne l’empêcha pas quelques années plus tard d’aller à l’échafaud et d’être exécuté sans jugement nouveau.
Cependant Buckingham resta longtemps étranger aux événements politiques. Son influence consistait principalement dans le ton de gaieté et de dissipation qu’il avait donné à la cour ; la danse, les mascarades et tous les amusements d’une folle jeunesse étaient l'occupation de tous les instants; le roi lai-même s’y livrait avec une ardeur qui trop souvent lui fit oublier les convenances. Quelque étrange que cela puisse paraître aujourd’hui, il est certain que rien ne contribua davantage à aliéner par degrés au roi les cœurs des Anglais. Le purilanisme et la gravité religieuse étaient alors l'esprit
E - . pe
dominant; et, en se mettant en opposition avec l’opinion publique, dans un moment où la Bible était étudiée et commentée par les plus pauvres, où les versets de l'Ancien Testament étaient cités comme règle de conduite, non-seulement morale, mais encore politique, la cour s’exposait à de bien graves périls. À ;
Ily avait huit années que Villiers, tout-puissant à Ja cour, amassait sur”sa tête les haines nationales par la licence de sa conduitéet lé vernis d’immoralité qu’il avait fait prendre à la haute société, quand à ce tort si grave il ajouta celui d'intriguer avec l'Espagne, c’est-à-dire avec l'ennemi naturel de l'Angleterre et de la réformation. 11 s'agissait de négocier l'union de l'héritier de la couronne avec la fille du roi catholique. L'idée première de cette singulière alliance appartenait à Jacques lui-même, qui s'était imaginé remédier par là aux désastres essuyés par la cause protestante ou Al- ‘emagne, en obtenant de PEspagne la restauration de lélecteur palatin dans ses États. Depuis longtemps, ce projet de mariage était l’objet de négociations épineuses, menées avec adresse. par le comte de Bristol, ambassadeur d’Angleterre à Madrid ; on suppose que Buckingham voulut en accélérer l'issue pour se rendre agréable au prince Charles et en même temps enlever l’honneur du succès au comte de Bristol, qu'il haïssait. Il est assez probable toutefois que Buckingham n’attachait pas de motifs plus profonds à cette intrigue que le désir de satisfaire sa passion pour les aventures, et l'envie d’étaler sa magnificence à la cour de Madrid. Il proposa au roi Jaëques d'envoyer le jeune prince à Madrid, et demanda à l'y accompagner. Dans les gouvernements absolus, les caprices sont d'ordinaire le fait du monarque, et les conseils salutaires de la politique celui du prudent et rusé ministre. Ici ce fut l'inverse, le caprice futile et insensé vint de Buckingham, et Jacques remplit le rôle du sage conseiller, dont les remontrances judicieuses demeurent inutiles. Le jeune prince et Buckingham, tous deux déguisés, partirent pour leur singulière mission.
On trouve dans les Lettres de Howell un récit fort amusant des aventures de toutes espèces qui leur arrivèrent dans cette course vagabonde. A Paris, ils se glissèrent. à la cour, où Charles vit pour la première fois la princesse Henriette, qu’il devait plus tard épouser. A Madrid, les illustres voyageurs furent reçus avec tous les honneurs dus à leur rang et aux prétentions du prince; mais Buckingham trouva dans la différence des religions et des intérêts politiques des obstacles que son earactère altier était peu propre à surmonter. Il perdit patience, et ses discussions à ce sûjet avec Olivarez dégénérèrent bientôt en querelles et en haines personnelles. D'abord, les obstacles et les délais au mariage étaient venus du ministre espagnol, et le léger Buckingham fut bien vite dégoûté et de la cour, et de la nation, et du projet d’aliance. I avait résolu de tout rompre, quand le ministre espagnol montra des dispositions plus conciliantes et lit même des avances. 1] m'était plus temps ; Buckingham était trop puissant, et son mécontentement trop profond : aussi bien ilavait à cœur de revenir en toute hâte en Angleterre,où déjà, avait-il appris, des cabales avaient été organisées pour lui faire perdre les bonnes grâces du roi. Quoique le prince Charles eût déjà fait etsigné une promesse de mariage, Buckingham lui persuäda de la rompre et de partir sur-le-champ, prenant sur lui de défaire tout ce qui avait été fait. « Je serai toujours reconnaissant envers le roi, la reîne et la princesse, Mais envers Vous jamais, dit-il à Olivarez, en le quittant. — Je me trouve honoré du compliment, » repartit le ministre espagnol. La guerre fut bientôt après déclarée entre les deux puissances; mais le parlement refusa opinitrément les subsides indispensables Pour la pousser avec quelque vigueur.
Par sa conduite inconsidérée en Espagne, Buckingham avait fortement compromis son crédit auprès du roi, dont les plus chères espérances se trouvaient déçues. Jacques,
suivant Clarendon, ne le pardontia jamais à son favori; mais Buckingham, par ce dernier acte politique, s'était fait un appui plus puissant même que le roi. En insultant l'Espagne, il était devenu l’objet des louanges et de l'admiration du parti populaire dans la chambre des communes, dont le libéralisme n'était guère que la haïne du catholicisme. Sûr de cette faveur nouvelle, Buckingham présenta l'issue des négociations avec l’Espagne sous le jour qu’il désirait, et fut cru sur parole. Toutefois, le parlement lui tint rigueur sur le chapitre des subsides : l’appui des communes le fittriompher de son ennemi le comte de Middlesex et violenter même la volonté du roi. Cependant, Buckingham, tout en conservant son créditet son pouvoir, se trouvait dans une fausse position : le parti populaire, qui le soutenait, prétendait le faire aller beaucoup plus loin qu’il ne voulait. II ne s'agissait rien moins que de supprimer l’épiscopat et d’appliquer aux besoins de l'État les biens du clergé, mesure qui eût froissé et le cœur etla conscience de Jacques. Il songea dès lors à regagner sa première faveur dans l’esprit du roi en lui procurant une alliance française pour remplacer celle qui venait de manquer avec l’Espagne, et des ouvertures furent faites en conséquence à la cour de France à l’effet d'obtenir la main de la princesse Henriette-Marie pour le prince Charles. Richelieu était un champion politique plus redoutable qu’Olivarez pour Buckingham. Voyant combien celui-ci avait à cœur cette alliance, Richelieu y mit en faveur des catholiques anglais des conditions bien autrement fortes que celles qu’imposait naguère l'Espagne, et qui avaient tant révolté l'esprit national des Anglais. Buckingham en passa par tout ce que voulut Richelieu, etpar là perdit à jamais l’appui du parti populaire dans le parlement.
Jacques mourut sur ces entrefaites. Maintenu au ministère par son fils et successeur Charles 1°, Buckingham vint à Paris pour recevoir la royale fiancée et la conduire en Angleterre. Rempli d'idées galantes et chevaleresques, il devint épris de la reine, Anne d'Autriche; il osa avouer son amour , et même le rendre public en revenant subitement et sans le moindre prétexte d'Amiens sur ses pas, puis en pénétrant jusqu’à la ruelle de la reine, où, dansun paroxisme de passion, il se jeta aux genoux de la princesse en répandant d’abondantes larmes. Anne fut au moins flattée, si elle ne fut pas touchée de son hommage. Mais Richelieu conçut de l’'ombrage, et comme ministre et comme rival en amour. Aussi, quand peu de temps après Buckingham annonça l'intention de revenir à Paris, un ordre péremptoire du roi, porté par Richelieu, le lui défendit. C’en fut assez pour que Buckingham se décidât à entraîner son pays dans une nouvelle guerre. Il juraqu’i/reverrail la reine de France, quoi qu'on fit.Ilest vrai toutefois qu’un motif plus grave contribua à accélérer une rupture qui satisfaisait son amour-propre : ce fut l'impossibilité d'exécuter les articles du traité de mariage, qui accordait aux catholiques le libre exercice de leur culte. Buckingham n’avait d’ailleurs jamais songé sérieusement à tenir sa promesse. \
La France et l’Espagneétaient en guerre avec l'Angleterre, quand le parti populaire, ayant acquis la majorité dans les communes, refusa son vote à toutes les dépenses occasionnées par les hostilités, tant était devenue grande la défiance que lui inspirait Buckingham. Il lui reprocha hautement toutes ses folies, et l’accusa de crimes auxquels il n’avait sans doute jamais songé, comme d’avoir attenté à la vie du feu roi; et Charles 1°" lui-même ne fut pas à l'abri de ces insinuations. Chärles, qui aimait Buckingham , et qui se laissait influencer par ses conseils, fut porté par des motifs de gratitude et d’attachement à entrer dans des voies arbitraires et oppressives, dont il lui fut dès lors impossible de sortir. Soutenir Buckingham contre ses ennemis et en même temps obtenir de l'argent des communes, était chose impraticable. Malheureusement pour lui, il sacrifia le parlement et les libertés du pays aux caprices et aux ressentiments de son favori. Il recourut aux
emprunts forcés pour faire face aux dépenses, et à tous les genres d’ilégalités pour réduire au silence les chefs de l’opposition. Le succès seul pouvait soutenir le ministre dans cette dangereuse carrière où probablement il voulait imiter Richelieu, sans s’apercevoir qu'entre lui et son rival la différence était immense. Cependant, contractant des alliances avec toutes les puissances protestantes, les Danois, les Hollandais, etc., Buckingham rassembla une flotte nombreuse, et s’efforça d'appeler les huguenots de France à la révolte, espérant par là susciter en sa faveur une importante diversion. Toutefois La Rochelle elle-même, le quartier général des religionnaires, refusa de recevoir le duc dans ses murs. Il débarqua alors ses troupes dans l’îlede Ré, qui enest voisine; mais il ne réussit même pas à s'emparer du pelit fort qui la défendait. Les huguenots ne s’insurgèrent que lorsque son expédition eut complétement échoué, et s’offrirent ainsi seuls aux coups de Richelieu , parce que Buckingham n’était plus en état de leur donner les secours qu’il leur avait promis pour les déterminer à l'insurrection.
A son retour en Angleterre, Buckingham eut à lutter contre un nouveau parlement qu’on avait enfin été obligé de convoquer, et qui dressa contre lui un acte formel d’accusation, Son beau-frère, Denbigh, fut envoyé avec une autre flotte au secours de La Rochelle; il parut à la hauteur de cette place, puis repartit sans tenter de secourir les assiégés, plus vivement pressés que jamais par le terrible Richelieu, Buckingham résolut de se mettre encore une fois à la tête de la flotte, afin, s’il ne sauvait pas La Rochelle, d'obtenir du moins à cette ville une capitulation plus favorable, 11 s’était rendu à cet effet en toute hâte à Portsmouth, et allait $’embarquer (23 août 1628 ), quand il fut frappé au cœur par le poignard fanatique d’un officier subalterne , appelé Felton.
Ainsi finit un homme qui fut peut-être la principale cause des infortunes de la race royale des Stuarts, auteurs d’une fortune si rapide, que ne justifiaient ni ses talents ni ses qualités: Par son imprudente conduite, il contribua plus que personne aux triomphes remportés par Richelieu sur les protestants ainsi qu’à l’ascendant que les patriotes anglais acquirent dans le parlement, et qui devait conduire à de si terribles résultats. Crowe, de Londres.
BUCRINGHAM ( Grorces VILLIERS, duc pe ), fils du précédent, né à Londres, en 1627, fut, ainsi que son frère puiné, Francis, élevé et instruit sous la direction de Charles 1°", lequel, après le crime de Felton, sembla transporter aux fils l’attachement qu’il avait voué au père. Quand ce monarque fut fait prisonnier, ils se rangèrent sous les drapeaux du comte Holland. Francis périt dans une déroute qu’essuya l’armée royaliste à Nonsuch; mais Georges, plus heureux, réussit à se sauver sur la flotte du prince de Galles, et depuis lors partagea toutes les destinées de ce prince jusqu’à la fatale bataille de Worcester, à la suite de laquelle il dut chercher un asile en France. Le parlement ayant donné les biens de sa famille à lord Fairfax, celui-ci fut assez généreux pour en partager les revenus avec la mère de Buckingham. Le proscrit s’enhardit alors à revenir en Angleterre; il se plaça sous la protection de Fairfax, et demanda sa fille en mariage, 11 fut agréé, et vécut depuis tranquillement sur les domaines de son beau-père jusqu’au moment où Cromwell le fit arréter dans une excursion qu’il avait risquée pour. aller voir sa sœur, et, malgré toutes les prostestations de Fairfax, l'envoya à la Tour.
La mort de Cromwell, lui rendit la liberté, et la restauration de la royauté le remit en possession de ses biens et de ses dignités. Charles II le nomma successivement membre du conseil privé, lord lieutenant du comté d'York et grand évuyer. Tant de faveurs ne satisfirent point encore son ambition, et par jalousie contre le comte Clarendon, premier ministre, il prit part à un complot qui fut découvert en 1666. D'abord il se tint caché; mais, n'ayant pas tardé à compa-
raître librement devant la justice, il obtint son pardon du roi, qui lui conserva ses honneurs et ses faveurs. En 1671 il fut nommé chancelier de l’université de Cambridge, puis envoyé en France comme ambassadeur, ostensiblement pour y porter des compliments de condoléance, mais réellement pour y négocier en secret la dissolution de la triple alliance. Plus tard il devint le chef d’un cabinet resté fameux dans l’histoire sous le nom de cabale.
Lors de la guerre déclarée par la France à la Hollande, il y fut envoyé avec Arlington et Fairfax, à l'effet de négocier avec les états généraux et avec Louis XIV. Shaftesbury, ayant peu de temps après quitté le ministère dit de Ja cabale, Buckingham devint le point de mire de la haine populaire. 11 fut, en sa qualité de chef du cabinet, mis en accusation comme coupable de haute trahison et de crimes d'État, mais il eut le bonheur d’être absous. Depuis lors il figura au parlement dans les rangs de l’opposition, combattit vivement, en 1675, l’acte du fest, ainsi que la prolongation du parlement, opérée par le roi. En punition de cet acte d'indépendance, il fut envoyé à la Tour avec Salisbury, Shaftesbury et Wharton; mais il en sortit dès qu’il eut fait ses soumissions au roi. A la mort de Charles IE, il re. nonça complétement à. la politique, se retira dans ses terres, et y mourut en 1688, après avoir consacré les dernières années de sa vie à des travaux littéraires. En lui s’éteignit l’ancienne famille des Villiers.
La collection de ses œuvres, publiées à Londres en 1704, contient, dit-on, beaucoup. de morceaux apocryphes. Le plus célèbre de ses ouvrages est la comédie intitulée : {he Rehearsal (la Répétition ), pièce dans laquelle il tournait en ridicule les poëtes dramatiques à la mode,
BUCKINGHAM (Joux SHEFFIELD, duc ne),homme d'État et écrivain anglais, né en 1649 , était le fils du comte Edmond de Mulgrave. Ayant de bonne heure perdu son père, il fut confié à un gouverneur, qui, pour l’éloigner des troubles qui agitaient l’Angleterre, le conduisit en France , où, malgré les distractions de la cour et celles de la guerre, il fit de rapides progrès dans les sciences et les lettres. A l’âge de dix-huit ans il servait déjà contre la Hollande à bord de la flotte anglaise, et dans la seconde guerre contre les Hollandais on lui confia le commandement d’un vaisseau. Il obtint ensuite un régiment de cavalerie , en leva un autre à ses propres frais, et vint apprendre l’art de la guerre sous les ordres de Turenne, dans les rangs de l’armée française. En 1680, il fut envoyé avec 2,000 hommes au secours de Tanger, assiégé par les Maures.
Jacques IT, dont il fut de bonne heure l’ami particulier, le nomma membre de son conseil privé et lord grand chambellan. Par attachement pour ce prince, il se soumit aux formes extérieures du catholicisme, mais refusa constamment d’en embrasser les doctrines. A l’époque de la révolution il resta neutre; puis il occupa plusieurs postes im-
‘ portants, mais en définitive fit toujours partie de l’opposition. Lors de l’avénement de la reine Anne, il fut nommé lord du sceau privé. En 1703 on le nomma duc de Buckingham. Mais bientôt, jaloux de l'influence de Marlborough, il sortit du ministère, et embrassa le parti des tories. Mais en 1710, à la chute du cabinet, il revint à la cour, accepla la présidence du conseil avec l’administration de la maison de la reine, et exerça sur toutes les affaires politiques linfluence la plus prépondérante.
A la mort de la reine Anne, il s’éloigna de nouveau de la cour pour se jeter encore une fois dans l'opposition et combattre dans les rangs des tories. IL mourut en 1720, après avoir consacré aux lettres les moments de liberté et de repos que lui laissait son éloignement du pouvoir. On trouve, il est vrai, de l'esprit et du goût dans la plupart de ses poésies galantes; mais elles manquent d’originalité. Quant à son réperloire tragique, il est au-dessous de toute critique. Par contre, ses Mémoires offrent une lecture aussi
instructive qu'intéressante. Ses œuvres complètes ont été publiées à Londres en 1723 et 1729, en 2 vol. .
BUCKLAND (Gucaume), célèbre géologue anglais, né en 1784, étudia la théologie à Oxford, mais se livra de préférence à son penchant pour les sciences naturelles. I y fit de tels progrès qu’en 1813 il obtint la chaire de minéralogie nouvellement érigée à l’université d'Oxford, En 1818 il fut chargé en même temps du cours de géologie. Ses deux seuls ouvrages originaux sont Reliquiæ diluvianæ (2° édit., Londres, 1824), et Geology and Mineralogy considered wilh reference tonatural theology (2 vol., Londres, 1 836). Dans ce dernier ouvrage, qu’on regarde comme classique, et qui a été inséré dans la collection de Bridgewater, l’auteur cherche à concilier, autant que possible, avec les récits de la Bible les résultats des recherches géologiques sur les formations plutoniques, ce qui ne l’a pas mis à l'abri des attaques du clergé. Ces clameurs n’ont en rien nul à sa juste réputation; et c’est à ses travaux autant qu’à ceux de Murchison, Sedgwick, Lyell, etc., que la géologie doit la faveur dont elle jouit en Angleterre. Buckland a publié en outre de nombreux articles dans des revues scientifiques, dans le Journal philosophique d'Édimbourg, et dans les Transactions de la Société de Géologie. C’est dans ce dernier recueil qu’il a mis au jour sa théorie sur la formation des vallées par élévation. Nommé en 1845 doyen de Westminster et en 1847 conservateur du British Museum, ilappartenait depuis 1827 à la Société royale, ainsi qu’à notre Académie des sciences. Frappé d’aliénation mentale en 1850, il mourut le 14 août 1856, à Clapham, près de Londres.
BUCRLANDIE. On a dédié sous ce nom au géologue Buckland un genre de la famille des hamamélidacées, type de la tribu des bucklandiées, fondé par R. Brown sur un arbre de l'Inde souvent très-élevé, dont le port est celui d’un peuplier à fleurs polygames-dioïques capitées.
BUCRLE (Tnowas-Henri), publiciste anglais, naquit le 24 novembre 1823, à Lee, ville du Kent. Sa constitution délicate l'empêcha de suivre les cours d’un collège ou d’une université; il n’en fit pas moins des études variées et nourries. Une fortune considérable dont la mort de son père le mit en possession à dix-huit ans, une nombreuse bibliothèque, lui permirent de suivre sans obstacle son penchant pour les lettres, et il y a peu d’érudits contemporains dont on puisse dire qu’ils aient réalisé plus complètement que ce jeune homme l'idéal d'une vie studieuse. Les échecs étaient sa principale récréation, et il passait pour un des premiers joueurs de l'Angleterre. L'ouvrage qui fera passer son nom à la postérité commença de paraitre en 1857; mais les fatigues qu’il s'était imposés pour le mener à fin ruinèrent sa santé, déjà chancelante. Obligé d’en interrompre la publication, il alla passer l'hiver de 1861 en Égypte, et de là se rendit en Palestine; il succomba à une attaque de fièvre typhoïde le 29 mai 1862, à Damas. On Pinhuma le même jour dans le cimetière protestant. Il avait trente-huit ans et demi.
L'Histoire de la civilisation en Angleterre (Londres, 1857-1860, 3 vol. in-8) est un monument incomplet que Buckle avait voulu élever à la philosophie de l’histoire; tel qu’il est il n’en constitue pas moins la tentative la plus originale et la plus étudiée sur le développement des sociétés humaines que l’on ait vu paraître de nos jours. Buckle s’esl proposé d’abord de reconnaitre en quoi consiste l'esprit d un peuple en dehors des hommes et des faits de son hisloire; puis de suivre la marche du progrès en France et en Angleterre à la fois. Sur le premier point il s'efforce d’établir que l'esprit ou le caractère d’un peuple dépend de circonstances toutes matérielles, telles que le sol, le climat, Ja nourriture, l'aspect du pays, etc. En second lieu se place uné théorie dont la vigoureuse application par l’auteur a soulevé tant de critiques : le progrès des sociétés ne s'accomplit que sous l'impulsion du scepticisme; toute foi re-
ligieuse est un obstacle à leur avancement; et l’excessive protection que les gouvernements, la noblesse, l’église prétendent exercer sur le peuple ne sert qu’à amoindrir et à faire rétrograder la liberté et Ja civilisation.
On a publié en 1872 sous letitre d’£ssais les travaux que Buckle avait laissés en mourant. P. Louisy.
BUCOLIQUE (du grec Bouxé)os, pasteur). Synonyme de pastoral, ce mots’entend surtout des poésies qui cherchent à peindre les mœurs des bergers. On est peu d’accord sur l’origine de ce genre de poésie, mais presque toutes les littératures en offrent des modèles. Tantôt les poèmes bucoliques sont en monologue, tantôt ils ont la forme du dialogue, quelquefois ils sont en récit, quelquefois en action, quelque fois c’est un récit mêlé d’action. Différentes mesures ont été employées aussi dans la composition de ces poëmes. Le genre bucolique comprend donc non-seulement : léglogue et l'idylle, mais encore quelquefois l’élégie, le poème dramatique, et le roman. D’un autre côté, toutes les églogues ou idylles ne doivent pas être rangées parmi les bucoliques. Néanmoins Virgile a donné le nom de Bucoliques à son recueil d’églogues, bien qu’il y en ait quelques-unes qui s’occupent d’autre chose que de la vie des champs.
BUCQUOY. Voyez Buquot.
BUCRÂNE (de Boÿs, bœuf, et xpav{ov, crâne). On a donné ce nom dans l'antiquité à un casque creusé dans une tête de bœuf ou fait en forme de tête de bœuf. En architecture on l’applique à ces têtes de bœuf écorchées et décharnées employées comme ornements des frises et d’autres parties des édifices publics. Cette pratique remonte à la plus haute antiquité, et pour ainsi dire à l'enfance de l'art; on retrouve en effet des bucränes sur une foule de monuments antiques. On en voit dans les frises des temples, tels que celui de la Fortune virile, à Rome; dans celles des tombeaux, comme au monument de Cécilia Métella, qui avait reçu de cet ornement le nom vulgaire de Capo di bove ; on en voit aussi autour des autels, comme à celui de Cora, etc.
BUDE. Voy. OrEn.
BUDE (GuizcAume), plus connu sous le nom latin de Budæus , un des savants français les plus distingués de son époque, un de ceux qui ont le plus contribué à l’impulsion littéraire des esprits au seizième siècle, bibliothécaire du roi et maitre des requêtes, naquit à Paris, en 1467, et mourut le 24 août 1540. 11 étudia à Paris et à Orléans, maïs sans succès, et sa jeunesse se passa dans une dissipation continuelle. La passion de la science ne s’empara de lui qu’à vingt-quatre ans ; mais ce fut avec une telle force qu’il neconnut plus d’autre occupation que l'étude. On rapporte que le jour même de son mariage il y consacra trois heures. I] se livra particulièrement aux belles-lettres, mais il étudia aussi les mathématiques sous Tanneguy-Lefèvre, et la langue grecque, encore inconnue en France, sous Jean Lascaris et sous Hermonyme, de Sparte, qu'il recueillit plusieurs années chez lui, et auquel il donna en le quittant 500 écus d’or, somme énorme pour le temps. Son indifférence pour tout le reste ressort suffisamment de cette réponse qu’il fit un jour à un domestique qui venait lui annoncer que sa maison brûlait : « Adresse-toi à ma femme; tu sais bien que je ne m'occupe pas du ménage. » Réponse que l’on a aussi attribuée depuis à Bitaubé, Budé embrassa toutes les sciences, mais plus particulièrement l'archéologie et les langues; il avait surtout des connaissances approfondies en grec.
Parmi le grand nombre de ses productions savantes, qui roulent sur la philosophie , la philologie et la jurisprudence, on estime surtout sa dissertation De Asse et partibus ejus, où, traitant du partage des successions, il entre dans des détails curieux sur les monnaies anciennes; et ses commentaires sur la langue grecque, qui ont fait faire de grands progrès en France à l'étude de Ja littérature grecque. Son Style, en latin aussi bien qu’en français, est plein de wi-
BUDÉ — RUDGET 437
gueur, mais souvent dur et embarrassé de tournures grecques. Il était généralement estimé, non-seulement comme savant, mais encore comme homme et comme citoyen. 11 avait d’abord été présenté à Charles VIIL par le chancelier de Rochefort. Louis XII le fit secrétaire du roi, et lui donna une première mission à Rome. François 1°" le nomma maître de la librairie, c’est-à-dire bibliothécaire du roi. II l’appelait souvent à ses conseils particuliers, et lui confia une mission importante auprès de Léon X, qui ’admira beaucoup. Enfin, il institua, à son instigation, leCollégeroyalde France, et jeta, sous sa direction et sous celle de Lascaris, les premiers fondements de la bibliothèque de Fontainebleau. Budé fut encore président du conseil des requêtes et prévôt des marchands. 11 mourut à soixante-treize ans. L'extrême simplicité que, par son testament, il ordonna pour ses funérailles, le fit soupconner de pencher, comme beaucoup de savants de son époque, vers les idées de réforme religieuse, Ce qui sembla justifier cette supposition, c’est que sa femme et deux de ses fils, ayant embrassé le calvinisme, se retirèrent à Genève, où leur postérité existe encore. Un des membres de cette famille, mort en 1844, avait racheté le château de Ferney, illustré par le séjour de Voltaire, et qui avait autrefois appartenu à ses ancêtres. Jacques de Sainte- Marthe prononça solennellement l’oraison funèbre de Guillaume Budé. Ses œuvres complètes ont été imprimées à Bâle en 1557, et forment 4 vol. in-fol. L’Institution d’un Prince, qui ne fait pas partie de cette collection, est un ouvrage français, imprimé à Provins, en Champagne, en 1547.
BUDGET est un terme anglais venant lui-même par corruption de notre vieux mot bougelle , qui signifie une valise ou sac de cuir. De tout temps il a été d'usage au parlement d'Angleterre d'apporter dans un sac de cuir les pièces portant exposé de l’état des recettes et des dépenses publiques. Du contenant le nom passa au contenu; et c’est avec cette nouvelle signification que le mot est revenu en France. 11 y a été employé pour la première fois d’une manière officielle dans les arrêtés des consuls en date du 4 thermidor an X et du 17 germinal an XI. Ce mot a été étendu depuis aux comptes des administrations secondaires; ainsi les départements, les villes, les communes ont leurs budgets spéciaux.
A proprement parler, il n’y a de budgets qu'avec le système représentatif; car le contrôle d’une législature indépendante peut seul donner une sanction légitime à la perception de l'impôt et à l'emploi des deniers publics. On dresse à la vérité dans quelques États absolus un compte rendu des recettes et des dépenses, mais quelle garantie offre-t-il de son exactitude et de sa régularité? L’Angleterre, qui a joui la première du régime constitutionnel, a eu la première un budget dans la véritable acception de ce mot. En France, malgré de nombreux essais antérieurement tentés, nous n'avons eu un budget exact et complet que depuis la restauration. Sous l’ancien régime, l'assiette del’impôt variant d'une province à l’autre, sa perception étant en outre abandonnée dans sa plus grande partie à destraitants, il eût été diflicile, Peûton voulu, de dresser un tableau régulier des recettes et des dépenses publiques. Necker fut le premier qui établit une sorte de budget par la publication de son fameux Compte rendu de l'administration des finances. Les courtisans se récrièrent beaucoup contre cette indiscrétion, qu'ils regardaient comme devant causer la perte de la monarchie, Jusqu’alors les comptes du trésor, rendus par le contrôleur général des finances et par ses agents, étaient apurés à huis clos par la chambre des comptes et par le conseil du roi ; encore cette clôture des exercices n’avait-elle lieu qu’au bout de cinqannées, ce qui rendait toute surveillance inefficace et toute amélioration impossible.
L'exemple de Necker fut bientôt suivi; Calonne publia à son tour un compte-rendu où il établissait un déficit de cinquante-six millions; enfin, le 24 janvier 1789, Louis XVI
déclara solennellement que désormais le tableau des revenus et des dépenses serait rendu public dans une forme proposée par les états généraux et approuvée par le roi, et que les sommes attribuées à chaque département seraient fixées d’une manière fixe et invariable. C’est de cette déclaration que date en France le premier essai de budget. Toutefois, il serait difficile de recorinaître un véritable budget dans les lois financières des premières années de la révolution; l'abolition des impôts et la dépréciation du papier-monnaie avaient anéanti les finances de l'État ; quand une dépense était jugée nécessaire, on la décrétait, sauf à recourir ensuite aux expédients pour y faire face. Les assemblées nationales votèrent successivement un grand nombre de lois de finances; mais il n’y eut pas de budget, puisqu'il était impossible de rien statuer dans la prévision d’un avenir que les événements modifiaient chaque jour. Sous le Consulat et sous l'Empire il y eut plus d’ordre et plus de clarté dans le compte rendu des dépenses et des recettes. A part les départements de la guerre et des affaires étrangères, les dépenses et les recettes devinrent plus régulières et plus constantes ; la distinction établie entre le trésor et le ministère des finances vint d’ailleurs opposer un grand obstacle au renouvellement des abus et des dilapidations. Les exposés annuels présentaient des aperçus plus ou moins ingénieux ; mais ce n'étaient encore que des, chiffres et l’on craignait peu le contrôle du Corps législatif. En outre, les fonds dits spéciaux, montant à plus de cent millions par an, n'étaient pas compris dans le budget, et une foule de dépenses extraordinaires n'étaient attribuées à aucun ministère.
Depuis 1819 jusqu’en 1852 le budget fut divisé en deux parties, qui constituaient chacune un budget spécial. L'une comprenait les dépenses exigées pour les différents services publics dans le cours de l'exercice ou année financière auquel le budget se rapportait, l’autre contenait les recettes à faire pour subvenir à ces dépenses. Ces deux parties du budget étaient l’objet de deux lois distinctes, qu’on appelait la Loi des recettes et la loi des dépenses. Le budget de 1853, recettes et dépenses, ne forme qu’une seule loi divisée en deux sections générales. La section des dépenses comprend cinq grandes parties : 1° le service de la dette publique, qui embrasse les rentes que le gouvernement paye à ses créanciers, les pensions diverses, etc.; 2° les dotations et les dépenses des pouvoirs législatifs et du conseil d'État ; 3° les services généraux des ministères; 4° les frais de régie, de perception et d’exploitation des impôts et revenus publics ; 5° les remboursements et restitutions, nonvaleurs, primes et escomptes. La section des recettes comprend le montant des quatre contributions directes, les droits d'enregistrement et de timbre, les produits des domaines, les produits des forêts et de la pêche, les impôts et revenusindirects, les postes, les produits de äiverses natures.
Le budget de chaque exercice est nécessairement soumis tous les ans aux délibérations du corps législatif et du sénat, et il est voté par eux dans la session qui précède l’année pendant laquelle il doit être mis à exécution. Il doit être présenté d’abord au corps législatif.
La somme affectée à chaque dépense s’appelle crédit. Le budget est mis à exécution par les ministres, d’après la répartition faite entre les divers chapitres de leur budget particulier de la somme totale des crédits qui leur ont été alloués. Les sommes affectées à un chapitre ne peuvent être appliquées à un autre chapitre; mais chaque chapitre renferme un certain nombre d'articles entre lesquels les ministres peuvent opérer, dans l'intérêt du service, une autre répartition de la somme affectée au chapitre.
Comme les chiffres présentés dans le budget ne sont, pour les dépenses aussi bien que pour les recettes, que des prévisions plus ou moins hypothétiques, il peut arriver qu'il y ait dans le compte définitif de l’année excédant du revenu
re BUDGET — BUDLEGE
sur {es dépenses ou au contraire déficit ; c’est en effet ce qui a souvent lieu. 11 s’établit donc un certain ordre de liaison entre les budgets consécutifs par des reliquats ou des arriérés. Il arrive aussi que les crédits votés sont insuffisants, ou parce que l’on n’a pas bien apprécié l’étendue d’un service, ou parce qu’il est survenu des circonstances qui ont créé des besoins extraordinaires. Dans le premier cas les ministres ont besoin d’un crédit supplémentaire, dans le second d’un crédit extraordinaire. Ils doivent s'adresser en principe aux chambres législatives lorsqu'elles tiennent session, au chef de l'État dans l'intervalle d’une session à l’autre; toutefois, un.crédit supplémentaire ne peut être accordé que pour certaines dépenses déterminées, et le crédit extraordinaire que dans des cas d’urgence el des services qu’il était impossible de prévoir et de régler par le budget. L'’ordonnance qui ouvre ces crédits n’est exécutoire pour le ministre des finances qu’autant qu’elle a été rendue sur lavis du conseil des ministres ; elle doit étre contresignée par le ministre ordonnateur, insérée au Bulletin des Lois et soumise par le ministre des finances à la sanction du corps législatif dans sa plus prochaine session.
Tous les ministres doivent à chaque session présénter les comptes de leurs opérations pendant l’année précédente; mais cela n’est et ne peut être qu’une situation provisoire de l'exercice, puisque les dépenses peuvent être acquiftées jusqu’au 31 octobre de l’année suivante. Le 1°’ juillet de chaque année le ministre des finances fait remettre à la cour des comptes un tableau comparatif des recettes et des dépenses publiques comprises dans le compte général des finances de l’année précédente; une commission de sept membres, pris dans son sein et dans celui du conseil d’État, le vérifie provisoirement, et la cour rend une déclaration de conformité sur la situation définitive de l'exercice expiré, après l’avoir communiquée à cette commission. Cette déclaration doit être remise au corps législatif et au sénat à une époque assez rapprochée de l'ouverture de la session pour que l'exactitude du dernier règlement du budget ait pu être confirmée avant qu’il ait été statué sur les résultats du nouveau règlement proposé pour l'exercice suivant. Cette Loi du règlement du budget, qu’on appelle encore Loi des comptes, se trouve donc présentée aux chambres la seconde année après l’expiration de l'exercice. Elle arrête le chiffre des recettes et des dépenses, annule les excédants de crédit, s’ils’en trouve, ou, en cas d'insuffisance des crédits, détermine les moyens de couvrir le déficit. Nous avons déjà vu que cette loi arrête les dépenses au 31 octobre de l’année qui suit l'exercice. Cependant on sait que les dépenses peuvent encore être payées cinq ans ou même six ans après l’exercice. Voici comment on procède dans ce cas. Si ces dépenses étaient constatées au moment de la clôture de lexercice, et si elles ont fait partie des restes à payer arrêtés par la loi de règlement, les ministres peuvent délivrer des ordonnances de payement sur l'exercice courant, par rappel sur les exercices clos, dans les limites des crédits annulés par les lois de règlement. Si les dépenses n'ont pas fait partie des restes à payer arrêtés comme il a été dit, il ne peut être pourvu au payement qu'au moyen de crédits supplémentaires, Du reste, les dépenses des exercices clos et périmés sont l'objet d’un chapitre spécial au budget et dans les comptes de chaque ministre, ainsi que dans le compte général des finances.
Voici le tableau des sommes totales de différents bud-
gets de la France en dépenses et en recettes, relevées de dix en dix ans depuis 1823 :
1823. | drns-d sos. ss ss se fr. 1,118:026,162 sec MES NP re) SUP E 1,123,456,982
1833. | “4e 3 Po TR Puis ec NS + 1,128,994,304 Mere pile. UE res 1,157,274,314
1843. DORSO :e à vn pets 50 0 «+ 1,418,591,432 | jui sussssssses ce. 1372280 201
1863. | penses. ,,,,, TROT 1,486,955,348 Recettes, . : . .. ELA 1,446,129,431
Le budget des départements est préparé par le préfet; mais pour être exécutoire il doit être soumis à la délibération du conseil général et arrêté ensuite par le ministre de l’intérieur. Le service départemental est assuré par des centimes additionnels aux contributions directes et par des ressources locales. 11 se divise en trois parties : la première, sous le titre de dépenses fixes, comprend les frais du personnel dés préfectures, des maisons centrales de détention, des bâtiments de cours d'appel, des établissements thermaux et sanitaires; la seconde, désignée sous le nom de dépenses variables, est relative aux loyers et mobiliers des préfectures, des prisons, au casernement de la gendarmerie, aux menus frais des tribunaux, aux établissements ecclésiastiques diocésains, aux enfants trouvés, à lamendicité, aux routes, aux engagements et secours ; la troisième, qu’on appelle dépenses facultatives, et dont l'adoption est subordonnée au vote des conseils généraux, contient tous les objets d'utilité départementale qui n’ont pas été prévus ou qui ne sont pas suffisamment dotés dans les deux premières catégories de dépenses.
Quant au budget des communes, il est dressé par le maire et doit être soumis à la délibération du conseil municipal et ensuite arrêté par le sous-préfet, si la commune n’a pas cent francs de revenu , par le préfet si ses revenus s'élèvent à cent francs ét sont inférieurs à cent mille francs, et par un décret de l’empereur, s’ils s'élèvent à cent mille francs et au-dessus.
Quelques établissements publics, entre autres les hospices et les bureaux de bienfaisance, ont aussi leur budget, dont la préparation et l'exécution sont soumises à des règlements spéciaux. :
BUDINS (Budini), peuples de la Scythie d'Europe, vers les sources du Borysthène, au nord des Gélons, qui vinrent ensuite s’unir à eux et à l’est des Fenni, dont le pays forme aujourd’hui une partie de la Russie polonaise, sont appelés Bodènes dans Ptolémée. Leur pays, selon Hérodote, produisait en abondance toutes sortes d'arbres; mais, au rapport de Pomponius Méla et de Pline, il était seulement fertile en pâturages. Ces peuples, nomades comme la plupart des Sarmates et des Scythes, parlaient une langue mélangée de scythe et de grec. Leur divinité principale était Bacchus, dont ils célébraient unedes fêtes tous les trois mois. Ils étaient adonnés à la magie et à la divination. On les accusait desetransformer en loups, tous les ans, durant quelques jours, et de reprendre ensuite leur première forme, fable à laquelle Hérodote refuse de croire, mais qui peut s'expliquer fort bien par les incursions qu’ils faisaient, sans doute, detemps en temps, sur les terres de leurs voisins, pour sé procurer ce que leur sol ou leur industrie leur refusait.
BUDISSIN. Voyez BAUTZEN.
BUDLEGE ou BUDDLEIE, genre de plantes de la famille des scrophulariées, ayant pour principaux caractères : calice et corolle à quatre divisions ; capsule biloculaire, polysperme. La plupart des espèces habitent l'Amérique australe, excepté quelques-unes qui croïssent au cap de Bonne- Espérance.
La buddleie globuleuse (buddleia globosa, Lam. }) est un arbrisseau toujours vert de 2°,50 à 3 mètres de haut, à feuilles grandes, ovales, allongées, très-blanches en dessous, qui donne en juin des fleurs très-petites, réun'es en boules odorantes, et d’un jaune doré ; il se multiplie de marcottes, de semences ou de boutures, et demande une terre légère, une exposition à mi-soleil, avec beaucoup d’eau et une couverture pour l'hiver.
La buddleie à feuilles de sauge ( buddleia salvifolia, Lam.), dont la tige a de 2" à 2",30, offre des feuilles sessiles, lancéolées, rugueuses. Ses fleurs petites, blanches, à disque jaune, disposées en panicule terminale, viennent en septembre.
D’autres espèces se cultiventencore dans nos jardins ; mais
BUDLEGE — BUËNOS-AYRES 39
elles diffèrent peu des deux précédentes, dont la première est originaire du Pérou et la seconde du Cap.
BUDWEIS (en langue bohème Czeshé Budegowice), le cercle le plus méridional de la Bohême , est borné par le Bæœhmerwald, et arrosé par la Moldau, qui reçoit dans son cours la Maltsch et la Luschnitz; il n'offre presque partout que d'immenses varennes et une multitude d’étangs très-poissonneux, dont le plus considérable est celui de Rosenberg. Sa superficie est de 91 myriamètres carrés, divisés en neuf capitaineries, La population s'élève à 600,000 habitants, d'origine allemande pour la plupart, et dont l’industrie consiste dans l'éducation des bestiaux , l’agriculture , la fabrication du verre, du fer, du papier, du drap et du fil. Outre une ferme modèle, qui existe depuis longtemps, on y a établi en {850 une école d'agriculture.
Le chef-lieu du cercle, Budweis ou Bæhmisch-Budweis, au confluent de la Moldau et de la Maltsch, est une ville royale libre, située sur une élévation, au milieu d’une belle et fertile plaine, et régulièrement bâtie. On y trouve trois faubourgs, une grande place entourée de belles arcades et décorée d’une jolie fontaine. Siége d’un évêché, du gouvernement du cercle, d’un présidial, d’une administration des finances, etc., Budweis renferme dans ses murs un séminaire, un gymnase, plusieurs écoles, entre autres une de commerce, un des plus vastes arsenaux de l’empire et 11,000 habitants, qui font un commerce considérable en grains et en bois. Le chemin de fer construit depuis 1827 entre Budweis et Linz, et qui est desservi par des chevaux, en unissant le Danube à la Moldau, a considérablement augmenté l’activité commerciale de cette place. Au commencement de la guerre de trente ans, Budweis se défendit avec succès contre les Bohèmes révoltés, et força par sa résistance le comte Matthias de Thurn à lever le siége de Vienne. Son inébraniable fidélité à la maison d'Autriche lui a valu de grands priviléges.
Maæhrisch-Budweis ou Budwitz , ville et seigneurie de la Moravie, a un château et 1800 habitants.
BUEE et BUER, anciens {ermes employés pour désigner la lessive et l’action de blanchir ou de lessiver, d’où l'on a formé le mot buanderie. Villon s’est servi du mot bués pour lavés, dans une de ses ballades, et l’on a longtemps appelé, dans quelques provinces, en Bourgogne principalement, un homme maubué celui dont le linge était sale.
En technologie, buée s'entend aujourd’hui de la vapeur qu’exhale la pâte du pain. Le langage vulgaire étend quelquefois ce mot à la vapeur qui s’élève de l’eau ou de tout autre liquide en ébullition.
BUENA VISTA , hacienda ou métairie dans la confédération Mexicaine, à 185 kilomètres au sud du chef-lieu Cohahuiïla ou Monclova, à 7 kilomètres à l’ouest de Saltillo ou Leona-Vicario, célèbre par les événements de la dernière guerre. Le 22 février 1847 le général mexicain Lopez de Santa-Anna somma le général Taylor, qui était campé près de là, de se rendre, en l’avertissant qu’il était cerné par 20,000 hommes. L'attaque commença le même jour; elle se renouvela le lendemain, et Santa-Anna, repoussé, dut se replier sur Agua-Nueva, à 15 kilomètres de cet endroit.
On appelle aussi Buenavista ou Boavistla, la plus orientale des îles du Cap-Vert, et la première où les Portugais débarquèrent.
BUENOS-AYRES (en espagnol Ciudad de Nuestra Señora de Buenos-Ayres, ou Ciudad de la Trinidad), ancienne capitale de la vice-royauté du même nom, puis chef lieu de l’État de Buénos-Ayres et des Provinces-Unies du Rio dela Plata, aujourd’hui capitale de la Confédération Argentine, est située dans une plaine, sur la rive droite du Rio de la Plata, large en cet endroit de 46 kilomètres , mais peu profond, à environ 280 kilomètres de son embouchure, et à 200 kilomètres ouest de Montévidéo, en face de l'embouthure de l'Uruguay, par 34° 36’ 29” de latitude sud et 60° 44" 34" de longitude ouest. La position de cette ville est
magnifique; du côté du nord, on découvre le fleuve, qui s'étend à perte de vue; de délicieuses maisons de campagne parsèment les environs.
Son climat justifie le nom que lui imposa son fondateur, Pedro de Mendoza, en 1535.11 est doux, salubre ; il n’y tombe jamais de neige; les gelées y sont rares; mais les brouillards y deviennent fréquents de juin à septembre. Le port n’est nullement à l'abri des vents, et les vaisseaux ne sauraient approcher qu’à douze kilomètres de la ville, à cause de plusieurs bancs de sable qui entravent la navigation, et à cause des vents violents dits pamperos qui soufflent des pampas. Les barques même, pour mettre à terre leur chargement, sont obligées de faire un détour, et d’entrer dans une petite rivière de deux à trois brasses de profondeur; encore ne peuventelles y pénétrer quand les eaux sont basses. Sous la présidence de Ribadavia, le gouvernement avait voté des fonds considérables pour la constction d’un port artificiel; la retraite de cet habile administrateur et les désordres qui suivirent firent avorter ce grand projet.
Buénos-Ayres est la ville non-seulement la plus peuplée, la plus riche et la plus commerçante de la confédération du Rio de la Plata, mais une des principales places de commerce du Nouveau Monde et un de ses priacipaux foyers d'instruction et de civilisation. Elle est de forme carrée, et ses rues, se coupant à angles droits, sont pavées, tirées au cordeau , et bordées de larges trottoirs. Les maisons, blanchies à la chaux intérieurement et extérieurement , ont un et quelquefois deux étages ; elles sont surmontées de toits en terrasse où l’on recueille l’eau pluviale destinée aux usages domestiques. Les plus belles rues sont celles de la Victoria, de l’Universidade, de la Reconquista, de la Plata el de ia Florida. Les principales places sont celles del Fuerte del 25 de Mayo, ornée d’un obélisque, et ainsi nommée en mémoire de la révolution du 25 mai 1810, et celle de /os Toros, d’où la vue embrasse la ville entière. Buénos-Ayres, ville épiscopale, possède de magnifiques édifices religieux, parmi lesquels on cite la cathédrale, bâtie par les jésuites, l’église de San-Francisco et celle de La Merced ; on y compte, en outre, douze autres églises catholiques, quatre couvents d'hommes, deux de femmes et un oratoire protestant. Une citadelle et plusieurs forts protègent les bâtiments mouillés sur le fleuve. On admire encore le palais du gouvernement, le Cabitdo ou hôtel de ville, la banque, l'hôtel des monnaies, le grand hôpital et le palais des représentants. Tous ces édifices sont bâtis avec une pierre blanche qu’on tire des environs.
Buénos-Ayres, sous le point de vue littéraire, occupe le premier rang parmi les villes de l’ancienne Amérique espagnole; elle a une université, fondée en 1821, une des principales du Nouveau Monde pour le nombre, les talents des professeurs et la supériorité de l’enseignement, un lycée académique, une école militaire, deux écoles de droit et de médecine, des écoles primaires et secondaires, un observatoire , un laboratoire de chimie, une bibliothèque nationale de 25,000 volumes, et plusieurs établissements de bienfaisance, tels qu’une maison d’orphelins, un hospice d'enfants trouvés et un institut d'accouchement. La population de cette ville est évaluée (1870) à 180,000 individus, dont 60,000 étrangers, principalement Italiens et Français. C’est le siége du gouvernement de la confédération, la résidence du Président et le lieu d’assemblée du Congrès fédéral. Les Buénos-Ayriens sont braves, humains, intelligents, doués de beaucoup de franchise, de laisser-aller et d’obligeance. Les chevaux sont chez eux d’un usage général ; tout le monde sort à cheval, et c’est souvent à cheval que le mendiant sollicite votre pitié au coin des rues. On vante la beauté des femmes, et en effet elles ont la taille bien prise, les mains et les pieds petits, le teint blanc, les yeux et les cheveux noirs; spirituelles, un peu coquettes, dansant avec grâce, chantant avec âme, s’accompagnant tour à tour de la guitare et des castagnettes, elles offrent à