‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 230 sur 556 · CAMPO-SANTO — CAMPS DE CÉSAR · texte numérisé non relu

CAMPO-SANTO — CAMPS DE CÉSAR

donnent plus particulièrement encore ce nom à un endroit servant de sépulture à des hommes distingués, et qui est entouré d’un portique, fermé à l'extérieur, mais ouvert à l'intérieur par des arcades. Le plus célèbre Campo-Santo est celui qui se trouve à Pise, près de la cathédrale. I fut consacré à la mémoire des ques qui avaient bien mérité de la république. L'architecte Giovanni Pisano, qui le términa en 1283, est désigné comme celui qui le fit construire. Il occupe un espace d'environ 133 mètres de long sur 36 de large, entouré de hautes murailles, à Pintérieur desquelles se développe un large portique voûté à arcades. Au mur faisant face à l’est est adossée une grande chapelle ; et à celui du nord deux chapelles moindres. Au mur faisant face au sud sont situées les deux entrées. Ces différentes murailles sont toutes ornées de peintures à fresque. Les plus anciennes parmi celles qui se sont conservées ornent l’un des côtés de la muraille de l’est. Elles représentent la passion de Jésus-Christ, sa résurreclion, etc., composition aussi grandiose que fantastique, qui semble avoir été exécutée avant le milieu du quatorzième siècle, e8 qu’on attribue à Buffalmaco, appelé aussi Buonamico, peintre de ancienne école florentine du quatorzième siècle. Toutefois, les archéologues ne sont pas d’accord sur la question de savoir si ces figures appartiennent complétement à la poësie, ou bien si elles n’ont fait que passer des nouvelles de Boccace et de Sachetti dans les traditions biographiques de Vasari et autres.

A la suite de cette représentation des scènes de la Passion se trouvent, sur la muraille du nord, les peintures, d’un sens si profond, de Bernardo Orcagna : Le triomphe de la Mort, le Jugement dernier et l'Enfer; viennent après : La vie des ermites dans les déserts de la Thébaide par P. Laurati, puis la première porte d'entrée, et entre celle-ci et la seconde lhistoire de saint Ranierus et celle de saint Éphesus et Potitus, la première exécutée en partie par Antonio Veneziano (1360-1370), la seconde par Spinello Arefino, qui florissait à la fin du quatorzième siècle. Sur la muraille méridionale se trouve l’histoire de Job, attribuée à Francesco de Volterra. La muraille faisant face à l’ouest ne contient que de mauvaises peintures de l’époque moderne. Des circonstances politiques interrompirent pendant assez longtemps les travaux d'ornementation du Campo-Santo. On ne les reprit que dans la seconde moitié du quinzième siècle, et Benozzo Gozzoli peignit, de 1469 à 1485, les histoires de l'Ancien Testament depuis Noë jusqu'à David, tableau riche et plein de vie, en même temps que l’un des monuments les plus importants de lart à cette époque. Ce ne fut que sous Napoléon, lorsque le Vénitien Carlo Lasinio fut nommé conservateur de l'édifice, qu’on songea à prévenir la ruine dont étaient menacés ces monuments si précieux pour l’histoire de l’art. Il en donna aussi les dessins, sous ke titre de : Pitture a fresco del Campo-Santo di Pisa, ouvrage . dont une édition en format réduit a paru à Florence en 1832.

D’autres Campi-Santi nouveaux se trouvent en Italie, à Bologne et à Naples, et on en construit un en ce moment à Milan, du caractère le plus grandiose, sous la direction de l'architecte Aluisetti. Tout récemment aussi en Allemagne il a été question d’un Campo-Santo; et la nouvelle cathédrale de Berlin, dont la construction a commencé en 1845, devra être bordée d’un côté par les sépultures des membres de la famille royale. On y verra un portique semblable à celui qu’on trouvait ordinairement dans les cours des couvents. La forme en sera carrée; chaque muraille aura 60 mètres de long, sur douze de haut. C’est Cornelius qui a été chargé de couvrir complétement de peintures ces murs, qui ne présentent pas moins de 2,000 mètres carrés, et ce célèbre artiste s’occupait en 1851 d’en dessiner les cartons. Son suiet est le développement de cette parole de saint Paul : « En effet la mort est le prix du péché, tandis que la grâce de Dieu est la vie éternelle dans Jésus-Christ notre

seigneur. » La gravure en a déjà reproduit tout le plan sous le titre de : Projets de Fresques pour le cimetière de Berlin (Leipzig, 1848). Reste à savoir si Cornelius, qui commence à se faire vieux, aura le temps d’achever ces cartons et de les traduire en couleur.

CAMPS DE CESAR. On donne cette dénomination à des camps retranchés qui remontent à uné assez grande antiquité, Ces camps sont assis sur des points élevés, ou appuyés d’un côté sur une rivière, ou bien entourés de vallées profondes qui ont dû leur servir de défense. Si que]que côté était inaccessible par sa pente, on n’y faisait aucun travail; sur les autres on élevait des retranchements de plusieurs pieds, défendus par un fossé, avec des terrassements en dos d'âne. On y ménageait les issues nécessaires aux communications extérieures. L'état des murs et des travaux sert en général à caractériser ces camps et à en reconnaître l’époque. A en croire certains écrivains, il en existe un assez grand nombre en France, mais on ne doit pas donner à tous le nom de camps de César; ce chef militaire ne les a pas fait construire tous ; les généraux qui lui succédèrent dans la Gaule se trouvèrent souvent dans la même nécessité. 11 faut aussi distinguer les camps romains de ceux que d’autres peuples construisirent encore dans les Gaules à des époques postérieures. On trouve dans ceux qui sont réellement d’origine romaine des débris d'armes et des médailles : c’est le signe le plus certain de leur date véritable. Les diverses descriptions de plusieurs camps de César, sur lesquels on a pu recueillir des notions certaines, indiquent suffisamment les dispositions, les formes et les dimensions qui les caractérisent selon les localités.

Le camp de L'Étoile a pris son nom du lieu près duquel il est situé : c’est le village de L'Étoile, sur la Somme, à 12 kilomètres au-dessous de Péquigny. Il était placé au milieu d’un marais , sur une éminence escarpée, de 65 mètres du côté de l’occident, de 26 mètres du côté du midi ; et de 19,50 à l’orient et au nord. Par cette position, il dominait tous les environs, et commandait un des plus importants passages de la Somme. La forme de ce retranchement représente une figure ovale, et sa situation est bien de celles que César choisissait pour asseoir ses camps. Sa longueur est de 422", 30, sur une largeur de 260 , et en cela il est encore conforme à la dimension des camps romains, qui, selon Végèce, devaient être un tiers plus longs que larges. A l’époque où l’on reconnut la position de ce camp, il fut impossible d’y retrouver des traces de fossés ; cependant on ne doit pas douter qu’il n’y en eût, puisque c’était la première occupation du soldat romain en arrivant dans un lieu pour y camper. Contre les règles de la castramétation de ce peuple, le camp de L'Étoile n'avait qu’une porte, ce qui s'explique du reste par la hauteur où il était placé, et parce qu’il n’était accessible que par le seul côté où l’on avait pratiqué cette entrée. Le peu d’étendue de ce camp rappelle l’usage des Romains de ne faire les camps à demeure (stativa castra, hiberna æstiva) que d’une étendue médiocre et pour y loger seulement une légion, et quelquefois même une ou deux cohortes ; aussi ne voit-on pas que César, dans la distribution de ses troupes en quartier d’hiver dans les provinces de la Gaule, ait mis plus d’une légion dans aucun camp. La construction et la disposition du camp de L'Étoile sont conformes aux règles de la castramétation romaine : on peut donc adopter la tradition constante ef unanime du pays, qui en fait un camp romain, et un des trois dans chacun desquels César mit en quatier d’hiver une des trois légions qu’il retint avec lui lorsqu'il vint passer l'hiver à Amiens, au retour de sa seconde expédition en Bretagne, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même dans ses Commentaires.

Le camp près de Wissan est aussi attribué à César; son étendue est moins considérable que celui de L'Étoile. Le bourg de Wissan, situé entre Calais et Boulogne , à 12 kilo-

mètres environ de Pune et de l’autre ville, a été autrefois une assez grande ville et un port très-fréquenté pour le passage de France en Angleterre. Du Cange, Cambden et d’autres savants ont prétendu que c'était le fameux port Zccius, d’où César s’embarqua pour ses deux expéditions d’Angleterre. C’est au sortir de ce bourg que l’on aperçoit, sur une éminence, ce camp de César, donf la conformité de structure et de situation avec celui de L'Étoile fait présumer qu'il date de la même époque. Ces deux camps ne diffèrent que par leur étendue : celui de Wissan n’a guère que 97,45 de long, sur une largeur proportionnée. Comme celui de L'Étoile, il domine tous les environs, et commande entièrement le bourg et le port du même nom, pour la défense duquel il paraît avoir été construit. La forme en est pareillement ovale, et il n’a qu’une seule entrée. Il est également facile à défendre avec un petit nombre de troupes par le peu de front qu’il présente à l'ennemi. La montagne sur laquelle il s'élève a probablement été autrefois battue par les eaux de la mer pendant les hautes marées.

On a encore donné le nom de camps de César à des travaux de fortification postérieurs à l’époque de l'invasion romaine , comme l’on attribue aussi quelquefois aux Sarrasins des restes de vieilles murailles que l’on voit encore, parce que ces peuples furent les derniers qui envahirent la France.

CHAMPOLLION-FIGEAG.

CAMUCCINI (Vincenzo), peintre d'histoire, mort à Rome le 2 septembre 1844, était né dans cette ville, en 1773. Orphelin dès l'enfance et sans fortune, Camuccini se forma seul et par la persistance de son travail. 11 fut bien aidé des conseils de son frère aîné Pietro , restaurateur de tableaux, et de Bombelli, graveur; mais son véritable maître fut Raphael , qu'il étudia avec ardeur jusqu'à trente ans sans rien produire d’original, Cette absorption prolongée de son individualité dans un autre ne saurait être bonne à l'artiste. Camuccini l’éprouva d’une manière éclatante. Malgré son labeur opiniâtre, les heureuses dispositions qu’il avait annoncées, les conseils de David, qui s’intéressait à ce caractère, il ne parvint jamais qu’à cette honorable médiocrité qui a toujours été la véritable perte de l’art. Pierre Guérin disait de lui, et avec raison, qu'il s'était nourri des anciens el de Raphael, mais qu'il n'avait pu les digérer. Sa nature le portait à des sujets plus tendres que La Mort de Virginie, Le Départ de Régulus pour Carthage, etc., qu’il s’obstinait à peindre en dépit d’Apollon et des Muses. Et la preuve, c’est qu'il réussit mieux dans les portraits et les petits sujets, qui le mirent fort à la mode dans le beau monde de Rome. Il est mort riche et décoré de tous les ordres d'Italie, officier de la Légion d'honneur, membre associé de l’Académie des beaux-arts de France, et directeur de l'Académie de Saint- Luc. Sa galerie de tableaux a été acquise, en 1855, par le duc de Northumberland, au prix de 425,000 fr.

CAMUS. Voyez Camanp.

CAMUS (Anmanp-Gasron), jurisconsulte, né à Paris, en 1740, s’est fait un nom par la publication de différents ouvrages estimés, et par le rôle distingué qu’il joua dans les luttes de la Révolution comme homme politique. Il avait été avocat du clergé de France au parlement de Paris; et sachant allier à cette profession des études classiques très-étendues, il s’était ouvert dès 1783 les portes de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par sa traduction de l’Histoire des Animaux d'Aristote, la première qui parut. Connu parmi ses concitoyens par ses principes libéraux, il fut nommé député du tiers état de la ville de Paris aux états généraux, et fut l'un des premiers à prêter le fameux serment du Jeu de Paume, Durant la session , il parut souvent à la tribune, présenta différents projets de finance, dénonça le Livre rouge, où étaient inscrites les pensions payées par le trésor royal , prit part à la rédaction d'un grand nombre de lois, notamment à la constitution civile du clergé, et se signala en toute occasion come adversaire ardent de

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