‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 232 sur 556 · CANA — CANADA · texte numérisé non relu

CANA — CANADA

CANA, qu'on écrit aussi Kana, ville où Jésus- Christ opéra son premier miracle, était située en Galilée, dans la tribu de Zabulon, Un village qu'on trouve à 44 kilomètres sud-est de Saint-Jean d'Acre, au nord-ouest du mont Thabor, conserve encore le nom de Xefer-Kanna. On pense que c’est la ville du Nouveau-Testament. À peine le Christ eut-il réuni quelques apôtres, qu'il fut invité à une noce avec eux et sa mère. Le vin ayant manqué, Marie, pleine de foi dans la puissance de son fils, lui dit : « Ils n’ont plus de vin, » Mais Jésus, ne pensant pas que le moment fût propice pour manifester son pouvoir, lui répondit : « Femme, qu'y a-tilde comraun entre vous et moi? mon heure n’est pas encore venue. » Cependant la Vierge ne se découragea point. « Faites tout ce qu'il vous dira ! » dit-elle aux serviteurs ; et Jésus leur ordonna d’emplir d’eau six vases de pierre et de les porter au chef du banquet, qui déclara ce vin excellent. Saint Jean, témoin du prodige, ajoute : « Jésus commença de la sorte lasérie de ses miracles ; il manifesta ainsi sa gloire, et ses disciples crurent en lui, »

Les noces de Cana ont inspiré à Paul Véronèseun de ses Meilleurs tableaux, composition grandiose, d’une ordonnance hardie et d’un coloris brillant, une des plus belles du musée du Louvre, et dont il existe plusieurs bonnes gravures. Beaucoup d’autres peintres ont également traité ce sujet.

CANAAN est l’ancien nom de la Palestine et de la Phénicie, habitées autrefois par les descendants de Canaan , fils de Cham et petit-fils de Noé. Ce nom ne se trouve pas seulement dans l’Ancien-Testament, mais aussi sur les monnaies phéniciennes, et, selon un passage de saint Augustin, il n'était pas inconnu aux Carthaginois : « Des paysans, dit-il, des environs de Carthage, près Hippone, interrogés d’où ils étaient, répondirent qu’ils étaient des Chanani (Cananéens).

La division et les limites du pays de Canaan varient aux différentes époques de son histoire. Avant l'invasion des Hébreux, on ne comprenait sous le nom de Chanaan proprement dit que le pays à l’ouest du Jourdain. Selon la Génèse (x, 19), il s’étendait de Sidon à Gaza et aux environs de la mer Morte; il était habité par plusieurs peuplades , d’ailleurs peu connues, telles que les Héthites, les Gergésites, les Amorites , les Canaanites proprement dits, les Phérésites, les Hévites, les Jébusites, les Philistins et quelques autres de moindre importance. Sous Josué, les Hébreux expulsèrent la plupart de ces peuplades, après avoir conquis déjà sous Moïse le pays de Giléad, à l’est du Jourdain. Les deux pays à l’est et à l’ouest du fleuve furent divisés en douze cantons, selon les douze tribus; la tribu de Lévi n'eut pas de district particulier, mais celle de Joseph fut divisée en deux, Manassé et Ephraim, Les tribus de Ruben, Gad et la moitié de celle de Manassé , avaient pris possession sous Moïse du pays de Giléad; aux autres neuf tribus et demie Josué assigna le pays de l’ouest, en partie conquis, en partie à conquérir. Depuis, Canaan est appelé quelquefois le pays d’Israel. Ce pays, agrandi peu à peu par des conquêtes, était sous David et Salomon d’une assez grande étendue. A l’est, au-delà du Jourdain, il s’étendait jusque vers l'Euphrate. Au sud la limite allait de la pointe méridionale de la mer Morte, Le long de l’Idumée et de l’Arabie Pétrée, jusqu’au torrent d'Égypte, comme s'exprime PÉcriture : c’est, selon les anciennes versions, le ruisseau de Rhinocolura ( El-Arisch). A l’ouest le pays était borné par la Méditerranée, et au nord par le Liban, mais au nordouest la Phénicie restait toujours exclue du pays des Hébreux , qui s'étendait à peu près du 31 au 34° de latitude et du 52 au 57° de longitude, Lorsque après la mort de Sa- 1omon il eut été divisé en deux royaumes, ceux d’Israel ef de Juda, le dernier renfermait seulement les cantons de Juda et de Benjamin, dont la capitale était Jérusalem ; tous les autres cantons appartenaient au royaume d’Israel, appelé aussi Samarie, du nom de sa capitale. S, MUunx.

CANADA. Sous ce nom il faut distinguer aujourd’hui l’ancienne possession brilannique ou Canada proprement dit, et l'État fédératif du Canada ou Dominion of Canada, constitué en 1867.

L'ancienne COLONIE pu CANADA, située dans l'Amérique septentrionale, s'étend au-dessus des grands lacs de ce continent entre l'Atlantique et le Labrador à l’est, le territoire de la baie d'Hudson au nord et à l’ouest, les États-Unis et le Nouveau-Brunswick au sud, depuis le 41° jusqu'au 520 de latitude nord et depuis le 60° jusqu'au 83° de longitude ouest. Elle occupe une superficie d'environ 90,000 myriamètres carrés,

Le Canada n’est guère qu’une immense vallée comprise dans le grand abaissement du sol qu’arrose le système du Saint-Laurent, Tandis que la direction du terrain va généralement en s’inclinant du nord versles lacs et le Saint-Laurent, la partie du territoire située à l’est du méridien de Montréal affecte davantage le caractère d’un pays de plateaux, lequel, se prolongeant jresque jusqu'à la rive sep tentrionale du fleuve, forme, notamment au-dessous de Québec, un littoral escarpé, d’une beauté souvent romantique, d'une élévation moyenne de 100 à 133 mètres, parfois même de 6 à 700 mètres, jusqu’à ce qu’il finisse par 6e rattacher, non loin de l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, aux côtes, aussi hautes qu’escarpées, du Labrador. A l’ouest de ce même méridien de Montréal, la vallée de l'Ottawa forme, au nord du Saint-Laurent et du lac Huron, une solution de continuité dans la configuration de ce sol, qui devient aussitôt bien autrement accidenté. On voit alors la rive septentrionale du fleuve s’abaisser, attendu quele plateau qui s’étend dans la direction de V'E.-S.-E, à l’O.-N.-O., inclinant d’une part jusqu'au Saint-Laurent et de l’autre jusqu’à lOttawa, atteint son maximum d’élévation à 97 mètres, là où il est traversé par le canal Rideau, dans sa partie sud-est, la seule presque que l’on connaisse encore bien exactement. Dans la direction du nord-ouest, ce plateau, d’où les eaux du lac de Nipissing sont conduites au lac Huron par le French-River avec celles de plusieurs torrents, et qui sur les rives septentrionales de la baie Georgian atfeint avec les montagnes de la Cloche une hauteur de 250 mètres au-dessus du niveau des lacs et de 450 mètres audessus de celui de la mer, apparaît couvert de belles forêts, rempli de lacs et de torrents ; maïs il est resté jusqu’à ce jour : à peu près complétement inconnu, n’élant guère parcouru que par les agents et les chasseurs de la Compagnie de la Baie d'Hudson, A l’ouest de cette contrée, et au nord du lac Supérieur, on a récemment découvert de riches mines de cuivre et d'argent. La partie méridionale du Canada, vaste presqu'île située entre les lacs Huron, Ontario, et Erié, présente un tout autre caractère. Elle est divisée en deux par une crète, qui atteint à peine une élévation de 116 mètres audessus du lac Huron, s'étend depuis la baie de Nottawasaga, autour de la baie de Burlington, jusqu'aux rives méridionales du lac Ontario, où à Queenstown, sur le Niagara, elle produit les grandes cataractes. La partie orientale, surtout dans le voisinage de l'Ontario, renferme une grande quantité de terres fertiles. La partie occidentale constitue ce qu’on appelle la plaine du Haut-Canada, composée d’un riche sol d’alluvion et couverte d’une extrême diversité d’arbres forestiers. La partie du Canada située au sud du Saint-Laurent forme deux divisions toutes naturelles. L'une, qui appartient au bassin de ce fleuve, est subdivisée par l'Etchemin en partie occidentale, contrée basse, longeant le fleuve, richement arrosée et quelquefois marécageuse, et en partie orientale, s'étendant jusqu'à embouchure du Saint- Laurent, et singulièrement retrécie par l’approche des premiers contreforts du système acadien. Le sud du bassin du Saint-Laurent forme un plateau encore inconnu, de 350 mètres d’élévation moyenne, et constitue en même temps le bief de partage entre le Saint-Laurent et le Saint-John.

La grande artère fluviale de cette contrée est le Saint-Laurent, de tous les fleuves de la terre le plus riche en eau, qui traverse le Canada dans la plus grande étendue, et qui constitue sa principale voie de communication en mêmetemps que la principale source de sa richesse et de sa prospérité. Son développement complet, depuis l'embouchure du Saint- Louis dans le lac Supérieur jusqu’au point où il se déverse dans le golfe Saint-Laurent, est d'environ 1,900 kilomètres, dont 700 appartenant au Saint-Laurent proprement dit, le quel au-dessous de Québec forme un canal de 100 kilomètres de large et navigable pour les vaisseaux de guerre des plus fortes dimensions. Les batiments jaugeant 600 tonneaux peuvent remonter le fleuve jusqu'à Montréal. Parmi ses affluents, ceux qui viennent du nord, comme Ottawa, le Saint-Maurice, le Batiscan, la Sainte-Anne, le Jacques-Cartier et le Saguenay, sont plus considérables que ceux qui viennent du sud, tels quele Chambly (ou le Richelieu), l'Yamaska, le Saint-François, le Nicolet, le Bécancour, le Duchesne, la Chaudière et l’Etchemin. Plusieurs de ces rivières sont elles-mêmes grossies par des affluents importants, et navigables sur de vastes étendues. En fait de cours d’eau considérables, on peut encore citer le Ristigouche, qui se jette dans la baïe de Chäleurs, et le Saint- John, dont le cours moyen et inférieur appartient au Nouveau-Brunswick. Indépendamment des grands lacs, dont quatre, lelac Supérieur, le lac Huron, le lac Érié et le lac Ontario, appartiennent pour moitié au Canada, il existe plusieurs bassins de lacs d’une bien moindre étendue, et parmi lesquels les lacs de Simcoe, de Saint-Clair, de Georges, de Nipissing, de Temiscaming et de Ricelake, sont à leur tour les plus considérables. Toutes les rivières du Canada sont sujettes dans leur parcours à un grand nombre d’élargissements de leurs rives, qui les font ressembler à des lacs. La plupart des lacs communiquent les uns avec les autres par leurs décharges, ou bien avec le Saint-Laurent. Quoique ce système hydrographique, au moyen duquel les parties intérieures de l'Amérique anglaise du nord ont à peu près les mêmes avantages que si la situation en était maritime, assure de grands avantages au cominerce, la manière dont on l'utilise varie en raison des bâtiments différents que nécessite la diversité même de la nature des eaux. Tandis que la partie inférieure du Saint-Laurent à partir de Montréal, de

même que les grands lacs, ne présente aucun obstacle à la grande navigation, les voies de communication entre ces grands bassins, comme la rivière de Niagara, par exemple, de même aussi que les plus considérables d’entre ses affluents, par exemple l’Ottawa, autrefois si important, ne peuvent être franchis en partie qu’à l’aide de barques ou même offrent souvent des obstacles qui rendent toute navigation impossible, qui obligent de les tourner au moyen de canaux, et là où il n’en existe pas d’y suppléer par ce qu'on appelle des portages. Parmi les nombreux canaux dont la création a été le résultat de cette nécessité il faut surtout citer le canal Rideau, qui unit, à Kingstown, le lac Ontario à l'Ottawa ; le canal Welland, construit entre le lac Ontario etle lac Erié, pour tourner les chutes du Niagara; le canal Grenville et le canal Chambly.

Le climat du Canada se distingue de celui des latitudes analogues en Europe par un hiver rigoureux, par un printemps très-court et un été fort chaud, quoique, par suite des influences résultant du voisinage de la mer et des grands lacs, les contrastes entre l'hiver et l'été ne paraissent point aussi frappants au Canada que dans les localités de ce même continent plus enfoncées dans l’intérieur, Les brusques changements de températuré particuliers à ces contrées, fréquents surtout pendant les mois d’hiver et dans les parties du sol situées le plus au nord-est, où souvent dans l’espace d'une seule nuit le thermomètre tombe de 2 à 3° au-dessus de 0 à 20° au dessous de 0, sont le seul désagrément de ce climat, dont la salubrité est d’ailleurs incontestable, Dans le Bas-

CANADA

Canada, l'hiver commence à la mi-novembre, et dure jusqu’à la fin d'avril. Dans le Haut-Canada, au contraire, ce que lon appelle la saison des traîneaux ( s/eighing season ) ne dure que deux mois. Ces différences de climat ne laissent pas que d’influer aussi sur la culture des plantes et des végétaux. Tandis que dans le Haut-Canada toutes nos espèces d'arbres fruitiers, les cerisiers, les abricotiers, etc., réussissent à souhait et donnent des fruits en abondance, le pommier seul croit et mûrit aux environs de Québec. Le froment, le seigle, l'orge, l’avoine et toutes les plantes potagères de l’Europe centrale y sont cultivés avec le plus grand succès. La chaleur extrême de l'été est on ne peut plus favorable à la culture du maïs. De belles forêts couvrent encore de vastes parties du Haut-Canada. Les arbres à feuilles aciculaires, entre autres le pin blanc ou de weymuth, l'arbre le plus élevé qu’on rencontre à l’est des montagnes Rocheuses, sont l'essence qui y domine; ils fournissent des bois de construction précieux surtout pour la marine, et sont l’objet d’un important commerce d'exportation. Parmi les arbres à feuilles caduques, les essences qui réussissent le mieux après le chêne du Canada, sont les peupliers, les bouleaux, les aulnes, les saules et les érables. L'érable à sucre fournit une grande quantité de sucre , et on tire du pin balsamique toujours vert un beau vernis, connu sous lenom de Baume de Canada. Parmi les plantes indigènes il faut encore mentionner, à cause deson importance, le riz aquatique. Le règne animal peut montrer une grande quantité d’animaux sauvages, de bêtes de proie et de bêtes de chasse. Plusieurs espèces de renards et de belettes sont importantes à cause de leurs précieuses fourrures. On y trouve aussi l'élan d’Amérique, le renne, le bison, diverses espèces de cerfs, l'ours, le renard, le chat sauvage. Le castor et la loutre commencent à devenir rares. Le buffle se rencontre dans certains districts de la partie méridionale. Les animaux domestiques qu'on y a introduits d'Europe s'y sont multipliés à l'infini. En fait d'oiseaux, on trouve le colibri jusqu’à Québec. Le Canada est d’ailleurs riche en oiseaux aquatiques, et on y rencontre beaucoup de serpents, notamment le serpent à sonnettes. 11 abonde aussi en poissons, tels que saumons, esturgeons, etc. En fait de minéraux utiles à l’industrie, le Haut-Canada fournit du cuivre et de l’argent ; et on trouve du fer au nord du Saint-Laurent, dans le Bas-Canada, et même de l’or, dans la seigneurie de Beauce. Au mois d’octobre de la présente année 1852 on a annoncé que la compagnie de la Chaudière venait de découvrir dans la seigneurie de Léry un filon de ce précieux métal d’une largeur de deux mètres et promettant d’être d’une richesse extrême, à en juger du moins par les résultats des premiers travaux d’exploitations. Un habitant de Québec avait rencontré un morceau d’or de 14 livres et demie; et dans les veines du terrain exploité existait une grande quantité de quartz qu’on jugeait aurifère,

Les habitants du Canada sont ou de race indigène ou descendant d’émigrés. Les premiers appartiennent aux tribus indiennes des Hurons, qui de jour en jour disparaissent devant la civilisation européenne, et à celles qu’on désigne sous les noms de Six nations ( entre autres les Mohawks, au nord du lac Ontario), d’Algonquins ( dans le Bas-Canada ) et de Mic-Macs. Toutefois leur nombre total ne dépasse pas, dans le Bas-Canada, 3,400 individus, et dans le Haut- Canada 11,000. Tous ont embrassé le christianisme, et se livrent à la culture du sol, à l'éducation du bétail, à la chasse et aux industries les plus élémentaires. Les émigrés sont d'origine française ou bien des Anglais, des Écossais et des Irlandais. On compte aussi parmi eux des Allemands et au moins 50,000 nègres réfugiés. La population du Canada a fait de grands progrès dans notre siècle. Vers 1830 elle n’était guère que de 580,000 âmes; en 1848, elle s'élevait à 1,500,000 ; en 1861, à 2,506,755 âmes. Le recensement de 1871 accusait 3,558,854 habitants d’origine européenne.

C’est à l'émigration que le Canada est redeyable de ce

à ill

CANADA

fapide accroissement. De 1842 à 1848 il y est arrivé par mer el par Lerre 241,038 émigrants, dont un grand nombre d’Irlandais complètement sans ressources. En 1861 et 1862, les Européens qui se fixèrent dans la colonie dépassèrent le chiffre de 26,800; en 1868 et 1869, on en recensa environ 35,000. Depuis plusieurs années l'immigration des individus dépourvus de toute espèce de ressources a singulièrement diminué.

Indépendamment de la chasse et de la pêche, les occupations habituelles de la population canadienne sont l’agriculture, l'élève du bétail et l'exploitation des bois. L'industrie manufacturière et les métiers n’y ont atteint qu’un faible développement; toutefois le commerce y a pris beaucoup d'importance. On construit dans le pays un grand nombre de navires et l’on fabrique des locomotives et des machines; la manufacture des tabacs y a pris aussi de l’extension. L'exploitation des mines de fer et de cuivre est en voie de prospérité. Les principaux articles d'exportation ont été jusqu’à présent les bois de construction et les produits divers de la pêche maritime (poissons salés, huile de baleine, etc.). L'agriculture, qui avait peu fourni à l'exporlation, s’est relevée dans ces derniers temps et constilue la principale branche d'industrie des contrées de l’intérieur. On expédie en outre à l’étranger beaucoup de beurre, de viande, de potasse, de sel et jusqu’à des bâtiments tout gréés.

La valeur totale des exportations du Canada propre s’est élevée en 1867-1868 à 237,500,000 fr., tandis qu'en 1856- 1857 elle n’arrivait qu’à 159,065,100 fr. Les produits exportés sont les suivants selon leur importance : produits agricoles, 90 millions; bois de construction, équarris ou sciès en planches et madriers, 74 millions ; fourrures, 32 millions; cette dernière production est en voie d’accroissement à cause des progrès que fait l'occupation du pays. A la même époque l'importation, qui n’a pas encore cessé de dé passer de beaucoup l'exportation, était de 289,025,000 fr., et consistait principalement en produits manufacturés de toutes espèces, provenant généralement de fabriques anglaises, en denrées coloniales, vins et autres produits du midi de l’Europe. Le traité de réciprocité conclu le 5 juin 1854 entre l'Angleterre et les États-Unis et qui avait autorisé la liberté des échanges sur la frontière canadienne, favorisa singulièrement cette dernière puissance. Aussi l’Angleterre refusa-t-elle de le renouveler en 1862; dès lors le Canada, qui tirait par an de l’Union américaine 50 millions de fr. de marchandises en moyenne, n’en importa plus que la moitié, el la différence fut au bénéfice de l’Angleterre.

Sous lle rapport religieux, la population du Canada est très-mélangée. Les catholiques pourtant y sont les plus nombreux , et ils ont pour chef spirituel l’archevéque de Québec, assisté de 8 évêques. Viennent ensuite les anglicans, les méthodistes et les presbytériens; il y a aussi des baptistes, des quakers, à peine une centaine de juifs, etc. L'instruction est très-encouragée : outre des écoles normales pour les instituteurs, on y compte 500 écoles élémentaires. En fait d'établissements supérieurs il faut citer les universités de Toronto, de Québec et de Montréal, une trentaine de collèges et autant d’écoles industrielles.

Jusqu'en 1840 le Canada fut divisé en haut et bas Canada; bien que cette division n’existe plus, on continue toujours à l’appliquer dans la vie ordinaire. Ces deux provinces, si longtemps rivales, portent aujourd’hui le nom de Québec et d'Ontario. Le recensement de 1871 donnait au Canada entier 3,558,854 habitants. Le Haut-Canada (province d’Ontario) en contenait 1,396,091 sur une étendue de 313,000 kil. carrés; il a pour chef-lieu Toronto, et pour villes principales Hamilton, avec 19,096 âmes; Kingston, avec 13,743 âmes, fondée en 1783 sur le lac Ontario; Ottawa, capitale de la Confédération canadienne ; Londres, bâlie en 1817, avec 12,000 âmes; Cobourg, etc. Le Bas-

DICT. DK LA CONVERS, = T, IVe

Canada (province de Québec) comptait à la même date 1,111,566 habitants et une superticie de 543,000 kil. carrés ; il est presque deux fois aussi grand que le haut Canada. Les villes principales sont Montréal, Québec, Trois-Rivières, et Sherbrooke.

Deux navigateurs italiens, Giovanni et Sebastiano Caboto, furent les premiers qui fournirent des renseignements précis sur les parties septentrionales de ce vaste continent du nord. Cependant les Anglais négligèrent longtemps les découvertes faites de ce côlé. En conséquence, l'Italien Giovanni Verrazani, alors au service de France , qui avait déjà visité la Floride, étant venu reconnaître la côte de l’Amérique septentrionale, prit possession de cette contrée au nom du roi François 1°", sous le nom de Nouvelle-France. A son second voyage dans ces parages , pendant les années 1534 et 1535 , Jacques Cartier, de Saint-Malo, fit de plus importantes découvertes dans l’intérieur de cette contrée. Il conclut quelques traités avec les naturels, et essaya de coloniser le pays. Mais après la mort de Cartier la France, embarrassée dans ses guerres civiles et religieuses, ne fit rien pour venir en aide aux colons qui étaient allés s’y établir, et l’établissement fut en quaque sorte abandonné à lui-même, La colonisation du Canada fut alors uniquement le résultat d'efforts particuliers. C’est ainsi qu’en 1600 le nommé Chauvin , ayant obtenu du roi Henri IV le privilége et le monopole du commerce du Canada, y fit deux voyages en compagnie de plusieurs autres individus, pour échanger contre des bagatelles sans valeur les riches fourrures des Indiens. Après la mort de Chauvin, ce fut surtout Samuel de Champlain qui, avec Demont et Dechatte, continua l’œuvre de la colonisation du Canada. Il y établit divers postes commerciaux, et le 3 janvier 1608 il jeta les fondements de Québec. Mais une politique inbabile entrava longtemps les développements de la colonie, dont une nouvelle société de commerce, composée de cent membres, et formée sous la protection spéciale de Richelieu, en 1627, fut impuissante à améliorer le fâcheux état. Les Anglais s’emparèrent assez facilement de Québec en 1629 ; cependant ils durent le restituer à la France en vertu de la paix conclue à Saint-Germain. Les cruautés exercées d’abord par quelques colons sur les Indiens et les vengeances fréquentes et terribles qu’en tiraient ces derniers ne furent pas un moindre obstacle à la prospérité de la colonie, et empéchèrent de songer de longtemps à une exploitation paisible et régulière du sol. Colbert, voulant faire cesser un tel état de choses, conçut un plan d'organisation tout à fait nouveau pour le Canada. La société de commerce qui avait continué d’exister depuis le ministère de Richelieu fut supprimée en 1663; et en 1664 l’administration du pays fut confiée à une compagnie française des Indes orientales, en même temps qu’on replaçait toutes les colonies sous l’autorité immédiate de la couronne. A partir de ce moment l'établissement français au Canada fit de rapides progrès; et quoique depuis près d'un siècle la France ait irrémissiblement perdu ce vaste territoire, il n’est aujourd’hui ni sans intérêt ni sans utilité de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l’admirable position politique et commerciale que d’intrépides aventuriers et de persévérants colons lui avaient faite dans ce vaste territoire de l'Amérique septentrionale, position autrement avantageuse que celle qu’y avaient prise les colons anglais. Les treize colonies que la Grande-Bretagne comptait dans l'Amérique du nord n’en occupaient en effet que la vingt-cinquième partie, c’est-àdire la langue de terre comprise entre la mer et les monts Alleghanys, tandis que les Français possédaient un territoire vingt fois plus considérable. Nos missionnaires et nos chasseurs canadiens avaient découvert et révélé au monde le grand et double bassin qui, par les lacs et le Saint-Laurent, se déverse dans l'Océan, et, par le Mississipi et ses affluents, porte ses eaux au golfe du Mexique. Partout des vionniers, plus intrépides que nos soldats eux-mêmes, les jé-

suites et les récollets, avaient porté, avec la connaissance de l'Évangile, des germes de civilisation chez des sauvages, qui longtemps encore après la ruine de nos établissements ne parlaient qu'avec reconnaissance des robes noires si bonnes et si dévouées, et de cet Onontio( c'était le roi de France) qu’elles yeur avaient appris à bénir. Des forts et des missions placés le long des lacs et des rivières nous assuraient la domination du pays ainsi que le commerce des pelleteries ; et les positions avaient été si bien choisies, qu’en suivant notre colonisation sur ‘une carte moderne du Canada, et en faisant reparaître l’ancien nom français sous le nom anglais qui le dissimule aujourd’hui, on trouve des villes partout où quelques palissades seulement protégeaient au siècle dernier nos soldats et nos prêtres. Maitresse des grands cours d’eau et d’un territoire presque sans bornés, il semble que c’est la France qui eût dû finir par absorber les possessions de sa rivale. Maïs on s'explique bien vite l’état d'infériorité réelle où étaient demeurés nos établissements , en songeant qu'après deux siècles de possession, c’est à peine si nous comptions dans la Nouvelle France une population européenne de 80,000 âmes, alors que celle des colonies anglaises voisines en était vénue dans ‘le même espace de temps à dépasser le chiffre de 1,500,000 individus. Nous ne possédions, à vrai dire, que la surface du Canada; nous y avions des chasseurs, des coureurs de bois, des soldats, mais de colons point. De l’autre côté des monts Alleghanys la race anglo-américaine, sous l'empire d’une constitution libre, prenait au contraire fortement racine dans un sol péniblement défriché. 11 était dès lors facile de prévoir que cette dernière population ne tarderait pas à se trouver trop à l’étroit sur son territoire, et qu’elle descendrait les Alleghanys, pour venir nous disputer les vallées de l'ouest, parcourues plutôt. que possédées par nos chasseurs et ‘par les Six-Nations. La lutte commença en 1753, et la question de la délimitation des frontières réciproques, laissée indécise par les négociateurs du traité d’Aix-a-Chapelle, en fut le prétexte, Tandis que la prétention constante des Français était d'arrêter les Anglais au sommet des Alleghanys et de mettre le Saint-Laurent au centre de là colonie, les chartes anglaises étendaient la Virginie jusqu’au lac Érié. De part et d’autre. on voulut s’assurer la possession de ce vaste territoire; et dans l’histoire de la guerre acharnée à laquelle elle donna lieu, on voit figurer parmi les plus intrépides adversaires de nos Canadiens un jeune homme dont le nom devait quelques années plus tard acquérir uné si grande et si pure renommée, Georges Wasliington. Cette lutte lointaine et disproportionnée ne fut pâs d’ailleurs sans gloire pour la France, qui a inscrit dans sés fastes le nom du marquis de Montcalm, l’intrépide défenseur de Québec, mort en

brave dans la dernière bataille livrée pour défendre le Ca-

nada contre les envahisseurs anglais. Wolfe, léur chef, lhi aussi, fut tué dans cette affaire (septembre 1759), maisiPëmporta en mourant la consolation de savoir que lé victbire des siens était complète, et que cette victoire assurait#"sa patrie la possession du Canada. Montcalm à ses dérnièrs moments

n’eut pour se soutenir que le sentimênt dû devoir accompli.

Averti par le chirurgien que sa blessüre était mortelle, il demanda avec joie combien il avait d'hfèdres à vivre; apprenant qu'il ne passerait pas la journéd: «Tant mieux ! s'écria-t-il, je ne verrai pas rendre Quét '» Belle parole, mais éter-

nelle accusation contre ceux qui avaient condämné à une

mort stérile un si noblé ‘courdge. En dépit de toutes ses instances, Montcalm n’ayait pu obtenir de secours des insouciants ministres de Louis XV. Trois mille hommes de troupes régulières et six à sepl fille colons canadiens enrégimentés en milices et armés de mauvais fusils, voilà tout ce que l'héroïque défenseur de notre colonie avait eu à opposer à 50,000 Anglo-Américains, maîtres de la mer et disposant de moyens de toufes espèces.

La perte du Canada fut accueillie avec indifférence par le gouvernement français. Aux yeux des hommes légers

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placés alors à sa tête, cette colonie, cause perpétuelle d’embarras et de guerres, élait trop coûteuse et sans profit pour la métropole. fs en firent donc bon marché quand, lors des préliminaires pour la honteuse paix de 1763, Pitt déclara avec une insolence tout. anglaise que jamais l’Angleterre ne rendraitsa conquête. Le traité de Versailles en consomma l’entier et définitif abandon à notre éternelle rivale.

À partir de ce moment la politique du gouvernement anglais consista à transformer entièrement, au moyen d’immigrations anglaises, la population d’origine française, qui alors nese composait guère, nous l'avons dit, que de 80,000 individus.. La législation, française fut abolie, et remplacée, tant au civil qu’au criminel, par le droit anglais; en même temps, pour propager de. plus en plus l'usage de la langue anglaise, on.créa des tribunaux où toute laprocédure ainsi que les plaidoiries: avaient lieu en anglais. Le mécontentement produit dans Ja population française par ces diverses innovations ne fut pris en considération par, le gouvernement anglais que lorsque. l'insurrection de ses colonies du sud lui fit redouter un mouvement analogue de la part des populations du Canada. 11 se détermina alors à faire des concessions; en conséquence le. Quebec-Act de 1774 remit en vigueur pour les Canadiens français les lois civiles et la jurisprudence françaises, Le droit criminel anglais fut seul maintenu en usage, et la.coutume de Paris redevint, comme avant 1763 , la base du droit civil. Quant aux terres et aux domaines non investis à cette. époque de droits seigneuriaux et de priviléges. féodaux ; il fut décidé qu'ils seraient concédés aux nouveaux:colons conformément aux prescriptions de laloi anglaise, Ces mesures si tardivement réparatrices, et évidemment arrachées par la crainte, eurent pour résultat de calmer complétement toute agitation dans cette colonie, de sirécente acquisition. À peu de temps de là, un grand nombre : de doyalistes, fonctionnaires. ayant occupé des emplois publics dans les ci-devant colonies anglaises, devenues maintenant indépendantes, se retiraient au Canada, où le gouvernement anglais récompensait leur fidélité par des concessions de terre au milieu de, nouveaux établissements créés par des colons militaires, et aussi par des places dans le conseil législatif de Québec. C’est de la sorte qu’arriva à se constituer peu à peu au Canada une aristocratie britannique en face-de la population française, demeurée forte et nombreusé jusqu’à nos jours. "1 né ® Añe fois la guerre avec les insurgés du sud terminée, l'An: gleterré, ne craignant plus:de voir le-feu de l'insurrection se ‘propager également dans celte contrée, changea de politique à l'égard de la colonie, ‘dont un acte du parlement rendu éñ ‘1791, sous le ministère de Pitt, modifia essentielleent l’administration. Le Canada fut alors divisé en deux gouvernements , celui du Haut et celui du Bas-Canada, chacun ayant son gouverneur particulier et sa législature distincte, composée d’une assemblée élective et d’un council dont les membres ‘étaient nommés à vie par la couronne. Quoique par cette constitution, calquée sur le système représentatif anglais et destinée à faire moins envier le régime des États-Unis, les Canadiens eussent obtenu le droit de ‘s'imposer eux-mêmes, ainsi que celui de contrôler les dépenses inscrites’ au budget, l'acquisition deces droits politiques était loin de compenser à leurs yeux les habitudes et les usages antiques, auxquels force leur avait été de renoncer. La division géographique et politique du pays en Haut et Bas-Canada (ce dernier presque entièrement peuplé de Français, tandis que l'on ne rencontrait dans le premier que des co+ Tons d’origine britannique ) devait nécessairement rendre encore plus tranchée la séparation des deux éléments dont se compose la population , et plus difficiles les efforts qu’on pourrait tenter pour en opérer la fusion. De là une ligne de démarcation de plus en plus profonde entre les deux provinces, de même qu'un antagonisrie de plus en plus violent entre leurs intérèts respectifs. Toutefois, les Canadiens,

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lorsque la guerre éclata en 1812 entre les États-Unis et l'Angleterre, secondèrent loyalement les Anglais dans leur lutte contre les Américains. Mais cette guerre une fois terminée, et plus particulièrement à partir de 1820, sous l’administration de lord Dalhousie, gouverneur général, les Canadiens français se plaignirent vivement de la partialité extrême de l’administration pour ce qui touchait les intérêts purement anglais, de la cupidité de certains fonctionnaires publics, des exactions et des vexations de tous genres dont ils se rendaient coupables à leur égard.

[ L'origine réelle de ces griefs, c’est que lorsque le gouvernement anglais s'était aperçu qu'en dépit de tous ses efforts , la population du Bas-Canada entrait avec ardeur dans là voie du progrès, il s'était pris à trembler pour la durée de sa puissance sur cette terre encore presque toute française, et qu’il prétendait maintenant régir comme une conquéle. Plus d’un demi-million de Canadiens, restés opiniâtrément fidèles à leur origine, continuaient en effet à: parler notre langue, à garder nos usages et nos mœurs, à régler leurs intérêts civils d’après l’ancienne coutume de Paris. Le cabinet anglais voyait là un danger incessant ; et cependant la . France, bien loin de songer à entretenir de secrètes intelligences dans son ancienne colonie, semblait avoir complétement oublié qu’au nord de l'Amérique une population loyale, brave, intelligente, essentiellement française d’esprit, de cœur et surtout de souvenirs, a religieusement conservé le culte de la patrie, et proteste encore aujourd’hui contre le traité qui au siècle dernier l’a exhérédée et livrée à l'Anglais. Nos livres répétaient servilement les préventions injurieuses et les erreurs de toutes espèces propagées à dessein par des écrivains anglais au sujet de notre ancienne colonie ; et jusque vers 1835 nos abrégés et nos dictionnaires de géographie, ouvrages le plus souvent de pacotille, continuèrent à n’évaluer la population qu’à peu près au chiffre où elle se trouvait en 1763. On ne manquait non plus jamais de nous représenter ce pays comme resté plongé dans l’ignorance la plus profonde, quoique l'instruction élémentaire soit très-certainement beaucoup plus répandue dans certains de ses comtés qu’elle ne l’est dans bon nombre de cantons.de notre France.

Lord Dalhousie, devenu gouverneur général. de l'Amérique anglaise du Nord, entreprit d’anglifier radicalement le Bas-Canada français. ” son premier soin fut de remplir les tribunaux , les conseils et les bureaux de l’administration d'agents dévonés: il s’attacha ensuite à corrompre le jury,

les élections , à entraver la vente et le défrichement des.

terres encore incultes, et l'étendue en est immense, laissant en outre dilapider impunément le trésor de la province. Le ministère, mis en demeure par le cri universel des populatins, se décida, après une longue enquête, à destituer ce gouverneur, 1l promit même, en 1829, de satisfaire aux justes plaintes des provinces; mais il persista dans son refus de rendre électifs leurs conseils législatifs , et d’introduire dans l’organisation de leurs conseils exécutifs le grand et salutaire principe de la responsabilité. Or, dans le Bas- Canada surtout, le conseil législatif, espèce de chambre haute au petit pied, semblait avoir reçu mission d'annuler les votes libéraux de la chambre d’assemblée ou élective, composée de 50 membres, pour la plupart français. Le petit nombre de votes émis par cette assemblée qui parvenaient au conseil exécutif étaient le plus souvent si affaiblis, que arrivés à Londres ils expiraient avant même d’être frappés du veto royal. Dans l’espace de quatorze ans plus de 200 bills furent ainsi annulés, et 86 autres profondément altérés ; en 1836 sur 107 bills adoptés par la chambre d’assemblée, le bon plaisir en rejeta 34.

Cependant , en 1834 le Bas- Canada avait renouvelé l’expression légale et solennelle de ses griefs tant aggrayés depuis 1824; ils étaient au nombre de 92, et l'adresse à la couronne qui les contenait était revêtue de 90,000, signa-

tures. {mitant cet exemple, le. Haut-Canada à son four n'avait pas consacré moins d’un volume in-8° à l’exposition de ses doléances et de ses vœux. Le ministère envoya alors sur les lieux, mais seulement pour gagner du.temps, trois commissaires généraux, MM. Gray, Gipps et lord Gosford. Après dix- huit mois employés à une enquête très-partiale, les Canadiens de race française, au lieu d’une bien tardive réparation, virent les abus s'accroitre; et leur chambre élective, poussée à bout par tant d'injustic es, refusa dès lors son concours au pouvoir exécutif. Malgré les éloquents discours prononcés dans son sein par quelques membres de l’opposition en faveur des Canadiens, le parlement d’Angleterre ne fit droit à aucun de leurs griefs : tout au contraire, il ful; mina contre eux des mesures coércilives. |

Aussitôt que ces bills, qui portaient la date du mois de mars 1837, furent connus dans le Bas-Canada, les villes, les comtés, les villages, tinrent des réunions dites d'anticoërcition. Dans un seul bourg plus de 2,000 électeurs se rassemblèrent en déployant le drapeau national, rouge, blanc et vert, avec un castor, une feuille d'érable et un maskinongé. Partout.les meetings populaires, le plus souvent présidés par l’éloquent Papineau , toujours réélu depuis vingt ans aux fonctions de président de la chambre élective, adoptèrent avec enthousiasme des résolutions se résumant ainsi : Refus, sous peine de déshonneur, de tout emploi à la nomination du gouverneur ; création dans chaque paroisse de tribunaux de paix et de conciliation; mise en activité dela milice; urgence: de former une convention de délégués de chaque ‘comté, ‘et un comité central pour correspondre avec les paroisses. Il fut en même temps décidé qu’on demanderait dorénavant à l’industrie indigène la plupart des articles importés par le commerce anglais, et qu’on organiserait même la contrebande en grand avec les États-Unis. Jlen résulta que la douane vit bientôt décroitre de moitié ses recettes.

Redoutant de plus en plus le patriotisme de’ la chambre élective, lord Gosford ajourna le parlement. Dès lors plus, de pouvoir modérateur, plus de frein aux avanies britanniques ni à ce système spoliateur qui depuis un demisiècle refusait impitoyablement la concession d’un arpent de terre domaniale à tout père de famille indigent (mesure qui eût remédié à tant de misères sans léser le trésor ), et qui livrait pour des prix dérisoires des {ownships entiers à des. agioteurs! On disait encore : le commerce de petit détail sera-t-il donc toujours la seule part laissée aux Canadiens dans la répartition des éléments du travail et de la richesse ; ceux que distinguent-une grande instruction: et des. ru lents ne cesseront-ils donc jamais d’être exclus de la magistrature et de l'administration du pays, et devront-ils se considérer comme trop heureux qu’on veuille bien ne pas leur interdire l'exercice des professions libérales ?

Le ministère était d'autant plus inquiet de cet état des esprits, qu’il n'avait que peu de forces dont il pat disposer dans ces colonies. Voulant cependant faire de la vigueur, il ordonne à lord Gosford de destituer quelques fonctionnaires ; mais ceux qui sont épargnés par ce coup d’État repoussent comme injurieuse une-exception qui les flétrirait aux yeux de leurs concitoyens, et s’empressent de donner leur démission. Les choses en étaient là lorsque, le 6 noversbre 1837, une troupe de très-jeunes gens, tous enfants de la liberté, s’exerçant aux manœuvres militaires dans un fau bourg de Montréal, se virent-tout à çoup assaillis; puis violemment dispersés par un des corps de volontaires lowalis: tes dont le géneral John Cotburne avait pressé la formation. Ala nouvelle que la vie de plusieurs deputes à la chambre élective est menacée, et que déjà six notables citoyens sont

| incarcérés, le tocsin sonne dans les: campagnes. Quelqnes

jours, plus tard, des prisonniers amenés de Saint-John sont

arrachés à un detachement de soldats, dont le colonel est

| tué. Alors la loi maxtiale est proclamée, comme seule ré-

ponse aux griefs des-populations. Ce fut sur la rive droite du Saint-Laurent que les insurgés essayèrent pour la première fois de se retrancher, en détruisant les ponts et rompant les chemins. Le 23 novembre, au village de Saint- Denys, 1,500 patriotes soutinrent vaillamment l'attaque d’un corps commandé par le colonel Gore, et le contraignirent à se replier avec perte. Plus heureux le lieutenant-colonel Watherell s'empare de Saint-Charles ; alors, en punition de la résistance héroïque qu’on lui a opposée, il incendie ce village important, et fait impitoyablement périr dans les flammes une centaine d'insurgés qui s’y sont réfugiés. Entrés de vive force à Saint-Denys, le 4 décembre, les soldats et les volontaires anglais pillent et saccagent ce qu’ils ne peuvent pas détruire, et là aussi ils font expier aux femmes, par les plus lâches outrages, le dévouement qu’elles témoignent pour la noble cause que défendent leurs frères, leurs maris.

Déjà il ne restait plus de ce côté du fleuve que quelques bandes d’insurgés, et le plus grand nombre s'étaient réfugiés sur le territoire américain. L'ile de Montréal ayant dès lors cessé d’être menacée, le général Colburne se transporta à la tête de 1300 hommes sur la rive gauche du Saint-Laurent, vers le nord de l’Ottawa. Un seul village, Saint-Eustache, y avait été fortifié par les patriotes ; sur les quatre cents braves qui le défendaient , et que commandait le docteur Chenier, cent furent tués et cent vingt blessés. Non content d’incendier l’église et les maisons, le vainqueur brûla aussi Saint- Benof., quoique ce village eût fait sa soumission. Dépourvue de chefs aguerris et manquant de munitions, l’insurrection était étouffée dès le 20 décembre. Deux mille hommes seulement avaient pris les armes; c'était à peine la cinquantième partie de la population valide du Bas-Canada. Les sauvages eux-mêmes furent indignés des ravages et des atrocités de tout genre commis par Les instruments du châtiment, pour nous servir de l'expression par laquelle étaient désignés les soldats anglais dans les emphatiques bulletins des colonels Gore et Townshend. Ils fouillaient les forêts couvertes de neige pour y saisir des fugitifs et des proscrits, qu’ils garrottaient et traînaient en triomphe en les accablant de mauvais traitements. Dix députés au parlement , onze avocats, six docteurs en médecine, des journalistes, des notaires, des négociants, des propriétaires, furent jetés, sans examen , dans les vastes prisons de Montréal, qui restèrent encombrées pendant plusieurs mois.

Le Haut-Canada, dont la population compte à peine un vingtième d'habitants d’origine française, au lieu de faire acte de loyalisme et, comme on l’avait annoncé, de marcher contre les insurgés de la province citérieure, convoqua une convention pour forcer le gouverneur et le parlement, composé de ses créatures, à rétablir l’ordre dans les finances et la légalité dans ladministration. M. Lyon Mackensie, libraire, trois fois élu député et trois fois repoussé par la chambre d’assemblée , le grand agitateur de la province, fut arraché par le peuple de Toronto des mains des soldats, dont le colonel reçut une blessure mortelle, et le 4 décembre il pénétrait dans ce chef-lieu, à la tête de 3000 insurgés. Le gouverneur, sir Francis Head , surpris, se réfugia avec on conseil sous la protection des canons du fort. Mais bientôt plusieurs milliers de loyalistes accoururent à son secours, et dès le 7 les patriotes durent se disperser. Toutefois, un certain nombre d’entre eux se rallièrent encore à Buffalo,

Dans cette portion de l’État de New-York les sympathies des populations pour la cause des Canadiens excitèrent une foule de citoyens américains à prendre parti pour les insurgés, et à s'emparer des armes et des munitions que renfernait un arsenal appartenant à l’État, 1500 combattants occupèrent, le 13, la petite fle de Navy-lsland, dépendante du Canada. Le colonel anglais Mac-Nab, commandant un corps d'observation placé sur la frontière, au mépris de ses instructions, qui lui défendaient d’entrepren-

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dre la moindre démonstration hostile sur le territoire de l’Union, ordonna à un détachement de ses loyalistes de s'emparer, à l’aide des ombres de la nuit, d’un bateau à vapeur américain et de le détruire. C'était Za Caroline, qui n’avait à bord que des marins inoffensifs, avec quelques femmes et enfants; tout périt par le feu dans cette lâche surprise. L'État de New-York réclama une réparation éclatante, que le cabinet anglais n’osa pas contester, mais qu’il parvint cependant à éluder. L’arrestation à New-York, en novembre 1840, d’un nommé Mac-Leod, accusé d’avoir présidé à la perpétration de cet atroce attentat, excita, tant au sein du congrès que dans le parlement anglais, des débats si graves que la paix entre les États-Unis et la Grande- Bretagne faillit être rompue, et elle ne fut maintenue que grâce à l'adresse de l'ambassadeur extraordinaire, lord Ashburton (voyez Baric), que le cabinet de Saint-James crut prudent d'envoyer à Washington.

Malgré toute leur audace et tout leur courage, les patriotes canadiens et les Américains, leurs auxiliaires, qui partageaient avec une noble résignation leur entier dénôment dans Navy-Jsland, durent finir par l’évacuer; il en fut de même des positions qu’ils occupèrent successivement au détroit de Michigan, proche le lac Ontario et celui d’Érié. Sir Francis Head s’empressa, aussitôt après sa réinstallation à Toronto dans l'hôtel du gouvernement , de proclamer la loi martiale; et grâce au régime de terreur résultat de cette suspension de toutes les formes protectrices du régime légal, la soldatesque anglaise, dans la chasse aux fügitifs qu’elle entreprit alors, put en fusiller un grand nombre sans s’embarrasser de suivre les formalités par trop lentes de la justice ordinaire. Les têtes des chefs présumés des deux insurrections furent mises à prix, et les primes ainsi offertes à l’assassinat varièrent de 1,000 à 25,000 livres st. Reconnaissons toutefois que, fort heureusement pour l'honneur du nom anglais , aucune ne fut gagnée. La constitution du Bas-Canada se trouva par le fait entièrement suspendue; l’autre province garda de la sienne ce que le régime militaire daigna en conserver. Le parlement, convoqué à Toronto, se häta de voter des remerciments à sir Francis Head; mais celui-ci eut peu de temps après la mortification d’avoir à annoncer à cette assemblée la prochaine arrivée de Georges Arthur, que le cabinet de Londres, mécontent seulement de son imprévoyance, lui donnait pour successeur. ®

Deux chefs du mouvement insurrectionnel, Lount et Mathews , furent pendus le 12 avril 1838, et à cette époque soixante-quinze pauvres villageois gémissaient encore dans les fers, sous la pompeuse qualification de prisonniers d’État, Pendant ces rapides événements, l'opinion publique se prononçadiversement en Angleterre. C’est ainsi qu’on vit à Londres l’association des ouvriers manifester hautement ses vœux pour le succès des patriotes, Les Canadas , disait-on assez généralement, sont onéreux à la Grande-Bretagne : pourquoi persister à garder des colonies dont il sera impossible d'empêcher quelque jour la réunion aux États-Unis ou la déclaration d'indépendance? En revanche on s’aflligeait ailleurs des obstacles qu’opposait l'hiver à l'envoi du nombre de régiments nécessaire pour châtier sans pitié la race franco-canadienne, Puis , quand arriva enfin la nouvelle de la répression de l'insurrection, l’orgueil britannique se prit à exalter outre toute mesure les succès obtenus par les autorités constituées : c'est ainsi qu’on qualifia de bataille de Swanton un engagement qui n'avait duré que vingt minutes, la nuit, dans un bois , et dont les trophées consistaient en deux canons avec les charrettes qui leur servaient d’affüt! Au commencement du printemps de 1838 lord Durham arriva à Québec, en qualité de lord haut-commissaire, et précédé de la réputation de libéralisme éclairé que lui avait faite sa participation à l'adoption du bill de réforme par le parlement anglais, Mais, trop fidèle à ses instructions, il ne sut que mainte-

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nir le régime militaire établi par ses prédécesseurs, et prendre vis à vis des provinces canadiennes et de la métropole une attitude qui mécontenta également les deux partis. Quand le cabinet de Saint-James se décida à déclarer illégales les ordonnances rendues à l'égard du Canada par lord Durham , celui-ci commit la faute d’en appeler de cette décision au peuple canadien ; protestation qui était la violation maaifeste de toutes les idées gouvernementales et de toutes les règles de la hiérarchie des pouvoirs, Cette collision entre le pouvoir et son ancien agent eut pour résultat de semer la division dans les rangs des Zoyalistes, d’y faire naitre contre la métropole des préventions e& même des sentiments assez voisins de l'hostilité, que le successeur immédiat de lord Durham, lord Sydenham, eut mission de calmer par un décevant système de concessions. D’un autre côté, lord Gosford avait été remplacé dans ses fonctions de gouverneur général par le général Colburne, homme que le parti anglais regardait avec raison comme encore plus disposé que son prédécesseur à donner satisfaction à ses haines contre les patriotes.

La liberté individuelle privée de toute garantie, la bureaucratie devenue plus insolente encore que la soldatesque, la misère publique s’accroissant toujours, les chantiers de construction déserts, le commerce languissant, une partie des terres laissées incultes et l'administration dissipant le trésor provincial qu'avait amassé avec sollicitude la chambre d’assemblée : telle était la déplorable situation du pays neuf mois après la répression du mouvement de 1837. C’est ainsi qu'après la victoire le gouvernement anglais avait songé à réaliser des promesses solennelles arrachées uniquement par l’imminence du péril. A ce moment, forts de la justice de leur cause, les patriotes du Bas-Canada réso- | Jurent de nouveau d’en appeler aux armes.

| Les hommes compromis dans le premier mouvement et

qui s'étaient réfugiés dans l’État de New-York, prenant

encore une fois les armes, rentrèrent sur le territoire cana- | dien, où de nombreux patriotes, restés dans la province, | les rejoignirent aussitôt, et où une foule d’Américains et |

) | | d'étrangers grossirent en peu de temps leurs rangs. Un | médecin, homme d’un grand mérite, Robert Nelson, de Moutréal, prit le commandement en chef de cette petite ar- ) mée,et lança un manifeste dans lequel il proclamait la répu- } blique. Au 6 novembre 1838 les insurgés avaient déjà réussi à } occuper les comtés de l’Acadie et de Beauharnais, et dans } plusieurs rencontres avec les troupes royales le succès était | resté balancé. En même temps un autre corps d’insurgés se portait sur Prescott, dans le Haut-Canada. L'armée anglaise reçut alors d'importants renforts, et la valeur bouillante, mais mal dirigée, des insurgés fut impuissante | contre ses habiles manœuvres, Après avoir perdu un grand | nombre des leurs, les Canadiens furent obligés de cher- : cher de nouveau un asile sur le territoire américain. Cette | fois les troupes anglaises ne commirent ni pillage ni incendie. Le gouverneur Colburne annonça avec une certaine affec- | tation que parmi les prisonniers se trouvaient une centaine de Français, quoiqu'il n'ignorât point que l’intérêt assez | général sans doute qu’avait inspiré en France la cause cana- | dienne s'était réduit en définitive à de stériles vœux pour ! son triomphe.

)} En février 1839 on comptait qu’à le suite de ce second T's trente-quatre Canadiens avaient été pendus ; parmi eux se trouvaient Hindenlang, brigadier général, et le chevalier de Lorimier. La peine capitale fut commuée pour d’autres insurgés , notamment pour le docteur Nelson, en une détention aux Bermudes; une trentaine furent déportés à la terre Van-Diémen, où ils arrivèrent à la fin | de 180, et nos marins de l’Astrolabe et de la Zélée furent | témoins à Hobart-Town des égards bienveillants témoignés par les colons à ces proscrits, que l'administration prétendait | pourtant traiter comme des convicts. Lord Sydenham tout

en prêchant emphatiquement la modération dans ses proclamations résolut dès son arrivée d’expulser du Canada les prisonniers accusés d’avoir pris part au mouvement, aussi bien que les condamnés , et mit immédiatement cette mesure à exécution. Pour centraliser l'action du pouvoir, on résolut aussi de détruire la division politique du territoire en Haut et Bas-Canada ; et il ne fut pas difficile d’obtenir l’assentiment de la législature du Haut-Canada à cette mesure. Cette province avouait sa détresse profonde, la suspension de tous travaux publics, l'interruption dans l’arrivage des émigrants d'Europe, dont chaque année le nombre s'élevait autrefois en moyenne à 20,000; enfin le dérangement de ses finances : or il s’agissait de lui adjoindre le Bas-Canada , qui n'avait aucune dette, et qui se trouverait de la sorte obligé de payer celles qui l'obéraient. Comme on pouvait bien s’y attendre, le parlement anglais adopta et la reine Victoria sanctionna, en 1840, ce bill dont le but évident était d’absorber de plus en plus la race franco-canadienne, véritable propriétaire du sol, dans la race récemment implantée d'Angleterre et d'Irlande.

Les sentiments de vieille nationalité que conservent opiniâtrément tous les peuples nouvellement réunis ou conquis font le désespoir des gouvernements despotiques. Or, ce n'est pas du cœur des braves Canadiens que la nationalité française pourra de longtemps encore être extirpée. Vainement, afin de les gagner à son système d’anglification, le gouvernement à admis des Français à de hauts emplois, dont jusque alors ils avaient été exclus. En effet, comme s’il se fût repenti de cette tendance réparatrice , le pouvoir exécutif, par ses intrigues et sa partialité, ne tarda pasàforcer ces fonctionnaires à donner leur démission.

Nos coutumes , notre langue, nos lois : telle était la devise inscrite sur les drapeaux des insurgés. Plus la politique anglaise fera d'efforts pour changer et détruire les institutions du pays qu’on appelait autrefois la Nouvelle-France, plusla population canadienne s’attachera à conserver nos coutumes et l’usage de notre langue. Ajoutons que depuis 1820 ses progrès dans la civilisation ont été aussi réels que constants, sans méconnaître pourtant qu’elle est redevable de quelques améliorations à sa métropole actuelle. Notre littérature continue à être le sujet d’études d’affection pour l’élite des Franco-Canadiens, et plusieurs d’entre eux se sont distingués par d’heureuses imitations de nos auteurs. La tendance de plus en plus française des Canadiens a pu être modifiée par les phases de l’insurrection; maïs ce temps d'arrêt apporté à l’accomplissement de la loi du progrès devra infailliblement finir par céder à la force que communiquera à nos anciens frères l'étude d’une littérature notre commun héritage. Elle établira toujours entre eux et leur ancienne mère-patrie une communauté d’idées grâce à laquelle ils triompheront du système d’abaissement où voudrait les retenir une ; olitique qui ne peut se dissimuler que l’Angleterre est co 1'amnée à perdre tôt ou tard la souveraineté d’un pays que iout pousse vers l'indépendance , et qu’à son retour sur le sol anglais lord Durham se plaisait à proclamer un des plus beaux fleurons de la couronne britannique.

Isidore LEBRUN .]

L'acte du parlement anglais de 1840 établit une nouvelle constitution au Canada. Les gouvernements du Haut et du Bas-Canada furent réunis, pour n’en plus former qu’un seul, désigné sous le nom de gouvernement du Canada, et administré par un governor general, à l'autorité duquel furent soumis, en ce qui touchait toutes les questions militaires, les gouverneurs (/lieulenant-governors) des quatre autres provinces de l'Amérique anglaise. Le gouvernement du Canada, tel qu'il derneura constitué jusqu'en 1867, possédait une législature particulière, composée d'un conseil législatif et d'un assembly (la chambre élective de cette espèce de parlement). La première de ces assemblées, où le Haut et le Bas-Canada comptaient le même nombre de renré-

sentants, était composée de vingt membres nommés à vie par le gouverneur général, Celui-ci convoquait le conseil législatif, en désignait le président, et pouvait le proroger ou le dissoudre suivant qu’il le jugeait convenable. Les membres de l’assembly recevaient leur mandat pour quatre ans. Étaient électeurs tous les sujets britanniques de naissance et tous ceux qui l’étaient devenus au Canada en vertu d'actes de naturalisation , à la condition d’être âgés de vingt et un ans accomplis et de posséder une propriété foncière d’au moins 5 liv. sterl. (125 fr.) de revenu annuel. L’électeur devait posséder une propriété d'au moins 40 sh. de revenu, Il y avait chaque année au moins une session du council et de l'assembly. Un acte du parlement, du 1e" août 1848, rapporta la disposition législative qui rendait l'emploi exclusif de la langue anglaise obligatoire dans tontes les affaires administratives. Tous les impôts et revenus publics constituaient un fonds consolidé destiné à assurer les différents services administratifs du Canada. Sur leur produit on devait prélever et payer annuellement à la reine une somme de 45,000 liv. sterl. (1,125,000 fr.), destinée à solder les frais de l'administration civile et judiciaire.

Lord Elgin fut nommé gouverneur général du Canada au mois d'août 1847. Un bill qui appelait le Haut-Canada à participer à l'indemnité à payer pour les pertes essuyées dans le Bas-Canada pendant l'insurrection de 1837 et1838, ayant enfin obtenu la sanction du gouverneur le 25 ayril 1849, une émeute éclata le même jour à Montréal, comme précédemment (22 mars) à Toronto , et la populace réduisit complétement en cendres la salle des séances de l'assemblée. Plusieurs émeutes éclatèrent encore pendant l'été de la même année, et le siége du gouvernement fut pendant quelque tempstransféré de Montréal à Toronto. Ces troubles furent rapidement comprimés par l'énergie du pouvoir, Plus fard, on s'occupa du choix d’une nouvelle capitale, et la reine désigna Ottawa, l'ancienne Bytown. En 1858, le Canada ouvrit une exposition des produits de son industrie à Montréal ; elle fut visitée par le prince de Galles, qui parcourut tout le pays, inaugura le pont Victoria, construction gigantesque en fonte, servant au passage du chemin de fer sur le Saint-Laurent, et alla poser la première pierre de l'édifice du parlement à Ottawa. Le nombre des Anglais s'étant accru par l’émigration, ils demandèrent, en 1861, une réforme électorale, qui fut repoussée par les Franco-Canadiens. Pendant la guerre civile des États-Unis le Canada se montra très-attaché à la couronne d’Angleterre, et lorsqu'un capitaine fédéral eut enlevé deux agents du parti séparatiste sur un paquebot anglais, on put craindre un moment que la guerre éclatAt entre les deux pays. Le général Williams, commandant en chef des forces canadiennes, fit à Ja hâte fortilier les frontières et appela 40,000 hommes de Ja milice sous les armes. Lord Monck, gouverneur général depuis 1861, eut beaucoup de peine à faire passer un nouveau bill sur les mi= lices. Les dépenses annuelles s'étant accrues, il fallut augmenter les impôts. De nouvelles difficultés s'élevèrent avec les États-Unis lorsqu'une bande de partisans du Sud, partie du Canada, envahit l'état de Vermont, s'empara des sommes d'argent déposées à la banque de Saint-Albans, et se retira. Les tribunaux du Canada se déclarèrent incompétents pour juger cette question de piraterie. Les États-Unis dénoncèrent alors un traité qu’ils avaient conclu en 1854 avec le Canada, et menacèrent d'augmenter leurs forces navales sur les lacs du nord. Le gouvernement colonial, mis ainsi en demeure de se prononcer, vota une indemnité pour les dommages causés à Suint-Albans, et les États-Unis retirèrent leurs menaces.

En 1864, un mouvement qui prit une grande extension s'organisa au Canada poïr fondre en une seule confédération les diverses colonies britanniques dans l'Amérique du Nord. Ce plan fut adopté par une conférence de délégués réunie à Québec, Une députation se rendit en Angleterre, el le minis-

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