CANAYE — CANCAN
après il abjura, Envoyé à Venise, l’année suivante , comme ambassadeur, avec la commission de terminer les différends survenus entre cette république et la cour de Rome, il y réussit, à la satisfaction des deux parties. Il mourut à son retour en France, en 1610. Ses Ambassades ont été imprimées, à Paris, en 1635.
Jean ve Canaye, jésuite, parent du précédent, né à Paris, en 1594, mort à Rouen, en 1670, est plus connu par sa prétendue Conversation avec le maréchal d'Hocquincourt, spirituelle production attribuée généralement à Saint-Evremont et par certains à Charleval, que par les quelques ouvrages qu'il a laissés.
Etienne pe Canaye, arrière-petit-neveu de Philippe, et cousin germain de Jean, né à Paris, en 1694, mort en 1782, était oratorien et membre de lPAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ami de Fontenelle et de D’Alembert, qui lui dédia son Essai sur Les Gens de Lettres, Vabbé de Canaye a composé quelques mémoires, qui se trouvent dans le Recueil de l’Académie ; mais son indifférence pour la gloire littéraire l’a empêché d'écrire d’autres ouvrages. « En littérature , disait-il, comme au théâtre, le plaisir est rarement pour les acteurs. »
CANCALE, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Malo, département d’Ille-et-Vilaine, bâti sur une hauteur dominant la baie du même nom, avec une population de 6,400 habitants, dont la pêche et la navigation constituent la principale ressource. Cancale, dont le port est au hameau de la Houle, est renommé par les excellentes huitres qu'on pèche à quelque distance , sur le fameux rocher de Cancale, et dont la majeure partie est expédiée à Paris. Cette pêche productive occupe, indépendamment des populations de tout ce littoral, un grand nombre de pêcheurs du
Calvados et de la Manche ; mais par suite d’une exploitation abusive la production huîtrière a diminué de plus des trois quarts. En 1758, les Anglais firent une inutile tentative contre Cancale. En 1778, sous les ordres de Wallace, ils détrusirent les bâtiments qui se trouvaient à La Houle.
CANCAN, mot factice imité du cri du canard, et qui a été d’abord appliqué par extension aux bruits tumultueux qui s'élèvent Gans une assemblée nombreuse où l’on ne s’accorde pas et où l’on s'occupe de choses frivoles, et par extension à toutes les causeries irréfléchies des oisifs, à tous les propos médisants qui circulent rapidement. Telle est du moins, au sujet de ce mot, l’opinion de Ch. Nodier.
L'Académie Française lui donne cependant une autre origine; elle pense qu’on l’a appliqué aux discussions orageuses sur des sujets futiles, par allusion aux horribles disputes qui eurent lieu au seizième siècle sur la manière dont il fallait prononcer le mot guanquam, disputes qui coùtèrent peut-être la vie au philosophe Ra mus. Sous le règne de Charles IX il y eut en effet à l’université de Paris de violents démélés pour savoir si l’on n’adopterait pas une prononciation univoque de ces trois mots latins : quanquäm, quisquis , et quodquod. Certains docteurs voulaient qu’on prononçât kankam , kiskis, kodkod ; d’autres savants préféraient Auankuam , kuiskuis, kuodkuod ; d’autres enfin opinaient pour kouanhkouam, kouiskouis, kouodkouod. Après de longs et sérieux débats, tant en paroles qu’en écrits, on ne décida rien, et l’usage a prévalu, du moins en France, de prononcer chacun de ces trois mots d’une manière différente : kouankouam, kuiskuis , khodkod. De là, suivant quelques éymologistes, l’origine du mot cancan.
Quoi qu’il en soit , le verbe cancaner n’en est pas moins devenu très-vulgaire ; les gens du peuple (et le peuple est aujourd’hui à peu près tout le monde) s’en servent très-fréquemment pour signifier faire des cancans, répéter sans discernement, par étourderie ou par malveillance, des propos qui peuvent nuire à quelqu'un. Par suite on a créé les noms de cancanier, cancanière, pour qualifier ceux qui se livrent à cet aimab exercice de la langue.
Les cancans diffèrent des caquets en ce que ces derniers sont quelquefois inoffensifs, et destinés seulement À tuer le temps. Les autres, au contraire, ne sont jamais sans malignité, et s'ils ne tuent pas une réputation, ont toujours pour but de la blesser au vif. Nous avons les cancans de portier , les cancans de village, les cancans de petite ville. La grande société elle-même a les siens, qui ne sont pas toujours les moins perfides. Deux tiers de calomnie et un tiers de médisance, voilà, en général, de quoi se composent les cancans.
CANCAN et CHAHUT, manière de danser ou plutôt de dénaturer la contredanse par des sauts, des postures et des gestes imités de la danse des nègres, et par des allures empruntées aux gens de la halle et aux débardeurs des ports, Ce fat vers 1822 que les jeunes gens qui se rendaient à la Chaumière le dimanche, le lundi et le jeudi, pendant la belle saison, commencèrent à danser ce que l’on appela d’abord la chahut et ensuite le cancan. Les figures du quadrille restèrent les mêmes, mais on ne les exéeuta plus au moyen de pas réguliers et balancés, ou bien en marchant comme cela se fait aujourd’hui. Le cancan néglige, dédaigne, repousse tout cequi pourrait rappeler le pas, la règle, la régularité de la tenue; pour aller en avant-deux l'homme et la femme s’avancent l'un vis-à-vis de l’autre, avec le pas, le geste, l'attitude que bon leur semble; celui-ci a les bras pendants et les membres disloqués comme un pantin, comme le pierrot de nos parades ; celle-là, les bras croisés comme une personne qui ne veut rien faire : à moins que ce ne soit la femme qui s’avance les bras balants, tandis que l'homme restera se dandinant, en croisant les bras. Puis, vous croyez qu’ils chassent à droite et à gauche? pas du tout; ils aiment mieux aller deux fois en avant. Obligés de {raverser, pensez-vous qu’ils fassent cette passe, comme on devrait la faire, en traversant en face et vis-à-vis l’un de l’autre ? Nullement ; c’est dos à dos qu’ils éraversent. Dans la figure de la poule, ils ne {raversent pas davantage et dans la érénilz ou la pastourelle, le cavalier ne conduit pas sa dame : cela pourrait être convenable, gracieux, amener la manifestation, la marque, la montre de quelques égards, de quelques habitudes polies ou policées. Pour ne pas tomber dans ces inconvénients, quelquefois le danseur laisse aller sa danseuse toute seule ; une autre fois, il la prend dans ses bras, l’enlèveet va, = à la lettre, — Ja jeter à la tête ou dans les bras de son vis=à-vis.
Mais ce ne sont pas ces seules différences dans les passes matérielles de la contredanse légitime qui constituent le cuxcan ; c'est encore, c’est surtout le dégingandage des danseurs et des danseuses. Le crayon de Gavarni peut plus facilement en fournir l’image que la plume en donner l’icée. Pour danser le cancan, il ne s’agit pas de faire telle et telle chose réglée, convenue : il faut, au contraire , faire ce qui est déréglé, ce qui est inconvenu et par conséquent inconvenant. Si cela lui passe par la tête, l’homme, au lieu de danser, desauter, mettra les mains dans les poches de son pantalon, de son habit, de son gilet, fera quelques pas en avant ou restera immobile regardant son vis-à-vis féminin d’un air hautain, impérieux ou lascif, qu’il tâchera de rendre le plus satanique qu’il pourra, à la façon de Frédérick-Lemaître lorsqu'il dansait la valse de Méphistophélès, dans le mélodrame de Faust; où bien, loin de jeter les yeux sur son vis-à-vis 5 il les tournera à droite et à gauche sur l'assemblée x et semblera occupé de toute autre chose. Puis tout à coup ce ne sera plus cela; le voilà comme fou, comme furieux, comme piqué de la tarentule, piétinant, gesticulant, jetant le corps en avant, en arrière; faisant des mines, des grimaces, des contorsions. Ab uno disce omnes ! Tous font de même ; ce que fait l’homme, la femme le fait ; elle comme lui, lui comme elle; ils sont tous deux mélancoliques ou échevelés, sérieux où furibonds, indifférents ou passionnes, et leur danse, qu’il faut que j'appelle ainsi faute d’un autre
mot, se ressent de tous les sentiments qu’ils veulent peindre ou affecter; tels sont en effet, s’il est toutefois possible de définir, de qualifier ce qui semble échapper à toute description, l'esprit, l'intention, la pensée du cancan.
Le cancan veut être intelligent, expressif, plaisant, voluptueux, dramatique. On pense bien alors que dans cette prétentieuse excentricité, et avec les moyens qu’il ne craint pas d'employer pour s’y livrer, il peut arriver à ceux qui s’y abandonnent des écarts que le goût et la grâce proscrivent assurément, mais encore que la décence publique ne saurait approuver. En effet, lorsque dans la pastourelle, au lieu de conduire sa danseuse par la main, le cavalier qui veut chahuter la place devant lui, l’enlace dans ses bras, corps contre corps, poilrine contre poitrine, œil sur œil, que ditil, que fait-il à sa partner, et que lui répond celle-ci la tête penchée sur son sein, l'étreignant de ses mains crispées, le regard enÎlammé, la respiration'haletante ? Ou bien, dans le solo, que signifie, de la part de l’homme, cette pantomime de saillie musculaire, d’érotisme nerveux, de gesticulations ou d’attitudes équivoques ; et de la part de la femme, le coup de pied, adroïtement lancé par devant ou par derrière, qui fait relever la robe; ce balancement , dans un sens ou dans un autre, qui fait prendre à la taille des formes d’une variété singulière ; ces airs boudeurs, agaçants, abattus, enivrés, accompagnés de tours, de demi-tours étourdissants ou d'un abandon complet dans les bras de son chahuteur ? Ce que cela signifie? Nous nous garderons bien de rechercher la signification de toutes ces chatteries soi-disant chorégraphiques , dans lesquelles la police des bals publics de 1822 vit avec raison des atteintes à la décence et aux mœurs, et contre lesquelles elle fit des règlements prohibitifs dont l’interprétation et l'exécution amenèrent des collisions, parfois sanglantes, entre les jeunes gens de cette époque et les gendarmes , qui étaient seuls alors officiellement chargés du maintien des bonnes mœurs.
Comment de l’état d'isolement, de prohibition policière, de proscription sociale où il resta pendant dix ans, le cancan put-il passer à l’état public, toléré, avoué, recherché même, où il est aujourd'hui? Comment la police a-t-elle pu permettre de l’exécuter sur les théâtres secondaires? C’est qu’une révolution s'était accomplie, et que, comme toutes les choses de son temps, le cancan s’était trouvé mêlé à la politique. Chahuter n'était-ce pas encore pour les étudiants et les commis faire de l’opposition au pouvoir? A. DELAFOREST.
CANCELLAIRE, genre de coquilles univalves créé par Lamarck aux dépens des volutes de Linné, appartenant à la famille des trachélipodes canalifères, et présensant les caractères suivants : Coquille ovale ou turriculée; ouverture subcanaliculée à sa base ; le canal court ou presque nul; columelle plicifère, les plis plus ou moins nombreux, la plupart transverses; bord droit, sillonné à l'intérieur. Lamarck décrit douze espèces de ces coquilles, dont deux appartiennent à d’autresgenres, savoir : la cancellaire lime, qui doit être reportée au genre buccin , quoique de Blainville en fasse dans son Traité de Malacologie un rocher ou une turbinelle, et la cancellaire brune, qui est une mitre parfaitement caractérisée. Les dix espèces restantes, toutes assez rares et d'un prix fort élevé, sont fort recherchées, et ceux qui les possèdent pouvaient leur donner telle valeur qu’il leur plaisait avant qu'un voyage de M. Cuming, de Londres, fût venuenrichir ce beau genre de quarante-huit espèces nouvelles. P.-L. DucLos.
CANCER ( Pathologie ). La définition du mot cancer est d'autant plus difficile à donner que sous ce nom les auteurs ont souvent rangé des maladies absolument opposées. Cependant on peut dire que c’est une dégénérescence des tissus qui entraine une sorte de fonte déterminée par une inflammation secondaire. Cette difficulté de la définition du cancer fait que l’on n’est pas étonné de voir les anciens médecins attribuer cette affection à une foule de causes di-