‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 245 sur 556 · CANCRE — CANDACE · texte numérisé non relu

CANCRE — CANDACE

fables ont été répandues. Dans sa Batrachomyomachie, où son poëme de la guerre des rats et des grenouilles, Homère, feignant que Jupiter envoie des cancres au secours de ces dernières, fait de cet animal la description suivante, fort bien rendue dans cette traduction :

Soudain vient un renfort d'épouvantables bêtes,

D’avimaux ccntrefaits, de monstres à deux têtes.

Leur échine reluit, leur dur et large dos

Semble un épais rempart qui s'élève des eaux ;

Leur corps est revètu de solides écailles,

Leurs dents sont des ciseaux et leurs pieds des tenailles ;

Ils ont deux bras nerveux; ils ont huit pieds fourchus ; Leurs bras, leurs mains, leurs doigts et leurs pieds sont crochus ; Ils marchent de travers, et souvent en arrière ;

Leur œil voit et dessous, et devant, et derrière.

Ce mot a été pris au figuré pour désigner un homme avare et sordide (voyez AYARIGE), sans que l’on voie bien clairement l’analogie sur laquelle on a pu fonder cette interprétation ; à moins qu’elle n'ait trait aux doigts crochus du thésauriseur. La Fontaine, de son côté, l’a popularisé dans upe autre acception , quand il à dit :

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, hères et pauvres diables, Dont la condition est de mourir de faim,

CANCRIN (G£orces , comte), général d'infanterie, ministre des finances de Russie, et directeur général du corps des ingénieurs des mines, naquit à Hanau, en 1774. Son père, François-Louis CancriN, né en 1738, était un écrivain allemand très-fécond, et que quelques ouvrages, notamment son Traité des Mines et des Salines (13 volumes, 1773-1791), ont rendu justement célèbre. 1l avait d'abord été directeur des mines et salines de Hesse; puis, en 1783, il accepta la direction des mines de Staraja-Russa, dans le gouvernement de Nowogorod, et mourut en 1816. Son fils, élevé au collége de sa ville natale, termina ses études aux universités de Giessen et de Marbourg, où il étudia le droit et l'économie politique. Ayant perdu l'espoir d’entrer dans l'administration hessoise, ilse détermina, en 1796, à aller rejoindre son père, auquel il fut adjoint pour l’administration des mines de Staraja-Russa. Trois ans plus tard il fut admis dans les bureaux du ministère de l’intérieur, et les preuves de capacité qu’il y donna déterminèrent le gouvernement à lui confier l'inspection supérieure des colonies allemandes dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg. En 1812 il était déjà intendant général de l’armée de l’ouest. C’est à cette époque qu’il publia sun £Essai sur l'Administration Militaire en temps de paix et en temps de guerre (3 vol., en allemand; Saint-Pétersbourg, 1812), ouvrage demeuré classique sur ces matières. La manière dont il remplit les fonctions d'intendant général de l’armée de l’ouest fut, du reste, lapplication pratique des principes qu'il y posait.

En 1813 Cancrin fut nommé aux fonctions d’intendant général des différents corps de l’armée active, et jamais, on doit le dire, l’armée russe ne fut aussi bien nourrie et soignée que sous son administration. Au retour des troupes russes en Russie, Cancrin prit une part des plus actives aux négociations entamées avec la France, au sujet d’une indemnité de trente millions de francs réclamée pour le service des remontes. Le succès dont elles furent couronnées lui valut en 1815, comme récompense de l’empereur, le grade de lieutenant général ; cependant, peu de temps après, une intrigue du vieux parti russe eut pour résultat de faire de sa conduite dans cette affaire l’objet d’une enquête judiciaire; mais il en sortit tellement à son honneur, que l’empereur, en 1820, refusa de recevoir la démission qu’il avait cru devoir donner de ses fonctions d’intendant général, Tout au contraire, il fut appelé alors à faire partie, par intérim, du conseil du ministère de la guerre, et à peu de temps de là nommé membre en service ordinaire du sénat,

C’est à cette époque qu'il fit paraître son ouvrage intitulé Weltreichthum, Nationalreichthum und Sluatswirschaft (Richesse de l'Univers, Richesse nationale, et co nomie politique ).

La période la plus importante de la carrière de Cancrin date de l’année 1823, époque où il prit, en qualité de ministre des finances, la direction du trésor, complétement épuisé par les fausses idées administratives de Camphausen et de Gourieff. Pendant vingt et un ans, sous les règnes d'Alexandre et de Nicolas, il lui fut donné de mettre en pratique dans ces hautes fonctions et avec le plus grand succès les principes qu’il avait proclamés, et qui consistaient à affaiblir le crédit privé pour accroître d'autant plus le crédit public, de même qu’à déprécier la valeur du travail privé pour augmenter celle des entreprises industrielles faites par l'État. Son système avait pour base à l'extérieur les gênantes restrictions du système prohibitif, et à l’intérieur l'emploi des établissements de crédit de l'empire pour les opérations financières de l'État. 11 ne faut pas oublier toutefois que le grand mérite de Cancrin est surtout d’avoir établi le crédit public de la Russie et d’avoir introduit tout au moins une apparence d'ordre et de régularité dans l’administration des finances de cet empire. Les moyens dont il usa à cet effet blessèrent plus d’une fois tout autant les intérêts du peuple que les désirs formels du tzar, de son gouvernement et de la haute noblesse. Cancrin triompha de ces difficultés par l’opiniâtre fermeté avec laquelle il appliqua ses principes jusque dans leurs conséquences les plus extrêmes, non moins que par la juste considération personnelle qu’il s'était acquise. Après avoir plusieurs fois demandé à être déchargé de ses fonctions, l'empereur accepta enfin sa démission, en 1844, en y mettant pour condition qu’il continuerait à prendre part à l'administration de l'empire en qualité de sénateur. Au mois de mai de la même année, Cancrin partit pour les eaux d’Allemagne, à l’effet d'y rétablir sa santé délabrée, et vint passer à Paris l'hiver suivant. Il y écrivit, en allemand, son Économie de la Société; ouvrage d’ailleurs fort en arrière des progrès faits par la science économique. Peu de temps après son retour à Saint-Pétersbourg, il mourut dans cette ville, le 22 septembre 1845. Il avait eu, depuis le mois d’avril de la même année, pour successeur définitif dans ses fonctions de ministre Wrontschenko, homme qui partageait tous ses principes en économie politique.

En 1816 Cancrin avait épousé une demoiselle Mourawieff ; quatre fils et deux filles sont issues de cette union. Dans sa première jeunesse il s'était aussi essayé quelque peu dans la littérature; un roman, Dagobert, histoire empruntée à la guerre actuelle pour la liberté (Alona, 1796), fournit souvent par la suite à ses ennemis l’occasion de l’accuser de nourrir en secret des idées démocratiques.

CANDACE. Plusieurs auteurs anciens assurent que c'était la coutume des Éthiopiens d'être gouvernés par des reines. Eusèbe prétend que cette coutume existait encore de son temps, et il ajoute que toutes ces reines s’appelaient Candace. Pline dit que des personnes envoyées en Éthiopie par Néron rapportèrent que l’ile de Méroé avait pour reine une Candace, et que ce nom avait passé depuis plusieurs années de reine en reine. Ce sentiment, difficile à admettre au premier abord, quoique très-bien établi par lantiquité, paraîtra toutefois très-vraisemblable si l’on considère que les rois éthiopiens , toujours renfermés dans leur palais, où ils étaient révérés comme des dieux, laissaient ladministration et le gouvernement à leurs femmes, qui se mélaient même aux hommes dans les exercices militaires. De là sans doute l'espèce de priorité qu’elles avaient prise sur leurs maris dans toutes les affaires du gouvernement.

Parmi toutes ces femmes qui auraient porté le même nom de Candace, l’histoire nous a conservé surtout le souvenir de deux reines d'Éthiopie. La première, dont il est fait mention dans les Actes des Apôtres, touchée de l'exemple que lui en

avait donné un de ses eunuques, converti à la foi par Philippe, embrassa le christianisme, et y persista avec ferveur jusqu’à sa mort. L'autre, dont parlent Dion Cassius, Strabon, Crévier, et qui vivait du temps de César-Auguste, femme de beaucoup de courage, mais privée d’un œil, tenait sous ses lois une grande partie de l'Éthiopie. La capitale de ses États était Napata. Petronius, préfet d'Egypte, ayant poussé ses victoires jusqu’à cette ville, Candace se vit obligée deseretirer dans un fort voisin, d’où elleenvoya faire des propositions de paix à Petronius, qui ne voulut point les écouter. Après avoir pris et saccagé la ville royale, il se préparait à marcher plus loin; mais ayant été prévenu qu'il ne rentontrerait que des sables et des solitudes incultes, il prit le parti de se retirer, laissant une garnison de quatre cents hommes et des provisions pour deux ans dans Premnis, ville située sur le Nil, au-dessous de la grande cataracte. Candace fit alors de nouveaux efforts, et leva de nouvelles troupes pour reprendre cette ville. Petronius, de son côté , usa de diligence, et la prévint ; mais, comprenant enfin qu’il n’y avait rien à gagner pour les Romains dans cette guerre, ilse montra plus facile à entrer en négociation avec la reine, qui , voyant elle-même à quels ennemis elle avait affaire, renouvelait ses instances pour obtenir la paix. Lorsqu'on dit à Candace qu'il fallait qu'elle envoyât des ambassadeurs à César, elle demanda qui était César et où il faisait sa résidence. On donna des guides à ses ambassadeurs, qui furent reçus favorablement de César-Auguste ; et non-seulement ce prince accorda très-volontiers la paix à leur reine, mais il l'exempta encore du tribut que Petronius lui avait imposé. Cette ambassade l'avait trouvé à Samos , où il alla vers l’an de Rome 730.

CANDAHAR. Voyez KANDAHAR.

CANDAULE, que les Grecs nomment Myrsile, était fils de Myrsis , roi de Lydie, de la race des Héraclides. H succéda à son père, et, comme lui, fixa sa résidence à Sardes. 11 aimait les arts et protégeait les artistes. Sa femme est nommée Abro par Abas, Nysia par Ptolémée Éphestion, Tydée ou Clutia par d'autres. On s'accorde à dire qu’elle était d’une rare beauté. Le roi de Lydie, plus vain encore qu’épris des charmes de la reine, voulut, en les montrant sans voile à Gygès, un de ses gardes, lui faire comprendre tout son bonheur. Gygès s'en défendit, Candaule insista. Malgré toutes les précautions prises , la reine aperçut Gygès, et le choisit pour l'instrument de sa vengeance ; elle appela, au sortir du bain, dans son cabinet, et ne lui laissa que l’alternative d’assassiner le roi ou d’être égorgé sur-le-champ. « En me regardant, dit-elle, tu t'es rendu criminel autant que le maitre qui fa commandé cette indignité; et comme tu as jeté les yeux sur ce qui ne doit être vu que par un mari, je L'offre ma main et le trône de Lydie : c'est le seul moyen qui me reste de réparer la tache imprimée à mon honneur. » Gygès ne balança pas, et Candaule fut assassiné, environ 716 avant J.-C.

CANDEILLE (Pierre-Josepn), compositeur dramatique, naquit à Estaire, le 8 décembre 1744. Élevé à Lille comme enfant de chœur, il vint à Paris à l'âge de vingt ans. Après être resté dix-sept ans à l’Académie royale de Musique, où il chantait la basse dans les chœurs, il obtint sa retraite en 1784, avec une pension de sept cents francs. Nommé chef du chant en 1800, et réformé en 1804, il se retira à Chantilly, où il mourut, le 24 avril 1817, âgé de quatre-vingtdeux ans.

Candeille composa d’abord des motets, qui furent fort applaudis, ce qui l’engagea à travailler pour le théâtre. Zaure el Pétrarque, opéra en trois actes, eut du succès à la cour et n’en obtint point à Paris. Pizarre, ou la conquête du Pérou, en cinq actes, n'eut que neuf représentations. Dans sa longue carrière, il fit plusieurs autres opéras, qui ont été refusés ou bien reçus et non représentés, et dont l'énumération serait inutile. Le seul ouvrage qui lui ait fait vraiment

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