‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 247 sur 556 · CANDÉLABRE — CANDIDAT · texte numérisé non relu

CANDÉLABRE — CANDIDAT

la féconde et brillante imagination des artistes de l'antiquité en varia les formes et les ornements à l'infini : tantôt leur fût représentait un tronc d'arbre avec ses branches, auxquelles on suspendait les lampes : tel était celui qu'Alexandre avait consacré à Apollon à Cume, après le sac de Thèbes, et qui futtransporté dans le templed’Apollon Palatin à Rome. Le plus souvent le candélabre affectait la forme d’un balustre ou d’une colonne cannelée, couronnée par une sorte de chapiteau. D’autres étaient construits de façon qu'on pouvait placer la lampe à diverses hauteurs : alors ce chapiteau ou plateau portait une tige qui coulait dans une ouverture pratiquée dans l’intérieur du fût du candélabre, ou bien le fût se composait d’un certain nombre de parties mobiles, couronnées chacune par une soucoupe ou plateau : pour abaisser la lampe, il suffisait d'enlever quelques-unes de ces parties. Les grands candélabres devaient porter sur leur plateau un bassin au lieu de lampe, dans lequel on allumait le combustible.

Les eandélabres dont on faisait usage dans les palais et surtout dans les temples étaient d’une richesse extraordinaire, tant pour la matière que pour le travail. On lit dans l'Écriture que Salomon fit placer dix candélabres d’or avec leurs lampes, également d’or, autour de la table des pains de proposition. Homère dit que le palais d’Alcinous, roi de Corcyre, était éclairé par des lampes que des candélabres en or, représentant des jeunes hommes debout sur des autels, tenaient dans leurs mains. Cicéron fait mention d’un candélabre orné de pierres précieuses qu’un fils d’Antiochus avait destiné au temple de Jupiter Capitolin à Rome. Les musées modernes renferment plusieurs candélabres antiques d’une richesse et d’un fini de scuplture admirables : il y en à qui ont plus de deux mètres de haut. Ces grands candélabres servaient dans les temples on pour éclairer les vastes coupoles des bains publics. Les habitants de Tarente et de l’île d'Égine passaient chez les anciens pour les plus habiles artistes en candélabres.

Les modernes ont fait peu de véritables candélabres, si ce n'est pour quelques églises. Ce que nous appelons candélabre aujourd’hui n’est autre chose qu’un grand chandelier à plusieurs branches; on en fait en toutes sortes de matières, telles que le cristal, la porcelaine, l’albâtre, ete., montées sur un métal ; mais c’est surtout en bronze que notre industrie en livre chaque année une grande quantité au commerce intérieur et extérieur. TEYSSÈDRE.

On n’emploie plus aujourd’hui de candélabres à l'antique que dans les églises et dans les monuments funèbres. Depuis Pusage du gaz pour l'éclairage des voies publiques on a inventé une autre sorte de candélabres, qui portent des lanternes à gaz. Il y en a de différents modèles à Paris, dessinés par M. Baltard pour les rues larges et les boulevards , par M. Hittorf pour la place de la Concorde et les Champs-Elysées, par M. Blouet pour la décoration de l'arc de triomphe de l'Étoile. En 1860 la ville de Paris a adopté un pelil candélabre à gaz pour l'éclairage public : il a 2"70 de hauteur; l'amortissement de la lanterne, qui est ronde, se compose d’une petite couronne murale ; le candélabre est toutentier en fonte de fer, cuivrée par le procédé de la galvanoplastie. Pendant la bataîlle qui suivit la prise de Paris en mai 1871, la plupart des candélabres furent détruits ou mis hors de service par le tir de l'artillerie ou des mitrailleuses; il fallut en remplacer plus de la moïtié.

CANDEUR, en latin candor, de candidus, blanc. La Couleur blanche étant l'emblème de la pureté, la candeur sert à exprimer l'innocence, la sincérité, la pureté, la bZancheur de l'âme. La candeur suppose l'ignorance du mal, où du moins le sentiment intérieur de la préservation de toute souillure. Elle se peint dans les actions comme dans les paroles, et le silence même la révèle, comme elle s’annonce aussi par les traits et la couleur du visage. Elle est « la première marque d’une belle âme », dit Duclos. « Les

âmes pleines de candeur, ajoute Fénelon, sont d'ordinaire plus simples dans le bien que précautionnées contre le mal » : voilà pourquoi il est si aisé de les tromper. Aussi la candeur est-elle le caractère distinctif des adolescents.

CANDI, sucre épuré et cristallisé. Les étymologistes sont peu d'accord sur l’origine de ce mot, que lesuns dérivent du nom de l'ile de Candie, d’où il aurait été introduit en Italie; les autres du grec xav06ç, angle, à cause des angles qu’il présente, soit dans sa forme, soit dans sa cassure ; les autres, enfin, du latin candidus, blanc, Quoi qu’il en soit, du mot candi a été fait le verbe candir, qui signifie faire fondre et réduire du sucre à diverses fois jusqu’à ce qu’il soit candi. Les pharmaciens font aussi candir certains médicaments en les faisant bouillir dans le sucre, et l’on appelle fruits candis ceux qui ont été confits dans le sucre jusqu'au degré de cristallisation. Enfin, on se sert du verbe réfléchi se candir en parlant des confitures liquides, lorsqu’à force d’être gardées le sucre vient à s’en séparer et à s'élever audessus du fruit, où il forme une espèce de croûte.

CANDIDAT , CANDIDATURE. À Rome on appelait candidats ceux qui aspiraient aux premières dignités de la république. Ils étaient ainsi nommés parce qu’ils portaient au jour des élections une robe blanche. Ils n’avaient point de tunique, afin de montrer plus aisément les cicatrices des blessures qu’ils avaient pu recevoir dans les combats et s’assurer ainsi la bienveillance du peuple.

Dans les derniers temps ce n’était que par des faveurs toutes particulières de la part du sénat ou du peuple que l'on pouvait, quoique absent, être l’objet d’une élection, à moins, à ce qu’il paraît aussi, qu'il ne s’agît de fonctions sacerdotales ; il fallait en outre avoir fait la déclaration que l’on se mettait sur les rangs, dans les délais prescrits par les lois, c’est-à-dire avant la convocation des comices. Les conditions de l’éligibilité pouvaient se réduire à deux principales : 1° dix ans de service dans les armées; un âge fixe, selon la charge que l’on briguait; savoir, vingt-sept ans pour la questure, trente pour le tribunat, trente-sept pour l'édilité, trente-neuf pour la préture, quarante-trois pour le consulat. En outre, ceux qui prétendaient à une magistrature supérieure devaient avoir exercé les magistratures moins importantes.

Une fois ces premières conditions remplies, les démarches que devaient faire le candidat duraient ordinairement deux ans. La première année de leur poursuite (annus professionis ), les candidats demandaïent au magistrat la permission de haranguer le peuple ou de le faire haranguer par quelqu'un de leurs amis. 1ls déclaraïent à celui-ci, à la fin de ces harangues, qu’ils désiraient obtenir telle charge sous son bon plaisir, le priant d’avoir égard au mérite de leurs ancêtres et aux services qu’ils avaient rendus, dont ils faisaient une longue énumération. Cela s'appelait profiteri nomen suum. Au commencement de la seconde année, les candidats retournaïient vers le magistrat avec la recommandation du peuple, conçue ordinairement en ces termes : Rationem illius habe , et le priaient d'écrire leurs noms sur la liste des prétendants , ce qu’on appelait edere nomen apud prætorem aut consulem. Dès que le magistrat avait vu Ja requête du candidat avec la recommandation du peuple , il assemblait le conseil ordinaire des sénateurs, qui examinaient les raisons sur lesquelles l'exposant appuyait sa demande, et s’informaient de sa vie et de ses mœurs, après quoi le magistrat lui permettait sa poursuite en ces termes : Rationem habebo, renuntiabo, ou la rejetait en disant : Rationem non habebo, non renuntiabo.

Lorsque le postulant avait été admis au rang des candidats, il s’efforçait de gagner la bienveillance populaire, et cette brigue s'appelait ambitus ; alors commencçaient les visites aux citoyens ayant droit d’élire : le candidat serrait la main à celui-ci, appelait celui-là familièrement par son nom, et se faisait accompagner à cet effet d’un homme qui

lui disait à voix basse le nom des électeurs : cet homme s'appelait nomenclator. Anciennement, les candidats étaient dans Pusage de se trouver au jour du marché dans les réunions du peuple et de se placer sur un endroit élevé, afin d’être aperçus de tous les citoyens. Quand ils descendaient au Champ de Mars, ils avaient quelquefois pour cortége leurs parents et leurs amis; ils chargeaient des agents de distribuer en leur nom de l'argent parmi le peuple. Ces criants abus donnèrent lieu à plusieurs lois spéciales (Zeges de ambitu); cependant le trafie des votes avait lieu ouvertement, Des individus que l’on nommait interprètes marchandaïent les suffrages du peuple et ceux entre les mains de qui on déposait le prix convenu étaient appelés séquestres.

Le candidat élu à la majorité des voix prenait le nom de designatus, et d'ordinaire remerciait sur place même les électeurs de la marque de confiance qu’ils venaient de lui donner ; mais il n’entrait en fonctions que l’année suivante,

Dans les premiers âges du christianisme les nouveaux baptisés étaient également appelés candidats , à cause du vêtement blanc qu'ils continuaient à porter dans les huit jours qui avaient suivi leur baptême.

Aujourd’hui on donne la qualification de candidat à quiconque se met sur les rangs pour obtenir une fonction; et dans les pays protestants elle sert à désigner les théologiens qui , après examen soutenu devant l'autorité supérieure ecclésiastique , ont obtenu l’expectative d’une charge quelconque.

Le mot de candidature n’existe pas depuis plus de quarante ans, et seulement dans le langage politique. Sous le régime parlementaire nos candidats modernes agissaient encore à peu de chose près comme les candidats romains, en tenant compte de la différence des mœurs et du génie des peuples. En France l'intrigue et la corruption étaient les mêmes; seulement c'était le gouvernement qui en avait l'initiative, et non celui qui briguait les suffrages. Le candidat ministériel n’avait garde d'engloutir sa fortune, comme faisait à Rome celui qui captait la faveur publique ; la promesse d’une ligne de fer et la satisfaction de quelques intérêts locaux qu’il s’engageait à obtenir, plusieurs bureaux de tabac mis à sa disposition : voilà quels étaient souvent les armes puissantes dont il disposait à son profit, immenses avantages qu’il avait sur ses concurrents de l'opposition, sauf à rendre par son vote au ministère autant de bons offices qu'il en avait reçus. Promesses, menaces, vins, voitures, circulaires, poignées de mains, discours emphatiques dans les réunions préparatoires, tout cela était à l’usage des candidats de chaque camp. La corruption devint moins facile avec le suffrage universel et le scrutin de liste; mais le peuple ne pouvail bien connaître ses choix : il erra plus d’une fois.

Le gouvernement issu du coup d’État de 1851 adopta ouvertement le système descandidatures officielles, etusa des nombreux et puissants moyens de corruption qu'il avait en son pouvoir pour le faire prévaloir. Non-seulement il présenta lui-même et soutint per fas el nefas ses candidats au choix du peuple pour le Corps législatif, mais il les imposa également pour tout ce qui ressortait du domaine électoral : conseils généraux, conseils d’arrondissement, conseils municipaux. Malgré cette pression abusive du pouvoir les élections générales devinrent de plus en plus funestes aux candidats officiels, et dans celles de 1869 un tiers d’entre eux demeurèrent sur le carreau.

En Angleterre et aux États-Unis la corruption est poussée à un bien plus haut degré qu’elle ne le fut jamais chez nous; mais en revanche les rapports entre électeurs el candidats y ont bien plus de franchise et de largeur,

CANDIDE, « 11 y avait en Westphalie. un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces ; sa physionomie annonçait son âme. J1 avait le jugement assez droit, avec l'esprit le plus simple : c’est, je crois, pour

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