‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 248 sur 556 · CANDIDAT — CANDIDE · texte numérisé non relu

CANDIDAT — CANDIDE

cette raison qu’on le noramait Candide. » 11 est impossible de donner une meilleure définition de l’homme candide que ne le fait ici Voltaire, en introduisant dans un de ses romans philosophiques un personnage que l’on rencontre encore parfois dans le monde, L'homme candide porte en toutes choses el partout ce caractère : l’homme naïf, ingénu, peut. bien ne l'être pas toujours ; l’homme candide reste incessamment lui-même; sa confiance en la bonne foi des autres est invincible, parce qu’elle prend sa source dans cette franchise bienveillante qui chez lui est un sentiment ou plutôt un instinct : aussi donne-t-il le plussouvent dans l’optimisme, Le mal que lui font les autres le froisse , l’afllige, le décourage, mais sans jamais l’éclairer. Vous le trouvez se lamentant sur la perversité dont il vient d’être victime: vous êtes son ennemi, son envieux; il s’en doute peut-être, car il ne conviendra jamais avec lui-même du tort de son prochain ; n'importe ! donnez à votre visage le masque de la bienveillance et de l’intérêt, et déjà il se livre tout à vous, il vous confie ses plus intimes pensées, il vous donne de nouvelles armes contre lui : il éprouvera bientôt quel usage vous en aurez fait, et il ne vous accusera pas, Ona ditavec autant d’esprit que de justesse : l’ingénuité du vice; on ne dira jamais : la candeur du vice; car un homme candide ignore le mal, même en le commettant, et ne songe point à en faire parade.

Le P. d'Orléans a dit je ne sais de quel personnage historique : « Ses mœurs innocentes, douces, candides et pacifiques. » On croirait lire le portrait de saint Louis ou de Louis XII; car la candeur, qui ne seglisse jamais sur lesmar-, ches du trône, s'y est assise quelquefois. Louis IX, dans les naïvetés de sa vie privée, dans sa sainte docilité envers sa mère, dans les chastes scrupules de sa conscience timorée , ne nous apparaît-il pas comme le type de l’homme candide? Louis XII, qui, trompé douze fois par Ferdinand le Catholique, se livrait toujours avec la même confiance, était bien aussi une âme candide. Les âmes basses, étroites, les esprits calculateurs, astucieux, méprisent sans doute les âmes jetées dans ce moule de candeur, Mais à ces gens-là tout réussit et rien ne profite : leurs richesses sont troublées par la crainte de les perdre, leurs acquisitions par le regret de n’avoir pas obtenu davantage, tandis qu'il faut si peu de chose pour faire le bonheur d’une âme candide! un regard de la femme qu'il aime, le sourire bienveillantw d’un supérieur, l'estime et la confiance qu’on lui témoigne, un service surtout qu’on lui demande, un travail conscien= cieux , utile, qu’il vient d'achever, en voilà plus qu’il ne faut “pour procurer à l’homme candide des jours, des semaines, \ des années de bonheur, d’inappréciables joies, de précieux" souvenirs.

En politique, il y a des hommes candides aussi bien que dans les voies ordinaires de Ja vie : le jour du péril ils ont le mérite du courage, du zèle, des efforts; le lendemain, jour du partage pour les vainqueurs, le candide reste en arrière; il attend tout de la justice des hommes auxquels il a frayé le chemin, et il attend en vrai dupe, heureux encore si la tourbe , qui ne peut concevoir la spontanéité qui préside aux résolutions d’une âme candide, ne l'accuse pas d'ambition, et, qui pis est pour le vulgaire, d’ambition déçuelM Un homme candide ne fera jamais fortune, à moins qu'ik ne se rencontre sur son chemin de ces hommes grands pa eux-mêmes, qui se plaisent à chercher le mérite et à éles ver celui qui ne demande rien.

Une femme candide, car il y en a quelques-unes, esk facilement trompée par son amant : ceux qui l’entourent ap pellent sa candeur d’un tout autre nom; témoin ce trait d'u de nos vieux comiques :

Ma fille assurément n'est point une stupide, Mais dans son procédé je la trouve candide,

Un des plus aimables spectacles que puisse offrir l

CANDIDE manité, c’est l'union de deux âmes candides, soit en amitié, soit en amour, Enfin une dévotion candide est un rayon de la pureté divine que le ciel laisse tomber sur la terre.

Ch. Du Rozoin.

CANDIE, anciennement Zdæa, du mont Ida, puis bien plus célèbre sous le nom de Crète, dont les Turcs ont fait celui de Xired ou Icriti, qu'ils lui donnent encore ; Pune des iles les plus importantes de l'empire Othoman, est située dans la Méditerranée, sous les 41° 30’ et 44° 30’ longitude est et les 34° 50° à 35° 55’ latitude nord, à 132 kilomètres de la pointe sud de la Morée, à 154 de l'ile de Rhodes et à 396 de la côte d'Afrique. Elle a environ 386 kilomètres de long sur une largeur moyenne de 22 à 88 kilomètres, et, en y comprenant quelques ilots du voisinage, oecupe une superficie de 7,800 kilom. carrés. Une haute montagne, couronnée de forèts et divisée en deux chainons, la traverse dans toute sa longueur. La partie occidentale est appelée Sphakia (autrefois Leuké), et la partie orientale Lasthi ou Sefhia (anciennement Dikté). Elle s’abaisse doucement

” vers le nord , et s’y termine par une côte fertile et munie de bons ports. Au sud elle est escarpée, et offre un rivage formé de rochers, avec très-peu d’ancrages. Le Psilorili, Vida des anciens, qui en est la cime la plus élevée, a 2,500 mètres de hauteur, etest couvert de neiges pendant la plus grande partie de l’année. De nombreuses sources donnent aux vallées une grande fertilité ; une végétation très-active couvre le versant des montagnes; l'air est doux, lété est rafraichi par les vents du nord ; l'hiver ne se fait sentir que par des giboulées. Rarement on veit sur la côte le thermomètre descendre au-dessous de 5° Réaumur. 11 n’y a que le sirocco dont on ait parfois à souffrir pendant la saison d'été,

L’ile de Candie serait le séjour le plus agréable du monde ; car, outre ses produits en blé, vin, huile, bois, lin, miel, cire, soie, coton, poisson et gibier, elle fournirait des bestiaux , les plus beaux fruits des climats méridionaux, la plus grande variété de végétaux , et même des métaux en abondance, si l'oppression et la cruauté des Tures n’entravaient ici, comme partout, l’agriculture et l’industrie, au point qu'il est impossible aux habitants, découragés, de récolter au delà des besoins les plus indispensables de la vie. La population , qui au temps des Grecs s'élevait à 1,200,000 àmes et au temps des Vénitiens à 900,000, ne montait plus à l’époque où éclata la guerre d'indépendance des Hellènes qu’à 300,000 âmes. Elle est descendue de nos jours au-dessous de 240,000 habitants, grecs pour la plupart: diminution qui

* s'explique par les nombreuses révoltes dont cette îlle a été depuis lors le théâtre; révoltes toujours étouffées dans des flots de sang. Parmi les peuplades particulières qui habitent l’île de Candie, on remarque les Abadioles et les Sphakiotes. Les premiers ocenpent une vingtaine de villages au sud du mont Ida, et forment un groupe d’environ 4,000 âmes. JIs sont musulmans, et descendent des Arabes qui furent jadis maîtres de l’île. Leur langage, leur teint basané, leur stature maigre et moyenne, leur cariclère méfiant et vindicatif, leur penchant pour le brigandage et la piraterie décèlent suffisamment leur origine. Quant aux Sphachiotes, qui habitent les hautes montagnes au sud de La Canée et de Rettimo, on les regarde comme les vrais descendants des anciens Crétois. Ils se distinguent des autres Grecs par leur taille élevée, leur bonne mine, leur courage, leur adresse, et surtout par leur amour de la liberté et leur haine contre les usurpateurs de leur patrie. 11 y a aussi dans l'ile de Candie quelques centaines de juifs et un petit nombre d’Arméniens. Les Turcs qui ÿ sont établis sont les plus beaux etles plus intelligents de leur nalion; ils sont les premiers qui aient soumis les vaisseaux à la quarantaine pour se préserver de la peste.

Quant au commerce, aux manufactures et aux sciences, il n’en faut pas parler. Tous les ports, si florissants sous la

DICT, DE LA CONYERS, —— T. IVe

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