CANDIE
domination des Vénitiens, sont aujourd’hui obstrués par les sables, et les villes sont encore des monceaux de décombres,. Sous le nom de Æired l’île de Candie forme depuis 1868 un gouvernement général, divisé en 5 sandjaks et en 20 éparchies ou cantons, savoir : {a Cance, Sphakia, Rettinw, Candie et Lassili, ayant pour chefs-lieux des villes du même nom.
Candie est la capitale de l'ile. Retlimo, autrefois Réthymne, compte 4,000 âmes et est le siége d’un évêque grec. La Canée est l’entrepôt du commerce.
On manque de données précises sur le commerce de Candie: en 1857 la valeur des exportations, consistant surtout en savon, huile et soie, élait estimée à 10,037,000 fr.; quant à celle des importations, elle était alors de 15,026,000 fr., et comprenait les céréales, tissus, riz, tabac, cuirs et peaux, soude, coton filé, sucre, etc. L'huile d’oliveest la principale production agricole de ce pays, el on la consomine en grande partie dans les nombreuses fabriques de savon qu’on y a établies.
C’est en l’an 823 de notre ère que l’île de Crète passa sous la domination des musulmans. Abou-Hafs-Omar-al-Caledh, natif de Cordoue, ayant pris parti pour le prince Abd’Allah, gouverneur de Valence, dans sa révolte contre son neveu, Abdérame II, roi de Cordoue, et redoutant la vengeance de son souverain, s’embarqua avec sa famille et des troupes qui s’attachèrent à son sort, parcourut la Méditerranée en pirate, et aborda dans l’île de Crète. Trop faible pour s’en emparer, il se borna au pillage des côtes. Mais l’année suivante il revint avec des forces plus considérables, et s'établit dans l'île, qui opposa peu de résistance. Il battit deux armées grecques envoyées par l’empereur Michel le Bègue, et fonda sur les ruines d’Héraclée une forteresse qu’il nomma 47-Khandak (retranchement). De ce nom se forma par corruption celui de Candie, que prit cette place, dont il avait fait sa capitale, et ce dernier nom devint commun à toute l’île. Abou-Hafs-Omar fut le premier énir arabe de l’ile de Crète. 11 y mourut, vers l’an 855. On ignore les noms et l’histoire de ses successeurs, qui probablement devinrent vassaux des souverains de l'Égypte, puis des khalifes d'Afrique, après avoir été soumis, sous Basile le Macédonien, à un tribut, qu'ils ne payèrent que pendant dix ans à l'empire Grec. Les Arabes possédaient l'ile de Crète depuis environ cent trente-huit ans, lorsqu’en 961 Nicéphore Phocas, qui fut depuis empereur, ayant remporté sur eux plusieurs avantages , enleva toutes leurs places, et les força dans Khandak, leur métropole : après une guerre de neuf mois, il réduisit leur dernier émir, que les auteurs grecs nomment Curup, à se rendre à discrétion; puis il l’'emmena à Constantinople, avec un grand nombre de captifs et un immense butin,
Rendue à Pempire d'Orient, Candie demeura au pouvoir des Grecs jusqu’à la prise de Constantinople par les Latins, en 1204. Baudouin, comte de Flandre, élu empereur, ré: compensa ses alliés des secours qu’il en avait reçus. Boniface IF, marquis de Montferrat et roi de Thessalonique, obtint l'ile de Candie, qu’il vendit la même année aux Vénitiens pour trente livres pesant d’or. La possession de cette île leur fut d’abord disputée par les Génois et par le duc d2 l’Archipel, Marc Sanudo, qui, bien que Vénitien lui-même. fit avec les rivaux de sa république un traité de partage Soutenu par eux, il s'empara de Candie, et y prit le titre de roi. Mais il en fut bientôt chassé par les troupes vénitiennes, commandées par Tiepolo, qui fut le premier duc ou gouverneur de Candie. Cette île respira sous la domination de Venise, et parvint à un état florissant, La ville de Candie fut le siége du gouvernement, du conseil et du provéditeur général. .
Les Vénitiens, ayant compris toute l’importance de cettc île, s’attachèrent les habitants par un gouvernement doux, et repoussèrent viclorieusement les attaques des Génoiz ef
des Othomans jusque vers le milieu du dfx-septième siècle. A cette époque, les hostilités des Tures devinrent plus sérieuses,
Une prise fut amenée à Calismène, port de l’île de Candie, par des Maltais, qui y séjournèrent quelque temps. Parmi les captifs se trouvaient l’agha des eunuques, et, d’après une version accréditée alors en Europe, la favorite et un fils du sulthan Ibrabim; mais il est probable que ces deux derniers personnages n'étaient qu’une esclave employée dans le sérail en qualité de nourrice et son enfant. Les Vénitiens, qui n’avaient point de garnison à Calismène, ne firent aucune démonstration pour protéger l'agha et sa suite. Le sulthan, courroucé, attribua aux Vénitiens ce qui était du fait des Maltais ; il envoya, en juin 1645, des forces considérables, qui débarquèrent dans l'ile, prirent La Canée et Rettimo, et assiégèrent sérieusement la capitale. La garnison : poussa victorieusement l’attaque des Turcs, qui la renouvelèrent en 1649 avec aussi peu de succès. En 1656 les Othomans firent une troisième tentative ; plus tard, ils transformèrent le siége en blocus, et le continuèrent dix ans sans aucun résultat, parce que les Vénitiens, alors souverains des mers, ravitaillèrent la place, et en renforcèrent la garnison.
En 1667 , après la paix de Vasvar, le grand vizir Ahmed Kiouperli, pour réparer l'atteinte portée à sa gloire par la verte de la bataille de Saint-Gotthard, et se remettre en grâce auprès de Mahomet IV par une action d'éclat, fit de sérieuses dispositions pour la conquête de Candie, et investit la ville, le 14 mai, avec 80,000 hommes. La forteresse était défendue par un remiaart flanqué de sept bastions et précédé d'autant de ravelins, au-devant desquels se brouvaient en outre plusieurs ouvrages détachés. Pendant qu’une flotte nombreuse la protégeait du côté de la mer, et tenait les Tures en respect, une bonne garnison, commandée par ke chevalier de Ville (remplacé ensuite dignement par le chevalier Saint-André-Montbrun) et par Morosini, était décidée à s’ensevelir sous les ruines de la forteresse, En même temps , des volontaires accouraient de toutes les parties de l’Europe sur ce théâtre sanglant, pour faire preuve de valeur et s’instruire dans l’art de la guerre. Tous les ingénieurs voulurent se distinguer dans celte campagne mémorable. Werthmüller, Rimpler et Vauban se trouvaient dans la place, Le pape envoya des troupes et de l'argent; le grand maître de Malte, des chevaliers et des soldats : le duc de La Feuillade y conduisit 600 Français des plus nobles familles, qui avec l’insouciance caractéristique de leur nation, recherchant les dangers aux postes les plus périlleux, trouvèrent presque tous une mort glorieuse. Plus tard, le comte de Waldeck y amena trois régiments de troupes lunebourgeoises. Ces divers renforts successifs maintinrent constamment la garnison sur un pied de 10,000 hommes. La trahison apprit aux Turcs que les bastions Saint-André et Sabionetta étaient les points les plus faibles de la place : ils dirigèrent en conséquence leurs attaques les plus vives de ce côté, Des sorties vigoureuses et le jeu des mines , pratiqué à propos, retardèrent néanmoins les Turcs sendant longtemps, et détruisirent souvent leurs ouvrages. Lorsque enfin ils eurent réussi à s'établir dans le bastion Saint-André, ils furent arrêtés par de fortes tranchées , qui paralysaient leurs assauts les plus vifs, et l'hiver ne trouva guère les assiégeants plus avancés que l’année précédente.
Au printemps de 1669, les Turcs continuèrent leurs travaux de siége, mais avec plus de lenteur et plus de succès. Bientôt les Vénitiens virent leur bastion Saint-André transformé en un monceau de terre et de décombres, et leur dernière égide fut un rempart élevé à la hâte pendant l'hiver, Dans cette extrémité apparurent les ducs de Beaufort et de Navailles avec une flotte française et 7,000 hommes, Une sortie désespérée fut tentée avec ce renfort; mais une inine dont l'explosion devait servir de signal et jeter les as-